AccueilLes intermédiaires dans les relations de travail des sociétés préindustrielles à nos jours

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Publié le samedi 07 juin 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Cet atelier a pour vocation d'envisager la figure de l'intermédiaire dans les relations de travail, comme un acteur essentiel de l'économie européenne sur la longue durée (Antiquité-XXe siècle). Seront abordées les méthodes prosopographiques adaptées à l'étude de ce groupe social, les modalités d'organisation formelle ou informelle et enfin, la spatialisation des activités d'intermédiaire, du plan local jusqu'au niveau international.

Annonce

Les intermédiaires dans les relations de travail des sociétés préindustrielles à nos jours


À l’heure où certains historiens-économistes (par exemple P. Temin) jaugent l’efficacité d’un marché financier au volume d’activité des intermédiaires en présence sur ce marché, il paraît nécessaire de s’interroger sur la permanence de cet acteur dans l’économie. Depuis les premières vagues de la globalisation économique jusqu’aux bureaux des traders du XXe siècle, l’optique privilégiée par cet atelier est de considérer la figure de l’intermédiaire sur la longue durée en Europe occidentale. Actuellement, dans le sillage de la financiarisation des marchés, la discipline économique s’est approprié le terme d’intermédiation jusqu’à imprimer une signification qui ne recouvre qu’un de ses nombreux usages– l’intermédiation financière. Une rapide recherche dans des catalogues de bibliothèques universitaires en témoigne : le chercheur sera confronté à une majorité de titres se rapportant à l’économie financière, à l’économie des marchés et aux systèmes bancaires. De tels instruments de travail, certes utiles, ne donnent qu’une vision partielle de la multiplicité des formes que revêt et peut revêtir l’intermédiation dans la longue durée (culturelle, politique et économique).
Tout en privilégiant la sphère économique, le souhait de ces journées d’étude est de redimensionner l’intermédiation en l’envisageant comme un phénomène d’interactions sociales qui ne se réduit pas au monde financier mais s’exprime, au contraire, dans une gamme élargie d’activités – formelles ou informelles – dans les relations de travail. Que ce soit dans le secteur de la transformation ou dans celui des services, marchand ou non-marchand, une série d’acteurs de l’intermédiation ont progressivement conditionné la nature et le développement des relations économiques. Naturellement, ce phénomène est particulièrement prégnant – et visible – dans les milieux professionnels liés aux marchés des capitaux. Il suffit pour cela de citer les recherches relatives aux banquiers-changeurs de l’antiquité romaine (voir les travaux respectifs de Jean Andreau et d’Alexis d’Hautcourt) et aux courtiers actuels du monde de la bourse (O. Godechot et N. Guilhot). Le nombre de publications consacrées à cette thématique, en rapport avec la genèse d’institutions de type capitaliste, ne cesse de croître (voir notamment A. Greif). Pour ce qui touche l’époque médiévale, des recherches récentes, menées par James Murray et Anke Greve sur les rapports entre courtiers-hôteliers et changeurs à Bruges ont mis en lumière, au-delà de l’accueil des marchands étrangers, le rôle dynamique des intermédiaires dans le développement de pratiques bancaires efficaces. Plus généralement, le courtage illégal co-existe avec de véritables corporations régissant la profession d’intermédiaire commercial au Moyen Age. La profession de courtier varie dans sa réglementation d’une ville à l’autre ; compte tenu de sa place dans un réseau urbain connecté au commerce international, elle dépendra étroitement de sa fonction économique. De même, l’avènement d’un marché de l’information (Venise au XVIIe s., M. Infelise) met en jeu des mécanismes d’intermédiation pour faciliter la circulation et la diffusion des nouvelles au sein des réseaux marchands. La question de l’influence des intermédiaires dans la genèse d’une information fiable pour les acheteurs et les vendeurs semble manifestement être au centre des préoccupations historiographiques. Ainsi, un ouvrage récent consacré à l’avènement de la bourse d’Amsterdam au XVIIe siècle (C. Lesger) en fait un très efficace centre d’échange des informations sur les valeurs du négoce international. Ici aussi, une véritable armée de courtiers, assermentés ou pas, jouait un rôle décisif, notamment dans le développement des premières gazettes commerciales. Toutefois – et nous avons suffisamment insisté sur point –, ce phénomène de longue durée ne se réduit pas à l’intermédiation sur les marchés des capitaux internationaux. Il concerne très rapidement d’autres secteurs de la vie économique préindustrielle, tels la draperie, la commercialisation des céréales, de produits tinctoriaux ou encore la recherche d’une main d’œuvre saisonnière dans le domaine agricole, secteurs encore trop peu défrichés par la recherche en histoire économique. Les XIXe et XXe siècles voient l’explosion des formes d’intermédiation ; que l’on songe seulement à la professionnalisation des pratiques économiques liées aux activités de consultant, d’assureur, d’annonceur publicitaire ou, bien évidemment, d’agences d’intérim. S’il est évident que le secteur bancaire a vu l’apparition de nouvelles figures héritées de l’Ancien Régime, le secteur de la (grande) distribution, en pleine expansion depuis la moitié du XIXe siècle, constitue, lui aussi, un terrain de prédilection pour l’activité d’agents intermédiaires. L’accélération de la tertiarisation de l’économie tout au long du XXe siècle a visiblement renforcé le poids des intermédiaires dans les relations de travail, y compris dans le domaine de la « gestion des ressources humaines » (GRH). Ces quelques évocations ne prétendent pas fournir un inventaire exhaustif des formes d’intermédiation à travers les siècles. Elles visent seulement à illustrer la multiplicité des intermédiaires et à questionner l’importance de leur rôle dans le champ des relations sociales et économiques dans la longue durée.

Thématiques proposées pour les exposés

Les perspectives thématiques suivantes sont notamment proposées :
1) Méthodologie et définition des intermédiaires et de l’intermédiation : méthodes prosopographiques appliquées à l’analyse des intermédiaires sur la base de cas d’étude concrets.
2) Modalités et formes d’organisation : la régulation ou l’absence de réglementation d’organisations de courtage sont susceptibles d’être envisagées sous cette thématique.
3) Spatialisation des activités d’intermédiation : les lieux et les vecteurs d’action (à l’échelon local, régional ou international)
  • Durée des communications : 20 minutes
  • Langue des débats : français et anglais
  • Dates de l’atelier : jeudi 4 au vendredi 5 décembre 2008
  • Lieu : Université Libre de Bruxelles
  • Calendrier : Remise de l’abstract de maximum 300 mots : 1er septembre 2008
  • Notification de la sélection : 15 septembre 2008
Cet atelier s’intègre dans le projet de recherche « Labour Relations and Labour Markets in Western Europe, 1500-2000 » subsidié par le Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek (FWO).
Les organisateurs prennent en charge les frais de transport et d’hébergement des intervenants.

Contacts

Kenneth Bertrams (kbertram@ulb.ac.be) et David Kusman (pkusman@ulb.ac.be)

Catégories

Lieux

  • Université Libre de Bruxelles
    Bruxelles, Belgique

Dates

  • lundi 01 septembre 2008

Mots-clés

  • intermédiaires, traders, courtiers, travail, banquiers, marchands, gazettes, consultant, annonceur, publicité, assureur, interim

Contacts

  • Pierre-David Kusman
    courriel : pkusman [at] ulb [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Pierre-David Kusman
    courriel : pkusman [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Les intermédiaires dans les relations de travail des sociétés préindustrielles à nos jours », Appel à contribution, Calenda, Publié le samedi 07 juin 2008, http://calenda.org/195154