AccueilInstitutionnalisation de la xénophobie en France

Institutionnalisation de la xénophobie en France

Regards croisés sur la construction politique de l’étranger

*  *  *

Publié le lundi 14 janvier 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

L’observatoire de l’institutionnalisation de la xénophobie (Observ.i.x) est un collectif de recherches en sciences de l’humain et de la société créé après l’apparition en France du ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Cet observatoire fonctionne comme un laboratoire de sciences humaines et sociales, avec pour finalité principale, de favoriser l’autonomie de la production intellectuelle, des savoirs scientifiques et de leur diffusion dans un secteur de recherche dont les institutions publiques et les politiques de la recherche ne favorisent ni le développement, ni l’autonomie.

Annonce

Observatoire de l’institutionnalisation de la xénophobie

Appel à contributions

Institutionnalisation de la xénophobie en France
Regards croisés sur la construction politique de l’étranger

Echéance de réponse : 30 janvier 2008
Téléchargez l'appel : http://observix.lautre.net/IMG/doc/Appel_Observix_140108.doc

Appel ouvert tant aux travaux inédits qu’aux recherches ayant déjà fait l’objet, en tout ou partie, de publications antérieures – Pré-réponse avant le 30 janvier 2008 ; texte définitif à rendre le 30 mars 2008 pour publication dans la revue en ligne Asylon(s) en avril 2008 ; colloque international les 30 et 31 mai 2008 à l’Assemblée Nationale (sous réserve) ; livre collectif fin 2008.

Le comité scientifique opérant la sélection des réponses et des contributions définitives est le Groupe de Pilotage de l’observatoire élu par les chercheurs et travaillant sous leur contrôle (cf. : http://observix.lautre.net) : Marc Bernardot, Jean-Baptiste Duez, Speranta Dumitru, Nacira Guénif, Nicolas Hossard, Benoît Larbiou, Olivier Le Cour Grandmaison, Roselyne Rochereau, Serge Slama, Jérôme Valluy.

_________________________

L’observatoire de l’institutionnalisation de la xénophobie (Observ.i.x) est un collectif de recherches en sciences de l’humain et de la société créé après l’apparition en France du ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Cet observatoire fonctionne comme un laboratoire de sciences humaines et sociales, avec pour finalité principale, de favoriser l’autonomie de la production intellectuelle, des savoirs scientifiques et de leur diffusion dans un secteur de recherche dont les institutions publiques et les politiques de la recherche ne favorisent ni le développement, ni l’autonomie.

A titre de définition préalable nous entendons par « xénophobie », l’ensemble des discours et des actes tendant à désigner l’étranger comme un problème, un risque ou une menace pour la société d’accueil et à le tenir à l’écart de cette société, que l’étranger soit au loin et susceptible de venir, ou déjà arrivé dans ce pays ou encore depuis longtemps installé. Le domaine d’observation inclut l’ensemble des phénomènes qui participent à l’érosion des perceptions humanistes de l’altérité et à la stigmatisation de l’étranger comme problème, risque ou menace dans le fonctionnement ordinaire d’autorités instituées (ministérielles, administratives, judiciaires, médiatiques, scientifiques, intellectuelles, scolaires, économiques, partisanes, associatives...) ainsi que le développement de la xénophobie dans la population sous l’effet des discours et des actes de ces autorités.

Les soixante chercheurs qui participent à cet observatoire, de par les compétences acquises dans leurs travaux de recherche antérieurs, souvent depuis de nombreuses années, sont en mesure de traiter un certain nombre de sujets relatifs à l’institutionnalisation de la xénophobie. Ces sujets ont été regroupés en quatre axes thématiques (1. Identité nationale, xénophobies, discriminations : représentations et perceptions de l’altérité ; 2. L’immigration comme "problème" : construction et institutionnalisation ; 3. Diversité des formes d’institutionnalisation de la xénophobie : institutions publiques, référents professionnels, dispositifs sociaux... ; 4. Multiples "Codéveloppements"... des économies, des migrations et des xénophobies). Les travaux déjà engagés sont présentés sur le site : http://observix.lautre.net/spip.php?rubrique4.

Cependant les premières réunions de travail ont fait apparaître la nécessité de compléter les compétences réunies par des contributions portant sur des thèmes importants dans la délimitation et la construction de ce domaine d’étude mais que les chercheurs de l’observatoire ne couvrent pas suffisamment par leurs travaux. Tel est l’objet du présent appel à contributions qui est ouvert non seulement aux travaux inédits mais aussi aux contributions fondées sur des recherches achevées ayant déjà fait l’objet, en tout ou partie, de publications antérieures. C’est moins le caractère inédit des contributions qui intéresse l’observatoire dans cette démarche initiale que leur fiabilité méthodologique et leur adéquation au domaine d’observation. Les textes de contribution seront de 15000 à 30000 signes mais pourront être d’un volume supérieur. Les propositions ne porteront pas nécessairement que sur la France, les comparaisons spatiales et historiques étant les bienvenues. Toutes les disciplines et spécialités de sciences humaines et sociales sont sollicitées par le présent appel qui est ouvert a toute personne souhaitant réaliser de telles recherches quel que soit son statut professionnel.

Thème n°1 : De la colonisation à la lutte antimigratoire : transferts idéologiques et technologiques

L’institutionnalisation de la xénophobie à la fin du XXème siècle, au vu des derniers travaux de recherches historiques, semble liée à des transferts de différents dispositifs juridiques, politiques, éducatifs, médicaux, sociaux ou urbanistiques - cette liste n’est pas exhaustive - élaborés et mis en oeuvre dans les colonies puis appliqués en métropole aux "colonisés immigrés" puis, après les indépendances, aux immigrés. L’une des hypothèses de recherche étant, par exemple, que certaines dispositions du droit des étrangers aujourd’hui en vigueur aurait des origines coloniales. Une autre hypothèse concerne les effets sur les systèmes politiques métropolitains des retours et réaffectations administratives, notamment dans les services et organisations en charge des immigrés, de fonctionnaires engagés dans les administrations civiles, policières et militaires durant la colonisation et les guerres de libération. Ces transferts de la colonisation à la lutte antimigratoire, semblent d’autant plus efficients qu’ils prennent place dans une culture politique façonnée, dans son rapport aux étrangers, par des décennies de justifications intellectuelles et politiques de la colonisation ainsi que des rapports symboliques très dévalorisant avec les populations colonisées. Ces hypothèses amènent en outre à réexaminer les conditions historiques, motivations politiques et intérêts sociaux de la « fermeture des frontières » dans les Etats occidentaux au début des années 1970 ainsi que la genèse des premières politiques antimigratoires à cette époque. A cela s’ajoute aujourd’hui l’étude de la circulation et de la promotion/diffusion, à l’intérieur même de l’Union européenne, associant plusieurs Etats colonisateurs, des savoirs et des savoir-faire acquis en matière de contrôle des "flux migratoires", et, in fine, des techniques répressives employées contre les "clandestins", les immigrés ou ceux qui sont perçus comme tels.

Thème n°2 : Les formes ordinaires et actuelles de la xénophobie institutionnalisée (délations organisées, délits de solidarité, rafles...)

Dans le processus historique d’institutionnalisation de la xénophobie, l’action publique joue un rôle majeur dont les effets ne se mesurent pas principalement à l’aune des critères technocratiques d’évaluation des politiques publiques, mais de leurs effets idéologiques produits dans la société : les politiques publiques, en présentant comme « techniques » les solutions à des problèmes posés comme implicitement « évidents », imposent des idéologies aussi fortement que certains partis politiques. Elles imposent notamment certaines définitions de problèmes publiques en particulier celle de l’étranger surnuméraire comme un problème, un risque ou une menace pour la société. Ainsi, l’activisme étatique à l’encontre des étrangers sans papiers l’amène à déborder des garde-fous, à subvertir les tabous et à renier les droits fondamentaux que l’histoire a laissé comme traces des grandes dérives européennes. Dans cette perspective, nous nous intéressons particulièrement aux dispositifs juridiques et administratifs d’organisation de la délation politique : l’enrôlement de corps de fonctionnaires de plus en plus divers, loin de leurs missions initiales, dans le signalement à la police des étrangers « irréguliers ». Nous étudierons également la criminalisation des actes de solidarité avec les étrangers et les processus d’enrôlement des institutions policières et judiciaires dans la répression politique des citoyens venant en aide aux sans papiers. Nous nous intéresserons aussi au retour des phénomènes de rafles d’individus stigmatisés comme nuisibles ou délinquants, les recherches pouvant procéder par comparaison avec les actions policières observées dans les anciennes colonies ou, en métropole, dans d’autres périodes de l’histoire.

Thème n°3 : Dynamiques de mimétismes et de surenchères européennes

A l’heure où la multiplication des recherches autour du concept d’ « européanisation » tend à alimenter l’hypothèse d’une convergence entre les structures, les normes et les pratiques nationales, l’étude du phénomène d’institutionnalisation de la xénophobie conduit à s’interroger sur le sens réel de ces influences mutuelles en matière d’accueil et de traitement des étrangers : plutôt que de raisonner en termes de « convergence », ne peut-on pas parler d’un phénomène de surenchère, conduisant au bout du compte à un durcissement des politiques migratoires ? On analysera les interactions « horizontales » entre les Etats européens mais aussi les interactions « verticales » puisque les représentants des Etats agissent à « Bruxelles » ou à « Strasbourg » pour favoriser l’exportation de leurs pratiques nationales, tout en invoquant les contraintes européennes pour justifier des réformes internes. Sont également bienvenues les recherches s’intéressant aux modalités de la diffusion ou du transfert : comment s’opère la comparaison entre les politiques nationales ? Quels sont les critères et les techniques mis en scène pour identifier les « meilleures pratiques » et étalonner les « performances » respectives ? Pourquoi certains systèmes nationaux sont-ils distingués comme des modèles à imiter, ou au contraire stigmatisés comme des échecs à éviter ? Comment les acteurs nationaux se saisissent-ils du modèle extérieur pour le réinterpréter, le domestiquer ou le transformer ? Enfin se pose la question des effets de ces dynamiques. Dans quelle mesure favorisent-elles l’essor d’un langage commun ou l’adoption d’un agenda commun ? Peut-on déjà constater un rapprochement dans la qualification des « problèmes à traiter » et la délimitation de l’espace des solutions acceptables ?

Thème n°4 : Constructions intellectuelles et diffusions pédagogiques

L’institutionnalisation de la xénophobie semble dépendre, pour une part au moins, des productions intellectuelles, littéraires, politiques, scientifiques et pédagogiques en ce qu’elles donnent à voir ou au contraire occultent du rapport à l’étranger au cours de notre histoire et dans la participation qu’elles peuvent avoir à la construction de l’étranger comme problème, risque ou menace. A cet égard, les sciences humaines et sociales massivement professionnalisées à la fin du XXème siècle, alimentant les contenus pédagogiques du système scolaire, jouent un rôle dans l’évolution de la culture politique qui mérite d’être examiné au moment où celle-ci se trouve entraînée par la remontée des nationalismes xénophobes. Il conviendra en particulier d’analyser le rôle des travaux scientifiques dans la construction de problèmes publics d’ethnicité, d’intégration ou de risque démographique ou encore de menace économique ou culturelle. Cette analyse pourra se rapporter aux contenus publiés et à leurs modes de production notamment à l’état des relations financières, organisationnelles et symboliques entre les pouvoirs politiques et les chercheurs, ainsi qu’aux conditions politiques et économiques de production des manuels scolaires. On s’intéressera particulièrement aux contenus de ces manuels en ce qui concerne le traitement de certains moments historiques, comme ceux de la colonisation et de la décolonisation ainsi qu’aux silences de l’historiographie académique relative aux liens entre le fait colonial et les questions migratoires. Il serait bon également de voir comment ces thèmes sont présentés dans les curricula prescrits, dans les supports pédagogiques que constituent les manuels, les vidéos, etc. Certaines contributions pourraient mettre en évidence les tensions régnantes entre histoire scolaire et mémoire, à la fois dans les programmes et dans les curricula réels.

__________________________

Le comité scientifique opérant la sélection des réponses et des contributions définitives est le Groupe de Pilotage de l’observatoire élu par les chercheurs et travaillant sous leur contrôle (cf. : http://observix.lautre.net) : Marc Bernardot, Jean-Baptiste Duez, Speranta Dumitru, Nacira Guénif, Nicolas Hossard, Benoît Larbiou, Olivier Le Cour Grandmaison, Roselyne Rochereau, Serge Slama, Jérôme Valluy.

Cet appel à contributions ouvre une démarche collective et annuelle en quatre étapes :
1) Merci de nous indiquer votre intention de participer en nous envoyant une pré-réponse avant le 30 janvier 2008 (Titre de contribution – Abstract en une dizaine de lignes – Curriculum vitae détaillé). Nous vous répondrons sous quinzaine.
2) les contributions sont à rendre le 30 mars 2008 pour publication dans un numéro l’intitulé « Institutionnalisation de la xénophobie en France » proposé à la revue en ligne Asylon(s) (http://terra.rezo.net/rubrique101.html) pour publication en avril 2008.
3) Les textes publiés seront mis en discussion lors d’un colloque à l’Assemblée Nationale (sous réserve de confirmation) les vendredi 30 et samedi 31 mai 2008.
4) Enfin, l’ensemble des travaux, des débats et des éventuelles initiatives complémentaires devrait permettre de publier, en fin d’année, un ouvrage collectif.

Pour répondre à l’appel, merci d’envoyer de toute urgence et au plus tard avec le 30 janvier 2008 à Jean-Baptiste DUEZ jbduez@hotmail.com Speranta DUMITRU speranta.dumitru@free.fr et Benoît LARBIOU blaison.larbiou@wanadoo.fr : 1) un titre de contribution ; 2) un abstract de dix lignes environ ; 3) un curriculum vitae détaillé. La réponse vous parviendra sous quinzaine pour une contribution à rendre le 31 mars 2008.

Lieux

  • France / Europe / Monde, France / Europe / Monde

Dates

  • mercredi 30 janvier 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • xénophobie

Contacts

  • Jean-Baptiste DUEZ
    courriel : jbduez [at] hotmail [dot] com
  • Speranta Dumitru
    courriel : speranta [dot] dumitru [at] parisdescartes [dot] fr
  • Benoît LARBIOU
    courriel : blaison [dot] larbiou [at] wanadoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Jérôme Valluy
    courriel : valluy [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Institutionnalisation de la xénophobie en France », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 14 janvier 2008, http://calenda.org/194192