AccueilMarge(s). Revue Pandora 2009

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Publié le mercredi 09 avril 2008

Résumé

Pandora, revue pluridisciplinaire du Département d’études hispaniques et hispano-américaines de l’Université de Paris 8, prépare son neuvième numéro sous le titre de « Marge(s) ». Dans le domaine de la civilisation, on pourra s’interroger sur les stratégies de pouvoir mises en place pour ramener vers le centre des mouvements en marge, qu’ils soient sociaux, culturels ou géographiques. Dans le domaine de la littérature, on pourra travailler sur les textes mis en marge par l’auteur ou un lecteur. Plus largement, les arts trouvent leur place dans cette thématique. La marge est-elle ce qui, en dernière instance, donne sa forme, délimite, l’œuvre ? Dans le domaine de la linguistique, les interrogations pourront, notamment, porter sur les usages de la langue aux marges de ce que l’Académie a normé.

Annonce

Appel à contributions

Revue Pandora 2009

Marge(s)

Coordination : Christine Marguet et Marie Salgues

Pandora, revue pluridisciplinaire du Département d’Études Hispaniques et Hispano-américaines de l’Université de Paris 8, prépare son neuvième numéro sous le titre de « Marge(s) ».
Pandora est une revue annuelle, qui dispose d’un comité scientifique extérieur. Elle est diffusée en ligne (depuis le numéro 7) ainsi que sur papier. Les articles peuvent être envoyés en espagnol, français ou catalan.

La marge est une métaphore spatiale qui évoque la feuille, avec son “centre”, le texte, et l’espace blanc qui le borde. Espace qui peut être le lieu de l’enluminure, pour les manuscrits, d’annotations destinées à être présentées avec le texte, qui sont alors le fait de l’auteur ou de l’éditeur (les références érudites, en marge de certains textes médiévaux ou classiques), ou les notes manuscrites du lecteur du texte, qui l’actualisent. La marge existe en regard du texte, comme l’exégèse, qui naît du texte pour acquérir une autonomie qui n’est pas tout à fait indépendance, puisqu’elle portera toujours, inscrite en creux, l’objet dont elle est issue. Citons le Talmud, commentaire de la Torah, ou les écrits patristiques.

L’espace de la marge est ainsi celui de la réécriture. Si l’on considère des textes toujours réécrits, comme la Bible, l’Odyssée, ou les œuvres de Shakespeare ou Cervantès, se trouvent-ils en marge ou au cœur de la démarche des nouveaux auteurs et de leurs productions ?

La fortune de la notion de marge peut s’expliquer par la structuration spatiale de l’imaginaire. Elle renvoie au registre du bas, de l’altérité, de la transgression, mais toujours en tension avec un haut, une identité, une norme. Employé dans des domaines aussi divers que la géographie, la géophysique (les marges continentales) ou la sociologie, le terme, notamment dans le domaine anglo-saxon, a connu un bel essor avec le post-structuralisme, le déconstructivisme, la psychanalyse, les théories du genre. Par un déplacement de perspective, la marge devient le lieu où tout se joue, l’espace où s’exprime ce que le texte tait et le lieu complémentaire sans lequel le centre ne pourrait signifier ou être pleinement.

On sait que le personnage d’Albertine permet à Proust une complète subversion du texte depuis ses marges. D’un point de vue sociologique, dans l’espace diégétique (Albertine n’appartient pas au monde des autres personnages de la Recherche), et même extradiégétique : Albertine serait Albert et une présentation à peine voilée d’une homosexualité qui s’écrit encore très peu, et dans une littérature souvent « en marge », un peu sulfureuse ou rejetée, au moins à l’époque, hors de ce que l’on considère comme la très grande littérature. Mais Albertine procède aussi à un décentrement narratif puisqu’elle n’est pas le personnage central, qu’elle part avant la fin et que, pourtant, elle infléchit définitivement le cours du roman.

La marge, par son décentrement, est aussi l’objet fantasmé, qui devient dès lors un centre symbolique. On pourra citer l’exemple des Andalous et/ou des Aragonais qui serviront, très vite de représentants privilégiés de l’être espagnol, comme s’ils en recélaient l’essence. Les différents gouvernements surent parfaitement tirer parti, dès la Restauration, d’un processus probablement issu d’une vision pittoresque développée par les voyageurs français notamment, qui trouvèrent plus typiques Carmen et le Sud que les pauvres paysans des plateaux castillans. Face à l’essor des nationalismes dits périphériques qui contestaient la tout puissance du centre, ce recours aux marges de la péninsule permit de bâtir un contre-discours, s’offrit comme la preuve irréfutable d’une absence de tyranie du centre. Faire de l’Andalou, bravache, au sang chaud et toreador l’Espagnol par antonomase, ou conférer à l’Aragonais courageux sous des dehors frustes le même rôle, c’est fantasmer une identité commune et communautaire, c’est faire des marges un centre symbolique, ici pour mieux imposer un schéma centralisateur.

Ces exemples montrent bien, nous l’espérons, que la notion de marge ne peut se superposer à celle de marginalité (subie ou revendiquée).

Sans que ce qui suit soit restrictif et exclusif, les propositions ci-dessous précisent des axes de réflexion possibles, dans le prolongement de ce qui vient d’être dit :

Dans le domaine de la civilisation, on pourra s’interroger sur les stratégies de pouvoir mises en place pour ramener vers le centre des mouvements en marge, qu’ils soient sociaux, culturels ou géographiques, susceptibles de mettre en péril l’ordre établi ou d’entraîner un déplacement du centre de gravité. L’institutionnalisation de phénomènes nouveaux, de mouvements de protestation, répond-elle à cette volonté d’intégrer, pour mieux la dissoudre et la désamorcer, la marge ?

Dans le domaine de la littérature, on pourra travailler sur les textes mis en marge par l’auteur ou un lecteur. On pourra également s’intéresser aux œuvres qui sont nées comme des commentaires d’autres productions, des stratégies de décentrement, déstabilisation, ou, au contraire, comme des formes déployées depuis une marge pour regagner le centre, s’y substituer éventuellement, y creuser une brèche où s’insérer tout au moins.

Plus largement, les arts trouvent leur place dans cette thématique. La marge est-elle ce qui, en dernière instance, donne sa forme, délimite, l’œuvre ? Une grande part de la modernité dans les arts (sculpture, peinture, mise en scène, mais aussi les installations, les happenings, performances…) ne consiste-t-elle pas en une interrogation sur les marges d’une forme d’expression, sa frontière avec les autres arts, la façon d’en repousser plus loin encore les limites ?

Dans le domaine de la linguistique, les interrogations pourront, notamment, porter sur les usages de la langue aux marges de ce que l’Académie a normé, sur les sociolectes tels que les jargons professionnels, les langages attachés à une catégorie particulière, et que leur étrangeté maintient aux marges de l’usage standard, allant parfois jusqu’à exclure ceux qui lui sont étrangers. En sémantique, une théorie comme celle des prototypes établit une sorte de hiérarchie interne à la langue, entre des représentants centraux, et d’autres marginaux.

  • Les propositions, d’une page maximum, accompagnées d’un court CV, devront parvenir avant le 15 mai 2008 aux deux adresses suivantes :
    christine.marguet@aliceadsl.fr; marie.salgues@laposte.net
  • Après acceptation des propositions, les articles devront être adressés avant le 1er novembre 2008.

Lieux

  • Saint-Denis, France (93)

Dates

  • jeudi 15 mai 2008

Mots-clés

  • marge, centre, mouvements, phénomènes

Contacts

  • Christine Marguet
    courriel : christine [dot] marguet [at] aliceadsl [dot] fr
  • Marie Salgues
    courriel : marie [dot] salgues [at] laposte [dot] net

Source de l'information

  • Christine Marguet
    courriel : christine [dot] marguet [at] aliceadsl [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Marge(s). Revue Pandora 2009 », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 09 avril 2008, http://calenda.org/194784