AccueilVilles canadiennes, regards croisés sur une certaine modernité

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Publié le mercredi 23 janvier 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Que nous apprennent les villes canadiennes des mondes qu’elles abritent ? Qu’avons-nous à dire, sur les configurations urbaines actuelles ? Comment se vivent les espaces urbains canadiens ? Quels sont dans la ville les lieux d’ancrage de la modernité ? Dans le cadre du PPF Canada de l’Université de Bordeaux, ce séminaire est proposé par le laboratoire Ades (UMR 5185) le 14 février 2008 à la MSHA. Le thème de la rencontre inscrit dans l’axe du PPF : Villes et banlieues canadiennes entre utopie et prospective, aborde les relations entre villes et modernité. Les villes sont comme les humains, certaines ne se laissent pas saisir du premier regard et restent mystérieuses, quand d’autres livrent toute leur identité à celui ou celle qui la scrute, qu’il soit passant, touriste, flâneur ou chercheur.

Annonce

Villes canadiennes, regards croisés sur une certaine modernité

Organisé par Djémila Zeneidi (ADES) et Jean Pierre Augustin (Univ.de Bordeaux 3)

Les grandes villes canadiennes se caractérisent par une internationalisation, une tertiarisation (voire une quaternarisation), une privatisation, une interdépendance accrues des économies. A l’instar de nombreuses villes globales, elles sont concernées par un phénomène d’interaction complexe et dense de forces produisant de l’intégration, de la désintégration, de l’ordre, du désordre, du conflit, de l’arrangement, de la contestation. Des formes urbaines se dégagent tout un rapport au temps, à une époque particulière.

Symboles de modernité, ses villes sont d’abord nord américaines, elles se caractérisent par une métropolisation particulière, une configuration spatiale et économique typiques de l’évolution actuelle en lien direct avec la globalisation. Espaces de liberté et de mobilité, aires privilégiées de convivialité, elles sont les lieux où s’exacerbent les conflits et les inégalités sociales.

Ce séminaire rassemblera plusieurs contributions sur la question des villes canadiennes, et de leur lien à la modernité.

Les communications :

- Hélène Vélasco évoquera à partir du cas de la petite Italie, un quartier montréalais, l’enjeu du cosmopolitisme dans la recomposition urbaine de Montréal. Issue des différentes vagues migrations qu’a connues le pays, la diversité ethnique devient un argument de la modernité urbaine alimentant une part de l’identité d’une ville globale.

- Jean Pierre Augustin et Camille Bloss évoqueront le rôle important joué par la culture dans l’économie et la forme urbaines. Ils mettront en évidence la place du secteur culturel à travers des aménagements urbains, des choix d’équipement qui lui sont dédiés dans le centre ville de Montréal. Ces choix urbains participant à la croissance économique, au renouveau urbain et l’amélioration de la qualité de vie des citadins.

- Christel Alvergne présentera les hypothèses d’une recherche en cours sur les métropoles canadiennes et américaines au regard des politiques d’aménagement et de gouvernance. Elle posera la question de savoir si l’américanisation des villes françaises, n’a pas à voir avec une certaine canadianisation urbaine.

- Richard Desnoilles abordera dans une perspective comparative les projets et les ambitions de deux villes Québec et Bordeaux. Il sera question de l’investissement qu’elles mobilisent pour figurer dans le rang des villes performantes, modernes, visant la grande échelle, celle du monde.

- Anne Latendresse professeure de géographie à l’ UQAM est sollicitée pour évoquer les mobilisations citoyennes face aux nouvelles mutations de la ville (gentrification…).

- Nathalie Lemarchand abordera les rapports entre villes et commerces.

- Florence Cartigny dressera un tableau de Winnipeg en soulignant les enjeux urbains et ethniques de l’agglomération.

- Djemila Zeneidi présentera un film sur une histoire de squat à Montréal qui pose la question de la place des pauvres dans cette ville moderne et comment un certain mode de gouvernance tourné vers l'ordre social et spatial évince des précaires soumis à l’invisibilité dans les espaces publics et politiques.

- Daniel Latouche, spécialiste de science politique te de gouvernance urbaine proposera une synthèse et ouvrira des pistes de recherche pour d’autres séminaires.

Le Canada en devenir

Utopie, prophétie, prospective

Projet fédérateur du PPF Canada de Bordeaux

Le Canada, comme tous les territoires colonisés à l’origine par les puissances expansionnistes, naquit d’un projet, d’espoirs et d’espérances de gains matériels (la fourrure), symboliques (l’évangélisation), politiques (reproduction en Amérique du Nord des rapports de force entre nations européennes).

Tout pays, toute nation procède de la capacité à regarder vers l’avenir en l’idéalisant (utopie), en cherchant à le faire advenir (prophétie) ou, tout aussi irrationnellement, à croire que l’on peut savoir avec une relative certitude de quoi il sera fait (prospective). Le Canada est, à cet égard, un terrain d’étude privilégié, notamment du fait de sa proximité/altérité avec le voisin étatsunien, pays qui a construit son identité sur un universalisme prophétique postulant la supériorité de son système sur tous les autres et la conviction que ce système est l’horizon indépassable de toute évolution historico-politique. Rien de tel au Canada, nation qui n’en est pas vraiment une (à l’inverse des Etats-Unis), travaillée dans le temps et l’espace par une hétérogénéité qu’elle assume difficilement, et maintenant sa cohésion en dépit de l’absence d’un grand récit national, mal palliée par un système fédéral sujet à de trop nombreuses tentations centrifuges.

Dans ces conditions, on peut légitimement s’interroger sur les rapports historiques, culturels, politiques, économiques, spirituels et esthétiques entretenus par les Canadiens et le Canada avec l’avenir comme idée, comme texte, comme peur du lendemain et/ou aspiration nécessaire au lendemain. Les exemples sont multiples et déclinables à l’envi : là où les Américains pensaient leur histoire en termes de « destinée manifeste » plusieurs décennies avant que ce concept ne fût nommé au milieu du XIXe siècle, ceux appelés à devenir les Canadiens étaient tourmentés par la crainte de la perte de leur identité (Francophones catholiques redoutant l’absorption dans le grand ensemble anglophone protestant, Anglophones aspirant à rester britanniques et à éviter l’assimilation étatsunienne) à court, moyen ou long terme ; la peur ne s’est jamais dissipée, tant semble irrésistible depuis la fin du XIXe siècle l’hégémonisme américain dans tous les domaines et incontestable l’échec du continentalisme estouest dont rêvaient les Pères de la confédération (ou, dans une veine parallèle, de l’isolationnisme catholique francophone).

Pays sans révolution dont l’histoire ressemble à un interminable catalogue de réformes destinées à donner à l’avenir des formes lisibles depuis le présent au regard du passé, le Canada met en scène une infinité d’expériences individuelles et collectives conditionnées par un rapport à l’avenir empreint d’incertitude et de pessimisme, que Margaret Atwood dans les années 70 avait tenté de synthétiser au travers de la problématique de la survie, mode d’appropriation de l’espace, de l’histoire, de l’expérience, etc., opposable à l’esprit de conquête qui semble être au principe de l’histoire étatsunienne.

Les termes « utopie », « prophétie », « prospective », sémantiquement contigus sans être synonymes, permettent de déployer un large spectre de questionnements sur la conscience de l’avenir au Canada, au travers (entre autres) des mouvements religieux, partis politiques, politiques publiques (l’évolution du climat, des pluies à la fonte des banquises).

Le PPF Canada Villes et banlieues canadiennes entre utopie et prospective (axe de recherche de l’UMR ADES)

« Les villes modernes ou post-modernes sont au centre de contradictions multiples où se mêlent utopie, prophétie et prospective. Les villes nord-américaines, et particulièrement celles du Canada, sont exemplaires pour analyser les effets de la fondation des cités, de leurs évolutions et de leurs aménagements. Espaces de liberté et de mobilité, aires privilégiées de convivialité, elles sont les lieux où s’expérimente la citoyenneté et où s’exprime un légitime désir de droit à la ville ; mais au-delà d’un espoir d’intégration, elles sont aussi des sites où s’exacerbent les conflits et les inégalités sociales. Plusieurs géographes, aménageurs et urbanistes rassemblés dans l’UMR ADES 5185 du CNRS participent à l’analyse de ces mutations urbaines et proposent de s’engager dans la recherche en travaillant notamment à l’émergence d’une société où les cultures urbaines s’imposent comme moteur de la gestion de l’espace dans un mouvement de déprise des valeurs industrielles. Ce renversement relatif entre espace de production et espace récréatif se traduit par l’émergence de nouvelles polarités spatiales autour de la culture, des sports et du tourisme. La diversification des activités, des institutions et des espaces de consommations culturelles, ludiques, sportives, touristiques, scientifiques et techniques deviennent des éléments majeurs des organisations urbaines et de leurs prolongements dans l’espace et participent à leur fonction économique, leur expression et leur représentation (…)

Ainsi se constituent des formes géoculturelles (hauts lieux, espaces publics, stations, sites, parcs, stades…), en lien avec le patrimoine naturel et culturel, qui participent d’effet géographique (B. Debarbieux) par le déploiement d’un ensemble d’actions concrètes dans un espace particulier. Ces formes qui existent selon des échelles et des registres variés soulignent l’interaction entre cultures et espaces et permettent une lecture géoculturelle de l’univers urbain canadien et de ses prolongements.

On assiste à de nouvelles tensions entre processus culturels, territoires, cohésion sociale et aménagement prospectif. Les contours de ces tensions prennent des formes diverses selon la sensibilité accordée aux quatre variables suivantes : le rapport global-local, le rapport privé-public, le rapport gouvernement-gouvernance et le rapport autonomie-hétéronomie. Au-delà des instruments conceptuels et méthodologiques utiles à l’analyse de ces tendances, la recherche envisagée vise à privilégier les études comparatives avec des villes canadiennes et des régions européennes et nord américaines. » (Jean pierre Augustin, 2006)

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Programme

8h30 : Accueil des participants
9h : Ouverture institutionnelle par Christophe Bouneau (directeur de la MSHA) et Guy Di Méo (directeur de ADES)
9h30 : Introduction du séminaire par Jean Pierre Augustin (Univ. Bx 3) et Bernadette Rigal-Cellard (Univ. Bx 3)

Séance 1 sous la présidence de André-Frédéric Hoyaux (Univ. de Bordeaux 3, ADES)

10h : La Petite Italie, quartier Italien de Montréal
Hélène Vélasco (Univ. Bx 3, ADES)
10h30 : Le quartier des spectacles de Montréal : culture et projet de ville
Jean Pierre Augustin et Camille Bloss (Univ. Bx 3, ADES)
11h-15 : La planification urbaine dans les métropoles canadiennes Christel Alvergne
11h-45 : Débat animé par Pierre Guillaume (Univ. Bx 3)

Séance 2 sous la présidence de Maïté Banzo (Univ. de Bordeaux 3, ADES)

13h45 : Mobilisations citoyennes et gouvernance urbaine
Anne Latendresse (Univ. du Québec à Montréal)
14h30 : La revitalisation du centre ville de Winnipeg
Florence Cartigny (Univ. de Nantes)
15h15 : Villes et banlieues canadiennes entre utopie et prospective
Richard Desnoilles (Univ. Laval de Québec, Univ. Bx 3, ADES)
16h : Pause
16h15 : Rapports entre villes et commerces au Canada
Nathalie Lemarchand (Univ. de Valenciennes)
17h : Les espaces autres et expérience de squattage à Montréal Djemila Zeneidi (ADES, CNRS)
17h-45 : Synthèse du séminaire par Daniel Latouche (INRS Urbanisation, société et culture de Montréal)

Catégories

Lieux

  • MSHA Esplanade des Antilees 33607 Pesssac
    Pessac, France

Dates

  • jeudi 14 février 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • ville, espace urbain, Canada

Contacts

  • Zeneidi Djemila
    courriel : djemila [dot] zeneidi [at] ades [dot] cnrs [dot] fr
  • claverie marie-josé
    courriel : mj [dot] claverie [at] ades [dot] cnrs [dot] fr

Source de l'information

  • claverie marie-josé
    courriel : mj [dot] claverie [at] ades [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Villes canadiennes, regards croisés sur une certaine modernité », Séminaire, Calenda, Publié le mercredi 23 janvier 2008, http://calenda.org/194256