AccueilOù en est la rue face à la globalisation ?

Où en est la rue face à la globalisation ?

Standardisation, singularisation, et régulation

*  *  *

Publié le mardi 11 décembre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Ce colloque sera l’occasion de faire le point sur les conséquences qu’opère la mondialisation – processus surmédiatisé par la géographie (ouvrages pléthoriques sur la question notamment à travers les questions du concours d’agrégation)– sur un espace apparemment peu traité – la rue - mais sur lequel les références et l’intérêt s’accroissent depuis quelques années.

Annonce

Appel à contribution pour le colloque International

Où en est la rue face à la globalisation ?
Standardisation, singularisation et régulation

Jeudi 27et Vendredi 28 Novembre 2008

Bordeaux

Organisé par
Djemila Zeneidi-Henry et André-Frédéric Hoyaux
CNRS UMR 5185 ADES
Université Bordeaux 3

Texte de cadrage

Un colloque sur le thème de la rue interrogée à la lumière des mutations générées par la globalisation est prévu au sein de l’UMR 5185 ADES les jeudi 27 et Vendredi 28 Novembre 2008 sous la responsabilité de Djemila Zeneidi-Henry et André-frédéric Hoyaux.

L’une des images qu’évoque la ville nous est donnée par la rue. Il y a là l’emprise habituelle des jeux rhétoriques et d’échelles mise en perspective par Bernard Debarbieux (1995 ; 1996). Un élément micro – la rue - renvoyant à une entité macro – la ville. Ce qui fait dire à Jean-Loup Gourdon que la rue serait « le propre de la ville, sa forme élémentaire, la plus simple unité en laquelle la forme urbaine puisse se résumer tout en nous livrant les mécanismes de son fonctionnement, voire nous révélant sa réalité essentielle ? » (Gourdon J.‑L., 2001, 14).

La rue nous ramènerait donc à l’essence même de l’urbain – le regroupement, la rencontre, le flux mais aussi, parfois la contradiction voire l’opposition. Ces mouvements divergents s’expriment par la mise en place soit d’une harmonie plus ou moins négociée par les individus, soit de conflits plus ou moins ouverts entre ces derniers. Ces modes de construction du rapport à l’autre sont alors des révélateurs pertinents de nos façons de penser et de pratiquer cet espace. On peut alors se demander si, dans un contexte de globalisation, ces modes de rapport aux autres à travers l’utilisation matérielle ou symbolique de l’espace de la rue ne relève pas avant tout, comme ailleurs, des références à la compétition et à la performance (cf. le mouvement Hip Hop).

La rue, c’est aussi, bien sûr, l’articulation majeure des espaces public et privé, de la station (jusqu’à la résidence) et du mouvement. Elle introduit le principe constructeur du réseau dans les territorialités de la ville. Elle se hiérarchise aussi, passant de l’espace hyper circulatoire au lieu le plus intime, le plus approprié (affectueusement) et le plus fédérateur (bandes, voisins). La rue est parfois aussi l’expression d’un chevauchement, formalisé ou informel, voire illégal entre le public et le privé. Elle devient cet espace de compénétration entre des sphères plus ou moins rigides, plus ou moins floues. En cela, elle est aussi un espace de représentations multiples et de mises en scène d’un ou de plusieurs pouvoirs.

Pour autant, mettre la rue au centre de nos préoccupations, c’est dépasser ce jeu factice des engendrements spatiaux (la rue comme subordonné, comme duplication réduite de la ville) et lui rendre sa force symbolique concernant l’urbain et l’urbanité, notamment à travers l’idée du voisinage des habitants dans une figure de proximité extrême, de contiguïté. Ainsi, cette petite catégorie de l’espace ne se réduit pas à un simple contenant, ou à une voie de circulation sous des noms variés : voirie, boulevard, ruelle, ou encore impasse. Par l’entremise de ceux qui la vivent, la rue donne le ton et la couleur d’une ville à une époque donnée (Farge A., [1979] 1992). Celle d’aujourd’hui est traversée par un phénomène incontournable : la globalisation qui s’impose comme un récit et un contexte communs à nombre de villes, qu’elles soient des pays développés ou en voie de développement.

On entend par cette notion l’extension du système capitaliste à l’ensemble de la terre, notamment par la diffusion d’activités humaines, mais aussi des signes culturels qui y sont associés, hors des cadres nationaux, et favorisant ainsi la société en réseau (Castells, 1989). La globalisation se caractérise en particulier par une internationalisation, une tertiarisation (voire une « quaternarisation »), une privatisation, une interdépendance accrues des économies. Elle peut être définie comme l’interaction complexe et dense de forces produisant de l’intégration, de la désintégration, de l’ordre, du désordre, du conflit, de l’arrangement, de la contestation (Harvey, 1989).

Une des spécificités de la globalisation tient à sa tendance à la standardisation, fabriquant de l’identique et du même par delà les aires culturelles. Cette standardisation est liée notamment à une forme de compression de l’espace-temps. Dès 1962, Mac Luhan l’évoquait en lui consacrant l’expression du « village global ». D’autres ont célébré cet éclatement des frontières et la contraction de l’espace en affirmant que le monde est désormais un. A l’instar de Friedman (2005), qui lance une polémique autour de la fameuse formule : « The world is flat », c’est à dire lisse et sans entraves, Florida lui rétorquera que le monde n’est pas lisse mais fait de contrastes, de pluralités en clamant : « the world is spiky » (Florida, 2005).

Les processus de la globalisation produisent à la fois de l’homogénéité et aussi de la polarisation, de la fragmentation donc souvent des inégalités socio-économiques, parfois de la diversité culturelle comme des logiques patrimoniales. Ce dernier élément trouve un point d’appui dans les débats sur les échelles. Pendant longtemps, la globalisation était référencée, dans de nombreuses disciplines à ce que Saskia Sassen nomme l’évidente échelle monde. La sociologue américaine regrette la non prise en compte de la complexité et du caractère multiscalaire de la globalisation. Le débat s’est longtemps figé autour d’une opposition des notions de global/local, éludant ainsi la possibilité du caractère global du local, et du local dans le global et préjugeant d’un potentiel de résistance au local contre la vague uniformisante du global.

Selon Sassen, les géographes ont apporté une contribution non négligeable à une réflexion sur les échelles, en battant en brèche cette tendance à la déterritorialisation de la globalisation.

Les processus de ce phénomène sont de nature multiscalaire et ont besoin de s’ancrer dans des lieux précis (Appaduraï, [1996] 2005). Les grands organismes, banques, firmes sont inscrits dans des réseaux internationaux et ont des sièges dans des villes (Sassen, 2007). La globalisation résulte de deux types d’espaces : space of flows (espace des réseaux, et space of places (espace des lieux) (Castells, 1989). Des auteurs ont alimenté la problématique en inventant le concept de glocal, signifiant une interaction et fusion du global et du local (Dicken, 2004).

Si la réflexion sur la globalisation a été nourrie d’études localisées, peu à notre connaissance ont interrogé la rue. Et même si aujourd’hui, on ne compte plus les ateliers de colloques (cf Colloque « femmes et villes » de Tours en 2002) et les travaux consacrés à la rue, ils sont souvent référés à une échelle nationale réifiée et naturalisée et peu, voire pas articulés à des dynamiques qui dépassent l’échelle nationale.

Ce colloque propose de faire, dans une perspective interdisciplinaire, le point sur ces dynamiques de globalisation qui touchent les rues, à partir de trois notions proposées comme fil conducteur pour appréhender les phénomènes : standardisation, singularisation, régulation.

La standardisation de la rue fait ici référence tout à la fois à l’internationalisation des styles, à son intégration aux réseaux, à sa tertiarisation commerciale, mais aussi à sa privatisation accrue par les enjeux économiques et sociaux. Tout cela conforme, notamment à travers les images produites, des secteurs d’excellence et des « poches » de pauvreté et d’abandon. Cela débouche sur un phénomène de ville globale pour les cités intégrées à l’échelle internationale (Sassen, 1991), ou de black holes (Castells, 1996) – trou noir - pour désigner celles qui sont ignorées par ce maillage de l’économie mondiale. Ces deux expressions convergent avec le concept de ville générique. Telle qu’elle a été théorisée par Rem Koolhaas, Generic City, la ville générique, est une ville qui s’uniformise, se standardise en gommant sa singularité, ses identités qu’elle soit spatiale, sociale. Une sorte de ville par défaut pour reprendre les termes de Jean-Paul Pouchous (cité par Marc Gossé, 1999).

En quoi ces mutations concernent-elles aussi les rues et jouent-elles sur les individus qui se les approprient et fondent les diverses dimensions du social ? Peut on parler de rue globale, de rues génériques ou de rues black holes, de rues anomiques faites de « junk space », d’espace rebut pour reprendre une nouvelle fois une expression chère à Rem Koolhaas (conversation avec François Chaslin, 2001) ? Y a-t-il des rues intégrées à l’ordre de l’économie internationale, normées et normatives quand d’autres sont, y compris dans des villes considérées comme performantes, en marge de l’économie globale et sont ignorées par le maillage de l’excellence ? Les rues s’uniformisent-elles en perdant des spécificités ou celles–ci sont elles reversées dans un processus complexe d’hybridation ? Les rues deviennent-elles autre chose ou disparaissent-elles dans leur symbolique profonde quand la ville devient une città diffusa (évoquée par Francisco Indovina 1990 et Bernardo Secchi) et s’étend sur des territoires de plus en plus vastes ou quand elle se ferme (gated communities, enclosures et privatisation de la rue) (Bénit-Gbaffou C., 2004). Au contraire, sont-elles plus encore qu’hier les structures fondamentales de l’unité spatiale et sociale de la ville permettant la compilation des fragments d’urbanisation différente ou la mise en cohérence des fonctions de la città frattale – ville fractale présentée par Bernardo Secchi (2000).

Les rues seraient-elles alors aussi des espaces d’innovation sociale et culturelle ? Tout d’abord à travers leurs fonctions d’interfaces évoquées plus haut (station/mouvement, privé/public, connu/inconnu, formel/informel, etc.) qui tendent à rendre compte autant qu’à construire un monde d’hybridations que ne renierait pas « l’homme pluriel » de Bernard Lahire. Ensuite, par la mise en place de nouvelles socialités autour des défilés dans les rues, que ces défilés soient l’expression de la fête plus ou moins patrimonialisée (rue spectacle, arts de la rue), de l’affirmation identitaire (gay pride) ou de l’action politique (manifestations). Enfin, par la création d’économie informelle, notamment dans les pays émergents, qui active pratiques et représentations de l’espace, parfois pensée en contradiction avec la globalisation, parfois envisagée comme à l’avant-garde de celle-ci (Gandy, 2005).

La question est complexe car la part de ce qui doit revenir à la globalisation et ce qui est imputable à l’histoire et à la culture d’une société n’est pas toujours simple à identifier. Peut être faut-il éviter d'envisager la globalisation comme une rupture mais plutôt comme un phénomène qui amplifie des tendances déjà préexistantes.

Pourquoi parler de rue et non d’espace public ? Parce qu’il est envisagé de rendre compte de la partie sensible de la ville, d’être au plus près des acteurs. Par ailleurs, dans la cartographie mentale du quidam, il est rarement question d’espace public. N’entend-on pas dire : dans ma rue ! La notion d’espace public appartient au langage savant et technique. La rue est un espace pratique de la théorisation de l’espace public, sorte de forum ambulant à vocation politique. Cela ne signifie pas que les problèmes de régulation, de normes, de conflits qui traversent la rue en tant qu’espace public soient ici éludés (voir en cela les travaux multiples d’Augustin, Berdoulay, Entrikin, Lévy). Ils sont pris en considération mais mis en perspective avec les petites pratiques et usages qui remplissent le vécu, ceux des habitants aux multiples visages (Morelle M., 2006a et b). L’analyse porte alors sur le « faire avec » l’espace qu’opèrent les corps, les sensations qu’ils induisent mais aussi le sens qui portent les habitants à aller de-ci de-là, à déambuler pour construire, à la lumière d’Erwin Goffman ([1971] 1973), les différentes scènes de leur espace vécu interactif.

C’est donc aussi dans une visée de décloisonnement disciplinaire et de terrain d’étude que ce colloque propose d’approfondir la notion de rue. Il s’agit, tant du point de vue des champs problématiques que des champs méthodologiques, de faire le point sur les dynamiques qui touchent les rues et ceux qui les habitent, les parcourent, les construisent.

Rue globale ou rue blackhole : Du cadre matériel aux usages génériques

Quels effets sur les formes urbanistiques et architecturales? Les rues connectées entre elles, à la jonction des flux, des réseaux internationaux et les rues blackholes, n’ont-elles pas des paysages similaires, avec les mêmes agencements et les mêmes formes ? La rue globale avec ses banques, ses services, rares, et commerces de luxe quand les autres sont ponctuées de friches, et de creux. L’existence de ces cadres feutrés du commerce, concentrés dans certaines rues, cachent aussi d’autres formes, que l’on rencontre invariablement dans nombre de villes, des rues où sont relégués les pauvres et les marginaux, tapis à l’ombre de l’opulence.

Dans certaines rues, ne voit-on pas s’imposer un même cadre matériel d’organisation balisant les usages spatiaux ? L’hégémonie du shopping ne soumet-elle pas tous les usages de la rue à quelques pratiques spatiales ciblées ? Par ailleurs, n’y a-t-il pas sur un fond de rythmes temporels et sociaux homogénéisés, un formatage des perceptions des usagers de la rue, une expérience partagée, où que l’on soit, par des millions de citadins, une sensorialité globale parfaitement résumée par le titre de D. Massey : « Global sense of place ».

Régulation globale : Quelle maîtrise de la rue par l’action publique ?

Quels effets sur l’action publique lorsqu’elle s’applique à la rue ? Ne voit-on pas à l’oeuvre un même mode de gouvernance, ou de gestion des rues, une sorte « d’imaginaire éco-sanitaire » pour reprendre l’expression de M. Parazelli ? Quelle est la place de l’autre invisibilisé, car ne cadrant pas avec le décor de la prospérité, (les sans-abri, les jeunes de la rue, les prostituées, les enfants des rues) ? En quoi les modes de catégorisation des individus et des groupes sont-ils affectés par les processus de globalisation ?

Peut-on parler d’une sorte de régulation globale caractérisée par les mêmes tendances à la patrimonialisation, à faire de certaines rues de l’espace central une vitrine attractive pour les investisseurs étrangers, une même manière d’avoir recours à l’art, construisant ce que Florida nomme the creative city. L’art au service de la qualification des lieux. Dans cette optique, on observe une quête de la singularité construite des identités, de ville, des images de rues, une même manière que l’on voit à l’œuvre dans n’importe quelle ville. Les processus de globalisation ont cette capacité à hybrider la différence, le traitement de la différence.

Quels effets sur les rapports sociaux et les usages de la rue. N’y a –t-il pas une standardisation touchant les socialités, l’appréhension de l’altérité, dans la rue ? A l’image des formes et des cadres matériels génériques, n’y a-t-il pas des formes communes d’agir spatial, communicationnel, relationnel ?

Instructions ou constructions mentales : La rue comme espace de spécificités contraintes ou potentielles

Dans le sens de cette régulation globale, on peut également s’interroger sur la nature intrinsèquement genrée de la rue dans un grand nombre de contextes. A côté d’un ensemble de constructions que peuvent opérer librement certaines populations, un ensemble « d’instructions mentales» semblent générer également un écheveau de différenciations dans les pratiques et les représentations des populations. La régulation s’opère alors pour exemple par la question de l'inégal accès et de l'inégale légitimité des hommes et des femmes en public. Cet inégal accès découle pour partie d’ontologie symbolique structurant les manières d’être, de faire et de penser que doivent adopter les hommes et les femmes ; ou les jeunes et les vieux ; ou les gens dits normaux et dits anormaux par rapport à l’espace de la rue. Pensons par exemple pour la France à ce que signifie l'association entre les femmes et la rue (et ici plus particulièrement le trottoir!), et le discrédit mutuel des unes et de l'autre !

Dans des territoires où l’imaginaire collectif ne correspond pas a priori à celui de la globalisation, il est intéressant d’interroger la portée des transformations que cette procédure socio-économique diffuse peut opérer sur la reproduction latente des distinctions entre les genres ou en quoi elle ne fait que les renforcer. Une analyse de la place et/ou de la classe dévolue à tout un chacun dans l’espace de la rue peut ainsi être interrogée.

La globalisation par le bas : les modes de mobilisation depuis la rue.

Nous aimerions enfin questionner la figure de la rue comme le lieu d’application idéale de la célèbre formule de Raoul Vaneigem (cité in Marcus, 2000) « Agir localement, penser globalement » réactualisé par René Dubos : « Penser global, agir local ». Aujourd’hui, on peut interroger la fonction de la rue en lien avec ces dynamiques de globalisation. Comment les modes de mobilisations politiques sont affectés par ces dynamiques de globalisation et comment se traduisent-elles dans l’espace de la rue. Quelle place pour cette dernière dans les engagements politiques et infra politiques ? Comment ces engagements sont visibilisés dans et à travers la rue, notamment par les médias télévisuels ?

Quels effets sur la prise de pouvoir de l’espace de la rue ? N’y a-t-il pas une contre-culture « normalement » vouée à ne rien dire par la société standard qui y trouve matière à remettre en cause l’ordre établi par des activités contre-normatives, une contre-culture stationnaire plutôt que circulante, bruyante ou festive plutôt que feutrée ou silencieuse, macro-collective plutôt qu’individuelle ou micro-communautaire ?

Au-delà, quels sont les modes d’occupation de l’espace, de prise ou d’emprise de l’espace par des mouvements sociaux, par une action collective. Quels sont les objectifs, la symbolique qui s’y trouve associée, de « prendre » la rue ?

Quels discours par, sur, et dans la rue.

Si la rue participe du fait urbain, l’urbanité fonctionnaliste, à travers le style moderne international, a voulu transformer son rôle et sa place dans le tissu social et spatial. La rue, par sa mise en forme architecturale et urbanistique, devient en effet l’étendard des différentes conceptions de l’espace qui s’affrontent. Dès les années 1930, c’est notamment le cas à travers la mise en place des Deux Chartes d’Athènes (Gravari-Barbas M., 2001), celle des tenants du modernisme sous la houlette de Le Corbusier (Congrès International pour l’Architecture Moderne) et celle des tenants du patrimonialisme sous celle de Giovannoni (Conférences Internationales des Monuments Historiques). Les premiers se posent à la fois comme novateurs et rénovateurs de l’espace et de l’existence des populations qui l’habite, les seconds comme conservateurs, intégrateurs et « réhabiliteurs » de l’existant. Si la ville a sans doute souffert (jusqu’à s’épuiser) de cette forme d’automatisation des configurations spatiales proposées par les modernistes, de cette reproduction, de cette anomie des formes autant que de l’anonymisation de ceux qui les ont pratiquées, on peut se demander si le reproche qui leur a été fait de séparer des fonctions sur l’échelle de l’îlot ne se reproduit pas à plus petite échelle sur celle de la ville par les conceptions actuelles plus patrimoniales des hyper-centres urbains devenus ensemble de rues de commerces et de services tout autant anonyme. Car aujourd’hui qu’en est-il exactement des projets de ville ? Comment conçoit-on l’agencement des réseaux viaires à grandes et à petites échelles ? Au-delà, dans une perspective de globalisation, quel modèle d’aménagement des réseaux viaires se mettent en place aujourd’hui dans les divers pays du Monde ? Et au-delà quels discours s’écrivent sur la rue ? Quels sont les dessins, les plans d’architectes et urbanistes qui en formatent l’esprit d’innovation comme cela pouvait en être le cas pour un Ebenezer Howard, un Frank Lloyd Wright, ou un Le Corbusier ? Quelles trames et quels types de voie sont construits aujourd’hui dans le monde et au profit de qui et au détriment de qui cet emplacement se fait-il ?

On peut aussi se demander quels sont les discours qui se tiennent non pas sur mais dans la rue ? Quels sont les modes d’expressions qui s’y développent selon l’endroit où elles se trouvent ? Quel mode de langage s’y tient entre les populations qui la traversent, s’y rencontrent, se l’approprient. Comment elle est l’enjeu d’interactions multiples non plus seulement dans l’ordre des déplacements des corps mais aussi dans l’ordre des mises en relations socio-linguistiques par l’utilisation de divers langages (véhiculaires, vernaculaires, etc.) parfois par une même personne mais selon les interrelations qu’elles effectuent (Calvet J.-L., 1994).

L’intérêt sera donc porté sur les différentes approches épistémologiques, théoriques et méthodologiques qui traitent des interactions multiples naissant des structures spatiales et sociales qui seraient inhérentes à la rue et qui préfigurent, configurent ou défigurent fonctions, sens et représentations de l’espace des acteurs qui l’habitent.

Références

Appaduraï A., [1996] 2005, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Éditions Payot & Rivages, coll. « Petite Bibliothèque » n° 560.

Bénit-Gbaffou C., 2004, « Nous avons du prendre la loi entre nos mains », In « Pouvoirs publics, politique sécuritaire et mythes de la communauté à Johannesburg », Raisons politiques, n° 15, août, 53-67.

Calvet J.-L., 1994, Les voix de la ville : Introduction à la sociolinguistique urbaine, Paris, Editions Payot & Rivages

Castells M., 1989, The Informational city. Information technology, Economic restructuring and the Urban Regional Process, Oxford, Blackwell.

Castells M., 1996, The rise of the network society. Vol.1. The information Age : Economy, Society and Culture, Oxford, Blackwell.

Chaslin F., 2001, Deux conversations avec Rem Koolhaas et caetera, Paris, Editions Sens & Tonka.

Cunningham-Sabot E.C. et Guy Baudelle (2007), « La mondialisation vue de France et des États-Unis : une discussion sémantique contre débat médiatique », L’information Géographique, Révisé, Accepté, sous presse.

Debarbieux B., 1995, « Le lieu, le territoire et trois figures de rhétorique », L’espace géographique, n° 2, tome 24, 97-112.

Debarbieux B., 1996, « Le lieu, fragment et symbole du territoire », Espaces et sociétés, n° 82-83, 13-33

Dicken P., 2004, « Geographers and globalization, (yet) another missed boat », Transactions of the institute of British Geographers, 29, 5-26.

Farge A., [1979] 1992, Vivre dans la rue à Paris au XVIIIème siècle, Paris, Gallimard.

Florida R., 2002, The rise of the creative class, New York, Basic Books.

Florida R. 2005, « The World is Spiky », The Atlantic Monthly, October
48-51.

Friedman T. L., 2005, The world is flat: A Brief History of the
Twenty-First Century, New York, Farrar, Strauss & Giroux.

Gandy M., 2005, « Learning from Lagos », New Left review, 37-52.

Goffman E., [1971] 1973, La mise en scène de la vie quotidienne.Tome 2 : Les relations en public, Paris, Les Editions de Minuit.

Gossé M., 1999, Problèmes conceptuels du développement urbain”, International Workshop, Venise, 11-12 Mars.

Gourdon J.-L., 2001, La Rue. Essai sur l’économie de la forme urbaine, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube.

Gravari-Barbas M., 2001, « Patrimoine et modernité : Les monuments historiques dans les deux chartes d’Athènes, 1931-1933 », In Berdoulay V. et Claval P. (dir.), Aux débuts de l’urbanisme français, Paris, L’Harmattan, 185-195.

Grosjean M. et Thibaud J.-P., 2001, L’espace urbain en méthodes, Marseille, Éditions Parenthèses.

Harvey D., 1989, The Condition of Postmodernity, Oxford, Blackwell.

Indovina F., 1990, La città diffusa, Venise, DAEST.

Koolhaas R., 1996, « La ville générique », L’architecture d’aujourd’hui, n° 304, 70-77.

Lahire B., 1998, L’homme pluriel. Les ressorts de l’action, Paris, Nathan.

Larsen S. E., Ballegaard-Petersen A. (dir.), 1998, La Rue, espace ouvert, Odense, Odense University Press, 219 p.

Marcus G., 2000, Lipstick traces : une histoire secrète du vingtième
siècle, Paris, Gallimard.

Mondada L., 2000, Décrire la ville. La construction des savoirs urbains dans l’interaction et dans le texte, Paris, Anthropos.

Morelle M., 2006a, « De la rue « encombrée » à la ville « saturée ». Les enfants des rues de Yaoundé et d’Antananarivo », Grafigeo, n°31, 71-83

Morelle M., 2006b, « La « rue » dans la ville africaine (Yaoundé, Cameroun et Antananarivo, Madagascar) », Annales de géographie, n°650, 2006, 339-361

Orcel G., 2006, La rue « choisie », Paris, L’Harmattan.

Paquot T., 2006, Des corps urbains. Sensibilités entre béton et bitume, Paris, Éditions Autrement.

Paquot T., 2007, « Eloge de la Rue ou quand l’art urbain soigne les dehors », Flux, n° 66/67, 127-133.

Parazelli M., 2002, La rue attractive, Parcours et pratiques identitaires des jeunes de la rue, Sainte Foy, Presses de l’Université du Québec.

Sassen S., 1991, The Global City : New York, London, Tokyo, Princeton, Princeton University Press

Sassen S. (dir.), 2007, Deciphering the global, its scales, spaces and subjects, London, Routledge.

Secchi B., 2000, Prima Lezione di urbanistica, Rome-Bari, Laterza

Vaneigeim R., 2001, Agir local, penser global, ATTAC, 1001 nuits.

Zeneidi-Henry D., 2002, Les SDF et la ville. Géographie du savoir-survivre, Paris, Éditions Bréal.

Temporalités du colloque

  • 1er Envoi de l’appel à proposition : 03 décembre 2007
  • 2ème Envoi si nécessaire : 21 Janvier 2008
  • Date d’Envoi des résumés : 6 Mai 2008

aux adresses suivantes : afhoyaux@u-bordeaux3.fr et djemila.zeneidi@ades.cnrs.fr

  • Réunion du Comité Scientifique : Semaine du 2 ou 9 Juin 2008
  • Envoi des avis du Comité Scientifique : 16 Juin 2008
  • 1er Envoi de la Programmation définitive : 23 Juin 2008
  • 2ème Envoi de la Programmation : 15 Septembre 2008
  • Colloque : 27 et 28 novembre 2008

Recommandations aux auteurs

Les résumés ne doivent pas dépasser 5000 caractères et présenter succinctement, outre le titre et cinq mots clés,

1° les objectifs de la contribution proposée,

2° son originalité dans le champ des sciences humaines et sociales qui traitent de l’espace,

3° les méthodes qui sont ou ont été utilisées pour obtenir des données de terrain et en construire une interprétation scientifique,

4° les principaux résultats attendus ou obtenus grâce à la démarche utilisée.

Date du Colloque

Jeudi 27 et Vendredi 28 Novembre 2008

Lieux

  • Pessac, France

Dates

  • mardi 06 mai 2008

Mots-clés

  • rue, globalisation

Contacts

  • Djemila Zeneidi
    courriel : djemila [dot] zeneidi [at] ades [dot] cnrs [dot] fr

Source de l'information

  • Marie-José Claverie
    courriel : mj [dot] claverie [at] ades [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Où en est la rue face à la globalisation ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 11 décembre 2007, http://calenda.org/194046