AccueilLes Lumières et l'idée de nature

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Publié le lundi 10 décembre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Ce séminaire se tient dans le cadre du projet « Les Lumières et l’idée de Nature » organisé par la Maison des Sciences de l’Homme de Dijon – Université de Bourgogne. La notion de nature a pris au siècle des Lumières des significations nouvelles en particulier du fait de la révolution scientifique du XVIIème siècle et de l’étonnant développement des savoirs dans tous les domaines, non seulement en astronomie et en physique mais aussi en botanique, en zoologie, en minéralogie… La conquête de la planète par les puissances européennes a ouvert à l’exubérance de la nature ; les découvertes de nombreuses espèces nouvelles, voire étranges, commandent une classification scientifique de la nature de manière à en maîtriser les débordements. Les savants doivent décrire et classer pour dresser un tableau rationnel du monde. Ils se donnent pour objectif de dégager, sous le foisonnement des choses, les lois qui en assurent l’ordre intelligible. La nature c’est donc d’abord l’objet d’une intelligibilité à conquérir en mettant en oeuvre aussi bien les cadres mathématiques que la méthode expérimentale que le siècle précédent avait inaugurés avec Descartes, Galilée puis Newton.

Annonce

Les Lumières et l'idée de nature

Séminaire d'histoire et philosophie des sciences

La notion de nature a pris au siècle des Lumières des significations nouvelles en particulier du fait de la révolution scientifique du XVIIème siècle et de l’étonnant développement des savoirs dans tous les domaines, non seulement en astronomie et en physique mais aussi en botanique, en zoologie, en minéralogie… La conquête de la planète par les puissances européennes a ouvert à l’exubérance de la nature ; les découvertes de nombreuses espèces nouvelles, voire étranges, commandent une classification scientifique de la nature de manière à en maîtriser les débordements. Les savants doivent décrire et classer pour dresser un tableau rationnel du monde. Ils se donnent pour objectif de dégager, sous le foisonnement des choses, les lois qui en assurent l’ordre intelligible. La nature c’est donc d’abord l’objet d’une intelligibilité à conquérir en mettant en œuvre aussi bien les cadres mathématiques que la méthode expérimentale que le siècle précédent avait inaugurés avec Descartes, Galilée puis Newton.

Cependant, dans un siècle de bouillonnement intellectuel et politique où les cadres traditionnels du pouvoir religieux comme du pouvoir politique craquent de toute part, l’idée de nature est en même temps l’outil de la critique et le fondement d’un ordre nouveau qui se cherche. Alors que le pouvoir de droit divin est mis à mal par une critique de plus en plus ouverte, on va tenter de fonder les normes de la vie morale comme de la vie sociale sur une nature supposée bonne. Les règles ne descendront plus du ciel mais devront émaner de la nature dans lequel l’individu se trouve plongé. D’où les tentatives de substitution d’un droit naturel à un droit divin, d’une théologie naturelle à la théologie dogmatique du christianisme, des droits de l’homme aux droits du dogme. Le mythe du bon sauvage, la comparaison constante des mœurs européennes aux mœurs des peuples que l’Europe découvre, opposent constamment, dans les textes du XVIIIème siècle, les « mœurs naturelles » aux mœurs dépravées d’une société en crise et fait de l’idée de nature une véritable arme idéologique dans le combat mené par les penseurs des Lumières contre ce qu’ils nommeront l’intolérance, la superstition, l’obscurantisme. Ils placent, pour certains tout du moins, la nature du côté de la raison.

Toutefois, cette mise en avant de la nature, celle des choses comme celle de l’homme, en donne peu à peu une représentation idéalisée devant laquelle la raison elle-même doit s’incliner. Au cœur même du XVIIIème siècle, chez Rousseau par exemple, on voit frémir les grands thèmes du romantisme où la nature va prendre la place immense d’une nouvelle divinité qui saisit l’individu au plus profond de son existence. Elle devient l’objet d’une exaltation, la source du sens, la maîtresse des peines et des joies. Nature tourmentée et violente mais aussi nature consolatrice et maternelle, livrée au sentiment plus qu’à la raison.

Aujourd’hui, alors que l’on mesure à quel point le travail des hommes a transformé la nature, modelé les paysages, quadrillé l’espace et le temps, alors que l’on prend conscience des avantages et des risques, des gains et des dangers que notre activité massive sur la nature a provoqués, l’idée de nature revient au cœur des débats que suscitent sciences et technologie. Mais les questions que nous pouvons nous poser aujourd’hui quant à notre place et notre action dans la nature – certains dénonçant son asservissement à nos fins, appelant à son « respect », voire dénonçant derrière l’entreprise technicienne une dictature de la raison, d’autres refusant de résorber le phénomène humain dans la nature et revendiquant les droits de la raison à nous « rendre comme maîtres et possesseurs » de la nature –, renouvellent les interrogations que les Lumières avaient mis sur le devant de la scène.

Finalement le XXIème siècle hérite de la problématique des Lumières. Cette problématique, « Les Lumières et l’idée de nature », non seulement conserve toute son actualité mais implique toutes les disciplines scientifiques qui dans le fond se sont pour la plupart constitué au XVIIIème siècle : les historiens bien sûr, les philosophes, les littéraires, les scientifiques de tous les domaines (mathématiciens, physiciens, biologistes, géographes, économistes…) Qui n’a pas quelque grand précurseur au siècle des Lumières ? Et parmi ces précurseurs qui n’a pas contribué à forger l’idée de nature dont nous héritons aujourd’hui au-delà des révolutions industrielles du XIXème ?

Nous proposons donc la mise en place d’un vaste travail sur ce thème « Les Lumières et l’idée de nature » organisé conjointement par la MSH de l’Université de Bourgogne, le CCSTIB, le musée Buffon de Montbard, les Rencontres Citoyens Chercheurs de Saint Léger sous Beuvray (71). C’est dans ce cadre que prennent place les séminaires prévus ci-dessous sous forme de quatre journées.

Programme "Les Lumières et l'idée de nature"

  • 30 novembre 2007 : Le besoin de classification à l’époque des Lumières
  • 18 janvier 2008 : Arts et Sciences
  • 11 janvier 2008 : Nature féminine et femmes de science au XVIIIème
  • 28 mars 2008 : L’idée de nature et les prémices du romantisme
  • 6 mai 2008 : La nature dans la ville, la ville et les jardins au XVIIIème - journée décentralisée à Montbard dans le cadre de l’Hôtel Buffon
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11 janvier 2008 : Nature féminine et femmes de science au XVIIIe siècle

Dans un siècle de bouillonnement intellectuel et politique où les cadres traditionnels du pouvoir religieux comme du pouvoir politique craquent de toute part, l’idé de nature est en même temps l’outil de la critique et le fondement d’un ordre nouveau qui se cherche. Alors que le pouvoir de droit divin est mis à mal par une critique de plus en plus ouverte, on va tenter de fonder les normes de la vie morale comme de la vie sociale sur une nature supposée bonne. Les règles ne descendront plus du ciel mais devront émaner de la nature dans lequel l’individu se trouve plongé. D’où les tentatives de substitution d’un droit naturel à un droit divin, d’une théologie naturelle à la théologie dogmatique du christianisme, des droits de l’homme aux droits du dogme. Le mythe du bon sauvage, la comparaison constante des moeurs européennes aux moeurs des peuples que l’Europe découvre, opposent constamment, dans les textes du XVIIIème siècle, les « moeurs naturelles » aux moeurs dépravées d’une société en crise et fait de l’idée de nature une véritable arme idéologique dans le combat mené par les penseurs des Lumières contre ce qu’ils nommeront l’intolérance, la superstition, l’obscurantisme. Ils placent, pour certains tout du moins, la nature du côté de la raison. Toutefois, cette mise en avant de la nature, celle des choses comme celle de l’homme, en donne peu à peu une représentation idéalisée devant laquelle la raison elle-même doit s’incliner. Au coeur même du XVIIIème siècle, chez Rousseau par exemple, on voit frémir les grands thèmes du romantisme où la nature va prendre la place immense d’une nouvelle divinité qui saisit l’individu au plus profond de son existence. Elle devient l’objet d’une exaltation, la source du sens, la maîtresse des peines et des joies. Nature tourmentée et violente mais aussi nature consolatrice et maternelle, livrée au sentiment plus qu’à la raison. Aujourd’hui, alors que l’on mesure à quel point le travail des hommes a transformé la nature, modelé les paysages, quadrillé l’espace et le temps, alors que l’on prend conscience des avantages et des risques, des gains et des dangers que notre activité massive sur la nature a provoqués, l’idée de nature revient au coeur des débats que suscitent sciences et technologie.
Mais les questions que nous pouvons nous poser aujourd’hui quant à notre place et notre action dans la nature – certains dénonçant son asservissement à nos fins, appelant à son « respect », voire dénonçant derrière l’entreprise technicienne une dictature de la raison, d’autres refusant de résorber le phénomène humain dans la nature et revendiquant les droits de la raison à nous « rendre comme maîtres et possesseurs » de la nature –, renouvellent interrogations que les Lumières avaient mis sur le devant de la scène.
Finalement le XXIème siècle hérite de la problématique des Lumières. Cette problématique, « Les Lumières et l’idée de nature », non seulement conserve toute son actualité mais implique toutes les disciplines scientifiques qui dans le fond se sont pour la plupart constitué au XVIIIème siècle : les historiens bien sûr, les philosophes, les littéraires, les scientifiques de tous les domaines (mathématiciens, physiciens, biologistes, géographes, économistes…) Qui n’a pas quelque grand précurseur au siècle des Lumières ? Et parmi cesprécurseurs qui n’a pas contribué à forger l’idée de nature dont nous héritons aujourd’hui audelàdes révolutions industrielles du XIXème ?
Nous proposons donc la mise en place d’un vaste travail sur ce thème « Les Lumières et l’idéede nature » organisé conjointement par la MSH de l’Université de Bourgogne, le CCSTIB, le Laboratoire d’anatomie de l’Université de Bourgogne, le musée Buffon de Montbard, l’adrm (Association pour le Développement de la Recherche en Morphologie), les Rencontres Citoyens Chercheurs de Saint Léger sous Beuvray (71)

Programme

9 h 30 Gérard Chazal (Université de Bourgogne) « Introduction du thème »
10 h 30 Odette Barbero (Université de Bourgogne) « Enjeux du débat autour
de la nature féminine au XVIIIe »
14 h Patrice Bret (Responsable scientifique du Département d'histoire, Centre
des hautes études de l'armement) « Mme Picardet, traductrice d’oeuvres
scientifiques »
15 h Patrick Guyot (Université de Bourgogne) « Mme du Châtelet »
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18 janvier 2008 : Arts et Sciences

9 h 30 Catherine Besnard et Catherine Labruère (Université de Bourgogne)
« Pourquoi un groupe de recherche art-mathématiques peut-il faire oeuvre ?
Compte rendu d’un groupe de travail réunissant des enseignants chercheurs de
l’IMB et une artiste. »
10 h 30 Christophe Letellier (Université de Rouen) : « Kepler et la musique
des sphères »
14 h Marie-Claire Planche-Touron (docteur en histoire de l’art) « Décor et
ornement dans l’Histoire Naturelle de Buffon »
15 h Evelyne Barbin (Université de Nantes) : « Chorégraphie et
mathématiques »

Lieux

  • Université de Bourgogne - Pôle Economie et Gestion - salle R10
    Dijon, France

Dates

  • vendredi 11 janvier 2008

Mots-clés

  • femme, XVIIIe siècle, science, nature féminine, Lumières, art

Contacts

  • Chazal Gérard
    courriel : gerard [dot] chazal [at] u-bourgogne [dot] fr

Source de l'information

  • Eva Lez
    courriel : eva [dot] lez [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les Lumières et l'idée de nature », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 10 décembre 2007, http://calenda.org/194029