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Publié le jeudi 14 février 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

La question « théologico-politique » est aujourd’hui doublement réactivée : par l’ampleur inédite de travaux sur le statut de la modernité occidentale et sur la question du rapport entre le pouvoir et le sacré qu’il induit ; par l’effet de mondialisation qui retentit sur les identités politiques et religieuses. Deux points de vue distincts s’imposent ainsi : le théologico-politique en tant que problème religieux et en tant que problème politique.

Annonce

Le statut contemporain du théologico-politique

Institut catholique de Paris,
les 13, 14 et 15 mars 2008

La question « théologico-politique » est aujourd’hui doublement réactivée : par l’ampleur inédite de travaux sur le statut de la modernité occidentale et sur la question du rapport entre le pouvoir et le sacré qu’il induit ; par l’effet de mondialisation qui retentit sur les identités politiques et religieuses. Deux points de vue distincts s’imposent ainsi : le théologico-politique en tant que problème religieux et en tant que problème politique.

Dans un contexte d’actualité qui fait résonner cette question sur un registre souvent passionnel, le colloque se donne pour tâche (1) de restituer les moments, les traditions et les conditions en vertu de quoi le théologique et le politique sont entrés en « compromis » et d’analyser les métamorphoses que leur relation a connues dans l’histoire occidentale (saint Augustin, Joachim de Flore, monde médiéval, Spinoza, Hobbes, Hegel…) ;  (2) de mettre en débat plusieurs modèles d’interprétation de cette histoire (Schmitt, Peterson, Löwith, Strauss, Blumenberg), (3) d’examiner les thèmes et concepts mis en jeu par le phénomène de la nouvelle pluralité religieuse au sein de l’espace politique français et européen (nation, Etat, communauté, laïcité, mémoire, religion témoignage, textualités fondatrices) ; (4) de répondre enfin à la double question de savoir jusqu’où l’idée d’une disjonction entre le théologique et le politique est recevable, quelles sont les conditions théoriques requises pour en assumer l’articulation.

Jeudi 13 mars

20h-22h : Séance inaugurale

  • Pierre Cahné, Recteur de l’institut Catholique de Paris,  Accueil
  • Philippe Capelle, Doyen honoraire, directeur du laboratoire,
    Introduction à la problématique du colloque.
  • Pierre Manent, EHESS, Conférence inaugurale :
    «Le problème théologico-politique: question résolue ou drame inachevé?»

Vendredi 14 mars

9h-11h : Session 1. Figures historiques

Président de séance : Hubert Faes

  • De l'une à l'autre cité. Saint Augustin, père de la théologie politique ?
    Jérôme Alexandre, Faculté Notre-Dame, Paris
    Dernière grande apologie de la foi chrétienne de l'Antiquité, première grande théologie de l'histoire, la Cité de Dieu s'affirme aussi comme une réflexion remarquable sur le rôle de la foi chrétienne dans l'ordre socio-politique. La leçon produite dans le célèbre ouvrage ne vaut pas seulement au regard de sa postérité médiévale et moderne, elle témoigne d’une nouveauté en mesure d’affecter plusieurs débats contemporains.
  • Y a-t-il un problème théologico-politique en islam?
    Rémi Brague, Universités de Paris-I Sorbonne et de Munich.
    Le problème dit « théologico-politique » est posé le plus souvent à partir d'un modèle d'origine chrétienne, plus ou moins sécularisé. En islam, il n'y a pas de « théologie » au sens d'Augustin ou d'Anselme. Il n'y a pas non plus une "politique" séparée des autres domaines de la philosophie pratique. Le vrai problème est le poids sur l'activité humaine d'une Loi dictée par Dieu.
  • Saint Bernard de Clairvaux : « le pouvoir de la liberté »
    Emmanuel Falque, Faculté de philosophie de l’ICP
    La liberté est ordinairement définie comme « pouvoir » ou « faculté », ce qui détermine aussi la dimension politique de l'agir moral. Une lecture attentive du De gratia et libero arbitrio de Bernard de Clairvaux en fait voir cependant, et aussi, son "ouverture" ou apérité". Traversant cet écart entre la détermination politique de la liberté et sa dimension spirituelle, on montrera en quoi la redécouverte contemporaine de la liberté comme "accueil" ou "apérité"prend sa source dans un débat implicite entre le philosophique et le théologique, que le politique vient quant à lui réguler

Débat

11h. Pause-collation

11h30-13h15 : Session 2. Figures historiques (suite)

Président de séance : Bernard Bourdin

  • Liberté, salut et pouvoir chez Thomas d’Aquin
    Philippe Vallin, Strasbourg
    A cause du salut dans le Christ, Thomas d’Aquin vénère la liberté des consciences. Mais la liberté collective reste chez lui problématique : 1/ un Etat chrétien n’y saurait régresser hors de l’Evangile ; 2/ la liberté des personnes sera théorique sans la contrainte pédagogique.
  • La question théologico-politique chez Spinoza, ou l’unique exigence du principe de liberté.
    Henri Laux sj, Centre Sèvres, Paris
    La réflexion spinoziste sur la théologie et la politique travaille à la réalisation de la liberté dans l'histoire ; elle questionne toute autorité  quant à sa fin et à son exercice ; son exigence est d'affirmer, l'une par l'autre, la puissance de chacun et la puissance de tous, dans la pluralité des instances qui constituent le corps social.  Les ressources propres de la religion peuvent s'inscrire dans cette éthique, expressive de la démocratie.
  • Les fondements du pouvoir politique chez Hegel : vie divine et désacralisation de l’histoire.
    Jean-Louis Vieillard-Baron, Université de Poitiers et ICP
    Le § 360 et dernier des Principes de la philosophie du Droit montre que l’État hégélien est la volonté divine ; mais c’est à la condition d’être un État laïque, mondain, un État dans lequel la religion ne joue aucun rôle politique. Cet État est la réconciliation effective de la cité des hommes et de la cité de Dieu. Il suppose que la vérité ait abandonné sa violence, qui n’est pas seulement celle du dogmatisme ni celle du fanatisme, religieux ou politique, mais celle de la vérité même, la violence liée à la puissance de l’Idée, qui doit devenir pouvoir politique organisé au sein de l’État. La réconciliation véritable suppose le dépassement de la négation religieuse du politique (l’État théocratique) et la négation politique de la religion (la société politique sans Dieu ni religions). Pour cela, l’État doit accomplir la Sittlichkeit et la spiritualité religieuse doit s’épanouir dans l’État. État et religion sont alors pour eux-mêmes des garanties mutuelles (Encyclopédie de 1830, § 552 R)

Débat

13h15 : Pause-déjeuner

15h-17h : Session 3 : Postures contemporaines

Président de séance : Laurence Devillairs

  • De la sociologie du charisme à la théologie politique : rationalité, personnalité et décision politiques chez Weber et Schmitt.
    Jean-Claude Monod, CNRS, Paris
    Carl Schmitt a publié sa première « Théologie politique » dans un volume d'hommage à Max Weber, et noté que sa réflexion dans ce domaine avait été marquée par la thématique wébérienne de la légitimité charismatique. Une réflexion sur la part du charisme en politique est-elle vouée à finir dans le rejet de la « rationalité relative » et dans l'apologie du décisionnisme? On examinera cette question à partir des réponses, différentes et évolutives, que Weber et Schmitt y ont donné.
  • Ontologie et politique : sur la tension entre Jérusalem et Athènes et l’alternative straussienne à l’humanisme contemporain.
    Corine Pelluchon, Paris
    Léo Strauss ne cesse de l’affirmer : la démocratie ne peut éviter certaines dérives sans une réflexion sur la fin et l’excellence de l’homme. S’agit-il de revenir à Aristote ? Ou bien les traditions religieuses peuvent-elles aider à refonder l’éthique et la politique ? Il s’agit au fond de comprendre quelle articulation de l’ontologie et de la politique est à l’horizon de la critique produite par Strauss de l’humanisme contemporain et de sa « réponse » à la crise de l’Occident.
  • Le destin de la pensée petersonienne dans la « Nouvelle théologie politique » de J.B. Metz,  et chez ses  critiques
    Jean-Louis Souletie, Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’ICP
    La thèse radicale de E. Peterson dans Le Monothéisme comme problème politique (1935) n’a pas été tenue jusqu’au bout, elle laisse en suspens la question du type de  relation qui peut  exister entre la théologie chrétienne et le politique. La nouvelle théologie politique de Johann Baptist Metz en reprend le cahier des charges sur le versant d’une éthique sociale sans pouvoir honorer vraiment le plan politique proprement dit. Les critiques de J-B Metz vis-à-vis de  la Radical orthodoxy anglo-saxonne parviennent- elles à dépasser l’ambiguïté des positions petersoniennes ?

Débat

17h : Pause-collation

17h30-19h30 : Session 4. Postures contemporaines (suite)

Président de séance : Paul Gilbert

  • Le « miracle » au centre de « l’ordinaire » : le théologico-politique dans le « moral perfectionism » nord-américain
    Hent De Vries, Hopkins University, USA
    Toutes les tentatives de minimiser l’importance du miraculeux comme structure même du nouveau – et donc tous les efforts de le séparer de l’essence ou de la nature de la religion et aussi de la raison et du savoir, de la science et de la technologie, de la politique et du politique – n’ont pas conduit à sa déposition. Nous nous proposons d’analyser le motif du miracle comme structure de l’événement politique en tant que tel en prenant notre point de départ dans le débat entre Stanley Cavell, John Rawls, Hilary Putnam et Richard Rorty et leurs conceptions radicalement différentes de la tradition américaine du pragmatisme et surtout du « moral perfectionism ».
  • Rendre à Dieu ce qui est à Dieu. La dimension politique de la théologie chez Theodor Haecker (1879-1945). Aux fondements de la résistance au nazisme.
    Emmanuel Tourpe, I.E.T. Bruxelles
    Le philosophe allemand Theodor Haecker (1879-1945) est l'une des plus belles figures de la résistance intellectuelle allemande au nazisme. Sa lutte a ses racines dans une conception universaliste, à la fois classique et judéo-chrétienne de l'homme. Ses écrits se caractérisent aussi par l'acuité extrême de la conscience historique dont ils témoignent, qui débouche sur une action politique radicale contre le mal. Sa pensée est l'une des plus belles illustrations qui soient du lien vivant entre le théologique, le métaphysique et le politique.
  • Théologico-politique concordataire et laïcité dans la doctrine sociale de l’Eglise catholique
    Jean-Paul Durand, o.p., Faculté de droit canonique de l’ICP
    Le droit canonique catholique romain, latin puis oriental, s’est renouvelé à partir de Léon XIII, puis avec Vatican II ; il réassume une dimension de son propos théologico-politique, particulièrement dans la composante mixte du droit public ecclésiastique, où s’élabore et se négocie un processus concordataire (ou consensuel). Cette donnée - nous le montrerons - se comprend à la lumière de la genèse catégorielle éthico-philosophique de « juste laïcité » (Pie XII puis Jean-Paul II).

Débat

Samedi 15 mars.

9h-11h : Session 5. Postures contemporaines (fin)

Président de séance :

  • Théologie politique ou Kulturkampf? Le cas d'Israël
    Dominique Bourel, CNRS, Paris
    Le judaïsme - en Israël et en Diaspora - se transforme comme toutes les religions vivantes avec les mondes dans lesquels il s'incarne. On présentera quelques grandes pensées contemporaines, celle de Heschel, Breuer, Kaplan et Ravitzky ainsi que le rejuvénation de l'orthodoxie afin de tenter de comprendre ce phénomène de combat entre une société de plus en plus laïque et une religion de plus en plus religieuse.
  • La question du théologico-politique dans l’islam contemporain. Diversité des approches et enjeux.
    Abderrahim Lamchichi, Université d’Amiens
    Dans le monde arabe et musulman contemporain, la question théologico-politique est devenue plus que jamais centrale. Elle fait l’objet de thèses contradictoires y compris au sein des islams d’Europe, sur des thèmes aussi cruciaux que la séparation du religieux et du politique, la conscience individuelle, la citoyenneté, l’émancipation des femmes et l’héritage identitaire. C’est à leur mise en perspective critique que sera consacrée cette communication.
  • La religion, « source d'inspiration » du politique : Jacques Maritain et Simone Weil
    Emmanuel Gabellieri, Université Catholique de  Lyon
    D’Humanisme intégral à L’Enracinement, critique de l’eschatologie révolutionnaire et mise en cause de la chrétienté « sacrale » se conjuguent, conduisant J. Maritain et S. Weil à un rejet de toute politique de l’absolu, sans pour autant adhérer à la sécularisation du laïcisme moderne. Que la religion soit en-dehors de tout pouvoir politique, mais puisse être une source d’inspiration pour celui-ci, se rapproche de bien des intuitions présentes chez A. Tocqueville ou E. Mounier, mais aussi de la recherche actuelle d’une "nouvelle laïcité" reconnaissant la dimension publique du religieux.

Débat

11h : Pause-collation

11h30-13h : Session 6. Le théologico-politique et ses fins 

Président de séance : Emmanuel Gabellieri

  • La politique comme théologie et comme mythe
    Jeffrey Barash, Université d’Amiens
    L'un des traits principaux des Temps Modernes, selon Martin Heidegger, est d'être une période d' « indécision par rapport à Dieu et aux dieux » (Entscheidungslosigkeit über den Gott und die Götter). Si, dans notre propos, nous prenons ce constat comme point de départ de l'interprétation, c'est pourtant moins pour décrire ce trait, en termes heideggériens, en tant qu'articulation de l' « histoire de l'Etre », que pour l'élucider en un sens essentiellement politique.  De ce point de vue, nous interpréterons la « théologie politique" »du 20ème siècle comme le signe même de cette « Entscheidungslosigkeit » dans la mesure où elle a pu conduire, selon notre analyse, à la convergence, voire à la confusion du Dieu chrétien avec les dieux des mythologies politiques modernes.
  • Originalités et permanence du théologico-politique chrétien : enjeux de la présence du christianisme en régime de démocratie libérale
    Bernard Bourdin o.p., Université de Metz et ICP.
    Cette communication sera consacrée dans un premier temps aux critères définissant la spécificité du théologico-politique chrétien. Le deuxième temps portera sur les conditions de la pertinence contemporaine de ces critères

Débat

13h : Pause-déjeuner

15h-17h30 : Session 7. Le théologico-politique et ses fins (suite) 

Président de séance : Jean-Louis Vieillard-Baron

  • Au nom de quoi ? Le  principe d’autorité en religion et en politique.
    Philippe Capelle, Faculté de philosophie de l’ICP
    Le théologico-politique met centralement en scène la question de l’autorité, sa nature, ses objets, ses effets ; il se définit au cœur de cette interrogation : au nom de quoi ? On considérera le problème métaphysique que le principe d’autorité assume ainsi doublement, en religion et en politique, en se focalisant sur les motifs d’origine, de décision et de messianisme.
  • Le retour contemporain du théologico-politique : comment y résister ?
    Yves-Charles Zarka, Université de Paris Descartes (Paris 5-Sorbonne)
    La problématique théologico-politique s'est beaucoup transformée depuis le XVIIe siècle et en particulier l'usage que Spinoza faisait de cette expression complexe. Ce retour est à mon sens une réappropriation théologique du politique et une instrumentalisation politique du théologique. Ce double mouvement a des conséquences désastreuses pour le théologique et pour le politique. D'où ma question : comment y résister ? Ou mieux, comment s'en débarrasser ?
  • Christianisme et vie civile dans la société post-séculière.
    Vittorio Possenti, Université de Venise
    La question théologico-politique en tant que rapport entre politique et transcendance appartient à la vie des civilisations, et fonde une tâche originaire de la pensée politique. Après un long effacement dû à l’idée qu’à plus de modernité correspond (ou doit correspondre) moins de religion, le problème resurgit aujourd’hui sous d’autres auspices. La réintégration de la religion dans la société post-séculière - terme qui signifie non pas la fin de la sécularisation, mais le retour de la religion dans la sphère publique -, suggère un nouveau dialogue avec la pensée chrétienne. On touchera ainsi les questions du rapport entre loi et droit, et le risque de dérive d’un nihilisme juridique.

Débat

Conclusions du colloque

Lieux

  • Institut Catholique de Paris, Faculté de Philosophie, 21 rue d'Assas, 75006 Paris
    Paris, France

Dates

  • jeudi 13 mars 2008
  • vendredi 14 mars 2008
  • samedi 15 mars 2008

Mots-clés

  • théologico-politique, pouvoir, sacré, identités

Contacts

  • Valérie Delobel
    courriel : philosophie [at] icp [dot] fr

Source de l'information

  • Valérie Delobel
    courriel : philosophie [at] icp [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le statut contemporain du théologico-politique », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 14 février 2008, http://calenda.org/194389