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Le corps performant

Appel à contribution pour le numéro 7 de la revue ¿Interrogations?

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Publié le vendredi 21 mars 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Dans le cadre de son 7ème numéro, la revue ¿Interrogations? a choisi de s’intéresser au thème de la performance et plus particulièrement à la performance corporelle. Comme à son habitude, son comité de rédaction propose plusieurs pistes de recherche, non exhaustives, aux chercheurs inscrits dans les différentes sciences de l'homme et de la société : les premiers grands courants d’éducation physique et de gymnastiques utilitaires, l'idéologie positiviste du progrès, le dopage, la performance comme objectif permanent des entreprises dans leur lutte concurrentielle, le culte privé de la performance, le développement des technosciences, la culture du narcissisme, etc.

Annonce

Le corps performant

Appel à contribution pour le numéro 7 de la revue ¿Interrogations?

Dans le cadre de son 7ème numéro, la revue ¿Interrogations ? a choisi de s’intéresser au thème de la performance et plus particulièrement à la performance corporelle.

Pour une majorité de personnes, le terme « corps performant », renvoie d’emblée à la pratique sportive, et en particulier à son versant compétitif. Pourtant, il s’agit d’une idée beaucoup plus ancienne. Très influents en France comme dans un certain nombre de pays européens, la philosophie des Lumières mais aussi le dualisme cartésien et, bien avant eux, la culture antique gréco-romaine avaient déjà suggéré la possibilité d’un dépassement par l’homme de sa condition grâce à une éducation autant physique que morale (mens sana in corpore sano). En développant l’hypothèse selon laquelle le fonctionnement du corps humain se rapproche de celui d’une machine (à leviers dans un premier temps puis, progrès technique aidant, à vapeur) et, par conséquent, que ses qualités peuvent être perfectionnées par un entretien et des exercices appropriés, les théoriciens de l’époque moderne permettent en effet l’éclosion progressive d’exercices corporels qui déboucheront sur les premiers grands courants d’éducation physique et de gymnastiques utilitaires.

Pourtant, la notion de mesure et d’accroissement des performances – autrement dit de record – atteint son apogée avec l’ère du sport de compétition. En effet, l’idée même de performance est à la base de l’idéologie sportive comme le résume parfaitement la devise olympique « Citius, altius, fortius ». Né en Angleterre conjointement à la révolution Industrielle, le sport moderne est ainsi imprégné, quasiment dès ses origines, par les valeurs de la bourgeoisie anglaise de l’époque ainsi que par la foi toute positiviste en un progrès perpétuel et aux bienfaits de la technique.

Aujourd’hui encore, force est de constater que la plupart des performances athlétiques ne progressent plus que sous l’effet d’un recours accru aux sciences et aux technologies applicables au sport de haut niveau que ce soit dans les matériaux utilisés, les techniques d’entraînement, de résistance à l’effort, dans la préparation mentale des athlètes, etc. Mais également, parfois, sous l’effet du dopage comme l’attestent les cas très médiatisés des sportifs de haut-niveau « contrôlés positifs ». Déplorés par certains comme une dérive récente d’un sport initialement pur, les divers subterfuges visant à améliorer les performances des concurrents ont pourtant émaillé les manifestations sportives quasiment depuis leur origine si l’on en croit par exemple les témoignages d’époque sur les premiers Tours de France. Dérive à criminaliser ou évolution logique et inévitable d’une quête de record et d’efficacité absolue ? Le phénomène du dopage est en tout cas l’occasion de se questionner d’un point de vue médical, sociologique, philosophique voire éthique sur cette recherche de performance et de perfection corporelle.

Mais la prise de produits dopants dans le but d’accroître ses capacités semble bien dépasser le seul champ sportif comme le montrent plusieurs études sur la consommation de « stimulants » chez les cadres supérieurs comme chez certains hommes politiques en période de campagne électorale. De la même manière, la recherche du geste parfait et du rendement optimal ne se cloisonne pas aux pistes ou aux stades. Celle-ci imprègne en effet tous les niveaux de la société et on peut en trouver de nombreuses illustrations dans le domaine professionnel – on pense ici notamment à l’apparition du taylorisme et à la théorisation du geste productif au travers de l’organisation rationnelle du travail. Dans le même ordre d’idée, le stakhanovisme n’est-il pas une application au monde du travail de l’esprit de performance et de la valorisation de l’effort productif ? Si le mot a trouvé son origine dans l’URSS des années 1930, dans l’incitation tant matérielle que morale du « travailleur » à dépasser les normes prévues par le plan quinquennal, il semble bien que la chose soit devenue universelle au sein des sociétés contemporaines. Et il y a lieu de s’interroger sur les formes qu’il prend aujourd’hui à l’âge des « nouvelles technologies de l’information et de la communication » mais aussi des nouvelles formes d’organisation du travail et de mobilisation de la main-d’œuvre salariée qui fait de la performance, en matière de qualité comme de productivité, un objectif permanent des entreprises dans leur lutte concurrentielle.

La sphère privée n’est pas non plus épargnée par le culte de la performance, parfois même dans ses aspects les plus intimes comme la séduction ou la sexualité. Le recours à la chirurgie esthétique, aux régimes amaigrissants, à la pratique de gymnastiques d’entretiens par exemple, pour ne pas parler du succès rencontré par le Viagra ou d’autres produits promettant à leur consommateur de les rendre aptes à accomplir des prouesses sur le plan érotique, ne participe-t-il pas également à la recherche d’un corps performant, dans le sens d’un accomplissement de soi à travers un idéal d’excellence physique ? Et que penser de la pratique des différents types d’implants corporels ou de manipulations génétiques censée permettre à l’individu de dépasser les limites de son corps propre, voire du corps humain en général ? Si l’on est ici à la frontière toujours mouvante entre la science-fiction d’aujourd’hui et la technoscience bien réelle de demain, l’imaginaire du dépassement des limites du corps et, à travers lui, de la condition même de l’homme ne pousse-t-il pas à bout le culte de la performance physique jusqu'à vouloir débarrasser l’homme de son corps lui-même ?

Le corps performant peut aussi être appréhendé dans sa dimension et ses enjeux identitaires. En effet, la performance (sportive, sexuelle, professionnelle, etc.) participe à la construction identitaire de nombreux individus en tant qu’elle est productrice de sens par le biais de la sensation du dépassement de soi. David Le Breton a parfaitement souligné à ce propos combien la douleur, la souffrance, le risque, le sacrifice d’une part de soi ou encore l’excès, autant d’aspects inhérents au champ de la performance, peuvent « fabriquer du sens » et revaloriser l’image de soi. Par ailleurs, le corps performant est aussi l’enjeu de certaines attentes de reconnaissance. À travers la reconnaissance de sa performance, l’individu peut désirer quitter non seulement la sphère de l’insignifiance, mais aussi celles de l’ordinaire et du commun. Le corps performant apparaît alors comme le nœud problématique qui articule les sphères psychanalytiques du narcissisme et sociologiques de la « culture du narcissisme » pour reprendre le titre du célèbre ouvrage de Christopher Lasch. Car le corps performant est peut-être surtout le corps d’un héros, d’un surhumain qui désire être reconnu par un public, ‘‘humain trop humain’’…

Présente à tous les niveaux, cette recherche de performance – « veau d’or de l’hypermodernité » selon l’expression employée par Claire Carrier – mérite donc d’être questionnée par les différentes sciences sociales, ce que nous vous invitons à faire par vos contributions à ce numéro de la revue. Cet appel à contributions se conçoit avant tout comme une invitation à s’interroger sur la notion même de performance et sur les fondements historiques, sociologiques, psychologiques ou encore philosophiques de cet idéal de perfection corporelle autant que sur les différentes formes que ce dernier a pu prendre selon les lieux et les époques.

Les auteurs doivent adresser leur article, entièrement rédigé, au coordinateur du numéro [revueinterrogations@yahoo.fr] avant le 1er septembre 2008, délai de rigueur après lequel aucune participation ne sera acceptée pour ce dossier thématique. En cas de non-réponse de la part du coordinateur (cinq jours après envoi du mail) ou si son adresse mail semble dysfonctionnée, transmettez un mail à l'adresse suivante : p.fugier@edu.univ-fcomte.fr. Les articles devront respecter les normes de la revue, normes présentées sur le site Internet de la revue ¿ Interrogations ? : http://www.revue-interrogations.org Précision importante, la revue publie des textes contenant au maximum 40 000 signes (espaces et notes compris).

Par ailleurs, la revue ¿Interrogations ? accueillera volontiers, comme les précédents, des articles pour ses autres rubriques, articles qui ne se proposent pas de répondre à l’appel à contributions présenté ci-dessus et qui peuvent par conséquent traiter d’un tout autre thème que celui de la performance. Pour cette même raison, ces articles ne sont soumis à aucun délai quant à leur réception.

  • La rubrique « Des travaux et des jours » est destinée à des articles présentant des recherches en cours dans lesquelles l’auteur met l’accent sur la problématique, les hypothèses, le caractère exploratoire de sa démarche davantage que sur l’expérimentation et les conclusions de son étude (cette partie étant ainsi propice à la présentation des thèses de doctorat). Ces articles ne doivent pas dépasser 20 000 signes.
  • La rubrique « Fiches techniques » est destinée à des articles abordant des questions d’ordre méthodologiques (sur l’entretien, la recherche documentaire, la position du chercheur dans l’enquête, etc.) ou théoriques (présentant des concepts, des paradigmes, des écoles de pensée, etc.) dans une visée pédagogique. Ces articles ne doivent pas non plus dépasser 20 000 signes.
  • Enfin, la dernière partie de la revue recueille des « Notes de lecture » dans lesquelles un ouvrage peut être présenté de manière synthétique, mais aussi vivement critiqué, la note pouvant ainsi constituer un coup de cœur ou, au contraire, un coup de gueule ! Elle peut aller jusqu’à 10 000 signes.

Dates

  • lundi 01 septembre 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • performance, corps, idéologie, identité

Contacts

  • Antoine Mourat
    courriel : revueinterrogations [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Pascal Fugier
    courriel : pascal-fugier [at] orange [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le corps performant », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 21 mars 2008, http://calenda.org/194651