AccueilRéseaux sociaux : des usages et des outils

*  *  *

Publié le mardi 11 décembre 2007 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Cette troisième journée organisée par le Groupe Acteurs et production numérique éditoriale a pour objectif de faire le point sur la notion de réseau social en faisant converger différentes approches : l’observation des pratiques actuelles de structurations collectives en ligne et leurs dépendances sociotechniques ; l’estimation du rôle que prennent les outils dans l’agrégation des identités et la traçabilité documentaire ; l’étude des discours d’accompagnement et du partage des territoires de la publication ; la construction d’outils pour l’observation par les sciences humaines de l’architecture documentaire du web.

Annonce

Réseaux sociaux : des usages et des outils

Groupe acteurs et production numérique éditoriale du GDR-TICS


17 décembre 2007

CNAM Amphi 3, Aimé-Laussedat, accès 31, 3e étage,
9h-12h30 et 14h-18h,
2 rue de Conté, 75003 Paris

Matin (9h30 - 12h30)

Introduction de la journée : Evelyne Broudoux

« Espaces documentaires participatifs et réseaux relationnels documédiatisés : codétermination des systèmes d'organisation des connaissances et de la structure sociale » ; Manuel Zacklad, Professeur Systèmes d'information et sciences cognitives, Tech-CICO, UTT

« L'homme est un document comme les autres : redocumentarisation et indexabilité au-delà des réseaux sociaux » ; Olivier Ertzscheid, Maître de Conférences en SIC, IUT de La Roche-sur-Yon, Université de Nantes

Les réseaux sociaux posent aujourd'hui, au sens propre, la question documentaire appliquée au facteur humain. Au-delà même de la question des identités « simplement » numériques, l'enjeu premier semble aujourd'hui de constituer un pan-catalogue des individualités humaines.
Les acteurs qui disposent de la capacité algorithmique permettant de rendre indexable en une même entité globale les sphères jadis distinctes de l'information publique, privée et intime, sont aujourd'hui pour l'essentiel les mêmes que ceux qui se mettent en quête d'un nouveau graal documentaire : celui du graphe social le plus complet possible de l'humanité connectée. Notre exposé tentera de questionner le lent mais inexorable mouvement de redocumentarisation qui après avoir ouvert le processus d'indexation à la marchandisation (liens sponsorisés), après avoir paré ce même processus de vertus « sociales » (folksonomies et indexation sociale), place aujourd'hui l'homme au centre même du cycle documentaire, mais l'y place non plus comme sujet-acteur, mais comme un objet-documentaire ... parmi d'autres.

« Réseaux sociaux, identités et web2.0 » ; Dominique Cardon, Sociologue, Orange, France-Telecom R&D

Après-Midi (14h – 17h)

« Une critique des discours autour du web 2.0 : à propos des complémentarités entre « réseaux sociaux » et industries culturelles » ; Franck Rebillard, Maître de Conférences en SIC, Elico, Université de Lyon 2

Les nombreux discours prophétiques environnant le web 2.0 sont venus récemment rappeler que les prédictions de transformations sociétales radicales inférées de la technologie sont loin de s’estomper et sont même constamment réinitialisées. En matière de culture et d’information, l’essor des blogs de journalisme « citoyen » ou les sites de partage de vidéos sont par exemple souvent décrits comme une révolution par rapport à l’existant, au travers de couples d’opposition distinguant un avant et un après web 2.0 : verticalité de la diffusion / horizontalité des échanges ; passivité de la consommation mass-médiatique / posture active de l’internaute ; contrôle industriel de la production / liberté de la création amateur. Sur ces trois plans, nous proposerons de dépasser ces oppositions binaires pour montrer que ce milieu des années 2000 correspond sans doute davantage à un moment d’hybridation entre les indutries culturelles et les nouveaux dispositifs de sociabilité numérique.

Premièrement, les échanges de biens informationnels et culturels entre individus, qui en ont toujours accompagné la diffusion industrielle, changent de nature avec l’internet. D’une part, ils acquièrent une envergure supérieure, en étant plus rapides et plus étendus. D’autre part, ils prennent appui sur des procédés beaucoup plus sophistiqués qui conjuguent transmission et prescription des biens informationnels et culturels. Ces échanges sur l’internet accroissent la participation de l’utilisateur final au processus éditorial de sélection des œuvres : ils pourraient à ce titre rencontrer les tentatives récurrentes de réduction du caractère aléatoire de valorisation des biens, marquant les industries de la culture et de l’information.
Deuxièmement, la relation à l’information et à la culture sur l’internet laisse un peu plus de place à l’intervention sur le contenu. Cette potentialité renvoie à des pratiques de statuts très divers et se retrouve tout aussi diversement mise en œuvre. Prise dans une acception plus collective de la fonction auctoriale en raison du caractère souvent composite des contenus numériques, la création de contenus sur l’internet concerne plusieurs millions de personnes tout en étant l’apanage d’une frange intellectuelle minoritaire dans la population. A cet égard, l’internet semble se raccrocher – et non pas échapper – à l’évolution de la distribution des ressources sociodémographiques déterminant les pratiques médiatiques et culturelles, distribution un peu plus large qu’auparavant mais restant inégale.
Troisièmement, les frontières entre publication amateur d’un côté, et marchandisation de l’information et de la culture d’un autre, semblent se redessiner avec l’internet. Les auteurs de contenus produits en amateur, pour véritablement bénéficier de la surface d’exposition élargie par l’internet, doivent s’inscrire dans des stratégies de captation des internautes, et recourrent notamment à des plate-formes d’autopublication. Ainsi les acteurs industriels tirent-ils profit de l’exploitation économique de contenus amateurs en grand nombre tandis que les auteurs y trouvent un moyen commode pour donner une visibilité à leurs créations. Ce double mouvement accentue une relation dialectique caractérisant les industries de la culture et de l’information depuis leurs origines.

Les formes prises dernièrement par la culture et l’information, sur l’internet, présentent donc quelques modalités nouvelles par rapport à ce qu’elles étaient sur les supports précédents (papier, audiovisuel). Dans la configuration actuelle, les échanges entre internautes se mêlent à la diffusion de masse, les pratiques les plus interactives se fondent dans l’immense majorité des attitudes de simple consultation, et la création en amateur n’exclut pas son intermédiation marchande. Ces différents aspects ne sont donc pas à opposer puisqu’ils coexistent et s’entrecroisent. Si nouveautés il y a, ce ne sont pas de totales originalités partant de rien, mais plutôt des ajouts, des réorientations, des changements d’échelle ou de vitesse, au sein de dynamiques sociales présentant une certaine continuité.

« Quelle proximité entre amateurs et auteurs ? » ; Evelyne Broudoux, Maître de Conférences en SIC, CHCSC/Paragraphe, IUT de Vélizy, UVSQ

Depuis plus de dix ans, l'espace communicationnel et documentaire que constitue le web n'a cessé de s'élargir à des pratiques diversifiées de publication faisant se côtoyer amateurs, pro-ams, professionnels, auteurs et experts. De nouveaux modèles éditoriaux sont apparus basés sur l'apport filtré des amateurs à de multiples degrés. Auteurs et amateurs sont conduits ainsi à partager les mêmes territoires. De quoi se compose alors leur proximité ?

« Des traces d'usages aux patterns relationnels : la construction technologique des objets d'observation en NetworkSciences » ; Franck Ghitalla (président de WebAtlas, Maitre de conférences en SIC, UTC), Guilhem Fouetillou (dir. scientifique RTGI-SAS, doctorant en SIC, Costech), Mathieu Jacomy (MSH, doctorant en SIC, Celsa)

L'exploration de cette architecture documentaire fascinante qu'est le web réclame un niveau d'instrumentation technique et méthodologique jamais égalé en sciences sociales. Les chercheurs doivent pouvoir maîtriser des corpus de données en grand nombre, peu structurées et très dynamiques, sans compter leur nature numérique qui en fait des données hautement formalisées techniquement. Toute une ingénierie heuristique de l'exploration reste à encore à inventer pour isoler des réseaux sociaux, mapper des flux informationnels, modéliser des mutations, comprendre la distribution de mots ou de liens hypertextes à petite comme à grande échelle dans un système d'information distribué dont l'essentiel des lois nous échappent encore. A l'opposé des postures scientifiques qui s'alarment du pouvoir supposé de la "techno-science" et du chantier stratégique ouvert maintenant de la "traçabilité du social" sur les réseaux, le projet d'investigation expérimentale des structures du web WebAtlas parie sur une démarche qui consiste à s'emparer de la question de la technologie pour développer des instruments inédits d'exploration en essayant de mesurer, pas à pas, et pour chacun des projets dans lesquels est engagée l'association, leurs enjeux épistémologiques et les "effets produits" de leurs usages. A ce titre, trois points majeurs de la démarche seront présentés : le déploiement de méthode "quali-quantitatives" pour le recueil et l'analyse des données web en SHS, le passage des propriétés statistiques des données web à leur visualisation (et donc au pouvoir de manipulation heuristique ouvert aux chercheurs) et, enfin, la question de l'avènement d'authentiques politiques d'aménagement des territoires numériques dans différents domaines d'activité.

« Vectorialisme et production coopérative » ; Hervé Le Crosnier, Maître de conférences en Informatique, Greyc, Université de Caen

On assiste à l'émergence d'un nouveau mode de production des documents et de diffusion des idées que l'on appelle "peer-to-peer production" ou "production coopérative".Ce modèle est appliqué dans le domaine de la production de logiciels (mode de développement des logiciels libres, mais aussi large diffusion des tutoriels et aides en ligne pour la production de sites web) et dans celui de la production de documents collectifs de grande envergure (encyclopédies comme wikipedia, dépôts d'articles en mode OAI pour la diffusion de la science,...)

L'idée de production coopérative se développe au-delà et gagne les divers secteurs de la production de biens culturels ("user generated content" ou "auto-production"),en attendant des applications dans des domaines plus industriels (biotechnologies, phase logicielle de la production et des capteurs, mesh networks,...).

Dans le même mouvement on assiste à une évolution très rapide des entreprises du secteur, qui passent du rôle de facilitateur (enabler) mettant à la disposition du public des plate-formes d'outils et de diffusion (YouTube, MySpace,Blogspot, Flickr,...) à celui de vecteurs qui possèdent un ascendant sur l'ensemble de la chaîne de valeur dans la production numérique, et qui peuvent monétariser  les travaux des individus (crowdsourcing) auprès de l'industrie de l'influence.

Les questions du profilage, de l'auto-définition des personnes (notamment dans les réseaux sociaux) et de la gestion de l'authentification numérique dessinent un rôle nouveau pour les vecteurs : leur richesse "c'est vous", leur matière première"c'est vous", leur marché, "c'est vous".

Définir et mieux connaître la place et le rôle complexe, contradictoire (à la fois outils indispensables de mise en relation, mais aussi structure dirigeant le monde) et évolutif (concentration, intervention sur de multiples métiers et secteurs, accentuation de la "convergence") des vecteurs me semble un axe de recherche qui permet de mieux comprendre l'univers de la production numérique coopérative. Une telle recherche peut éclairer les choix des acteurs,tant dans le cadre d'une intervention sociale (quelle indépendance des producteurs et de leurs mouvements) que politique (quelles régulations pour ces acteurs multiformes).

Conclusion de la journée : Olivier Ertzscheid

Accès libre mais confirmer votre présence à Elodie Ozanne : elodie.ozanne@cnam.fr

Lieux

  • Cnam
    Paris, France

Dates

  • lundi 17 décembre 2007

Mots-clés

  • indexation collaborative, document numérique, réseaux sociaux, auteurs, amateurs, médias, cartographie, communautés, web socio-sémantique, vectorialisme

URLS de référence

Source de l'information

  • Evelyne Broudoux
    courriel : evelyne [dot] broudoux [at] cnam [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Réseaux sociaux : des usages et des outils », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 11 décembre 2007, http://calenda.org/194050