AccueilPolysémies. Littérature, arts et savoirs de la Renaissance : maîtres-maîtrise

Polysémies. Littérature, arts et savoirs de la Renaissance : maîtres-maîtrise

Séminaire de doctorants et jeunes chercheurs 2007-2008 à l'E.N.S.

*  *  *

Publié le vendredi 18 janvier 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

On s’interrogera sur ce qui fonde l’autorité et la légitimité du maître - excellence, prestige, responsabilité, habileté, pouvoir… - en incluant dans la réflexion la question de la maîtrise de soi dont Du Bellay pleure la perte dans les Regrets et qui lance le sujet dans une quête ardente de lui-même, comme les errances et les circonvolutions Montaigne le montrent par la suite. Modèle à imiter ou à repousser, source du savoir, garant d’une certaine conception de la connaissance, pivot de la réflexion éthique de l’homme sur lui-même, sur ses pouvoirs, ses devoirs et ses limites, la figure du maître semble à sa manière cristalliser les grands thèmes de réflexion de la Renaissance. C’est ce que notre recherche tâchera d’explorer.

Annonce

Polysémies. Littérature, arts et savoirs de la Renaissance : maîtres - maîtrise

Séminaire de doctorants et jeunes chercheurs 2007-2008 à l'E.N.S.

De maître Eckart à maître Pathelin, les hommes du Moyen Âge et de l’humanisme naissant ont plaisir à reconnaître la qualité de maître et sont enclins à distribuer ce titre : maître artisan, maître ès arts, mais aussi maître des hautes œuvres ou bourreau, maître coq en cuisine, notaire, prêtre, membre du Parlement, théologiens, savants… chaque domaine de savoir, technique et abstrait, reconnaît l’autorité de maîtres. Mais le XVIe siècle s’amuse également à jouer avec ce qui est devenu une figure : « Maistre Jehan » est aussi bien le grand clerc que le mari trompé, l’ivrogne, le cocu ou le vaurien − l’expert ou la dupe. En des temps où les humanistes ne cessent de repenser les formes et la transmission du savoir, les railleries de Rabelais sur les théologiens et leur science « magistronostrale » − et plus généralement sa mise en question de tout dépositaire du savoir − expriment à la fois une permanence du modèle et une critique du caractère formel et parfois figé de la maistrie médiévale. L’humanisme semble en effet promettre une émancipation de la pensée et de l’individu par rapport aux grandes figures et aux fonctions de maître. Mais ces dernières n’en restent pas moins un élément essentiel du fonctionnement d’une société et de savoirs temporels et spirituels hiérarchisés aussi bien qu’une matrice féconde pour l’imaginaire de l’époque.

La richesse et la plasticité de la notion de maître à la Renaissance ne viennent-elle pas entre autres de la tension que suppose la réorganisation des hiérarchies ? La refondation des études au sein des collèges, héritiers de la tradition médiévale, où le maître devient peu à peu auteur, la création de nouveaux lieux de formation et de recherche (collège royal, académies…), l’avènement de cercles poétiques importants où s’élaborent des savoirs ou des pratiques nouvelles qui peuvent même modifier le fonctionnement d'institutions parfois anciennes font ainsi apparaître de nouveaux types de maîtres assez éloignés du docte maître de faculté, le magister. À travers les ambivalences que suscite cette notion, on voit transparaître la tension entre la réduplication d'un savoir, d'une technique et le désir d'accroître, d'augmenter ce savoir (car telle est l’étymologie du terme magister) qui traverse également le débat entre l’« imitatio », copie parfois stérile de l’oeuvre du maître et l’« aemulatio » qui cherche à la dépasser ou, du moins, à l’actualiser, à se l’approprier. Comment ces nouveaux rapports entre maîtres et disciples se constituent-ils et comment sont-ils représentés ? Par exemple, en quels termes la vénération pour un Dorat ou un Lefèvre d’Étaples est-elle formulée ? Comment l’attachement d’un Marot, d’un Brodeau ou d’un Charles Fontaine pour Marguerite de Navarre, qui exerce sur ses protégés un rayonnement spirituel et poétique autant qu’une autorité hiérarchique, s’exprime-t-il ?

On s’interrogera sur ce qui fonde l’autorité et la légitimité du maître − excellence, prestige, responsabilité, habileté, pouvoir… − en incluant dans la réflexion la question de la maîtrise de soi dont Du Bellay pleure la perte dans les Regrets et qui lance le sujet dans une quête ardente de lui-même, comme les errances et les circonvolutions Montaigne le montrent par la suite. Modèle à imiter ou à repousser, source du savoir, garant d’une certaine conception de la connaissance, pivot de la réflexion éthique de l’homme sur lui-même, sur ses pouvoirs, ses devoirs et ses limites, la figure du maître semble à sa manière cristalliser les grands thèmes de réflexion de la Renaissance. C’est ce que notre recherche tâchera d’explorer.

À chaque séance l’étude précise d’un ou plusieurs textes allant de la fin du Moyen Âge au début du XVIIe siècle ouvrira la discussion et fera l’objet d’une lecture commune approfondie. Notre approche, littéraire, accueille très volontiers la contribution d’historiens, d’historiens d’art, d’épistémologues et de philosophes, ainsi que de littéraires spécialistes des différents domaines linguistiques européens et de la littérature néo-latine.

lundi 26 novembre

Présentation du thème d’année par les organisateurs.
Agnès Passot-Mannooretonil (Paris) :
Marguerite de Navarre (1492-1549), maîtresse des coeurs et des esprits

lundi 21 janvier

Natalia Bercea- Bocskai (Universités de Cluj et de Genève) :
Le jugement de Midas : mauvais lecteurs et bons maîtres dans les Epîtres invectives d’Hélisenne de Crenne (1539)

lundi 18 février

Élise Rajchenbach (Paris III-Sorbonne Nouvelle) :
Quelques figures de maîtres à Lyon entre 1545 et 1550 : questions d'autorité

lundi 31 mars

Arnaud Laimé (Paris 8) :
Rabelais et ses maîtres : visions de la maîtrise dans les romans rabelaisiens

Lundi 14 avril

Nicolas Corréard (Paris VII)
La foire aux maîtres : les réécritures humanistes de la Vitarum auctio de Lucien de Samosate

lundi 19 mai

Candice Delisle (The Wellcome Institute for the Medicine at UCL London) :
"Quaeso ne praeceptoris nomen mihi ascribas" : Le statut de maître dans les Epistolarum Medicinalium libri III de Conrad Gesner

________________________

Séances les lundis de 17h à 19h à l’immeuble Rataud, 45 rue d'Ulm - 75005 Paris, niveau -1 :
Le 26 nov. 2007 en salle info 3
Les 21 janvier, 18 février, 31 mars et 19 mai 2008 en salle info 2

Séminaire organisé par :

Céline Bohnert (Marne-la-Vallée) celinebohnert@yahoo.fr, Karine Descoings (Paris IV) karinedescoings@aol.com, Arnaud Laimé (Paris VIII) laime.arn@voila.fr, Agnès Passot-Mannooretonil (Paris) passot.agnes@free.fr

Lieux

  • École normale supérieure, 45 rue d’Ulm - à l’immeuble Rataud, niveau -1, salle Info 3
    Paris, France

Dates

  • vendredi 16 novembre 2007
  • lundi 21 janvier 2008
  • lundi 18 février 2008
  • lundi 31 mars 2008
  • lundi 14 avril 2008
  • lundi 19 mai 2008

Mots-clés

  • Renaissance, maîtres, maîtrise, littérature, arts, savoirs

Contacts

  • Céline Bohnert
    courriel : celine [dot] bohnert [at] univ-reims [dot] fr
  • Karine Descoings
    courriel : karinedescoings [at] aol [dot] com
  • Arnaud Laimé
    courriel : laime [dot] arn [at] voila [dot] fr
  • Agnès Passot-Mannooretonil
    courriel : passot [dot] agnes [at] free [dot] fr

Source de l'information

  • Céline Bohnert
    courriel : celine [dot] bohnert [at] univ-reims [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Polysémies. Littérature, arts et savoirs de la Renaissance : maîtres-maîtrise », Séminaire, Calenda, Publié le vendredi 18 janvier 2008, http://calenda.org/194225