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Intimité et vie privée : déplacements de pudeur et politiques

Dossier thématiques (vol. 21, no. 2) de la revue Nouvelles pratiques sociales (printemps 2009)

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Publié le lundi 25 février 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Appel à contributions pour le dossier thématique du volume 21, numéro 2 de la revue Nouvelles pratiques sociales dirigé par Rébecca Beauvais (École de travail social - Université du Québec à Montréal) et Maria Nengeh Mensah (École de travail social; Institut de recherches et d'études féministes - Université du Québec à Montréal).

Annonce

Nouvelles pratiques sociales

Appel de contributions

Vol. 21, no 2 (printemps 2009)

Dossier : Intimité et vie privée : déplacements de pudeur et politiques
Responsables : Rébecca Beauvais et Maria Nengeh Mensah

Au 21e siècle, bon nombre de pratiques sociales mettent en jeu l’intimité et la vie privée. Pensons à la tenue des dossiers et des informations à caractère confidentiel, aux soins et services livrés à domicile, à l’intervention en matière de violence familiale et conjugale, à la biométrie et à l’intelligence sur l’identité individuelle, aux différents métiers de l’industrie du sexe, au quotidien des personnes qui résident en milieu carcéral ou dans d’autres institutions fermées, aux expériences du vivre dans la rue, aux exigences du secret professionnel, aux programmes visant à modeler l’habillement des adolescents ou à notre engouement face aux émissions de télé-réalité. Chacune de ces activités est traversée par une tension certaine, entre d’une part la volonté de savoir, de connaître et de dévoiler, et d’autre part, la résistance et le contrôle de l’invasion. Nos sociétés surveillent et protègent en même tant qu’elles sont devenues remarquablement « avouantes ». De ce constat, et si l’on accepte l’idée que ces pratiques ont une fonction politique, il importe dès lors de s’interroger sur les enjeux démocratiques qui les sous-tendent et, du coup, de nommer les repères à partir desquels les enjeux de l’intimité et de la vie privée peuvent être examinés.

La dimension politique de l’intimité et de la vie privée apparaît être au cœur des débats actuels. Car sans politique, parlerait-on vraiment de l’hypersexualisation de la société, du non-respect de la vie privée, de l’extimité ou du sur-dévoilement, entre autres, par l’usage d’Internet et des télé-réalités, comme des problèmes sociaux qui semblent bouleverser notre « vivre-ensemble » — donc une façon de vivre et de penser le politique.

Ainsi, bien que l’intime doive être différencié de la vie privée (la vie privée est une notion explicitement politique, un droit civil dûment policé, tandis que l’intime est une activité sociale, une portion d’espace réel ou métaphorique dont l’acteur principal privilégie la garde), les deux termes recouvrent des repères normatifs et politiques semblables. Les pratiques sociales, les institutions et les codes, qui organisent la vie privée cristallisent l’état des rapports de force entre les sexes, par exemple. « Le personnel est politique! », s’écriaient les mouvements féministes dans les années soixante. Parce qu’il n’y a pas de domaine privé dans une existence qui ne soit politique, et inversement, il n’y a pas de problème politique qui, en dernier ressort, ne soit personnel. Dans cet ordre d’idées, se sont imposées diverses stratégies, dont l’étude de la division entre les sphères privée/publique et de son inscription dans la différenciation sociale des sexes; et l’examen des problématiques de la vie privée (l’amour, la sexualité, la famille, le travail domestique, le rapport au corps et à l’identité, etc.) qui ont eu un impact sur les rôles sexuels et les modes de vie tant intimes que publics.

Cette intimité dont on parle se compose conceptuellement d’au moins quatre dimensions interreliées : une dimension émotionnelle qui renvoie au sentiment, au souci de l’autre; une dimension spatiale reliée à la proximité et aux interactions physiques; une dimension psychologique qui implique une certaine intersubjectivité; et une dimension sociale qui comprend des échanges verbaux d’informations, de connaissances. Or le sexe est fortement associé à cette intimité et à l’identité individuelle. C’est pourquoi on a tendance à réduire la notion d’intimité et les espaces où elle se cantonne à la dimension sexuelle de l’existence; à faire de la sexualité le fondement même de l’intime. Et c’est pourquoi aussi les ouvrages publiés au cours des dix dernières années qui se sont intéressés à la notion d’intimité ont largement exploré l’angle de la sexualité. Dans ce numéro, nous voulons élargir le sens et surtout la portée des transformations qui s’opèrent dans ce champ.

Or, nous émettons ici l’hypothèse que les déplacements et les débats actuels quant à l’intimité et à la vie privée, sont surtout une affaire de déplacement de pudeur ; les frontières du privé et du public resteraient quant à elles opérantes. En conséquence la pudeur, « cette gêne qu’une personne éprouve à faire, à envisager ou à être témoin » serait un motif des résistances comme des renouvellements des pratiques. Chez certains acteurs, cette pudeur serait déplacée au profit d’enjeux économiques et politiques : accès à l’information, test génétique dans les demandes d’immigration, cartes à puce, etc. Du reste, c’est la question démocratique qui nous interpelle ici : la pudeur n’y étant pas limitée aux choses sexuelles. La notion d’intimité génétique par exemple, notion qui « découle de l’apparition de formes de discrimination génétique utilisée par les employeurs, les compagnies d’assurances, les écoles ou les agences d’adoption » laisse entrevoir une nouvelle gestion et délimitation du champ de l’intimité. D’une part, une intimité à protéger : une atteinte à la démocratie, car on « viole » la vie (l’intimité) des gens; une tension entre diffusion/accès à l’information et le droit à une vie privée. D’autre part, une intimité qui est un moteur de prise en charge citoyenne, l’intimité devient un lieu propice à la prise de parole, à l’engagement, à la résistance (luttes contre l’assujettissement) qui ne se limite pas à l’individu même s’il en est la première prise de conscience.

Pour son numéro d’hiver 2009, NPS invite les praticiens, les étudiants engagés en intervention sociale, les militants des milieux communautaires et bénévoles, les professeurs et les chercheurs à réfléchir sur les enjeux démocratiques que soulèvent de nouvelles pratiques sociales liées à l’intimité et à la vie privée. Nous cherchons donc des contributions scientifiques qui tentent de contextualiser les changements quant à l’intimité et à la vie privée, à cartographier les lieux de cette intimité et leurs nouvelles frontières, ainsi qu’à questionner comment la démocratie s’inscrit dans ces nouvelles démarcations. À titre d’exemples, les textes soumis pourront aborder les questions suivantes : Quelle vitalité démocratique réside autour des frontières qui entourent l’intimité et la vie privée? Comment la caractériser? Qui limite qui? Dans quel but et avec quels effets? Quelles formes prennent les pratiques de l’intime et de la vie privée dans l’univers de l’intervention sociale? Individuelle, familiale, de groupe ou auprès des collectivités? Et que sont les nouvelles tensions émergentes en considérant les enjeux émotionnels, spatiaux, psychologiques ou sociopolitiques? Aussi, est-ce que ces déplacements sont radicaux (remise en question de cette séparation privée/publique), moraux ou stratégiques? Finalement, comment se définissent le politique et le démocratique sur le terrain de nos recherches et réflexions?

Les manuscrits doivent être soumis avant le 15 avril 2008 par courrier électronique à Nouvelles pratiques sociales (nps@uqam.ca).

Pour toute question relative à ce numéro thématique, les auteurs sont invités à communiquer avec les responsables : Rébecca Beauvais
Chargée de cours
Département de science politique et École de travail social
UQAM
Tél.: 514-987-3000 (poste 4141)
beauvais.rebecca@uqam.ca
Maria Nengeh Mensah
Professeure-chercheure
École de travail social Institut de recherches et d'études féministes
UQAM
Tél.: 514-987-3000 (poste 1723)
mensah.nengeh@uqam.ca

Rappel : Vous trouverez le guide pour la présentation des articles dans la revue et vous pouvez le consulter sur notre site Web (http://www.nps.uqam.ca/appel/guide.php); toutefois, nous précisons déjà qu’aucun article ne devra dépasser 35 000 caractères (espaces compris), notes, bibliographie et tableaux inclus.

Catégories

Dates

  • mardi 15 avril 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • intimité, vie privée, politique, pratiques sociales, intervention sociale

Contacts

  • Etienne Legault
    courriel : nps [at] uqam [dot] ca

Source de l'information

  • Etienne Legault
    courriel : nps [at] uqam [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Intimité et vie privée : déplacements de pudeur et politiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 25 février 2008, http://calenda.org/194459