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Historiographie et archivistique

Écriture et méthodes de l'histoire à l'aune de la mise en archives

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Publié le mercredi 05 mars 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

On se propose, au travers d’exemples précis, d’objectiver une pratique, l’archivistique, et tenter de mesurer les implications sur la scientificité du discours historien et sur l’élaboration des méthodes historiques. Il conviendrait alors d’envisager les archives et l’archivistique au sens que lui a conféré la pratique professionnelle, correspondant à l’avènement des principes fondateurs de l’archivistique en tant que discipline du " fonds " et de ses corollaires conceptuels le respect des fonds et le respect de la provenance jusqu’à la théorie des trois âges en archivistique. Penser épistémologiquement l’archivistique et la replacer dans son historicité, ce n’est pas seulement considérer la mise en archive comme une condition d’existence du matériel historique, c’est l’appréhender comme un geste historiographique, et non simplement technique.

Annonce

24 avril 2008 - 14 h-18 h
Salle Georges Chevrier

Historiographie & archivistique : Ecriture et méthodes de l'histoire l'aune de la mise en archives

Organisateurs : Philippe Poirrier, Julie Lauvernier

Les liens intrinsèques qui unissent archivistique et historiographie ont toujours été reconnus. Toutefois ces rapports semblent s’être construits autour d’une opposition schématique : d’un côté la collecte et l’inventaire, de l’autre l’analyse et la synthèse. Car force est de reconnaître qu’archivistique et écriture de l’histoire sont deux disciplines et deux opérations distinctes ayant des objets propres. L’interrogation sur ces liens n’est pas neuve, elle a su trouver sa place dans les débats professionnels depuis de nombreuses années. A contrario les historiens se sont jusqu’à ce jour peu souciés d’en faire l’examen. Les philosophes, notamment M. de Certeau et P. Ricœur, semblent avoir été plus prolixes : leurs réflexions épistémologiques ont su replacer la construction de l’écriture de l’histoire dans la continuité de l’opération archivistique, et illustrent de ce fait un rapprochement pour penser ces deux opérations en un monde commun, et non plus en contradiction. A l’aune de ces essais, l’histoire ne commencerait pas par la seule parole de l’interprétation, elle serait toujours médiatisée par la technique et dépendrait alors autant de l’archivistique de son époque, que du degré de technicité mis en œuvre pour la collecte des documents par l’historien.

L’archivistique a une originalité propre par un objet qui la distingue des disciplines connexes : l’information consignée organique. Elle applique des méthodes qui lui sont particulières, telles que des normes, des délais de conservation, ainsi que des règles de sélection des documents. Elle est, aussi, un  vecteur de transformation du document en archives. Elle ne se contente pas de conserver et de classifier les documents, elle les ordonne. Cette classification logique a des implications matérielles : cadre et plan de classement, rédaction d’instruments de recherche, rédactions et publications de textes. Autrement dit l’archivistique ne participe pas uniquement à l’établissement des sources, en décantant par le tri et les éliminations, la masse documentaire, c’est également une opération de « construction de catégories », car l’objet de l’archivistique est d’organiser le fonds en fonction des activités du producteur. Elle est, plus encore, une re-création ; en incluant les fonds d’archives au sein des cadres de classement réglementaires elle joint toutes une séries de coordonnées qui donne sens et sont indissociables des fonds. Par la transcription, la traduction et l’insertion dans un récit, elle vise, par ailleurs, à faire connaître la documentation. Ainsi formulée, l’archivistique a une méthode et une existence propre par rapport à la discipline historique. Mais parce qu’elle permet « la conservation et l’utilisation de l’information à des fins différentes de celles pour lesquelles elle a été produite », l’archivistique n’a pas pour intention son propre geste.

S’il est communément admis que le développement de l’archivistique est concomitant à celui de l’histoire, c’est à un moment où ces disciplines deviennent et s’affirment scientifiques. Ce développement simultané permet de les envisager tant dans la double élaboration de leurs méthodes, que la professionnalisation de leurs acteurs. La période de l’histoire de l’archivistique à étudier est alors restreinte. Les principes fondateurs de l’archivistique étant théorisés en 1841 par Natalys de Wailly, ce n’est donc guère qu’à partir du deuxième tiers du XIXe siècle que peut être envisagée une étude stricte. Ce lien intangible ne serait qu’une étape dans les pratiques historiques et l’élaboration des écritures de l’histoire, et deviendrait moins ténu à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

Partant, si l’histoire est écriture de part en part pour reprendre les mots de Paul Ricœur, c’est dire à l’instar d’Hervé Bastien, qu’« il n’y a pas d’histoire sans archives », « sans connaissance du processus archivistique » : du chemin emprunté par le geste qui transforme le document, en archives. Autrement dit, l’historien reconstruit et interprète le réel au moyen de traces, et est donc toujours en  prise avec la source historique qu’il passe au crible de la critique ; il est malgré tout dépendant de sa documentation, et de la manière dont celle-ci a été matériellement et intellectuellement conservée. C’est considérer que l’opération archivistique constitue, un élément essentiel de la condition de production de l’histoire, et lui octroyer de facto une place dans la réflexion sur la pratique historique.

On se propose, au travers d’exemples précis, d’objectiver une pratique, l’archivistique, et tenter de mesurer les implications sur la scientificité du discours historien et sur l’élaboration des méthodes historiques. Il conviendrait alors d’envisager les archives et l’archivistique au sens que lui a conféré la pratique professionnelle, correspondant à l’avènement des principes fondateurs de l’archivistique en tant que discipline du « fonds » et de ses corollaires conceptuels le respect des fonds et le respect de la provenance jusqu’à la théorie des trois âges en archivistique. Penser épistémologiquement l’archivistique et la replacer dans son historicité, ce n’est pas seulement considérer la mise en archive comme une condition d’existence du matériel historique, c’est l’appréhender comme un geste historiographique, et non simplement technique.   

  • Ouverture : Philippe Poirrier (Université de Bourgogne)
  • Didier Devriese (Université Libre de Bruxelles) - Pour une réflexion épistémologique en archivistique
  • Bertrand Müller (Université de Genève) - L'histoire entre l'archive et la documentation.
  • Julie Lauvernier (Université de Bourgogne) - Classer et inventorier. Des gestes archivistiques révélateurs d'intentions historiographiques.
  • Odile Parsis-Barnubé (Université Charles-de-Gaulle Lille 3) - Remuements de chartes et passage à l’histoire : la fatalité du déficit de récit dans les programmes centralisés  de collecte de sources (1750-1850). 

Lieux

  • de 14 h à 18 h, Université de Bourgogne, Salle G. Chevrier, 3e étage du bât. Droit, 2 bd Gabriel - 21000 Dijon
    Dijon, France

Dates

  • jeudi 24 avril 2008

Mots-clés

  • archivistique, historiographie

Contacts

  • Philippe Poirrier
    courriel : philippe [dot] poirrier [at] u-bourgogne [dot] fr

Source de l'information

  • Lilian Vincendeau
    courriel : lilian [dot] vincendeau [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Historiographie et archivistique », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 05 mars 2008, http://calenda.org/194516