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Questions méthodologiques et politiques - Implication, réflexivité et positionnement des jeunes chercheurs travaillant sur le sida aujourd'hui

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Publié le lundi 14 janvier 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Dans le cadre du réseau Santé et Société de la MSH Paris-Nord, nous organisons une journée d’études sur le thème "Implication, réflexivité et positionnement des jeunes chercheurs travaillant sur le sida aujourd'hui : questions méthodologiques et politiques" qui aura lieu le 8 avril 2008. Cette journée est organisée en collaboration avec l'Agence Nationale de Recherches sur le Sida.

Annonce

Implication, réflexivité et positionnement des jeunes chercheurs travaillant sur le sida aujourd’hui : questions méthodologiques et politiques.

Journée d’étude doctorale

Réseau de doctorants Santé et Société
Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord.
http://doctorants.mshparisnord.org/

Mardi 8 avril 2008

Dans le domaine de la santé, les chercheurs en sciences sociales se sont de longue date efforcés de penser leur relation avec le monde extérieur, qu’il s’agisse du monde social qu’ils étudient ou des acteurs sociaux politiques détenant la capacité d’agir dans ce champ. Dès la fin des années 1960, avec les premières recherches françaises sur la maladie, la sociologie et l’anthropologie se sont trouvées inscrites dans un rapport étroit de tension entre d’une part leurs objets et objectifs de recherches et d’autre part, les besoins et attentes des professionnels de la santé, des décideurs politiques et, plus récemment, des associations de patients. Il est maintenant largement admis que la recherche en sciences sociales ne se réduit pas à un rôle de critique et de dénonciation et qu’elle peut contribuer à concevoir des réformes concrètes.

Au cours des deux dernières décennies, la survenue de l’épidémie de sida a fortement réactivé ces lignes de tension et participé à la recomposition des espaces du pouvoir médical et à l’évolution de la place et du rôle des sciences sociales. Sollicitées pour analyser les politiques de lutte contre le sida, comprendre les mécanismes individuels de la prévention, étudier les adaptations par les populations – couramment désignées comme ‘populations-cibles’ – au niveau, par exemple, de l’observance thérapeutique ou l’interprétation des normes prophylactiques, les sciences sociales restent inscrites dans ce rapport problématique entre les résultats de recherche et l’utilité publique de ces résultats – ou leur applicabilité (Becker et al., 2001). Cela pose l’importante question du rapport entre la production de connaissance scientifique par les chercheurs et le changement social que leurs travaux sont susceptibles d’accompagner. En effet, la sphère médicale – en l’absence de traitement curatif pour le sida –, les responsables politiques et institutionnels – par éloignement avec le vécu de la maladie – continuent d’interroger les chercheurs en sciences sociales sur les aspects sociaux, économiques, politiques et culturels de la pandémie, sur les moyens (en termes d’accompagnement, de prévention, d’information) qu’il conviendrait de mettre en place au niveau individuel et collectif. Cette demande est formulée par ces acteurs afin de mieux comprendre les conditions de la prise en charge et par là même d’améliorer leur propre mission (de soin, de santé publique), en somme leur action. Mais les jeunes chercheurs de leur côté, par leur implication dans leur sujet d’étude témoignent aussi d’une volonté de participer au changement social, en contribuant par exemple à améliorer la situation de la prise en charge sanitaire – et ce, en particulier, par une entreprise de connaissance à la base de cette collaboration (Olivier de Sardan, 1995). Les chercheurs sont alors amenés à réfléchir à leur positionnement, leur nécessaire distanciation par rapport à leur objet d’étude et en même temps à leur implication inéluctable. Ce rôle engagé et impliqué du chercheur est d’ailleurs pensé comme nécessaire dans le cas de recherches menées sur le sida : « la distanciation neutre n’est avec le sida ni possible ni humainement acceptable : c’est l’implication du chercheur qui est nécessaire » (Benoist et Desclaux, 1996 : 34) ; « avec cette maladie [le sida], une nouvelle modalité de la relation entre l’engagement et la distanciation s’est définie, qui associe des ingrédients de l’approche appliquée et de la lecture critique » (Fassin, 2001 : 59).

Les jeunes chercheurs en sciences sociales travaillant sur la sida ont pris acte de ces multiples questionnements, des dilemmes méthodologiques, éthiques et politiques énoncés par leurs prédécesseurs (Pollak, Fassin, Vidal) et qui se posent toujours à eux aujourd’hui – sous des formes qui peuvent être identiques mais aussi redéfinies, renouvelées. En effet, mener des recherches sur le sida aujourd’hui ne comporte pas les mêmes enjeux méthodologiques et politiques qu’il y a dix ou vingt ans. Il s’agit donc pour les doctorants et les jeunes chercheurs de réfléchir aujourd'hui à la fois à la question de l’engagement et de l’action – à savoir comment leurs travaux peuvent bénéficier directement aux agents sociaux, médicaux, associatifs et politiques - et à la question de la réflexivité et de la neutralité axiologique leur imposant une distanciation scientifique par rapport à leur objet. Dans ce cadre, il convient également de questionner la recherche insérée dans des dispositifs de commande, en particulier ce que l’on entend par « recherche-action ». Quels outils pour mener un travail de mise à distance et de réfléxivité? Comment gérer la double temporalité entre le “temps long” de la recherche et les délais imposés par le “temps de l’action”? Quel positionnement adopter lorsque l’on est en prise avec les enjeux de pouvoirs des acteurs des associations ou des institutions ? Comment retranscrire et partager son expérience du terrain avec les acteurs associatifs/institutionnels et favoriser l’appropriation des résultats ? Comment « rendre opérationnelles » ses recherches dans le cadre de projet de « recherche-action » ?

La journée d’étude doctorale cherche à explorer les dimensions méthodologiques et politiques des tensions entre les exigences des chercheurs et les attentes des acteurs institutionnels et/ou non institutionnels (contraintes sociales, financières ou politiques qui pèsent sur nos objets de recherche), tensions déstabilisantes mais aussi utiles et productives, lorsque l’on sait les analyser et les prendre en compte au cœur des recherches. Cette journée d’étude doctorale est l’occasion de rassembler des interventions présentant, à partir d’expériences empiriques aussi bien en France qu’à l’étranger, les réflexions que suscitent les enquêtes auprès de structures institutionnelles, ou auprès d’acteurs non gouvernementaux, ou encore des collaborations directes dans le domaine de la recherche sur le sida.

La journée d’étude doctorale se déroulera le mardi 8 avril 2008, avec la collaboration de l’Agence Nationale de Recherches sur le Sida (ANRS).

Les propositions de communication pour cette journée d’étude ne devront pas dépasser 300 mots (une page) et contenir une liste de mots clés (5 au maximum). Elles seront envoyées avant le 15 février 2008 par courrier électronique aux adresses suivantes :

Anthony Billaud: anthonybillaud@yahoo.fr
Fanny Chabrol : fannychabrol@yahoo.fr
Gabriel Girard: Gabriel.Girard@ehess.fr

Lieux

  • ANRS, 101 rue de Tolbiac, 75013 Paris
    Paris, France

Dates

  • vendredi 15 février 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • sida, santé, implication, recherche

Contacts

  • Gabriel Girard
    courriel : ggirard [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Gabriel Girard
    courriel : ggirard [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Sida et recherche », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 14 janvier 2008, http://calenda.org/194188