AccueilHistoire et mémoire d'immigration en Lorraine et Grande région

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Publié le mercredi 30 janvier 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

En région Lorraine, si l’apport à la construction régionale des premiers migrants issus dès le XIXe siècle de pays européens semble faire l’unanimité, d’autres nouveaux venus plus tardivement – nouveaux et anciens à la fois si on se réfère à l’expérience migratoire des Algériens qui traverse le XXe siècle – restent au seuil d’un droit de cité dans l’histoire locale. Il faut insister sur un malentendu de la reconnaissance lorsque l’historien gardien du temple de l’inventaire des mémoriaux de la nation ne répond pas au citoyen victime du mépris social. Le lien entre mémoire collective et mémoire nationale est remis en cause par des débordements dans l’espace public qui font que d’autres récits qui relevaient de mémoires clandestines trouvent place sur la scène médiatique et culturelle, soulignant ainsi le décalage avec les discours officiels relatifs à une mémoire publique patentée.

Annonce

Appel à communication – Colloque Scientifique International

Histoire(s) et mémoire(s) de(s) immigration(s) en Lorraine et Grande Région

9-10 mai 2008, Talange – Metz – Dudelange (Luxembourg)

Université Paul Verlaine Metz - Office Culturel Municipal Talange - Centre de Documentation sur les Migrations Humaines Dudelange (Luxembourg)

Comité d’organisation

- Mairie de Talange
- Université de Metz Paul Verlaine – Laboratoire ERASE, Laboratoire ETIC
- Centre de Documentation des Migrations Humaines, Dudelange, CDMH
- Agence Nationale de la Cohésion Sociale et de l’Egalité des Chances (ANCSEC)

Comité Scientifique

- GALLORO (Piero-D.), Université de Metz, Erase
- BOUBEKER (Ahmed), Université de Metz, Erase
- MORALES-LA-MURA (Raul), Université de Metz, Erase
- QUEIROLO-PALMAS (Luca), Universita di Genova, Disa
- CALDOGNETTO (Maria-Luisa), CDMH Dudelange – Université de Trèves

En région Lorraine, si l’apport à la construction régionale des premiers migrants issus dès le XIXe siècle de pays européens semble faire l’unanimité, d’autres nouveaux venus plus tardivement – nouveaux et anciens à la fois si on se réfère à l’expérience migratoire des Algériens qui traverse le XXe siècle – restent au seuil d’un droit de cité dans l’Histoire locale. Ce problème ne saurait se limiter à la science car il ressurgit au niveau des luttes pour la reconnaissance publique de différentes traditions mémorielles. Il faut en effet insister sur un malentendu de la reconnaissance lorsque l’historien gardien du temple de l’inventaire des mémoriaux de la nation ne répond pas au citoyen victime du mépris social. L’historien, nous dit Eric Vigne, doit se faire agent de réparation d’oubli, d’autant que ses travaux s’inscrivent dans l’espace public : « Lorsque des mémoires sans lieu s’affirment, persuadées que c’est aussi faute de lieu dans le récit historique que les discriminations et la citoyenneté de seconde zone dont elles sont victimes paraissent sinon légitimes du moins non essentielles, on ne saurait claquemurer le grand récit national au prétexte que la commémoration sature l’espace public et qu’il faut que l’histoire, dans la quiétude de ses recherches et le silence ouaté de ses archives remette de l’ordre hiérarchique entre les mémoires partielles des communautés et la mémoire officielle de la nation ».
C’est en ce sens que l’immigration pose la question essentielle des malentendus entre Histoire et Mémoire . Le lien entre mémoire collective et mémoire nationale est remis en cause par des débordements dans l’espace public qui font que d’autres récits qui relevaient de mémoires clandestines trouvent place sur la scène médiatique et culturelle, soulignant ainsi le décalage avec les discours officiels relatifs à une mémoire publique patentée. Quand bien même cherche-t-elle encore ses formes et son sens, avec des portes parole souvent inexpérimentés, l’émergence d’une mémoire plurielle de l’immigration souligne la nécessité d’une révision critique du grand récit national. Penser l’histoire aussi du point de vue de sa réception ou de sa réappropriation par une mémoire que l’histoire a blessée ou oubliée, pour élargir les sources de l’histoire et dépasser l’immigration des « peuples sans histoire » – pour reprendre l’expression hégélienne – prétendument coincée dans une mémoire d’affects et d’images. C’est dans ce contexte que le témoignage de l’expérience vécue des immigrés s’impose comme retour de la mémoire et remise en cause des anciennes hiérarchies dans l’écriture du passé.

L’ambition de ce colloque est d’interroger ces constats pour contribuer à la mise en perspectives d’un état des lieux concernant l’histoire de l’immigration et sa mémoire.
La question pourra être abordée sous de multiples angles autour de deux axes principaux

1) Les registres d'une expérience de l'histoire des immigrations

Un autre sens du mot histoire, c’est aussi ce que l’homme fait et endure, et en deçà de la question de l’écriture de l’histoire se pose celle de comprendre comment telle ou telle culture singulière interprète son mode d’existence historique. Sous le grand courant de l’histoire officielle coule toujours les multiples ruissellements de l’histoire souterraine des « oubliés » dont le maître mot est le Zakhor – souviens toi ! - de Yerushalmi. C’est ainsi un enjeu essentiel que de comprendre comment les acteurs des immigrations d’hier et d’aujourd’hui sont restés sujets de leur propre histoire. Comment ils sont parvenus à sauvegarder des héritages, des relations et des solidarités, comment leur existence individuelle et collective s’est construite à travers des rencontres, des alliances, des conflits, à travers des relations de mémoire et d’oubli, des choix individuels, des mouvements, ou des compromis. On propose alors de se référer aux travaux en lien avec les modalités de l’expérience sociale qui rendent possibles les constructions et l’écriture de l’Histoire (Kosseleck).

Quels sont les Evénements fondateurs et les moments de la mémoire d’une immigration à l’autre ?
Il s’agit de souligner la diversité des rencontres entre l’immigration et la société Lorraine. La rencontre vue comme un patchwork, une histoire de fragments dans le mouvement même de l’expérience migratoire, une expérience relevant d’une diversité d’héritages. Dans une rencontre continue entre la société lorraine et ses immigrations, quels sont les événements fondateurs (installation, confrontation aux populations, tensions interethniques, participation au mouvement ouvrier, politique d’immigration et de gestion sociale…) ? D’une immigration à l’autre, quels ont été les contextes, les dates et les acteurs de ces événements ? Mais il serait aussi intéressant de s’interroger sur les dénis et non-dits : les événements occultés de l’histoire nationale, mais aussi ceux qui sont oubliés ou réinterprétés par les mémoires de l’immigration

Quelles « Générations d’expériences » (Kosseleck) d’une immigration à l’autre?
Il s’agit de souligner l’importance de rythmes de l’expérience qui dépendent des générations comme « vagues d’expériences collectives » engendrant des histoires communes. Quels ont été ces processus d’accumulation de l’expérience d’une vague d’immigration ou d’une génération à l’autre, d’une part pour les nouveaux arrivants et d’autre part pour les institutions en charge de l’accueil et de la gestion sociale de ces populations ? Quelles sont les séquences historiographiques d’une continuité de ce processus ? Quels ont été les lieux et les termes des débats publics ou internes à différents groupes d’acteurs (acteurs immigrés, mais aussi syndicalisme, mouvements caritatifs, partis politiques…) qui ont donné forme à ce développement de l’histoire ? Quelles en sont les traces dans les archives et les figures dans les mémoires locales ? On insistera notamment sur des expériences spécifiques (mémoire ouvrière, mémoire des banlieues…) et sur des différences radicales dans le traitement de l’histoire de l’immigration entre vagues européennes et vagues postcoloniales

Quelles tensions dans la mémoire collective révélées par l’immigration ?
Il est notamment essentiel de s’interroger en Lorraine sur les abus d’une mémoire collective confondue à la mémoire ouvrière. Si différentes vagues d’immigrations dans le grand nord est ont trouvé place dans le monde ouvrier au point d’y devenir parfois majoritaires et de participer à l’avant-garde du mouvement social, on ne saurait confondre le patrimoine migratoire avec la mémoire ouvrière. Il s’agit notamment d’accorder crédit à un refus des héritiers de l’immigration du sud de s’identifier à un monde ouvrier qui n’a pas gardé trace de la mémoire de leurs pères. S’agit-il alors de promouvoir une mémoire alternative sur le modèle anglo-saxon des « history workshops » tournés vers les exclus ? Comment décentrer l’histoire de l’immigration de celle du monde ouvrier ?

Quels oublis ?
A la mémoire saturée (Robin) des commémorations et du tropisme mémoriel, des discours et des (ré)écritures d’imaginaires, les réinventions du passé (Edelman) ne peuvent occulter les silences qui existent encore aujourd’hui autour de certains thèmes liés à l’immigration ou de populations migrantes que les travaux scientifiques et la mémoire collective ne sollicitent pas. Quels liens entretiennent alors l’Oubli – quelles que soient ses formes (Augé) - et l’Histoire de l’immigration dans les paradigmes du devoir de mémoire (Rioux) ? S’agit-il, pour la Lorraine et la Grande Région, d’une confiscation de la mémoire de certaines populations immigrées comme cela a été établi dans d’autres régions (Cegarra) ou d’une nécessaire ambivalence inhérente au processus mémoriel toujours tendu entre les deux pôles que sont le souvenir et l’oubli (Candau) ?

2) Quelles histoires pour quelles mémoires: enjeux des approches pluridisciplinaires

Loin de s’en tenir à une approche purement historienne, on ouvrira également la réflexion à d’autres champs disciplinaires. En lorraine ce n’est en effet que très récemment que la question de l’immigration à commencé à susciter l’intérêt public. La région était encore en état de choc dans les années 1990, bouleversée par le démantèlement de la sidérurgie et de la mine. Dans ce passage du monde ancien à l'actualité, les luttes sociales ont suscité une obsession de la perte avec l’enjeu de l’écriture d’une nouvelle histoire sociale. Ce travail de mémoire a favorisé une réflexion publique sur la nécessité de nouvelles médiations : comment favoriser la prise de parole de toutes les victimes du désastre industriel ? C’est ce travail sur la mémoire ouvrière qui apparaît comme précurseur du nouvel intérêt public pour la mémoire des quartiers populaires et de l’immigration. Des historiens ont aussi peu à peu investi ce nouveau domaine de recherche, mais soulignons que les approches françaises de l’histoire de l’immigration – très influencées par les approches marxistes et le plus souvent limitées au cadre de l’Etat nation – sont aujourd’hui discutées par d’autres regards sur l’histoire : l’histoire culturelle, la sociohistoire dont se revendique Gérard Noiriel, ou encore une version de la world history inspirée par les post colonial studies.
Ce colloque sera aussi l’occasion d’interroger les doxa, épistémé et paradigmes dans lesquels s’inscrivent les discours et les approches sur les immigrations et la mémoire aujourd’hui en particulier les liens entre phénomènes mnésiques attestés au niveau des individus et la notion équivoque de mémoire collective qu’il s’agira alors de définir. De ce point de vue, il s’agit de convier l’ensemble des disciplines des Sciences Humaines comme la philosophie, l’ethnologie et la sociologie, la psychologie ou la linguistique voire des sciences techniques comme la biologie (anatomie et biologie) soulignant l’enjeu des approches pluridisciplinaires sur lequel repose cet ouvrage. Quels ont été les apports respectifs de ces disciplines sur les questions qui nous préoccupent ? On interrogera notamment la vaste mouvance des Cultural et Postcolonial Studies dans la reconnaissance des mémoires et d’une histoire globale de l’immigration en favorisant des perspectives de recherche plus larges que le terrain local.
Mais ces nouveaux regards ne sont pas simplement ceux de spécialistes des sciences humaines : ce sont aussi ceux de nouveaux « entrepreneurs de mémoire » au premier rang desquels se retrouvent des « héritiers de l’immigration eux-mêmes. On questionnera, les pratiques militantes d’une politique de la mémoire mais aussi les nouvelles pratiques tant autobiographiques que romanesques ou cinématographiques (festival de Villerupt et de Fameck) qui participent à la constitution de mémoires alternatives dans leurs dimensions familiale, communautaire, local, régionale, nationale ou transnationale.
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Précisions pour l’envoi d’un projet de communication

• Résumé de la communication de 3000 signes maximum (espaces compris) comprenant des éléments détaillés sur :
o La problématique développée
o Une définition des concepts utilisés
o Une présentation des démarches et des outils méthodologiques
o Les principaux résultats et conclusions de l’étude proposée

• Présentation des auteurs :
o Nom et Prénoms
o Références professionnelles et institutionnelles
o Coordonnées complètes : téléphoniques / électronique / Adresse postale

Date limite de remise : 15 mars 2008
Les résumés sont à envoyer par courriel (format RTF) et sur support papier à :
Gérard LAVANDIER
MAIRIE DE TALANGE
46 Grand Rue
Boîte Postale n°1
F-57 525 Talange
Tél. : 03 87 70 87 83
Fax. : 03 87 70 22 52
gerard.lavandier@mairie-talange.fr

- pour la publication
• L’acceptation d’une communication ne constitue pas un engagement de publication.
• Les auteurs retenus fourniront un texte à l’issu du colloque sous réserve d’éventuelles corrections et modifications demandées par le Comité de Lecture du colloque.

Echéancier

- Réception des résumés : 15 mars 2008
- Lecture des projets par le Comité Scientifique : 15 mars – 1er avril 2008
- Réunion du Comité Scientifique : début avril 2008
- Notification de la décision du Comité Scientifique : 10 avril 2008

Lieux

  • Office Culturel Municipal de Talange - Centre de Documentation sur les Migrations Humaines Dudelange (Luxembourg)
    Talange, France

Dates

  • samedi 15 mars 2008

Mots-clés

  • immigration, histoire, mémoire, Lorraine, Luxembourg

Contacts

  • Gérard Lavandier
    courriel : gerard [dot] lavandier [at] mairie-talange [dot] fr

Source de l'information

  • Emmanuelle Platzgummer
    courriel : Emmanuelle [dot] platzgummer [at] univ-metz [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Histoire et mémoire d'immigration en Lorraine et Grande région », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 30 janvier 2008, http://calenda.org/194306