AccueilColonialismes : histoire et formes nouvelles de la domination

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Publié le vendredi 28 mars 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Ce numéro, que la revue L’homme et la société souhaite consacrer aux « colonialismes », ne saurait se limiter à la seule approche historique. Si cette dernière apparaît extrêmement importante pour saisir les origines politiques, économiques, anthropologiques des colonisations, il semble bien que le colonialisme ainsi perçu corresponde en réalité à une phase historique de la domination des peuples, que l’on doit impérativement compléter par des problématiques plus contemporaines. Il faut par conséquent envisager de dépasser l’analyse de la colonisation aux travers des seuls rapports Nord-Sud, et d’ouvrir la revue à des articles traitant des différents types de colonisation ayant émergé au sein même des pays du Sud, de la diversité de la domination en effectuant une incursion dans l’évolution politique des pays d’Asie centrale après la chute des régimes communistes, régimes qui furent, paradoxalement, largement impliqués dans un soutien aux combats pour les indépendances.

Annonce

Colonialismes : histoire et formes nouvelles de la domination

Coordonné par :

BERNARD HOURS, THIERRY POUCH ET SAÏD TAMBA

Le colonialisme a été abondamment traité dans les sciences sociales, en tant que phénomène global de longue durée, puisqu’il s’est étendu sur plusieurs siècles, couvrant les trois quarts du globe. On sait qu’avec l’Ancien Régime s’enclenche une dynamique de la domination qui s’est d’abord caractérisée par la traite, l’esclavage, la dépossession, l’évangélisation et la dépossession des territoires, principalement an Amérique du Sud et dans les Caraïbes. Cette dynamique s’est poursuivie au dix-neuvième siècle avec la généralisation du colonialisme en Asie et sur le continent africain, occasionnant la formation d’une suprématie britannique sur le monde. L’approche historique du colonialisme et de ses conséquences sur les sociétés colonisées (dépossession des territoires, pillage des ressources naturelles, commerce des hommes, introduction puis extension des échanges marchands, déstructuration des liens sociaux…) fut ensuite élargie par l’étude du processus de décolonisation, des contradictions internes aux forces sociales colonisatrices, des luttes menées pour aboutir à l’indépendance, de la diversité que ces luttes et formes politiques que ces indépendances ont pu prendre. Plus largement, l’histoire des colonialismes a pu revêtir également des formes nouvelles avec les analyses menées en termes de néo-colonialismes.

Ce numéro que la revue L’homme et la société souhaite consacrer aux « colonialismes » ne saurait se limiter à la seule approche historique. Si cette dernière apparaît extrêmement importante pour saisir les origines politiques, économiques, anthropologiques des colonisations, notamment parce que l’histoire se renouvelle nécessairement, il semble bien que le colonialisme ainsi perçu corresponde en réalité à une phase historique de la domination des peuples, que l’on doit impérativement compléter par des problématiques plus contemporaines. En rester à une simple vision historique des diverses formes de colonisations, reviendrait en effet à courir le risque de ne pas sortir du couple « colonisé-colonisateur », dont l’œuvre de Franz Fanon a été l’incarnation — un texte revisitant les engagements qui furent ceux de Franz Fanon sur le colonialisme serait le bienvenu —, et donc de demeurer prisonnier d’une mémoire de la colonisation.

Parallèlement à une approche historique qui conserverait sa valeur heuristique dans le processus de compréhension des enjeux et des origines des colonisations, ce numéro pourrait ainsi élargir son champ d’investigation et comporter des contributions propres à aider à mieux cerner les formes nouvelles, contemporaines, voire post-modernes, prises par la domination. Il faut par conséquent envisager de dépasser l’analyse de la colonisation au travers des seuls rapports Nord-Sud, et d’ouvrir la revue L’homme et la société à des articles traitant des différents types de colonisation ayant émergé au sein même des pays du Sud, de la diversité de la domination en effectuant une incursion dans l’évolution politique des pays d’Asie centrale après la chute des régimes communistes, régimes qui furent, paradoxalement, largement impliqués dans un soutien aux combats pour les indépendances.

Il serait judicieux par exemple que des contributions puissent éclairer les lecteurs intéressés par de telles problématiques, sur l’usage fait par certains pays de leur indépendance. Des articles sur l’Afrique, sur l’Algérie en particulier, constitueraient des apports décisifs pour analyser les ressorts de la domination aujourd’hui. Y a-t-il eu, d’un certain point de vue confiscation de cette indépendance ? Au profit de qui ? De même, une forme moderne de domination, que d’autres pourraient qualifier de néo-colonialisme, résiderait dans la production par les institutions internationales, de normes politiques, économiques, commerciales — impérialisme des marchés et de l’idéologie économique — et sociales qui, en s’imposant aux différents pays, ont des répercussions sur la souveraineté de ces pays au regard de l’altérité radicale que de telles normes internationales renferment, mais aussi en matière d’inégalités sociales, bref des effets désastreux sur des franges entières de populations.

Un éclairage méthodologique serait également utile, pour s’y retrouver dans l’usage et la signification des mots. Doit-on parler de néo-colonialisme, de post-colonialisme, de néo-impérialisme, de post-impérialisme, de néo-domination ? Sous l’angle de l’économie, on pourrait par exemple s’interroger sur le rôle de la montée de l’endettement extérieur dans l’affirmation d’un type de colonialisme. Dans le même registre, l’expansion du tourisme planétaire suscite quelques réflexions sur les contours que prend la domination. De ce point de vue, des contributions montrant en quoi la globalisation des sociétés se traduirait en réalité par un néo-colonialisme, offriraient l’opportunité de mettre en perspective historique la domination des peuples, dont le colonialisme n’est qu’un cas particulier. Il faut entendre par là l’idée que le colonialisme a été une phase particulière de la domination.

Le souci, légitime, de l’histoire doit par conséquent s’articuler sur une transdisciplinarité. La lecture et l’interprétation des formes contemporaines de la domination passe en effet par des problématiques croisées, impliquant l’économie, la sociologie, l’anthropologie, la science politique. Le champ des contributions apparaît extrêmement large, mais les coordinateurs de ce numéro n’entendent pas céder ni aux sirènes du misérabilisme, ni à celles des jugements moraux.

Modalités de soumission des propositions :

Date limite : 31 juillet 2008

Format : fichier word - police times 12 - environ 35 000 signes - notes de bas de page

Adresse e-mail : deldyck@univ-paris-diderot.fr (Pour tout contact et envoi des contributions)

Adresse postale : Jean-Jacques Deldyck - Urmis - Université Paris-Diderot Paris 7 - Case courrier 7027 - 75205 Paris Cedex 13

Dates

  • jeudi 31 juillet 2008

Contacts

  • jean-jacques deldyck
    courriel : deldyck [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Source de l'information

  • jean-jacques deldyck
    courriel : deldyck [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Colonialismes : histoire et formes nouvelles de la domination », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 28 mars 2008, http://calenda.org/194694