AccueilLieux et sociétés ethnologisés

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Publié le dimanche 09 mars 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Terrains de prédilection des anthropologues, certains lieux ou certains « échantillons de sociétés » ont été étudiés par les chercheurs de façon récurrente. Ces lieux et sociétés, qui vivent et évoluent avec et à travers la discipline, posent des problèmes tant méthodologiques qu’éthiques. L’objectif de cette journée sera de confronter ces situations sur des terrains multiples, sans se cantonner aux objets « traditionnels » de la discipline, en vue d’en dégager les caractéristiques communes.

Annonce

Lieux et sociétés « ethnologisés »

Journée d'étude coordonnée par Anne Doquet (IRD/CEAf) et Bernard Traimond (U. de Bordeaux II), Université Victor Segalen, 3ter place de la Victoire, 33000 Bordeaux. Jeudi 20 mars 2008, de 10 à 18h, amphitéâtre Arnozan.

Le peu de place concédé en France à l’anthropologie réflexive, conjugué au manque de réflexion sur les incidences possibles du travail anthropologique dans les sociétés qui sont ses objets, amène à interroger les impacts de la discipline, question que la littérature anthropologique ignore souvent, ou se contente d’effleurer.

Terrains de prédilection des anthropologues, certains lieux ou certains « échantillons de sociétés » ont été étudiés par les chercheurs de façon acharnée. Dans le prolongement de la « situation coloniale » de Balandier s’y institue une « situation ethnologique », qui  induit une orientation de l’objet d’étude en lien avec les recherches menées.

Un lieu ethnologisé peut ainsi se définir par la focalisation d’enquêtes et la succession de chercheurs et d’équipes sur un même terrain, qui vit, et finalement évolue, avec et à travers la discipline. Dans ces lieux, souvent considérées dans l’imagerie occidentale comme des nids d’authenticité, se posent des problèmes tant méthodologiques qu’éthiques, qui s’ils sont inhérents à toute enquête, se voient ici grossis à la loupe.

Les relations que l’anthropologue y entretient avec ses interlocuteurs constituent un des premiers axes de réflexion. Quel est le statut de l’informateur dans un lieu ethnologisé ? Quelles en sont les incidences dans ses rapports, tant symboliques qu’effectifs, avec l’ethnologue ? Les représentations du chercheur et de sa production scientifique peuvent susciter des manipulations locales de l’anthropologue.  L’existence dans certains lieux de sentiers anthropologiques pré-établis balisés par des « informateurs » professionnels induit une production de discours et de comportements spécifiques. Comment le chercheur reçoit-il ces données et à quelle forme d’analyse peut-il les soumettre ? L’éclairage des conditions d’enquêtes et de leurs évolutions dans les lieux ethnologisés permet d’enrichir la réflexion sur conditions contemporaines de recueil et de production de données anthropologiques.

Si la présence physique des chercheurs constitue l’un des cadres d’observation des effets des « situations ethnologiques », celles-ci sont également à l’œuvre dans la circulation d’ « images culturelles » incitées par la production anthropologique. L’observation scientifique inspire ainsi d’autres regards, à l’intérieur comme à l’extérieur des sociétés étudiées. Saisis par les visiteurs avides d’exotisme, les images culturelles sont également récupérées localement. Leur circulation implique manipulations et recyclages, puis une certaine stabilisation dans différents points d’ancrage, notamment au niveau  des politiques gouvernementales. Les usages locaux de ces images sont ainsi repérables dans les politiques territoriales, patrimoniales ou touristiques des sociétés étudiées. L’impact anthropologique se discerne par conséquent dans les remaniements successifs de ces images, qu’elles soient directement produites ou simplement inspirées par la discipline, mais aussi dans les dérivations des concepts qui les accompagnent (tradition, authenticité...), eux aussi malmenés dans leur parcours.

Images culturelles et concepts anthropologiques peuvent ainsi se décliner à l’infini, du fait de leur caractère abstrait qui permet tous les bricolages. A l’inverse, la forme figée des écrits anthropologiques  n’autorise pas les mêmes remaniements et ceux-ci peuvent constituer des bases stables au service de différents usages. Quel est le devenir in situ des écrits anthropologiques ? Textes fixes définissant dans un présent ethnographique les caractéristiques d’une société, ils peuvent être utilisés à différents niveaux dans les négociations des identités, nourrissant des ethnicités radicales, notamment dans différents mouvements néo-traditionnels, ou devenant des pièces à conviction dans le domaine juridique. La médiation directe de l’écrit dans différentes stratégies identitaires pose d’autant plus de questions sur le plan éthique que ce support inaltérable peut induire des dérives de l’autorité anthropologique que le chercheur lui-même ne peut maîtriser. 

Si ces différentes questions apparaissent de façon éparse dans la littérature anthropologique française, elles n’ont pas fait l’objet d’une étude approfondie et n’ont jamais été appréciées par une approche comparative. L’objectif de ce colloque serait de confronter ces situations sur des terrains multiples, sans se cantonner aux objets « traditionnels » de la discpline, en vue d’en dégager les caractéristiques communes.

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Matin (10h-12h30) 

- Anne DOQUET  (IRD) : « A propos des lieux et sociétés ethnologisés » 

- Bernard TRAIMOND(U.Bordeaux II) : « Une société ethnologisée : la nôtre »

- Anne BOTH (U. Bordeaux II) : « Quand le vocabulaire anthropologique sort de la bouche des enquêtés. Le cas d’une entreprise »

 - Simona Ioana SCHUMACHER (U. Paris V) : « Arrêt sur le corps emprisonné. La mise à l'épreuve de l'ethnographe et de ses modèles »

- Charlotte BRIVES (U.Bordeaux II) : Réflexivité partagée, jeux de miroir autour d’un laboratoire de biologie.

 Après-midi (14h30-19h)

-  Laurent-Sebastien FOURNIER (U. Nantes) : « l'epaisseur historique du terrain ethnologique: heritages folkloriques et industrie des loisirs en Provence (France »)

- Lionel OBADIA (U.Lyon) : "savoir ethnologique et identités indigènes en Himalaya : découverte et réinvention de la "sherpanité" 

- Kali ARGYRIADIS (IRD) : « Du reseau d'anthropologues au reseau d'artistes : la construction du repertoire afrocubain "orthodoxe" »

- Pierre BERTONCINI (U. de Corse) « Niolu et ethnologie, retour "au coeur" de la Corse »

- Benoît HAZARD (Ceaf, EHESS) : « Ethnologie et migrations au Burkina »

- Jean-Loup AMSELLE (Ceaf, EHESS) : « "L'anthropologie entre primitivisme et  postcolonialisme" 

Catégories

Lieux

  • Université Victor segalen, 3ter place de la Victoire, 33000 Bordeaux. Amphitéâtre Arnozan
    Bordeaux, France

Dates

  • jeudi 20 mars 2008

Mots-clés

  • anthropologie, réflexivité, enquête, impacts, écriture

Contacts

  • Anne Doquet
    courriel : annedoquet [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Anne Doquet
    courriel : annedoquet [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Lieux et sociétés ethnologisés », Journée d'étude, Calenda, Publié le dimanche 09 mars 2008, http://calenda.org/194549