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Mutations, obstacles et tremplins de la critique sociale

Un dialogue nord-sud des Amériques

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Publié le mardi 15 janvier 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

L'ACSALF (Association canadienne des sociologues et anthropologues de langue française) tiendra les 22, 23, 24 octobre 2008 son premier colloque annuel à Montréal. Ce colloque sera un moment exceptionnel où les anthropologues et les sociologues habituellement dispersés dans de multiples domaines d'étude et œuvrant dans de nombreuses disciplines pourront se réunir ensemble sur la base d'un thème commun. Ce thème sera celui de la critique sociale et de ses rapports à nos disciplines. Deux axes organiseront les échanges : le premier, la sociologie et l'anthropologie des formes de critique sociale et le second, l'esprit critique dans nos disciplines.

Annonce

Mutations, obstacles et tremplins de la critique sociale. Un dialogue nord-sud des Amériques

L'ACSALF (Association canadienne des sociologues et anthropologues de langue française) tiendra les 22, 23, 24 octobre 2008 son premier colloque annuel à Montréal. Ce colloque sera un moment exceptionnel où les anthropologues et les sociologues habituellement dispersés dans de multiples domaines d'étude et œuvrant dans de nombreuses disciplines pourront se réunir ensemble sur la base d'un thème commun.

Ce thème sera celui de la critique sociale et de ses rapports à nos disciplines. Deux axes organiseront les échanges : le premier, la sociologie et l'anthropologie des formes de critique sociale et le second, l'esprit critique dans nos disciplines.

À titre de repère préliminaire, la critique sociale peut se définir comme étant une mise en relief des fondements et des limites de l'ordre social existant. Elle se fait à partir de discours et de pratiques qui ouvrent sur d’autres possibilités d'existence et de vie sociale.

Vous avez jusqu'au 12 février pour soumettre un projet d'atelier, de table ronde ou une autre activité dans le cadre du colloque et jusqu'au 1er mars pour soumettre une communication. Votre proposition doit inclure un titre, un résumé d'au plus 400 mots pour une communication et de 600 mots pour un projet d'activité et les coordonnées des participants, et être acheminée à l'adresse : acsalf@inrs-ucs.uquebec.ca (Gabriela Coman).

Les propositions seront soumises à un comité d'évaluation scientifique selon les normes habituelles.

Pour des renseignements supplémentaires sur la tenue du colloque (tarifs, hébergement, etc.), veuillez consulter le site de l'ACSALF à www.acsalf.ca. À noter que la langue principale du colloque est le français. Cependant, des communications en anglais et en espagnol peuvent être soumises.

De nombreuses discussions préparatoires au colloque ont mené à la présentation des thèmes autour desquels s'articuleront les deux axes d'étude de la critique sociale. Le texte de présentation, de réflexion et de questionnements qui suit vise à guider et inspirer votre contribution au colloque. Il vous est toutefois possible de déborder les thèmes mis de l'avant en faisant une proposition au comité organisateur du colloque.
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Réflexions préalables aux choix des thèmes pour l’appel de communications

Aujourd'hui, les possibilités technoscientifiques des sociétés occidentales permettent un vaste accès à des modes de plus en plus créatifs et diversifiés d'appréhension et de transmission des connaissances. Par ailleurs, des contraintes marchandes, institutionnelles et politiques restreignent les formes de production et les lieux de pénétration des connaissances, en sciences sociales notamment. Cette conjoncture d'apparence paradoxale a inspiré le thème de ce colloque. Il nous est en effet apparu pertinent de faire l'état des lieux sur la portée socioculturelle et politique des travaux de sociologie et d'anthropologie et ce, tant du point de vue des intellectuels que de celui des acteurs sociaux engagés dans différents champs.

Les sociologues et anthropologues ont toujours accordé une attention particulière à la compréhension, l’analyse et la mise en relief des dilemmes des discours et des pratiques relevant de la critique sociale. Suivant cette préoccupation disciplinaire, le premier colloque international de l'ACSALF souhaite engager et poursuivre un réseau de dialogues croisés autour de la critique sociale : entre le nord et le sud des Amériques; entre les sociologues et les anthropologues issus des milieux académiques et ceux oeuvrant dans différents champs sociaux (santé, développement, etc.); entre les intellectuels, les acteurs de la critique sociale et les créateurs engagés dans diverses formes de manifestations artistiques.

Pour donner lieu et forme à ces échanges, ce colloque débordera la formule classique des rencontres académiques. Au mode traditionnel de présentation (conférences, communications, tables rondes, affiches), s'ajouteront des espaces pour les échanges et les débats. Diverses présentations artistiques (films, théâtre, arts visuels, photos) ponctueront cet événement de dialogue et de réflexion.

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Le premier axe : anthropologie, sociologie et pluralité des formes de la critique sociale aujourd’hui.

De nombreuses recherches anthropologiques et sociologiques portent en partie ou en totalité sur l'étude des mouvements sociaux et des idéologies contemporaines. Ces travaux décrivent, critiquent, analysent et caractérisent; ils développent et situent leurs propres discours par rapport à ceux issus de leur terrain d'étude. Quel état des lieux pouvons-nous dresser des formes que prend la critique sociale à travers nos champs de recherche diversifiés? Quelles pistes d'analyses pouvons-nous avancer sur la constitution et la pertinence de la critique sociale aujourd'hui?

Assistons-nous actuellement à une régression de la réflexivité critique des citoyens dans les organisations et dans les institutions? Peut-on parler de fragmentation et de portée limitée des discours relevant de la critique sociale? Comment leur crédibilité et leur capacité de diffusion se sont-elles transformées au cours des dernières décennies? Quels en sont les nouveaux obstacles et les nouveaux tremplins? Comment les lieux d'exercice de la critique sociale se sont-ils déplacés et reconstitués? Est-elle de plus en plus encadrée dans des groupes spécialisés; a-t-elle réduit son espace en se logeant dans le domaine du privé et du caché? Dans quelle mesure l'actuelle distribution morcelée des savoirs rend caduc le partage élargi que constitue une réflexivité critique sur les conditions sociales d'existence?

Les craintes formulées au sujet de la régression dans les discours et les pratiques de résistance et de critique sociale ne doivent-elles pas être mises en perspective par une analyse des mutations actuelles entourant les cibles, les contenus et les formes de la critique sociale? Y-a-t-il de nouveaux lieux, de nouveaux modes, de nouvelles organisations et institutions qui donnent des conditions et valorisent l'exercice de la critique sociale par les citoyens? L'intensification des modes et des possibilités de communication aujourd'hui, notamment l'internet, avec sa capacité de favoriser l'éclosion de réseaux sociaux ne produit-elle pas des formes originales de regroupements et de renouvellement de la critique sociale?

En somme, quelles analyses et explications apportent l'anthropologie et la sociologie pour comprendre la critique sociale actuelle, en identifier les obstacles, les mutations et les tremplins de son déploiement?

Premier volet : La critique sociale dans l’action
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Dans la société québécoise et canadienne, des regroupements ont été, dans le passé, fortement identifiés à la critique sociale de par leurs discours et leurs actions. Les syndicats, les mouvements étudiants et communautaires, les organisations politiques de gauche, les groupes de femmes en furent les plus percutants. Aujourd'hui, d'autres regroupements, organisations et institutions émergent : les forums sociaux, l'Institut du Nouveau Monde, les mouvements écologiques, pacifiques (Échec à la guerre) et de consommation responsable, Québec solidaire, etc.

Dans tous ces mouvements et organisations, quelle que soit l'époque de leur émergence, comment s'exerce aujourd'hui, dans les conditions et les possibilités actuelles, la réflexivité critique? Dans quelle mesure est-elle partie prenante de leurs activités quotidiennes? Quelle portée sociale et politique peut-on leur attribuer? Qu'en est-il dans des sociétés sud-américaines?

Voici quelques domaines (thèmes) de la critique sociale dans l'action :

  • Le mouvement communautaire

Les organisations communautaires ont été dans le passé des lieux d’engagement, de discours critiques et de mobilisations de diverses natures. Dans quelle mesure ces regroupements continuent-ils d’assumer une fonction de critique sociale dans le contexte actuel de restructurations du secteur social, d’exigence de dispenser des services aux citoyens et de nouvelles règles de financement? Comment arrive-t-on, dans les milieux communautaires aujourd’hui, à articuler le sens de l'engagement, la lutte pour les droits et la prestation des services aux populations? De quelle manière, malgré les obstacles, se redéploie une réflexivité critique?

  • Le mouvement syndical

Traditionnellement associées à la critique sociale, comment les organisations syndicales transigent-elles aujourd'hui avec les multiples transformations sociales, économiques et politiques qui traversent de part en part le marché du travail? Dans quelle mesure ces mutations donnent-elles lieu à de nouvelles formes de pratiques et de discours de critique sociale? Considérés par les « lucides » québécois comme des freins au développement économique et par les militants de gauche comme des corporatistes au service des intérêts de leurs membres, quelle position adoptent aujourd’hui les représentants syndicaux par rapport à la critique sociale? Comment et au sein de quelles sphères d'activités se fait aujourd'hui la lutte pour la justice, la dignité et l'égalité historiquement liée à l'engagement syndical?

  • Le mouvement étudiant

Depuis quelques années, on assiste à d'importantes mobilisations étudiantes autour du thème général de la marchandisation de l'éducation : coupures dans le régime de prêts et bourses, sollicitations publicitaires dans les établissements d'enseignement, dégel des frais de scolarité, etc. Comment cette force nouvelle, portée par la jeunesse actuelle, participe-t-elle à une réflexivité critique sur nos choix de société?

  • Les groupes de femmes

À l'avant-garde de profondes transformations sociales des années 1970-1980, le mouvement des femmes s'est consolidé dans de multiples organisations et regroupements touchant divers aspects de la vie des femmes : violence, équité, parité, services de toutes sortes (santé, support psychologique, orientation, prévention, accompagnement pré-per-post-natal, etc..). Qu'en est-il aujourd'hui de leur engagement, de leurs actions, de leur participation à la critique sociale actuelle? Peut-on toujours parler d’« un » mouvement des femmes? Comment se positionne-t-il aujourd'hui comme force de changement social?

  • L'engagement politique et les mouvements sociaux

De nombreux mouvements émergent, prennent une place à l'avant-scène, disparaissent et réapparaissent suivant les événements et les conjonctures économiques et politiques particulières. Il peut s'agir de fermetures d'écoles ou d'usines, de préoccupations environnementales, de coupures de subvention, etc. Au-delà des raisons ponctuelles de regroupement, sur quelles bases communes s'organisent aujourd'hui les mouvements sociaux et politiques? Comment comprendre l'engagement politique des citoyens? Dans quelle mesure les formes traditionnelles, tels les partis politiques, mobilisent-elles encore cet engagement? Que sous-tendent les nouvelles formes spontanées et créatives d'activisme politique? Comment s'inscrivent-elles dans une critique sociale de l'ordre existant? S'agit-il de fragmentation des forces ou de regroupement en réseaux des personnes et des groupes malgré la multiplicité des appartenances politiques?

  • Les inégalités sociales et la pauvreté

Des regroupements au Québec et au Canada sont mobilisés autour des enjeux liés aux inégalités sociales et à la pauvreté. Depuis quelques années au Québec, une loi anti-pauvreté a été adoptée sous l'initiative d'un regroupement d'organismes anti-pauvreté. Cette victoire législative est associée à la fécondité et l'aboutissement d'un tenace engagement dans la critique et le changement social. Dans quelle mesure ces mobilisations fructueuses arrivent-elles à freiner la tendance générale à la croissance des inégalités socioéconomiques dans les sociétés occidentales? Comment et où oeuvrent-elles dans ce contexte? Quels sont les ancrages politiques de ces organisations? Dans quelle mesure cet engagement social et politique sur une question législative précise (un choix de société) peut-il être un site de lecture (et de critique) des contraintes transnationales des économies locales?

  • Le développement

De nombreuses organisations oeuvrant dans le domaine du développement sont dans de profondes remises en question aujourd'hui. Dans quelle mesure la critique du développement est-elle en voie de devenir la critique de la notion de développement? Comment cet esprit critique se manifeste-t-il dans les populations et chez les intervenants des pays en « développement »? Comment les organisations américaines (au Nord comme au Sud) modifient-elles leurs perceptions, participent-elles, voire intègrent-elles des éléments de la critique sociale du développement?

  • Les services au citoyen : éducation, santé, services sociaux, culture

De nombreux enjeux se posent partout dans ces secteurs d'activités (développement et subvention des technologies, rareté et qualification du personnel, restructuration, etc.). Un des plus saillants est la privatisation des services publics. Au Québec et au Canada, plusieurs regroupements se mobilisent en éducation, en santé et dans la culture, dans l'éventualité de résister à la marchandisation de ces secteurs. Comment parviennent-ils à sensibiliser la population à ces préoccupations? Comment le développement des technologies de communication interfère-t-il dans le développement de ce mouvement? En quoi peut-on inscrire les actions et les prises de position de ces mobilisations dans une logique de critique sociale?

  • La critique sociale autochtone

La grande majorité des populations autochtones connaissent et vivent encore aujourd'hui dans des conditions d'exclusion, d'injustices et de vulnérabilités sociales. En quoi les transformations des contenus et des formes qu'ont connues les discours critiques et les actions de revendications ont-elles des effets dans les perceptions de ces populations? En quoi le discours des anthropologues et des sociologues a modifié les perceptions du reste de la société? En quoi la collaboration entre les groupes autochtones, les anthropologues et les sociologues a participé à la réception de leurs revendications ou à la définition de concepts clés pour la reconnaissance de leurs droits? Quelle place les recherches menées par les organisations autochtones occupent-elles au sein d'un mouvement de critique sociale sur les questions amérindiennes? Comment la judiciarisation des dossiers autochtones ou le recours aux cabinets d'avocats pour régler les questions de revendications a-t-il eu une influence sur le travail des anthropologues et des sociologues?

Deuxième volet : la recherche-action sociale. L’information sociologique et anthropologique qui peut être mobilisée pour une réflexivité critique et pour des transformations sociales
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Ce volet vise à explorer en quoi les recherches académiques et professionnelles en anthropologie et en sociologie contribuent à la critique sociale.

Comment ces apports s'élaborent-ils et se manifestent-ils? En quoi les recherches des sociologues et des anthropologues dans les diverses institutions constituent-elles une forme de critique sociale?

Peut-on parler de communication entre les savoirs en sociologie et en anthropologie et les tenants de la critique sociale? Dans quelle mesure les approches et les contenus trouvent résonance chez les personnes engagées dans l'action sociale? Comment sont utilisées ces connaissances produites à partir d'une position de distanciation du chercheur et de perspectives disciplinaires particulières? Dans quelles mesures ces apports de la sociologie et de l'anthropologie favorisent-ils un pluralisme de la pensée nécessaire à la critique sociale? Comment faire aujourd'hui la critique de la critique? Sous un autre plan, qu'en est-il de la diffusion des savoirs sociologiques et anthropologiques dans les formats médiatiques actuels? En quoi ces technologies en élargissent-elles l'accès?

Le questionnement de ce deuxième volet peut être développé autour des thèmes proposés dans le premier volet ou encore être élargi à d'autres thèmes à partir de propositions concrètes d'activités qui donneront lieu, si possible, à un dialogue entre les anthropologues, les sociologues et les tenants de la critique sociale dans un ou plusieurs domaines donnés.

Troisième volet : La critique sociale dans l’art et la création
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Ce troisième volet fera appel aux créateurs artistiques auxquels nous réserverons des lieux et des moments de manifestation. Autour de ces événements artistiques, des activités d'échanges entre les sociologues et les anthropologues du Nord et du Sud et les personnes engagées dans l'action de la critique sociale seront organisées. Il s'agira de voir ensemble comment les diverses formes d'expression artistique porteuse d'une intention de critique sociale (théâtre d'intervention, documentaire, photo, vidéo) participent à une sensibilisation et une mobilisation citoyennes. Quelles voies prennent aujourd’hui les jeunes créateurs pour exprimer leur propre conception de la résistance et de la critique sociale?

Certaines formes d'art se caractérisent par leur capacité de se manifester comme une transgression à l'ordre établi. Dans quelle mesure la création artistique critique exprime-t-elle la morosité, la déprime face aux enjeux majeurs de nos sociétés? Comment, à l'inverse, indique-t-elle de nouvelles voies pour le redéploiement de la critique sociale, pour l'espérance dans le changement? Dans quelle mesure la notion de société, de réalité sociale est-elle présente dans les terrains d'expérimentations artistiques? Comment s'y conjuguent l'esthétique et la référence au social?

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Deuxième axe : l’esprit critique dans nos disciplines

La sociologie et l'anthropologie comme disciplines soumises à des politiques institutionnelles dans un contexte socioculturel, économique et politique particulier

Le champ universitaire comporte un ensemble de discours et de pratiques d'encadrement et de normalisation qui influent directement sur la position sociopolitique qu'occupent les intellectuels en sciences humaines et sociales aujourd'hui. Tout comme les autres champs névralgiques des sociétés occidentales modernes, la production et la transmission des connaissances sont soumises de plus en plus à des politiques néo-libérales exigeant des obligations de résultat et des redditions de comptes.

À cet égard, ces dernières années, les luttes institutionnelles dans le champ des sciences économiques au Québec et ailleurs, entre les économistes hétérodoxes et néo-libéraux, peuvent être considérées comme exemplaires des enjeux de la politique scientifique et de la régulation de la connaissance, en liant à la fois les nécessités d'un pluralisme institutionnel difficile à conserver et celles, plus générales, d'un pluralisme de la connaissance diffusée aux citoyens. Ces débats se sont notamment cristallisés autour de la dénonciation de la pensée unique en économie.

Cette pression économique se conjugue à un rapport socioculturel au travail intellectuel. Dans ce contexte général, est-ce que les savoirs sociologiques et anthropologiques sont restreints à un espace utilitaire? L'explicitation et la mise de l'avant de la culture intellectuelle de nos disciplines pourraient-elles constituer une alternative à la prédominance de la seule valorisation fonctionnelle? Ou, à l’inverse, la pluralité des approches et des méthodologies d'étude du social nous a-t-elle menés inéluctablement au relativisme, laissant ainsi le plein chemin à l'influence des politiques scientifiques plus ou moins favorables à nos disciplines?

Reconduire l'esprit critique face à la gestion de la recherche inspirée des politiques néo-libérales nécessite-t-il l'explicitation des bases et la mise en valeur systématique de la culture intellectuelle propre à l'anthropologie et la sociologie dans nos recherches et nos enseignements? Faut-il revoir la conception de nos recherches et la diffusion de celles-ci auprès des populations étudiées pour fonder de nouvelles alliances avec les tenants de la critique sociale?

Premier volet : Cultures institutionnelles et politiques scientifiques
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En quoi ces disciplines sont-elles produites et développées dans un espace clos de cultures institutionnelles et de politiques scientifiques? Dans quelle mesure la formation dispensée et reçue n'est-elle pas tributaire des conditions de surcharge ou de précarité dans la pratique de l'enseignement collégial et universitaire actuellement? Quels effets les pratiques des nouvelles cultures institutionnelles fondées sur la performance et l'obligation de résultat, dans une logique de limitation des ressources, confinent-elles les sociologues et les anthropologues à une production destinée à un lectorat disciplinaire, conformément à un style, une forme et un contenu standardisés, à une reproduction du même en quelque sorte? En quoi l'évaluation et la reconnaissance institutionnelle du métier de sociologue et d'anthropologue, aujourd'hui, limitent-elles une contribution intellectuelle engagée dans des processus de critique, de vigilance, de résistance et de transformations socioculturelles et politiques? Dans quelle mesure cela ne va pas jusqu'à invalider les co-productions de savoirs, le partage et le rayonnement des connaissances entre les milieux universitaires et les divers champs de pratiques et de discours critiques? Dans quelles mesures des formes de résistance et de contournements de ces exigences peuvent être élaborées?

Deuxième volet : Les savoirs disciplinaires dans le Québec contemporain : anti-intellectualisme culturel, socioéconomique et technologique. Qu’en est-il au sud des Amériques?
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Au sortir de la « grande noirceur », le nouveau Québec, illuminé de ses grands projets identitaires et de développement social et culturel, a laissé dans l'ombre une part de ses ancrages historiques et culturels. Associées en grande partie à la démocratisation de l'éducation de sa population, les transformations socio-historiques des dernières décennies ont généré un clivage entre une partie « instruite » de sa population et une autre, « le bon peuple », construite à même la production de connaissance. Le Québec n'est pas devenu la cité éducative que certains sociologues espéraient. Comme en écho, en surplomb de cette notion de « bon peuple », un anti-intellectualisme ambiant occupe l'espace public et se manifeste dans l'appréhension et la définition des enjeux sociopolitiques qui occupent (et préoccupent) la société québécoise actuellement. Comment comprendre et composer avec (dépasser?) ce mouvement de résistance auquel doivent faire face les sociologues et les anthropologues désireux de s'engager dans des démarches de co-construction de savoirs avec les acteurs sociaux? Comment transmettre le goût et l'importance de penser, de s'engager dans des démarches dynamiques de distanciation, tout en favorisant une proximité à la fois dans l'enseignement de nos disciplines mais aussi, plus généralement, en dehors du cadre académique? Dans quelle mesure un « jugement de classe» tacite et réciproque entre les universitaires et les acteurs aux prises avec des impératifs d'urgence ne limite-t-il pas la portée des réflexions et des connaissances sociologiques et anthropologiques; et même la légitimité sociale de la présence de leur regard dans la compréhension des réalités et des problématiques sociales? Comment les anthropologues et les sociologues du Sud composent-t-ils avec la confiance et les « méfiances » sociales à leur égard?

En prolongement de cet héritage socioculturel, une autre forme d'anti-intellectualisme s'impose aujourd’hui avec de plus en plus d'autorité dans les sociétés néo-libérales. Dans quelle mesure la tradition de pragmatisme associée au Nouveau Monde, renforcée par la nouvelle gestion managériale des institutions depuis l'arrivée des « gestionnaires de crise » des années 1990, n'achève-t-elle pas de délégitimer le travail de recherche des sociologues et des anthropologues? Comment insérer la démarche intellectuelle propre à nos disciplines dans la logique de l'obligation de résultats qui orientent les politiques institutionnelles? Avons-nous le devoir de nous engager dans une production de savoirs qui contribuent à poser un regard critique sur ces politiques généralisées à l'ensemble de la société? Comment participer, sans pour autant inscrire la recherche anthropologique et sociologique dans une démarche utilitariste ou dans le savoir des « experts » qui étouffent la pertinence de penser? Comment les chercheurs du Sud composent-ils avec ces limitations?

Troisième volet : Médias et critique sociale
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Finalement, le puissant champ des médias, imprégné de part en part des logiques de l'économie néo-libérale, produit des formes de connaissances soumises à des contraintes de temps, d'effets et de coûts qui rendent obsolètes la réflexion approfondie, la mise en dialogue de la distance et la proximité propres aux démarches de recherche et à la production de connaissances sociologiques et anthropologiques. Comment les sociologues et les anthropologues peuvent-ils se soustraire à ce rétrécissement de la pensée sans se retirer dans leurs tours disciplinaires? Comment ces fabuleux canaux de diffusion peuvent-ils être appropriés par les chercheurs comme des tremplins de transmission et de rayonnement en dehors des milieux académiques? Qu'en est-il de l'appropriation des modes de diffusions électroniques au sud des Amériques?

Ce premier canevas de positionnement socioculturel, historique et économique du développement de l'esprit critique en anthropologie et en sociologie, aujourd’hui, se veut une mise en contexte pour faire l'état des lieux, on pourrait dire, des limites et des possibilités de développement de l'esprit critique dans nos disciplines.

Catégories

Lieux

  • Montréal, Canada

Dates

  • mercredi 22 octobre 2008
  • jeudi 23 octobre 2008
  • vendredi 24 octobre 2008

Mots-clés

  • critique sociale, anthropologie, sociologie, Amérique Latine et de Sud, Amérique de Nord, Québec

Contacts

  • Gabriela Coman
    courriel : acsalf [at] inrs-ucs [dot] uquebec [dot] ca

Source de l'information

  • Gabriela Coman
    courriel : acsalf [at] inrs-ucs [dot] uquebec [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Mutations, obstacles et tremplins de la critique sociale », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 janvier 2008, http://calenda.org/194198