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Les impensés de la gouvernance

La pertinence politique de la participation de la société civile au Nord et au Sud

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Publié le mardi 29 avril 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Pour ce colloque, notre visée est de contribuer à la clarification du sens et de l'effectivité du concept de « participation de la société civile » que l'on présente comme un nouveau mode de « gouvernement » à l'échelle planétaire. Pour ce faire, nous essaierons d'éviter deux écueils majeurs auxquels peuvent être confrontées les sciences sociales : l'approche instrumentale qui prétend apporter des solutions fonctionnelles et technocratiques aux responsables politiques, et le militantisme qui ramène l'ensemble de faits sociaux au néo-libéralisme et procède par des dénonciations morales, sans valeur explicative. Nous privilégierons, en revanche, une démarche comparative et pluridisciplinaire, soucieuse de rendre intelligible le sens des mutations complexes à l’œuvre dans nos sociétés marquées, entre autres, par une grande confusion intellectuelle.

Annonce

Les impensés de la gouvernance. La pertinence politique de la participation de la société civile au Nord et au Sud

Colloque international organisé par le Forum de Delphes et le LARGOTEC
du 24 au 26 novembre 2008 à Paris

Pour ce colloque, notre visée est de contribuer à la clarification du sens et de l'effectivité du concept de « participation de la société civile » que l'on présente comme un nouveau mode de « gouvernement » à l'échelle planétaire. Pour ce faire, nous essaierons d'éviter deux écueils majeurs auxquels peuvent être confrontées les sciences sociales : l'approche instrumentale qui prétend apporter des solutions fonctionnelles et technocratiques aux responsables politiques, et le militantisme qui ramène l'ensemble de faits sociaux au néo-libéralisme et procède par des dénonciations morales, sans valeur explicative. Nous privilégierons, en revanche, une démarche comparative et pluridisciplinaire, soucieuse de rendre intelligible le sens des mutations complexes à l’œuvre dans nos sociétés marquées, entre autres, par une grande confusion intellectuelle. Nous analyserons le sens des concepts intriqués tels que société civile, norme, individu et collectif, liberté, responsabilité, et des réalités dont ils rendent compte en Europe au miroir du passé, mais aussi d'autres réalités socio-culturelles : nord-américaine, africaine, asiatique.

Ce colloque international est organisé dans le cadre d'un projet de recherche/action/formation "Quelles gouvernances au "Nord" et au "Sud"?"

L’ambition de ce projet, qui en est à sa deuxième année, est d’étudier les exigences et les conditions de la gouvernance démocratique, en insistant notamment sur la « participation » de la «société civile » et sur la « décentralisation ». Le seul énoncé de ce thème en souligne la difficulté, parce qu’il se définit ainsi par une combinaison de mots qui sont parmi les plus utilisés dans le discours international lorsqu’il s’agit des programmes nationaux et internationaux de développement.

Le recours à ces mots est cependant bien intentionnel, et le risque qui s’attache à l’usage d’une thématique aussi largement mise à contribution dans les milieux internationaux est volontairement assumé par les auteurs du projet. Nous croyons en effet, par-delà les effets de mode, à l’importance pratique très grande de ces mots pour définir les exigences concrètes des politiques de « développement » - et c’est tout de même bien de cela dont il s’agit lorsque l’on parle de « lutte contre la pauvreté » et du rôle spécifique des pouvoirs publics en liaison avec les citoyens dans cette lutte.

En conséquence, nous affirmons dès le départ de cette réflexion notre intention de dépasser cette rhétorique, et donc de ne pas considérer que la référence à ces mots est mécanique et inévitable : nous voulons au contraire en retrouver la signification politique première et analyser les conditions de sa mise en œuvre. C’est pourquoi nous avons voulu réexaminer en profondeur le « cadre théorique » de la gouvernance, dans sa dimension historique, voire socioculturelle.

Problématique du colloque

« La participation de la société civile » est une composante essentielle des politiques de gouvernance dans ses diverses acceptions. Les instigateurs de ces politiques semblent la considérer comme un moyen nouveau de gouvernement, dont la pertinence serait universelle au niveau central et local. Plus largement, la « participation de la société civile » s'appliquerait à toute forme de dispositif qui aurait pour mission de régler les comportements individuels et collectifs : l'école, l'université, l'hôpital, l'entreprise, l'association, etc. On ne compte plus les déclarations des responsables politiques, nationaux et internationaux, ou des acteurs sociaux de divers horizons, qui confient la solution des problèmes, pourtant différents, de la planète entre les mains d'une société civile qui serait animée par les valeurs et les pratiques d'autonomie, de responsabilité et de capacité d'initiative. En coopération permanente avec les institutions, publiques et privées, ce sont les acteurs sociaux qui sont censés, depuis une vingtaine d'années, mieux gérer les affaires communes et pallier les défaillances de l' État.

Il nous semble pourtant que le concept de gouvernance, dont la « participation de la société civile » fait partie, est suffisamment ambigu, rendant compte de situations politiques et sociales différentes, en fonction des contextes pour exiger la clarification d'une question préalable : quel est le problème à résoudre et dans quel contexte socio-historique? S'agit-il seulement de rendre compte de la difficulté, largement partagée, des États à gouverner, du fait de la pluralité des acteurs privés qui entendent peser sur la décision politique, dans un contexte de « normativités éclatées » ? (que l’on pourrait définir comme une hétérogénéité accrue dans les normes applicables selon les contextes ). Si l'on s'en tient à ce diagnostic « universel », force est de constater que la théorie et la pratique de l'acteur privé, de l'État, du collectif, de la norme et de la pluralité des normes, et, a fortiori, de la responsabilité et de l'autonomie se posent partout, mais de manière différente selon les sociétés concernées. S’agit-il de rendre compte de transformations dans la manière de gouverner et des reconfigurations de l’Etat dans ce contexte ? Dans cette hypothèse, l’analyse de la gouvernance comme seulement synonyme de recul de l’Etat et de développement de l’influence des acteurs privés serait trop superficielle.

En tout état de cause, les concepts de société civile et d'acteur doivent donc être clarifiés et tel est le principal objectif de ce colloque. Leur compréhension gagnerait en effet en densité s'ils étaient appréhendés à la lumière de l'analyse des expériences concrètes et s'ils étaient mis en débat avec des acteurs mettant en oeuvre la participation de la société civile. Ils posent la question des fondements de l'individu et du collectif et des relations entre les deux. Historiquement l'individu construit par la modernité occidentale ne trouve pas d'équivalent dans d'autres aires socio-historiques. L'autonomie, l'action en vue du changement, la liberté, la responsabilité, les droits, etc. qui lui sont consubstantiels, en tant que théorie et pratique, n'ont pas été reconnus clairement sur l'ensemble de la planète, en dépit des nombreuses déclarations « universelles ». L'Etat-nation apparaît lui aussi comme une construction politique particulière qui ne se résume pas à la formule courante : une population, un État, un territoire. La création d'un espace politique pluriel mais unifié, régulé par l'État et intégrant des individus singuliers et égaux devant la loi ne semble pas avoir connu l'universalité qu'on lui prête. La plupart des autres sociétés de la planète, et en tout cas celles d'Afrique, semblent structurées par des « segments », hostiles les uns aux autres, et réfractaires à la création d'un État régulateur. Si on peut parler de « crise de gouvernabilité » en Occident, peut-on en dire autant pour les États africains?

Les concepts que l’on vient de mentionner recouvrent aujourd'hui au « Nord » des réalités et des pratiques différentes de celles auxquelles ils correspondaient, il y a encore une vingtaine d'années. Quel est le sens de l'autonomie et de la responsabilité, de l'action en vue du changement, dans un contexte de radicalisation des droits et des libertés individuels? Y a-t-il au « Sud » des équivalents pour ces notions et comment se traduisent-ils dans les pratiques sociales ? Comment se déclinent-ils dans les différentes composantes de la société civile : associations, ONG, syndicats, lobbies, experts, etc ?

Notre objectif est de clarifier et mettre en débat ces concepts et les réalités qu'ils recouvrent au « Nord » et au « Sud ».

Ces interrogations pourraient ainsi être structurées autour de quatre questions, que nous traiterons lors de ce colloque:

  • le sens et l'effectivité de la société civile ;
  • le sens de la norme en tant que théorie et pratique ;
  • le sens de l'individu et du collectif, leurs rapports et les rapports qu’ils entretiennent avec la notion de pouvoir : permanences et métamorphoses ;
  • le sens des concepts d'autonomie et de liberté individuelle (les deux n'étant pas interchangeables) ainsi que de responsabilité et d'action et leur mise en acte dans l'institution de la cité au niveau local;

Envoyez votre manifestation d'intérêt à Anne-Clotilde Schweizer (ac-schweizer@forumdedelphes.org) ou à Marion Fanjat (m.fanjat@forumdedelphes.org) avant le 2 juin 2008.


Merci de préciser votre affiliation, votre adresse complète et un résumé de la communication envisagée d'une demi-page environ.

Lieux

  • Paris, France

Dates

  • lundi 02 juin 2008

Mots-clés

  • société civile, autonomie, normes, individu, collectif, rapports au pouvoir, liberté individuelle, responsabilité

Contacts

  • Anne-Clotilde Schweizer
    courriel : ac-schweizer [at] forumdedelphes [dot] org
  • Marion Fanjat
    courriel : mfanjat [at] msh-paris [dot] fr

Source de l'information

  • Anne-Clotilde Schweizer
    courriel : ac-schweizer [at] forumdedelphes [dot] org

Pour citer cette annonce

« Les impensés de la gouvernance », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 29 avril 2008, http://calenda.org/194902