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Immigration et marchés du travail

Journée d'études franco-italienne

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Publié le jeudi 06 mars 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

La problématique de cette rencontre franco-italienne concerne un sujet de plus en plus présent au niveau médiatique et politique : l’immigration. Questionner ultérieurement les imbrications qui existent entre immigration et marché du travail participe donc d’une aspiration à saisir les évolutions du « vivre ensemble » propres aux deux pays ici en question. Ainsi, tenter de comprendre les dynamiques des marchés du travail à la lueur de la présence des travailleurs immigrés dans le double contexte de référence - la France et l’Italie - implique une mise en question des catégories de pensée « nationales » face à l’ensemble des phénomènes sociaux qui sont liés à l’immigration.

Annonce

Journée Franco-italienne

« Immigration et Marchés du Travail »

Mardi 8 avril 2008, MMSH, Salle G. Duby

Laboratoires organisateurs : Laboratoire d’Economie et Sociologie du Travail – Aix en Provence ; SHADYC, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales – Marseille ; ADRESS, Association pour le

Développement de la Recherche en Sciences Sociales.

Laboratoires participants : LAMES, Aix en P.ce ; IDEMEC, Aix en P.ce ; TELEMME, Aix en P.ce ; IREMAM, Aix en P.ce ; Dipartimento di Studi Sociali e Politici, Università Statale di Milano.

Responsables scientifiques: Eric Verdier (Université de Provence, LEST-CNRS), Maurizio Ambrosini (Università Statale diMilano).

Organisateurs : Annalisa Lendaro (Université de Provence, LEST/Università Statale di Milano), Francesca Sirna (SHADYC-EHESS).

Immigration et Marchés du Travail

La tentative de façonner les populations à travers la régulation des flux migratoires, des politiques du travail ou de l’accès aux droits civiques est une constante de l’action de « l’Etat » depuis l’époque moderne.

Au regard des derniers durcissements législatifs communs à tous les pays d’Europe, le postulat de l’équivalence entre « immigré régulier» et « travailleur » semble se poser tant en Italie qu’en France, notamment à travers l’élaboration de quotas et la création de listes de métiers « ouverts » aux travailleurs immigrés. Les politiques migratoires nationales semblent resserrer l’étau de la légitimité de la présence des immigrés sur leurs territoires respectifs autour de la seule pratique d’une activité rémunérée, réimposant en filigrane la question de « l’utilité » des travailleurs étrangers dans deux contextes économiques qui ont profondément évolué depuis la Seconde Guerre mondiale et la fin des Trente Glorieuses.

Questionner ultérieurement les imbrications qui existent entre immigration et marché du travail participe donc d’une aspiration à saisir les évolutions du « vivre ensemble » propres aux deux pays ici en question. Ainsi, tenter de comprendre les dynamiques des marchés du travail à la lueur de la présence des travailleurs immigrés dans le double contexte de référence –la France et l’Italie implique une mise en question des catégories de pensée « nationales » face à l’ensemble des phénomènes sociaux qui sont liés à l’immigration. En France comme en Italie, après une période de relative croissance économique et de création d’emploi, des difficultés de recrutement sont apparues dans certains secteurs d’activité (informatique, transports, construction, restauration, agriculture). Pour certaines catégories de postes (nécessitant de haute qualification ou à l’inverse n’en demandant aucune), les entreprises ont même été confrontées à des pénuries de main-d’œuvre, qui sont autant de secteurs d’appel pour la venue des étrangers, inégalement régulés selon les pays et les époques (quotas, contrats saisonniers, contrats permanents temporaires…).

La diversité des caractéristiques du marché du travail des deux pays, en termes de chômage et de dynamiques d’emploi, suggère que les pénuries de main-d’œuvre ne sont pas seulement liées à des évolutions conjoncturelles du marché du travail. Pour y remédier, plusieurs solutions ont été envisagées, parmi lesquelles l’appel à la main-d’œuvre étrangère.

Les problèmes de l’emploi, des marchés du travail et de l’immigration seront ici abordés sous différentes échelles d’analyse. Le premier atelier, « Politiques Migratoires et Marchés de l’Emploi », vise donc une perspective plutôt macrosociologique et historique du phénomène migratoire et de ses relations avec le marché du travail. Dans le deuxième atelier - les Acteurs de la Migration : emploi et parcours d’insertion- il sera question des immigrants-émigrants et de leurs parcours d’insertion : la dimension individuelle et configurationnelle des agents sera ici privilégiée. Il nous est apparu indispensable de terminer cette journée d’étude par un atelier centré sur l’analyse d’instances qui se positionnent à un niveau intermédiaire par rapport aux deux précédents : l’entreprise et le syndicat, en tant qu’instances sociales potentiellement médiatrices des politiques étatiques (de l’emploi, du travail, d’immigration) et les destinataires de ces mesures.

1. Politiques Migratoires et Marchés du Travail

Depuis une trentaine d’années pour la France, plus récemment pour l’Italie, le sujet des modalités d’accueil des étrangers et de leurs familles a pris une nouvelle importance au sein des questionnements des acteurs publics, dont l’intervention est de plus en plus remise en cause.

Nous nous interrogerons sur les catégories retenues par les pouvoirs publics dans le domaine des politiques migratoires, tout en considérant que les ethos procéduraux, différents selon le pays, la période historique, et le passé migratoire, ont déterminé des attitudes et des politiques «préférentielles » (et a fortiori d’exclusion) envers certaines populations.

Quelle est l’expérience de la France et de l’Italie et comment se décline le lien entre politiques migratoires et insertion sur le marché du travail pour la main-d’œuvre immigrée ? La France et l’Italie représentent des cas intéressants à étudier pour des raisons différentes. La France, ancien pays d’immigration, a une tradition législative vouée au contrôle et à la gestion de l’installation « définitive » des populations immigrées. L’Italie, historiquement pays d’émigration, est devenu, à partir de la fin des années 70, une destination des flux migratoires en provenance du Maghreb, de l’Europe de l’Est, d’Asie et de l’Afrique Subsaharienne. Dans le souci d’une plus grande maîtrise des flux, la France et l’Italie, semblent aujourd’hui privilégier des politiques d’immigration temporaire le plus souvent axées sur le recrutement de travailleurs hautement qualifiés pour pallier les pénuries sectorielles de main-d’œuvre. Certes, la porte de l’immigration de travail non qualifié paraît devenir de plus en plus difficile à franchir, mais d’autres modalités d’entrée, de séjour et d’évolution professionnelle peuvent être envisagées.

L’entrepreneuriat ethnique est un exemple de plus en plus étudié. Les questions posées au sein de cet atelier concernent le rôle des politiques migratoires et de l’emploi dans l’organisation de la société en tant que société salariale, confrontées à des transformations de leurs marchés de travail nationaux qui sont autant de justifications ou de raisons d’une relance de l’immigration : être intégré dans la division du travail est aujourd’hui disposer d’un emploi salarié et des droits attachés au statut salarial ? Le statut de salarié dévient-il progressivement la matrice structurante des rapports sociaux et le facteur d’intégration dans la société ? Quelle est donc la position des immigrés dans un contexte politique où le travail reste ou devient la clef de la légitimité de la présence d’une main-d’œuvre étrangère? Qu’en est-il des nouvelles orientations politiques qui structurent les dispositifs d’entrée et de séjour des immigrés et quelle est la place de l’emploi dans ces dispositifs ? Quels sont les facteurs qui contribuent à expliquer la compétition entre des catégories de travailleurs et qui perpétuent l’enclavement de certains d’entre eux à la périphérie des marchés internes ?

2. Les Acteurs de la Migration : emploi, entrepreneuriat et parcours d’insertion

L’insertion (professionnelle et sociale) des travailleurs étrangers, tant en France qu’en Italie, n’a pas été et n’est pas un processus aisé. Pénalisés par le chômage lors des phases de ralentissement de la croissance, cette main-d’œuvre peut demeurer marginalisée pendant les périodes de reprise de l’activité. Ici, l’aspect retenu concerne les ressources mobilisées et mobilisables par les migrants en termes d’accès à l’emploi et de parcours professionnel. Nous focaliserons notre attention sur la dimension relationnelle du processus d’insertion des immigrés, et en particulier sur le rôle de liens personnels dans l’accès à l’emploi et à différents statuts professionnels dans les divers secteurs d’activité.

Les thèmes développés au cours de cet atelier relèvent des « stratégies » mises en place par les acteurs dans ce processus d’insertion. Une des questions auxquelles nous essayerons de répondre concerne, dans un contexte plus contemporain, la formation professionnelle. Pourrait-elle être une des réponses possibles de ces acteurs aux risques de l’emploi et des politiques migratoires incitant l’accueil de certaines catégories professionnelles « préférentielles » ? Quelle est la marge de manœuvre dont disposent les immigrés une fois installés dans le lieu d’immigration ? Quelle est la place particulière de l’ « entrepreneuriat ethnique » et quels parcours d’insertion peut-il représenter ? Les « meilleures performances » constatées pour la main-d’œuvre étrangère européenne tiennent principalement à une tradition ancienne d’immigration (pour la France) ou bien à une position forte en termes de qualification professionnelle. Dans le premier cas, les solidarités familiales ou amicales sont souvent sollicitées et leur efficacité est d’autant plus grande que ces populations sont concentrées et implantées dans des secteurs d’activité très circonscrits (BTP notamment).

Quelles sont les interconnexions entre les dynamiques de recrutement sectoriel et les réseaux de migrants, dans la structuration segmentée du marché de travail concernant cette catégorie de population active ?

Nous essayerons d’aborder ces problématiques via la discussion autour d’études de cas dans différents secteurs productifs.

3. Entreprises et Syndicats : des instances de médiations ?

L’analyse des stratégies individuelles des immigrés, nous renvoie à considérer le rôle des entreprises et des syndicats en termes de possibles médiateurs entre les politiques étatiques et les acteurs eux-mêmes.

Sachant que le rôle de l’entreprise n’est pas le même selon sa dimension (TPME, PME) et que les conventions collectives, en France et en Italie, ne s’y appliquent pas de la même manière, il serait intéressant d’analyser les différents « discours » sur la présence des immigrés dans les entreprises des divers secteurs d’activité et la déclinaison des dispositifs étatiques qui visent l’emploi des immigrés. Une autre instance qui peut jouer un rôle important dans la médiation entre des attentes individuelles et les logiques étatiques en termes d’insertion professionnelle des immigrés est le syndicat. En France, une longue tradition de présence de travailleurs étrangers n’a pas toujours vu le syndicat favorable à leur insertion, le réflexe de protection de l’emploi des autochtones restant déterminant. En Italie, pendant longtemps pays d’émigration, cette attitude a été également majoritaire parmi les syndicats des salariés. Il est désormais indéniable que la position des instances syndicales face aux immigrés a changé dans les deux pays, prônant pour la reconnaissance et la protection des leurs droits. Mais comment les syndicats se font porte-parole des enjeux nationaux concernant la main-d’œuvre étrangère en France et en Italie?

Il est donc souhaitable de mieux cerner les dynamiques inhérentes à ces entités sociales et professionnelles intermédiaires dans le processus migratoire : l’entreprise et le syndicat représentent-ils deux formes d’accès aux ressources, aux informations tant pour les immigrés que pour les représentants des instances étatiques ?

Nous en discuterons avec des chercheurs et des syndicalistes français et italiens.

PROGRAMME

9h00 Bienvenue et introduction à la journée d'étude

  • Didier Pralon – Directeur Ecole  Doctorale « Espaces, Cultures, Sociétés »

9h10 Présentation des intervenants et des thématiques des ateliers

  • Annalisa Lendaro (Doctorante  LEST/Univ. de Milan) et Francesca Sirna  (SHADYC-EHESS)

Politiques Migratoires et Marchés du Travail

  • 9h30 Maurizio Ambrosini (Univ. degli Studi de Milan) 
  • 09h50 Maryse Tripier (Université Paris VII Denis Diderot-URMIS)

Discutant : Françoise Lorcerie (IREMAM-MMSH)

11h00 Pause Café

  • 11h15 Laura Zanfrini (Univ. Cattolica Milano)   

Discutant : Eric Verdier (LEST-CNRS)

12h30 Repas . Cafétéria MMSH

Les Acteurs de la Migration : emploi, entrepreneuriat et parcours d’insertion

  • 14h00 Nicolas Jounin (URMIS Paris) 
  • 14h20 Francesca Sirna (SHADYC-EHESS)
  • 14h40 Manuela Martini (Univ. Paris VII Denis  Diderot)

Discutants : Constance de Gourcy (Univ. De Provence –Aix-en-Provence) ; Dionigi Albera (IDEMEC-MMSH).

15h40 Pause café

Entreprises et Syndicats : des instances de médiations ? 

  • 16h00 Giovanni Mottura (Univ. De Modena)
  • 16h20 Béatrice Mésini (TELEMME-MMSH)
  • 16h40 Salvatore Condro (Univ. De Provence- Aix-en-Provence) ; Mustapha El Miri  (Univ. De Provence- Aix-en-Provence)
  • 17h00 Francesco Carchedi (Univ. de Rome et  PARSEC) 

Discutants : Emmanuel Pedler  (SHADYC-EHESS) ; Annie Lamanthe  (LEST-CNRS); Mustapha El Miri (Univ. de Provence-Aix en Provence)

18h00 Conclusion des travaux

  • Maurizio Ambrosini et Eric Verdier

18h30 Apéro Cafétéria MMSH

Inscriptions par mail en spécifiant nom, prénom, institution de rattachement ou université d’inscription à : annalisa.lendaro@univmed.fr

Les participants à la journée sont conviés au buffet de clôture, qui se tiendra à la Cafétéria de la MMSH

Le repas de midi est à la charge des participants  

Lieux

  • Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme, salle G. Duby
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • mardi 08 avril 2008

Mots-clés

  • immigration, politiques migratoires, parcours d'insertion, marchés de l'emploi, entreprise, syndicat, France, Italie

Contacts

  • Annalisa Lendaro
    courriel : Annalisa [dot] Lendaro [at] univmed [dot] fr
  • Francesca Sirna
    courriel : francesca [dot] sirna [at] worldonline [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Francesca Sirna
    courriel : francesca [dot] sirna [at] worldonline [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Immigration et marchés du travail », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 06 mars 2008, http://calenda.org/194530