AccueilMilitaires et politique au XXe siècle dans une perspective comparatiste

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Publié le mercredi 26 mars 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Comparer les rapports entre militaires et politique au XXe siècle en Europe, en Amérique du sud et en Afrique, peut sembler une tâche démesurée. Il existe pourtant un point de départ commun : nous traitons d’armées passées par un certain processus de professionnalisation à partir du début du XXe, à qui ont été attribuées des fonctions reconnues collectivement : la défense de l’intégrité territoriale et souvent, le maintien de l’ordre ou de la légalité constitutionnelle. Cette mission de garant du régime, des institutions, et parfois de l’ordre public induit, déjà, une ambiguïté quant à l’accession à un rôle politique. Autour de quatre points (Historiographies et questionnements, Légitimités de l’action politique des militaires, Cultures et doctrines militaires, Paramilitaires et combattants), ce colloque propose d’éclairer d’une lumière nouvelle un sujet trop souvent étudié à l’intérieur de cloisonnements nationaux.

Annonce

Militaires et politique au XXe siècle dans une perspective comparatiste

13 et 14 mai 2008

École des hautes études en sciences sociales - 105 boulevard Raspail 75006 Paris

La comparaison des rapports entre militaires et politique, sur toute la durée du XXe siècle, dans des aires géographiques si différentes que l’Europe, les Amériques et l’Afrique, peut sembler une tâche démesurée. On pourrait même douter de l’existence d’un terrain pour l’exercice comparatif : la diversité des régimes politiques, l’existence d’armées aux recrutements dissemblables et inégalement professionnalisées, ainsi que l’évolution d’une situation géopolitique touchant de façon différenciée des pays dits « centraux » et des pays dits « périphériques », sont autant d’éléments d’un éclatement possible de la réflexion.

Il existe pourtant un point de départ commun : nous traitons d’institutions militaires passées par un certain processus de professionnalisation à partir du début du XXe siècle, à qui ont été attribuées des fonctions reconnues collectivement : la défense de l’intégrité territoriale et souvent, le maintien de l’ordre interne ou de la légalité constitutionnelle. Cette mission de garant du territoire, du régime, des institutions, et parfois de l’ordre public induit, déjà, une ambiguïté possible quant à l’accession à un rôle politique.

En première approche, on peut avancer que l’interpénétration des sphères militaire et politique dépend d’une grande diversité de facteurs : les caractéristiques des armées elles mêmes, c’est-à-dire leur place comme institutions dans l’appareil d’Etat, les positions sociales et politiques de leurs membres, les représentations qui leur sont propres, etc. Mais aussi leur importance symbolique dans les imaginaires collectifs (les élites, l’opinion) et la légitimité associée à leur possible action politique. De fait, les militaires et les armées – distinction qu’il faudra préciser – jouent un rôle d’acteur politique clé, récurrent tout au long du XXe siècle, dans les différents pays étudiés : sous forme de la détention – individuelle ou collective – du pouvoir, la participation au système politique, ou encore un rôle de tutelle sur celui-ci.

Afin de resserrer notre thématique et de donner lieu à des comparaisons plus pertinentes, nous avons choisi de l’envisager sous quatre angles :

1. Tout d’abord, quelles questions pose-t-on aux rapports entre militaires et politique ? À partir de quels modèles, selon quelles méthodologies aborde-t-on le fait militaire ? De quelles manières les modèles antérieurs d’interprétation du rôle des militaires se sont-ils modifiés dans les dernières décennies, suite à l’émergence de nouveaux conflits après la « chute du communisme » ? Les différentes traditions historiographiques, elles-mêmes produit d’histoires – les conflits armés, les coups d’Etat et les régimes militaires nourrissent un intérêt et une réflexion spécifiques – et d’imaginaires collectifs distincts, nous ont semblé un point de départ pertinent pour l’exercice comparatif.

Table 1 : Historiographies et questionnements 9h30-12h00.

2. Sur quels fondements repose l’implication des militaires en politique ? C’est-à-dire, quel ordre symbolique, quelles légitimités sont mises en avant pour justifier l’interpénétration de ces deux sphères, militaire et politique ? Il s’agit de se demander, également, comment et où se construisent ces discours de légitimation, voire ces doctrines : au sein de l’institution militaire elle-même, ou dans la société civile, parfois de pouvoirs et de contre-pouvoirs politiques ?

Table 2 : Légitimité(s) des militaires comme acteurs politiques

3. Qu’y a-t-il derrière l’action politique du militaire, des militaires collectivement, des armées, en termes représentations et de cultures politiques ? Qu’est-ce qui peut nourrir la pensée militaire : les apports théoriques étrangers à l’institution (qu’ils émanent de la société civile ou d’armées étrangères), les pratiques professionnelles en temps de guerre ou de paix, les héritages (idéologique, politiques, et même matériels) ? A quelle échelle se placer pour comprendre ce qui motive les militaires en politique : à celle d’institutions hiérarchiques qui construisent, transmettent et appliquent des doctrines, ou à celle d’acteurs individuels qui héritent et d’approprient des imaginaires politiques ? A quelle échelle, également, temporelle, étudier la pensée militaire : à celle de conjonctures qui régissent des actions finalisées, ou à celle du temps long qui permettrait de saisir davantage les arrière-plans imaginaires de l’action politique des militaires ?

Table 3 : Cultures et doctrines militaires

4. La dernière interrogation de cette rencontre concerne non plus les membres des armées nationales, mais des acteurs militaires ou militarisés sur leur terrain. En effet, considérer les militaires de carrière comme seuls détenteurs du monopole de la force conduit à simplifier les enjeux des rapports entre militaires et politique, ainsi qu’à se priver de réflexions issues d’une recherche actuellement très dynamique. La chute du rideau de fer a-t-elle engendré une diversification, dans certaines aires géographiques, des détenteurs du monopole de la violence ? En quoi cela modifie-t-il l’approche des relations entre ces acteurs militarisés et l’action politique ? La dimension transnationale, de plus, mène à envisager nos acteurs non seulement sous l’aspect de leur fonction politique et sociale dans le cadre de l’Etat-Nation, mais comme un élément des enjeux géopolitiques. Avec quels outils penser cette intégration dans la politique globale ? Le changement dans la représentation de l’ennemi, avec la fin de la Guerre froide, modifie-il profondément la fonction des forces armées ?

Table 4 : Militaires, paramilitaires, combattants: enjeux passés et présents

La rencontre se conclura par un débat sur les problématiques issues des tables, en se penchant plus particulièrement sur les conditions actuelles des recherches sur les rapports entre militaires et politique.

Soulignons enfin que cette Rencontre constitue non pas l’aboutissement d’une réflexion mais, du moins nous l’espérons, le point de départ d’un travail en commun, susceptible d’éclairer d’une lumière nouvelle un sujet trop souvent étudié à l’intérieur de cloisonnements nationaux.

Mardi 13 mai

9h00-9h30. Présentation

  • Maud Chirio (Histoire, Université de Paris I/MASCIPO)
  • Rodrigo Nabuco de Araujo (Histoire, Université de Toulouse II/FRAMESPA)

9h30-12h00 Historiographie et questionnements

  • Bernard Labatut (Sciences Politiques, Université Toulouse I/GRSG)
    « Le militaire, un objet d'étude en profonde transformation »
  • Jean Joana (Sciences Politiques, IEP de Toulouse/LaSSP)
    « La dimension politique des coups d’Etat militaires. L’analyse des relations civils-militaires dans les pays extra-occidentaux »
  • Johann Chapoutot (Histoire, Institut Historique Allemand / IHTP –CNRS, IRICE-Paris 1)
    « Des citoyens en uniforme : armée et démocratie en Allemagne après la Seconde guerre mondiale »
  • Celso Castro (Anthropologie sociale, CPDOC-Rio de Janeiro)
    « Les militaires brésiliens au pouvoir – réflexions à partir d’un projet d’histoire orale »
  • Edgardo Manero (Sciences Politiques, CNRS-Toulouse II)
    « Hétérogénéité stratégique et polysémie du militaire en Amérique Latine. Les Forces Armées et le désordre global »

13h30-15h30 Légitimité(s) de l’action politique des militaires

  • Levent Unsaldi (Sociologie, Université de Paris I/IEDES)
    « De la symbolique militaire au champ politique : éléments de réflexion sur la participation à la vie politique des militaires en Turquie »
  • Elise Logié-Macé (Histoire, Université de Paris I/CEMAf)
    « Les coups d'Etat au Niger : un mode de gestion des crises politiques. Contexte et légitimations »
  • Angela Moreira (Histoire, CPDOC-Rio de Janeiro) et Maud Chirio (Histoire, Université de Paris I / MASCIPO)
    « Une dictature non assumée. Juridisme, légalisme et rhétorique démocratique comme outils de légitimation du régime militaire brésilien (1964-1985) »
  • Jérémy Rubenstein (Histoire, Université de Paris I/MASCIPO)
    « La Semaine Sainte de 1987: les Carapintadas, entre revendications corporatistes et crise de l'institution militaire, face à l'affirmation du demos argentin »

15h50-17h00 Cultures et doctrines militaires

  • Olivier Cosson (Histoire, Université d’Angers Uco/GRIHF-CRH)
    « JFC Fuller et La conduite de la guerre. Un militaire face au premier XXe siècle politique »
  • Félix Chartreux (Histoire, Université de Paris I/CRHS)
    « Armée et société en URSS de 1917-1941 : le cas des écrivains militaires »
  • Rodrigo Nabuco de Araujo (Histoire, Université de Toulouse II/FRAMESPA)
    « Diffusion et adaptation de la doctrine de guerre révolutionnaire dans l’armée brésilienne 1954-1968 »
  • Gabriel Périès (Sciences Politiques, Université d’Evry Val d’Essonne)
    « La structure normative des doctrines militaires contre insurrectionnelles au regard de l'exceptionnalité »
  • Amandine Regamey (Langue et Civilisation russes, Université de Paris I/CERCEC-EHESS)
  • « Face à la justice : les militaires russes et la guerre de Tchétchénie »

14 mai

9h30-11h30 Militaires, paramilitaires, combattants: enjeux passés et présents

  • Judith Manya (Histoire, FTC-Portugal/IHC-FCSC Université Nouvelle de Lisbonne)
    « L’État Nouveau et la difficile maitrise du contingent : Appelés et déserteurs dans les guerres coloniales portugaises 1961-1974 »
  • Céline Thiriot (Sciences Politiques, IEP de Bordeaux)
    « L'Afrique ‘post transition démocratique’ est elle ‘post armées’ ? De l'impact des processus de libéralisation politique des régimes autoritaires sur les organes et usages de
    la violence »
  • Charles Capela (Etudes sur l’Amérique Latine, Université de Toulouse II/FRAMESPA)
    « Fuerzas Armadas vs gangsters en ruana. Criminalisation de l'ennemi et défaite stratégique de l'Armée en Colombie »
  • Lisandro Tanzi (Sociologie, EHESS)
    « Un traitement politico - militaire des conflits sociaux. L’Argentine depuis les années 90 »

11h30-12h00 Débat général

12h00-12h30 Conclusion
Frédérique Langue (Histoire, CNRS-CERMA MASCIPO)

Lieux

  • Amphithéâtre de l'Ecole des Hautes Etudes Etudes en Sciences Sociales - 105 boulevard Raspail, 75006
    Paris, France

Dates

  • mardi 13 mai 2008
  • mercredi 14 mai 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • militaires, armée

Contacts

  • Rodrigo Nabuco de Araujo
    courriel : rnabuco_2000 [at] yahoo [dot] com
  • Maud Chirio
    courriel : maud [dot] chirio [at] univ-mlv [dot] fr

Source de l'information

  • Rodrigo Nabuco de Araujo
    courriel : rnabuco_2000 [at] yahoo [dot] com

Pour citer cette annonce

« Militaires et politique au XXe siècle dans une perspective comparatiste », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 26 mars 2008, http://calenda.org/194673