AccueilSi Rhin-Sud était un jardin

Si Rhin-Sud était un jardin

8e Table Ronde Rhin-Sud

*  *  *

Publié le vendredi 21 mars 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

La 8ème table ronde Rhin-Sud aura le "jardin" comme thème, pris dans un contenu métaphorique : et si nous transformions nos villes en jardins ? Les intervenants et le public des Tables rondes rassemblent des universitaires, des spécialistes et des praticiens de l’aménagement, des étudiants et toutes les personnes intéressées par la vie de la cité. De portée générale, la plupart des réflexions, des expériences et des initiatives s’appuient sur les réalités du Nord-Est Franche-Comté et du Sud-Alsace. Mais les approches venues d’ailleurs sont appréciées !

Annonce

8e Table ronde Rhin-Sud

Vendredi 24 octobre 2008

  • APR
    Association de Prospective Rhénane, Strasbourg
  • CRESAT
    Centre de Recherches sur les Economies, les Sociétés, les Arts et les Techniques, UHA, Mulhouse
  • RECITS
    Recherches sur les Choix Industriels, Technologiques et Scientifiques, UTBM, Belfort– Sevenans

Appel à communications : Si Rhin-Sud était un jardin (réponse avant le 1er juin 2008)

Dès le Moyen Age, le Rhin supérieur « fut un étrange pays de campagnes urbanisées et de villes rurales » selon la médiéviste Odile Kammerer[1]. Plus tard, découvrant le panorama et voyant l’Alsace depuis le col de Saverne, Louis XIV se serait écrié « Quel beau jardin ! ». En quittant les solitudes monotones de la forêt gréseuse, l’illustre souverain avait pu découvrir un paysage soigneusement entretenu. Les céréales, les vergers, les vignes et les choux prospéraient sur les champs découpés en lanières qui flattaient le regard par leurs courbes gracieuses et par le doux relief de leurs Ackerberg. Par la suite, vers 1780, Jeanne-Manon Phlipon (ou Mme Roland de la Platière) s’était elle aussi enthousiasmée pour les paysages jardinés du monde rhénan ; tout comme Voltaire, elle avait relié cette conception de l’agriculture et du paysage aux Lumières de la philosophie.

Ainsi, le monde très structuré des jardins renvoie à une image de civilisation qui s’oppose à la wilderness, à une certaine sauvagerie de la nature. Nécessairement, l’univers du jardin est double avec les artefacts - le jardin réalisé - et les représentations qu’il implique - le jardin idéalisé, fort différent selon les époques et les peuples. Aux Indes, un gouverneur colonial n’avait-t-il pas remplacé la profusion des fleurs du Taj-Mahal par de sévères pelouses britanniques ? Ainsi, le jardin apparaît comme l’expression de l’organisation sociale du lieu et du moment. Créer un jardin, c’est traduire un désir collectif latent : nature ou culture ? Ordre ou désordre ? Reproduction d’un modèle plus ou moins figé ou vent de folie innovant ? Le temps semble venu de créer des paysages urbains et ruraux qui expriment l’idée de médiance, pensée par le géographe Augustin Berque comme le sens de l’ensemble des relations d’une société envers les espaces de nature. Dans ce cas, le jardin exprime l’intercession, le passage et la connexion entre la réalité matérielle et le monde des valeurs.

Par ordre alphabétique, le jardin semble donc être (la liste n’est pas complète) à la française, à l’anglaise, alpin, arboretum, aux sentiers qui bifurquent (Borgès), babylonien, botanique, chinois, cultivé, d’agrément, d’Albert Kahn, d’amour, de case, de curé, de la société d’hygiène naturelle, deliciarius, de Mickey, d’enfants, des Hespérides, du Tivoli, édénique, étonnant, familial, Grands-jardins de Montbéliard, iranien en quatre, japonais en miniature, labyrinthique, médicinal, ouvrier, pavillonnaire, potager, public, secret, suspendu, tropical, scientifique, utopique, zen, zoologique…

L’économie peut elle aussi s’inspirer du jardin. En Californie, dans les entreprises de la Silicon Valley, le gardening management s’inspire du thème de la lutte pour la vie au sein d’une nature hostile. S’il veut faire prospérer son affaire, le jardinier doit conduire ses plantations en fonction des aléas naturels. De même, le manager se doit de créer un environnement favorable à l’épanouissement des projets. Cela signifie la fin des relations autoritaires et hiérarchiques au profit des relations complexes entre les membres de l’équipe face au monde extérieur. A la tête du pôle de compétitivité Véhicule du Futur, M. Arnold Tramaille ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque un « biotope industriel ». Et M. Guy Morin, vice-président du gouvernement du canton de Bâle-Ville, estime que « nous devons veiller à ce que les jeunes pousses puissent prospérer. Il faut les protéger, les soigner, bien les arroser. Mais ce jardin ne doit pas devenir une jungle. Il faut s’occuper plus de certaines pousses et en élaguer d’autres »[2].

Aujourd’hui, un territoire-jardin est-il envisageable ? Sur cette base, il pourrait se comprendre à différentes échelles, depuis le jardinet jusqu’à la région toute entière, en passant par une agglomération ou un terroir spécifique.

C’est pourquoi la 8e Table Ronde Rhin-Sud se propose d’explorer différentes pistes. Fidèle à la démarche des éditions précédentes, elle rassemblera des intervenants riches de leur diversité et de leurs savoirs spécifiques afin de voir émerger une image d’ensemble polysémique mais cohérente. On se demandera en particulier quel est le patrimoine historique et culturel de Rhin-Sud en matière de jardins et d’aménagements paysagers ; s’agit-il d’une histoire révolue ou bien a-t-on affaire à une matrice toujours vivante ? La ville contemporaine offre une deuxième piste de réflexion : quelle place donne-t-elle à la nature, qui apparaît plus ou moins abandonnée, enfrichée ou bien au contraire aménagée ? Le jardin vient-il en guise de complément au reste de la ville ou bien la ville doit-elle subir sa loi ? Y’a-t-il compétition entre Le Corbusier, soucieux d’avenir radieux au risque de commettre des erreurs énormes, et Ebenezer Howard, inspiré par le passé et renonçant à toute forme de rupture ? Et avec quelles finalités : alimentaires, esthétiques, hygiénistes, sécuritaires, ludiques, écologiques ou simplement apaisantes ? La ruralité n’est pas en reste : l’agriculture est-elle vouée à produire des paysages industriels ou bien des réinventions sont-elles possibles, en particulier autour du bio et des appellations protégées ? Enfin, un jardin vit et meurt, en partie au moins à chaque automne ; les déchets qu’il produit sont-ils une opportunité pour la durabilité ? Toutes ces visions plutôt pragmatiques gagneraient bien entendu à être défendues sur un plan conceptuel. Des réalités ou des expériences venues d’ailleurs pourraient apporter des approches comparatistes.

Tout ceci le vendredi 24 octobre à l’Université de Haute-Alsace à Mulhouse.
La communication sera accompagnée d’un texte qui sera publié dans les actes de la 8eTRRS au printemps 2009.

Raymond Woessner
Géographe
Maître de conférences HDR à l’IUFM d’Alsace, Strasbourg
Chercheur au CRESAT, Mulhouse
Contact : raymond.woessner@wanadoo.fr


[1] Cf. sa conclusion dans Entre Vosges et Forêt-Noire : pouvoirs, terroirs et villes de l’Oberrhein 1250-1350, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, 449 p.

[2] Intervention lors du colloque « Le Haut-Rhin : acteur volontaire pour le développement transfrontalier du Rhin supérieur », Colmar, novembre 2007.

Lieux

  • Campus universitaire
    Mulhouse, France

Dates

  • dimanche 01 juin 2008

Mots-clés

  • ville, développement durable, aménagement

Contacts

  • Raymond Woessner
    courriel : raymond [dot] woessner [at] wanadoo [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Raymond Woessner
    courriel : raymond [dot] woessner [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Si Rhin-Sud était un jardin », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 21 mars 2008, http://calenda.org/194649