AccueilLes noblesses françaises dans l’Europe de la Révolution (années 1770-1800)

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Publié le vendredi 09 mai 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Qu’il s’agisse des biographies, des vastes enquêtes sur la vente des biens nationaux, sur l’émigration, sur la noblesse du Sud-Ouest, sur l’École royale militaire d’Effiat, sur les camps de Jalès, on en passe, les travaux récents sur le deuxième ordre de la France d’Ancien Régime invitent à la fois à réinterroger son rapport à la Révolution et à l’Europe contemporaine des événements français et à tenter une synthèse d’histoire socio-politique. Il s’agira de marquer les différentes adaptations d’un ordre aboli en 1789 à la société nouvelle, de comprendre les stratégies familiales à l’œuvre, les transferts politiques et culturels qui se jouent dans l’émigration puis, en sens inverse, lors du retour. L’analyse de ces mutations suppose bien évidemment de laisser aussi une place éminente à l’histoire des représentations, à la construction de stéréotypes.

Annonce

Colloque International, Vizille
10, 11 et 12 septembre 2008

Les noblesses françaises dans l’Europe de la Révolution (années 1770-1800)

Colloque co-organisé par la Société des études robespierristes, le Centre d’histoire « Espaces et Cultures » (Université Clermont 2) et le Musée de la Révolution française

Qu’il s’agisse des biographies (Antonelle par Pierre Serna, Félix Lepeletier de Saint-Fargeau par Laurence Constant), des vastes enquêtes (sur la vente des biens nationaux par Bernard Bodinier, sur l’émigration par Karine Rance, sur la noblesse du Sud-Ouest par Michel Figeac, sur l’École royale militaire d’Effiat par Olivier Paradis, sur les camps de Jalès par François de Jouvenel), etc., les travaux récents sur le deuxième ordre de la France d’Ancien Régime invitent à la fois à réinterroger son rapport à la Révolution et à l’Europe contemporaine des événements français et à tenter une synthèse d’histoire socio-politique. Elle débutera avec les années 1770, qui voient se transformer une sociabilité nobiliaire construite autour des Lumières ou des Anti-Lumières, marquée par la recherche d’une reconnaissance intellectuelle qui se traduit dans la fréquentation des salons ou l’accumulation des livres, des collections, décennie également parcourue par une réaction d’un ordre, très divers d’une province à l’autre, se repliant pour partie sur ses privilèges, notamment militaires, révisant ses terriers et ses droits féodaux. La fondation par Napoléon d’une noblesse impériale bouleverse un peu plus les rapports de ceux qui peuvent justifier depuis plusieurs générations de leur sang bleu, au pouvoir et à la société issus de la Révolution, surtout s’ils les ont refusés et ont préféré une émigration dont ils ne savent quand revenir.

Il nous faudra justement essayer de marquer les différentes adaptations d’un ordre aboli en 1789 à la société nouvelle, soit qu’il l’accepte, abandonnant ses titres, ses prérogatives, participant (à un niveau et dans une proportion qu’il faudra mesurer) aux Assemblées, aux instances administratives, à l’effort de guerre, soit qu’il la rejette, s’investissant alors ou non dans l’Anti- et dans la Contre-Révolution (qu’il s’agisse des guerres intérieures, de l’Armée des Princes, du Club monarchique ou de l’Agence royale). Passant de la sphère publique à la sphère privée, il faudra comprendre les stratégies familiales à l’œuvre pour préserver les domaines ancestraux, garder contact avec le père, le fils, le frère parti à l’étranger, s’adapter à ces séparations sentimentalement et matériellement douloureuses, voire préserver des identités claniques mises à mal par les déchirements idéologiques qui peuvent aussi briser les liens de filiation. Comment, pour ceux qui choisissent la fuite, se fait l’installation puis le quotidien dans le pays d’accueil, est accepté l’éventuel déclassement social, se reconstituent des cercles plus ou moins courtisans, des instances de représentation ? Quels transferts politiques et culturels se jouent dans l’émigration puis, en sens inverse, lors du retour ? Que reste-t-il, en France comme à l’extérieur des frontières, de la culture de la distinction : ses anciens thuriféraires la préservent-ils ou au contraire la vouent-ils aux gémonies, rêvant d’être confondus avec le reste de la nation ? Quels principes de restauration apparaissent dans les programmes politiques proposés, notamment bon an mal an à l’occasion des scrutins du Directoire, ou depuis Londres, Rome, Turin ? L’analyse de ces mutations suppose bien évidemment de laisser une place éminente à l’histoire des représentations. Les cahiers de doléances construisent une image négative du seigneur, noble ou non, et davantage encore des riches prélats issus du second ordre. Les caricatures de l’époque révolutionnaire renchérissent sur la difformité des corps qu’exclut la nation régénérée, jusqu’à les renvoyer dans les « sombres forêts de Franconie », pour reprendre le mot de Sieyès en référence aux thèses des origines défendues par Boulainvilliers ou Saint-Simon, surtout s’agissant des chefs du Parti noir à l’Assemblée nationale constituante. Le roman, le théâtre ou la chanson révolutionnaires construisent des stéréotypes et participent de la confusion progressive entre noble, aristocrate, émigré, qui nourrit la figure de l’ennemi en opposition à laquelle le nouveau régime se construit. Elle justifie un contrôle accru sur ceux qui passent encore, il n’est qu’à voir les motifs de suspicion, pour des suppôts systématiques d’un Ancien Régime révolu, ceux que l’on finit par évincer des sociétés populaires comme ceux qu’une démocratie paysanne encadre au sein des troupes soulevées de Vendée.

Comité d’organisation :

  • Philippe Bourdin, Université Blaise Pascal (Clermont II)
  • Alain Chevalier, Musée de la Révolution française
  • Karine Rance, Université Blaise Pascal (Clermont II)

 

Comité scientifique :

  • Michel Biard, Université de Rouen
  • Philippe Bourdin, Université Blaise Pascal (Clermont II)
  • Alan Forrest, Université d’York
  • Jean-Pierre Jessenne, Université Lille III
  • Pierre Serna, Université Paris I
  • Timothy Tackett, Université d’Irvine (Californie)

 

 

 

Mercredi 10 septembre

 

- 14h00 : Introduction, par Philippe Bourdin

 

La fin d’un ordre ?

 

- 14h30 : Léonard Burnand (Chercheur à l’Institut Benjamin Constant, Université de Lausanne), Necker et le débat sur l’abolition de la noblesse.

- 14h50 : Jean-Luc Chappey (Maître de conférences en histoire moderne, Institut d’histoire de la Révolution française, Paris I), « Du malheur d’être né de race noble… ». Les pétitions des nobles face au décret du 26-27 germinal an II.

- 15h10 : Bernard Bodinier (Professeur en histoire, I.U.F.M. de Rouen), Une noblesse ruinée par la Révolution ?

- 15h20 : Jean-Luc Coronel de Boissezon (Doctorant en histoire du droit, Université de Paris XI), La noblesse et l’enjeu du droit des successions dans la France révolutionnaire. 

- 15h20-15h50 : discussion

 

-15h50-16h10 : pause

 

- 16h10 : Mathieu Soula (Maître de conférences, Université de Pau et des Pays de l’Adour), Noblesse de robe et Révolution : les membres de la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier face à la Révolution, 1787-1800.

- 16h30 : Bernard Gainot (Maître de conférences en histoire moderne, I.H.R.F., Université Paris I), La noblesse militaire, une source d’inspiration des révolutionnaires ?

- 16h50 : William Doyle (Université de Bristol, GB), La Noblesse française et la Société des Cincinnati.

-17h10-17h40 : discussion

Jeudi 11 septembre

 

Un nouvel horizon politique

 

- 9h00 : Michel Figeac (Professeur d’histoire moderne, Université Bordeaux III), Stanislas de Clermont-Tonnerre, Trophime-Gérard de Lally-Tollendal, Louis-Michel Le Peletier de Saint-Fargeau : anatomie de trois destins croisés de la haute noblesse vers la tentation révolutionnaire.

- 9h20 : Guillaume Mazeau (docteur en histoire, IHRF, Paris I), L’assassinat de Marat (13 juillet 1793) : une réponse au déclassement familial et un modèle d’action nobiliaire à la fin du XVIIIe siècle. 

- 9h40 : François Quastana (Maître de conférences en Histoire du droit, Université Paul Cézanne, Aix-Marseille III, Centre d’Études et de recherches d’histoire des idées et des institutions politiques), Ressentiment nobiliaire et républicanisme classique : le cas du comte de Mirabeau.

- 10h00-10h20 : discussion

 

- 10h20-10h40 : pause

 

- 10h40 : Sylvia Delannoy (doctorante, Paris I), Les frères Lameth : de l’engagement aux désillusions.

- 11h00 : Pierre Serna (Maître de conférences, I.H.R.F., Paris I), La pensée politique du comte de Montlosier.

- 11h20 : Vladislava Sergienko (Maître de conférences en histoire, Université d’État de Moscou Lomonossov), Les Monarchiens en émigration.

- 12h00 : Stéphane Pannekoucke (Docteur en histoire, Université Paris I), Les racines d’un engagement contre-révolutionnaire : l’exemple du prince de Condé.

- 12h00-12h30 : discussion

 

S’accorder aux temps présents

 

Table ronde n°1 : Noblesses provinciales

- 14h00 : Jean-Pierre Jessenne (Professeur d’histoire moderne, Lille III), modérateur, Synthèse des travaux.

- 14h30 : Serge Bianchi (Professeur honoraire, Université de Rennes II) Engagements et destins des nobles de « l’Essonne » dans la décennie révolutionnaire. Essai de bilan.

- 14h50 : Laurent Brassart (Docteur en histoire, Université Lille III-Charles de Gaulle), Participer, collaborer, s’opposer. Les noblesses du département de l’Aisne et les pouvoirs révolutionnaires (1789-1804).

- 15h00 : Élise Chopin Tufel (Doctorante en Histoire moderne, Université du Havre-CIRTAI), Des intérêts lignagers à l’affirmation de l’individu : l’influence des Lumières sur les pratiques matrimoniales de quelques gentilshommes normands.

- 15h10 : Anne Quéguiner (Docteur en histoire, Université Paris VIII), Les Lur Saluces : habits, coutumes et divertissements.

- 15h20 : Jean-Paul Rothiot (Maître de conférences en histoire moderne, Université de Nancy), Le destin révolutionnaire du comte de Frenelle.

- 15h30 : Paul Chopelin (Maître de conférences en histoire moderne, Université Lyon III), « Pères du peuple ou Aristocrates calotins ? Les chanoines-comtes de Lyon face à la Révolution ».

- 15h40 : Étienne Couriol (Allocataire-moniteur, Université Jean Moulin-Lyon III), Liens relationnels, identité et comportements de la noblesse provinciale sous la Révolution : l’exemple du siège de Lyon et de la Terreur.

- 15h50-16h20 : discussion

 

- 16h20-16h35 : pause

 

Table ronde n°2 : Les voies de l’émigration

- 16h35-17h05 : Karine Rance (Maître de conférences, Université Blaise Pascal, Clermont II), modérateur, Synthèse des travaux.

- 17h05 : Robert Demeude, L’émigration française à Nice dans la correspondance du consul de France Le Seurre (1789-1792). 

- 17h15 : Amandine Fauchon (Master 2, Université Blaise Pascal, Clermont II), Albert-François de Moré et la Communauté Française de Trieste, le parcours « exceptionnel » d’un gentilhomme auvergnat.

- 17h25 : Arnaud Decroix (Université de Montréal), La formule « bon chrétien, fidèle sujet » à l’épreuve des bouleversements révolutionnaires : les linéaments de la politique d’alliance du trône et de l’autel au sein de la noblesse française émigrée (1789-1801).

- 17h35 : Françoise Vinot, Louis Alexandre Céleste duc de Villequier puis d’Aumont (Paris 1736 – Villequier-Aumont août 1814).

17h45-18h15 : discussion

 

 

Vendredi 12 septembre

 

Une identité culturelle ?

 

- 9h00 : Jean Salvat (Master 2, Université Blaise Pascal, Clermont II), Apogée et décadence du discours politique de la noblesse libertine à travers la  poésie fugitive de l’Almanach des Muses (1774- 1794).

- 9h20 : Martial Poirson (Maître de conférences en littérature, Université Stendhal, Grenoble III), Lettres de noblesse. Les origines culturelles de l’aristocratie des lettres.

- 9h40 : Catriona Seth (Professeur de littérature française, Université Nancy II), La plume et l’épée, ou la littérature des émigrés au service de la construction d’une identité.

- 10h00-10h30 : discussion

 

-10h30-10h45 : pause

 

- 10h45 : Cyril Triolaire (Doctorant, Université Blaise-Pascal, Clermont II), L’itinéraire culturel du baron de Gaujal en émigration.

- 11h05 : Frédéric Derne (Doctorant, Université Blaise Pascal, Clermont II), Entre émigration de maintien et oisiveté,  un aristocrate auvergnat à la recherche des plaisirs perdus.

 - 11h25 : Vincent Cuvilliers (Doctorant, Université d’Arras), Une jeunesse en émigration : parcours et formation d’une noble artésienne, Julie de Gantès.

- 11h45 : Laure Hennequin-Lecomte (Docteur en histoire), La geste révolutionnaire des de Dietrich : les exempla d’une lignée protestante cosmopolite.

- 12h05-12h30 : discussion

 Le miroir tendu des représentations

 

- 13h45 : Alain Chevalier (Directeur du Musée de la Révolution française), Le retour de Marcus Sextus de Pierre-Narcise Guérin au Salon de 1799. Présentation.

- 14h05 : Pascal Dupuy (Maître de conférences en histoire moderne, Université de Rouen), La caricature européenne face à la noblesse sous la Révolution.

 

Table ronde n°3 : La construction des figures de l’ennemi aristocrate dans la presse et la littérature

 

- 14h25 : Alan Forrest (Professeur d’histoire moderne, Université d’York), modérateur, Synthèse des travaux.

- 14h55 : Michel Biard (Professeur d’histoire moderne, Université de Rouen), Une plume trempée au vitriol contre les nobles. « Le bougre de Père Duchesne, la terreur des aristocrates » (1790-1794).

- 15h05 : Yann Jamet (Doctorant, Grenoble II), Nobles de France, nobles du monde,  « ennemis du genre humain » (1789-1793). La représentation de l’aristocratie comme fléau de l’humanité dans la France révolutionnaire.

- 15h15 : Sébastien Pivoteau (Master 2, Université Blaise Pascal, Clermont II), Nobles, aristocrates, châtelains, du pareil au même. Confusion des genres et construction d’une figure de l’ennemi dans les guerres des châteaux en Auvergne sous la Révolution française.

- 15h25 : Nathalie Alzas (docteur en histoire, UMR Telemme, Université de Provence),  Les représentations du noble, enjeu de la mobilisation patriotique pendant la Révolution  [départements du Midi, Hérault].  

- 15h35 : Marita Gilli (Professeur honoraire, Université de Besançon), Images négatives de l’aristocrate émigré en Allemagne et en Suisse dans quelques œuvres littéraires.

 

- 15h45-16h30 : discussion et conclusions

Catégories

Lieux

  • 10/09: Ancien Parlement de Grenoble Place St-André 38000 Grenoble ; 11-12/09 : Château de Vizille place de la Libération 38200 VIZILLE
    Grenoble, France
  • 10/09: Ancien Parlement de Grenoble Place St-André 38000 Grenoble ; 11-12/09 : Château de Vizille place de la Libération 38200 VIZILLE
    Vizille, France

Dates

  • mercredi 10 septembre 2008
  • jeudi 11 septembre 2008
  • vendredi 12 septembre 2008

Mots-clés

  • Vizille, Grenoble, noblesse française, Europe de la Révolution, Musée de la Révolution

Contacts

  • Philippe BOURDIN, directeur du Centre d'Histoire ~
    courriel : Philippe [dot] BOURDIN [at] univ-bpclermont [dot] fr
  • Guillaume Tatti, secrétariat CHEC ~
    courriel : CHEC [at] univ-bpclermont [dot] fr

Source de l'information

  • Philippe BOURDIN
    courriel : phbourdin [at] laposte [dot] net

Pour citer cette annonce

« Les noblesses françaises dans l’Europe de la Révolution (années 1770-1800) », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 09 mai 2008, http://calenda.org/194960