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68, et après ?

Colloque international

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Publié le mardi 20 mai 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Deux angles d’approche vont organiser les journées d’études proposées. La première journée d’étude qui se déroulera à Bologne le 10 octobre 2008 s’attachera à examiner le « moment 68 » comme le lieu d’une convergence inattendue entre plusieurs dynamiques sociales et politiques, à la fois nationales et internationales. La deuxième journée se tiendra à Nanterre le 31 octobre 2008. Elle s’articulera autour du thème de la sortie de crise. C’est l’après-68 qui retiendra ici l’attention afin de mettre en évidence les logiques, variables et localement situées, de retour à l’ordre social et politique, les formes de résistance rencontrées, les stratégies ordinaires ou extraordinaires déployées pour arrêter ou prolonger le désordre contestataire.

Annonce

Appel à communications pour les journées d’étude :

« 68, et après ? »

Université de Bologne (Italie), 10 octobre 2008 et
Université de Paris X – Nanterre (France), 31 octobre 2008.

Dire que « mai 68 » a fait événement sur le moment et après coup est sans doute un euphémisme. En témoigne la récurrence des célébrations, commémorations, manifestations scientifiques et débats politiques qui ne cessent de revenir sur cet épisode contestataire. Aujourd’hui encore son interprétation suscite polémiques et controverses comme s’il était toujours, 40 ans plus tard, un « enjeu chaud ». Comment expliquer que « mai 68 » ait conservé cette « brûlure de l’histoire » et ne soit pas devenu, comme tant d’autres avant et après lui, un événement passé et dépassé ? C’est sans doute sur les lectures et relectures opérées dans l’après-coup qu’il faut s’attarder en tentant de comprendre les enjeux successifs que ses commentaires (différents et concurrentiels) ont pu recouvrir dans le cours du temps jusqu’à celui d’aujourd’hui, plus dépréciatif qu’élogieux. Mais c’est aussi en redécouvrant dans la période de 68 elle-même la diversité des dynamiques sociales et politiques souvent oubliées dont elle a été la conjonction et le point de cristallisation et qui fait de « mai 68 » un moment ouvert, traversé de part en part par des processus intra-nationaux et transnationaux empêchant presque structurellement sa monopolisation par un porte-parole reconnu et par un entre soi national. Comprendre ce phénomène suppose dans un premier temps d’historiciser le déroulement international des mouvements sociaux ayant surgi dans nombre de pays (et pas seulement la France) et de mener des comparaisons raisonnées entre leurs modalités de constitution et de perduration. Cela suppose aussi dans un second temps d’analyser la rencontre qui s’est opérée entre une pluralité de situations (locales, nationales, internationales) et des expériences, nombreuses et ordinaires, d’une ouverture « des possibles » qui est loin de se résumer à la seule dimension culturelle, pour en suivre, une fois l’effervescence retombée, les désajustements et les réajustements, les décalages et les tensions, les reconversions consenties et les préservations des espérances conquises qui en constituent la trame ultérieure.

Deux angles d’approche vont ainsi organiser les journées d’études proposées.
La première journée d’étude qui se déroulera à Bologne le 10 octobre 2008 s’attachera à examiner le « moment 68 » comme le lieu d’une convergence inattendue entre plusieurs dynamiques sociales et politiques, à la fois nationales et internationales.
La deuxième journée se tiendra à Nanterre le 31 octobre 2008. Elle s’articulera autour du thème de la sortie de crise. C’est l’après-68 qui retiendra ici l’attention afin de mettre en évidence les logiques, variables et localement situées, de retour à l’ordre social et politique, les formes de résistance rencontrées, les stratégies ordinaires ou extraordinaires déployées pour arrêter ou prolonger le désordre contestataire.

Première journée, Université de Bologne :
Axe 1. L’événement 68

Il s’agit ici de prendre au sérieux l’actualité internationale mouvementée qui sert souvent de simple décor au « mai 68 » de chaque pays et de la placer au centre des analyses. Ce changement d’échelle est lié à plusieurs insatisfactions. Si depuis quelques années, « 68 » est devenu un objet « digne » de recherches historiographiques, les historiens et les sociologues arrivent bien en retard dans un champ d’étude largement occupé par les récits autobiographiques, les témoignages et les commentaires journalistiques et politiques. Qu’ils soient désaccordés entre eux, qu’ils alternent des interprétations souvent contradictoires entre elles, peu importe : quelques mots-clés – anti-autoritarisme, pacifisme, révolte des jeunes, liberté sexuelle, drogue, violence, imagination, etc. – reviennent sans cesse dans les explications dominantes sur la période et encadrent semble-t-il jusqu’aux analyses savantes.
Rupture ou continuité : les recherches appréhendent bien souvent l’événement 68 soit comme la conséquence de vastes changements sociaux et culturels ayant marqué les années soixante dans les pays occidentaux (il en est ainsi dans l’historiographie anglo-saxonne, mais aussi italienne et allemande), soit comme l’inauguration d’une « saison des mouvements » prenant son impulsion dans les « années 68 ». Présupposer ainsi des liens de causalité entre 68 et les mouvements qui le précèdent ou le suivent chronologiquement ne va cependant pas de soi. Le risque sous-jacent à ces deux tendances est d’assimiler des processus sociaux hétérogènes qui, englobés sous le label 68, ne peuvent que contribuer à la construction d’un mythe bien éloigné de l’histoire réelle.
Enfin, si la dimension transnationale est souvent mise en avant, les recherches demeurent pour la plupart focalisées sur des contextes nationaux et locaux spécifiques ou se limitent à une comparaison quelque peu artificielle des différents épisodes contestataires nationaux. Rares sont les études qui, à partir d’approches centrées sur les processus de circulation des idées et des répertoires d’action, sur les dynamiques sociales de construction de réseaux d’interconnaissance et d’échanges, tentent de rendre intelligibles les phénomènes transnationaux au cœur des révoltes survenues pourtant dans des contextes étrangers les uns aux autres.
Ce sont ces aspects que nous voudrions mettre en avant afin de réinterroger l’« événement 68 » en faisant appel à des contributions portant aussi bien sur ses spécificités nationales et/ou sectorielles que sur sa dimension transnationale.

Deuxième journée, Université de Paris X – Nanterre :
Axe 2. Sortir de la crise

Le ciné-tract La reprise du travail aux usines Wonder, tourné par des étudiants de l’IDHEC au moment de la signature des accords de Grenelle, reste un symbole fort de la rupture introduite par l’évènement 68 dans les consentements ordinaires aux rapports sociaux de domination et du difficile retour à l’ordre à ces « accords silencieux ». Comment justement se sont réalisées ces « reprises » dans chaque secteur social ayant été ébranlé par ces troubles du consentement ? Sur fond de quelles démobilisations et remobilisations, de quels désillusions et remaniements des croyances ou des adhésions ? En dépit du foisonnement des productions sur l’évènement, ces aspects qui touchent à la période qui lui est immédiatement postérieure restent méconnus : les processus de normalisation qui interviennent après le moment contestataire, les stratégies individuelles et collectives de réajustement de soi et de « l’ordre des choses » demeurent autant de points partiellement obscurs de la recherche contemporaine.
Ce sont ces phénomènes que nous voulons mettre en évidence en interrogeant l’après-68 et les modalités de sortie de crise – leur cheminement, leur rythme et leurs effets - qui ont caractérisé le retour à l’ordre dans différents secteurs : usines et universités, mais aussi syndicats, partis politiques, forces de l’ordre, médecine, psychiatrie, justice, prisons, etc. Il s’agit de s’intéresser aux reconfigurations des rapports de force sociaux et politiques, aux modes de légitimation de la mise en suspens des contestations, aux stratégies déployées par ceux qui doivent gérer au quotidien la retombée de l’effervescence, aux formes ordinaires de micro-résistance développées face au « retour à la normale », aux épreuves biographiques suscitées par ce renversement d’expériences, jusqu’au déclenchement d’un processus de radicalisation violente. Cette perspective éclairera ainsi sous un autre jour les opérations de réagencement d’un ordre social défait par un bouleversement du monde ordinaire tout aussi bien que les conditions d’une continuation, sous l’apparente restabilisation des conduites morales, d’une contestation infra-politique de l’ordre politique (préservation d’un quant-à-soi réfractaire, souci de conserver une dignité conquise, réserve vis-à-vis des procédures de représentation) à laquelle toute recomposition des dominations est confrontée.

CALENDRIER ET MODALITES DE SOUMISSION

PROPOSITIONS DE COMMUNICATION

Les propositions de communication pourront être rédigées en Français et en Italien. Elles doivent inclure le titre de la communication, un résumé de 500 mots maximum, l’axe dans lequel elle s’inscrit, ainsi que les coordonnées et l’affiliation institutionnelle de l’auteur.
La date limite pour soumettre des propositions est fixée au 10 juin 2008, les décisions seront communiquées fin juin 2008.
Merci d’envoyer vos propositions aux organisateurs de ces journées aux adresses suivantes :

  • Marica TOLOMELLI, Università di Bologna, Dipartimento di Discipline Storiche :
    marica.tolomelli@unibo.it
  • Federica ROSSI, Université de Paris X–Nanterre, Institut des Sciences Sociales du Politique (ISP/CNRS) : rossifed@yahoo.fr
  • Rémi GUILLOT, Université de Paris X–Nanterre, Institut des Sciences Sociales du Politique (ISP/CNRS) : guillot.remi@gmail.com

PROPOSITIONS RETENUES

Les communications doivent être d’une durée de 20 minutes maximum. Les textes (15 000 mots maximum) sont à envoyer au plus tard le 15 septembre 2008.

COMITE SCIENTIFIQUE

Annie COLLOVALD  (professeur de sociologie à Nantes, CENS et ISP/CNRS) ; Boris GOBILLE (ENS Lyon) ; Sandrine LEFRANC (ISP/CNRS) ; Bernard PUDAL (Université de Paris X-Nanterre, CSU/CNRS) ; Xavier VIGNA (Université de Bourgogne).

Lieux

  • Nanterre, France

Dates

  • mardi 10 juin 2008

Mots-clés

  • après 1968, sorite de crise

Contacts

  • Rémi Guillot
    courriel : guillot [dot] remi [at] gmail [dot] com
  • Federica Rossi
    courriel : rossifed [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Rémi Guillot, Federica Rossi, Marica Tolomelli ~
    courriel : guillot [dot] remi [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« 68, et après ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 20 mai 2008, http://calenda.org/195035