AccueilL’identification. Des origines de l’islam au XIXe siècle

L’identification. Des origines de l’islam au XIXe siècle

Appel à contribution pour la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée

*  *  *

Publié le jeudi 08 mai 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Avant la création de l’état-civil, comment les individus, seuls ou en groupes, étaient-ils connus, désignés, reconnus ? En l’absence du support direct de cette institution spécifique et pérenne, qui repose à la fois sur des normes homogènes et sur la production d’archives, les personnes devaient néanmoins se plier à des demandes tout aussi variées que de nos jours. Les réponses qu’ils leur apportaient étaient infiniment plus variées, et souvent plus longues, que ne l’a imposé par la suite l’action régulatrice de l’état-civil. Les contributions attendues pourront embrasser une périodisation large, débutant avec l’origine de l’Islam et la formation du droit musulman, et courant jusqu’à la parution de l’état-civil. Les études sur toutes les aires linguistiques ou géographiques seront les bienvenues.

Annonce

Revue des Mondes Musulmans et de la Méditerranée

Appel à contribution : L’identification. Des origines de l’islam au XIXe siècle

Avant la création de l’état-civil, comment les individus, seuls ou en groupes, étaient-ils connus, désignés, reconnus ? En l’absence du support direct de cette institution spécifique et pérenne, qui repose à la fois sur des normes homogènes et sur la production d’archives, les personnes devaient néanmoins se plier à des demandes tout aussi variées que de nos jours. On sait que les réponses qu’ils leur apportaient étaient infiniment plus variées, et souvent plus longues, que ne l’a imposé par la suite l’action régulatrice de l’état-civil.

Dans le contexte très large du monde musulman, la manière de nommer et de se nommer a déjà été étudiée dans deux optiques. (1) D’une part, les études d’onomastique illustrées par les travaux de J. Sublet (Le Voile du nom. Essai sur le nom propre arabe, 1991), portent sur l’analyse des différents éléments d’un nom ; l’auteur a montré que chacun est un nom possible en soi attaché à la même personne, et que son usage dépend en partie du contexte. (2) D’autre part, les études d’histoire sociale se sont attachées à reconstituer les groupes sociaux en partant souvent des dénominations : titulatures, nisba, métiers, etc. Cette dernière méthode suppose l’adéquation de la manière de présenter quelqu’un ou de se présenter avec son ou ses identités sociales (qui seraient ethniques, confessionnelles, professionnelles, locales, et autres), agglomérées dans son nom. Cette lecture transparente du nom a été au fondement du développement d’un savoir positif sur la société. Elle a en outre fourni la base des problématiques de l’identité qui ont prospéré dans les années 1990.

Cependant, l’expérience de la recherche et la fréquentation assidue des sources montrent qu’une telle transparence fait problème. Les identifiants n’ont pas nécessairement le sens positif que l’on croit pouvoir leur attribuer. Trop de catégories n’ont rien d’évident : si les catégories exclusives, confessionnelles ou autres, semblent ne pas poser problème — encore que les enjeux de leur mention restent à explorer, — il n’en va pas de même, par exemple, des nisba d’origine, dès lors que l’on y voit une référence ethnique. La même personne peut être désignée différemment selon les contextes, ce qui fait douter de la rigidité des règles d’identification : comment interpréter par exemple les longueurs variables, élastiques, des dénominations ?

Ces doutes suggèrent qu’un écran s’interpole entre l’observateur et l’être social, et d’autant plus épais qu’il n’est presque jamais explicité : cet écran, c’est la procédure même de l’identification. Elle sera l’objet du numéro de la REMMM pour lequel nous lançons cet appel à contribution.

Comment aborder le thème ?

L’entrée la plus féconde semble être l’observation des situations d’identification, car elles renseignent sur les modalités et le sens donné aux identités énoncées. Leur éventail est très large : depuis l’interpellation d’un inconnu dans la rue, jusqu’à l’inscription de l’identité la mieux informée d’une personne sollicitant un acte juridiquement authentifié. Un saint homme, à supposer que l’on puisse croiser les sources à son sujet, n’est pas désigné sous les mêmes noms dans son hagiographie, centrée sur sa personne, dans une chronique où sa figure apparaît fugitivement, dans un recueil d’anecdotes où celle-ci est épurée, ou sur un acte notarié où il redevient un individu banal pris dans le filet des relations d’intérêts. Il convient dès lors de s’interroger sur le genre dans lequel s’inscrivent les situations d’identification : notarial, judiciaire, fiscal, administratif, narratif (biographie, hagiographie, fictions), et autres, et sur ses effets sur les énoncés identitaires. Nous tâcherons également de repérer, à travers les sources, des contextes d’énonciation y compris singuliers, susceptibles de révéler des institutions et des enjeux sociaux et procéduraux qui expliquent leurs formalisations particulières. Nous analyserons enfin les procédures spécifiques de vérification de l’identité qu’induisent ces situations, qu’elles soient ou non explicites : description physique, notoriété, témoignage, documents écrits, etc. ; leur capacité à générer des systèmes de référence, notamment d’archivage, ou au contraire leur propension à s’en remettre à des preuves extérieures.

Nous formulons l’hypothèse du primat de la dimension juridique dans la question de l’identification : elle recoupe en partie l’immense domaine de la preuve. En effet il existe des enjeux juridiques à l’énonciation de son identité. Ceux-ci se formalisent dans le cadre des institutions productrices de normes, dans des procédures judiciaires parfois sophistiquées, variées dans le temps et l’espace, dont les traces et les expressions, préservées en nombre, constituent dès lors pour nous des sources privilégiées : elles offrent un excellent observatoire des procédures d’identification et des réponses que les individus leur apportent. De plus, sur la scène du tribunal, la présentation des individus, porteuse en soi de qualités juridiques, peut souligner mais aussi entrer en conflit avec leurs qualités sociales et leur revendication de respectabilité.

D’autres procédures d’identification et de reconnaissance existaient et ont été recueillies dans les sources, qu’il ne sera pas question de négliger. Nos sources, à quelque genre qu’elles obéissent, sont toujours en interface entre l’instance identifiante et la (ré)action de l’intéressé. Chaque situation engendre des catégories explicites, des hiérarchies, des marques de distinction pour certains, mais aussi pour d’autres, l’effacement, la marginalisation, l’invisibilité, — cette dernière, subie, imposée, ou au contraire voulue, par exemple dans les transactions où l’on utilise des prête-noms. Ainsi toute situation recueille et stimule enjeux et comportements sociaux. Nous serons donc particulièrement attentifs aux pratiques sociales en jeu dans les contextes d’identification. Que l’on songe, par exemple, au développement, dans certains lieux et à certaines époques, des généalogies de Chorfas, qui témoigne d’une intrication forte et pertinente pour notre objet, entre un genre littéraire, des pratiques sociales, et des revendications proprement juridiques, liées aux privilèges attachés au statut spécifique de descendant du Prophète.

Les contributions pourront se déployer selon trois axes :

  • Les contextes d’énoncé et la formalisation des identités, individuelles ou de groupes, qu’elles induisent ;
  • Les enjeux de l’identification en justice ;
  • Les dimensions politiques et institutionnelles de l’identification ou de son effacement.

Dans le souci de privilégier la longue durée, les contributions embrasseront une périodisation large, débutant avec l’origine de l’Islam et la formation du droit musulman, et courant jusqu’à la parution de l’état-civil. Aucune délimitation spatiale ne paraissant s’imposer a priori, les études sur toutes les aires linguistiques ou géographiques seront les bienvenues, de même que celles portant sur les groupes non musulmans.

Des résumés de proposition (2000 signes maximun) peuvent être envoyés par courriel à
Isabelle Grangaud grangaud@mmsh.univ-aix.fr
Nicolas Michel nicolasmichel@freesurf.fr
avant le 15/09/2008.

Lieux

  • Aix-en-Provence, France

Dates

  • lundi 15 septembre 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire, islam, état-civil, identification, archives

Contacts

  • Danielle Rouvier
    courriel : remmm [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr
  • Isabelle Grangaud
    courriel : grangaud [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr
  • Nicolas Michel
    courriel : nicolasmichel [at] freesurf [dot] fr

Source de l'information

  • Isabelle Grangaud
    courriel : grangaud [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’identification. Des origines de l’islam au XIXe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 08 mai 2008, http://calenda.org/194956