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POEtiques

L’influence de Poe sur les théories et les pratiques des genres dans le domaine français du XIXe au XXIe siècle

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Publié le lundi 12 mai 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

La célébration du bicentenaire de la naissance d’Edgar Poe (20 janvier 1809) offre l’occasion de réévaluer l’influence d’une des œuvres les plus novatrices et les plus internationales de la littérature moderne. L’empreinte de la France sur l’œuvre de Poe est une invite à examiner l’influence que celle-ci a exercée en retour sur la littérature française et francophone. Le thème du colloque sera limité aux œuvres qui attestent la reprise globale des déterminations thématiques, modales, formelles, culturelles, configurées par Poe, et qui sont particulièrement révélatrices du travail des genres, ces catégories pratiques qui guident la création en faisant apparaître, sous la diversité des approches individuelles des auteurs, une certaine communauté de pratiques. Cinq archigenres seront étudiés : la traduction, la transposition sémiotique, la prose, la poésie, et la critique.

Annonce

Colloque International

POEtiques
L’influence de Poe sur les théories et les pratiques des genres dans le domaine français du 19ème au 21ème siècles

Appel à communications

Modalités

Lieu : Centre de Recherche Transdisciplinaire en Epistémologie de la Littérature, EA1758, UFR Lettres Arts et Sciences Humaines, Université Nice-Sophia Antipolis, 98 Bd. Herriot, 06 Nice, France.

Dates : jeudi 22 et vendredi 23 janvier 2009.

Durée : deux journées

Date limite de dépôt des propositions : 30 août 2008

A envoyer à: biagioli@unice.fr

Directeur du colloque :

Nicole Biagioli, professeur de langue et littérature française, coresponsable de l’axe Identités Génériques au CTEL.

Comité scientifique :

Yann Baetens (professeur, université de Leuwen), Daniel Bilous (professeur, université de Toulon), Jacques Neefs, (professeur Paris 8 et Johns Hopkins University, Baltimore), Michel Remy (professeur, université de Nice-Sophia Antipolis), Jean-Marie Seillan (professeur, université de Nice-Sophia Antipolis)

Partenaires associés :

Johns Hopkins University, Baltimore, ambassade des USA en France.

Cadre théorique

L’identité d’un genre littéraire se construit à travers les interactions entre producteurs et récepteurs en réaction aux œuvres et en fonction des horizons culturels. La célébration du bicentenaire de la naissance d’Edgar Poe (20 janvier 1809) offre l’occasion de réévaluer l’influence d’une des œuvres les plus novatrices et les plus internationales de la littérature moderne. Poe fait en effet partie des auteurs qui, aux questions que se posait leur siècle, ont apporté des réponses à la fois si inattendues et si adaptées qu’elles ont modifié l’horizon culturel bien en delà des frontières de leur propre langue-culture.

La conception du genre littéraire comme construction culturelle, que prend sa source dans les travaux de M. Bakhtine (cf. «Le discours dans la vie et le discours dans la poésie» in T. Todorov, M. Bakhtine, le principe dialogique, Seuil, Poétique, 1981, pp.124-132) se fonde sur les échanges inter-discursifs mais aussi les échanges interlinguistiques (un des auteurs étudiés par Bakhtine est Rabelais). Le décalage linguistique a pour vertu de sensibiliser aux régularités et aux différences des langues mais aussi à celles des textes, aussi bien dans la culture du traducteur que dans celle de l’écrivain traduit. Un auteur qui attire les traducteurs est donc aussi potentiellement un auteur qui donne envie d’écrire et de réfléchir sur les problématiques croisées de la langue et de la littérature.

Problématique

Sur un domaine aussi vaste que celui de l’influence littéraire du plus connu des auteurs américains du 19ème siècle, des restrictions de champ s’imposaient. Nous avons d’abord choisi de nous cantonner au domaine français et francophone, considérant qu’il existait entre Poe et la France une relation privilégiée qui invite à considérer l’influence exercée par son oeuvre comme une sorte d’attraction-retour. Deux de ses plus célèbres nouvelles: Le double assassinat de la Rue Morgue et La lettre volée ne sont-elles pas situées à Paris, et leur héros, Dupin, l’enquêteur alter ego du narrateur, n’est-il pas français?

Nous avons également centré notre propos sur une relation transtextuelle particulière : celle de l’architextualité, définie par Genette (Introduction à l’architexte, Seuil, Poétique, 1979, p. 88) comme «la relation d’inclusion qui unit chaque texte aux divers types de discours auxquels il ressortit». En effet, les citations, allusions et emprunts à l’œuvre ou à la légende personnelle de Poe sont trop nombreuses pour ne pas se diluer dans la diversité des projets et des styles. La relation intertextuelle qui met en correspondance deux œuvres ou fragments d’œuvres particuliers fonctionne souvent comme un embrayeur et/ou un indice d’attraction générique, elle ne la constitue pas tout entière. Quant à la relation hypertextuelle, définie comme la dérivation d’un texte à partir d’un autre par transformation simple ou indirecte (cf. Genette, Palimpsestes, Seuil, Poétique, 1979, p. 14) elle n’implique pas nécessairement l’adéquation architextuelle. Même dans le cas qui paraît le plus évident, celui de la continuation, comme Le sphinx des glaces, dans lequel J. Verne prolonge le récit des Aventures d’Arthur Gordon Pym, la conformité générique à l’hypotexte mérite d’être interrogée.

Le thème du colloque sera donc limité aux productions où s’atteste la reprise globale des déterminations thématiques, modales, formelles, culturelles, configurées par Poe dans l’ensemble de son oeuvre, et qui sont particulièrement révélatrices du travail des genres, ces catégories pratiques qui orientent la création en faisant apparaître, sous la diversité des approches singulières des auteurs, une certaine communauté de pratiques.

L’objectif sera de décrire la migration des formes génériques à travers les frontières linguistiques, culturelles, historiques, sémiotiques, depuis leur «étymon», les œuvres de Poe que leur «fortune» a rendues à un moment ou un autre, modélisantes. Pour ménager une phase d’application et un prolongement vers la didactique de la littérature, un atelier d’écriture sera proposé aux participants pour tester quelques consignes d’écriture tirées des mécanismes architextuels abordés par les différentes communications.

Pistes de travail :

Si l’œuvre de Poe a été et est encore ressentie comme profondément originale, c’est qu’elle est le produit d’une volonté manifeste de jouer avec les genres, de les mélanger (le poème dans la nouvelle), de les hybrider (la fiction et le reportage dans les mystifications), de les déplacer (vers la littérature depuis la presse, la chronique scientifique, l’essai philosophique), de les comparer (par la mise en équivalence du poème et de la nouvelle). Pour comprendre l’acclimatation de ces nouveautés dans la culture française et francophone, on pourra s’attacher aux vecteurs suivants:

- la traduction : prérequise à la diffusion de l’œuvre, elle a, dans le domaine français, suscité une telle émulation qu’elle a rapidement constitué sa propre histoire : celle des traductions et des traducteurs de Poe, et de ses problématiques, éclairant les théories générales de la traduction et contribuant à faire reconnaître la traduction comme genre à part entière ;

- la transposition : corollaire de la traduction, qui change le code linguistique, elle confronte le rescripteur aux mécanismes de la restitution du sens dans le changement de medium. En raison de ses traits stylistiques et génériques (notamment, mais pas seulement, l’utilisation des registres fantastique et symbolique) l’œuvre de Poe se prête aux transpositions dans l’image fixe ou en mouvement, à la théâtralisation, à la mise en musique. Les genres éclos au 20ème et 21ème siècle : bande dessinée, jeux vidéos, productions plurimédias, ont largement assuré sa diffusion, souvent auprès de spectateurs qui n’étaient pas son public d’origine ;

- la prose : catégorie hypergénérique qui regroupe commodément les genres créés ou lancés par Poe dans le domaine du récit, bref ou long, et caractérisés par une tendance au déguisement scénographique (par exemple de la nouvelle en dialogue philosophique, Colloque entre Monos et Una) et à l’hybridation des registres (par exemple grotesque et scientifique, Petite discussion avec une momie). Ces textes ont suscité dans le domaine français de nombreuses vocations, certaines évidentes mais épisodiques comme chez J. Verne, d’autres moins repérables mais plus constantes, comme chez les humoristes de presse à la fin du 19ème siècle ;

- la poésie : noyau de l’œuvre, son influence sur les poètes français est loin de se limiter à la filiation bien connue Baudelaire, Mallarmé, Valéry et dépasse largement le milieu du 20ème siècle;

- le discours critique : La genèse du poème a fait l’objet de réappropriations régulières par les générations littéraires qui se sont succédées depuis deux siècles. Le ou les modèles herméneutiques proposés par Poe ont été repris et généralisés dans le champ de la littérature (critique avec Barthes) mais aussi dans celui, connexe, des sciences humaines (psychanalyse avec Lacan).

Lieux

  • Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature , 98, boulevard Édouard-Herriot, B. P. 209, 06204, Nice Cedex 3
    Nice, France

Dates

  • samedi 30 août 2008

Mots-clés

  • Poe, architexte, genres littéraires, traduction, prose, poésie, critique, transposition sémiotique

Contacts

  • Nicole Biagioli
    courriel : biagioli [at] unice [dot] fr

Source de l'information

  • Nicole Biagioli
    courriel : biagioli [at] unice [dot] fr

Pour citer cette annonce

« POEtiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 12 mai 2008, http://calenda.org/194974