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Vivre le vieillir : des lieux, des mots, des actes

Colloque international et interdisciplinaire sur le vieillissement

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Publié le vendredi 13 juin 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

Ce colloque international qui clôture l’ACI « habiter et vieillir : les âges du ‘chez soi’ », réalisée dans le cadre d’un travail interdisciplinaire réunissant géographes, sociologues, anthropologues et littéraires, a pour objectif de développer et d’enrichir la réflexion autour des expériences du vieillissement et de ses modes d’expression. Il s’adresse à la fois à des chercheurs en sciences sociales et humaines, et à des professionnels et des institutionnels exerçant dans le champ de la vieillesse.

Annonce

Vivre le Vieillir : des lieux, des mots, des actes

Appel à communication pour le colloque international et interdisciplinaire sur le vieillissement

Comment peut-on saisir, comprendre et restituer ces expériences singulières du vieillir ? D’une part au travers de la parole des « vieux et vieilles » : récits, entretiens, écritures ordinaires, témoignages ; d’autre part, dans le rapport à l’espace et les modes d’habiter : l’histoire résidentielle, les mobilités, les ancrages sociaux et territoriaux, la perception du « chez soi », les modalités d’appropriation et d’évitement des lieux, voire l’évolution des formes d’habitat. Enfin, dans l’accomplissement d’activités ordinaires ou moins ordinaires, où se mettent en scène les rapports entre soi et le monde.

On peut reconnaître plusieurs dimensions à l’expérience du vieillissement. L’expérience du vieillissement est d’abord plurielle. Elle est aussi diverse que le sont les trajectoires, les histoires des individus, hommes ou femmes, tant dans leur position sociale que dans leurs univers affectifs et imaginaires. Ensuite, elle met en jeu le rapport entre soi, son expérience singulière et le regard des autres, l’espace relationnel et matériel. Enfin, elle témoigne de la manière dont les sociétés prennent en compte la diversité des parcours de vie et intègrent dans leur organisation tant matérielle que symbolique les catégories temporelles, en particulier le rapport à la finitude. L’organisation depuis le milieu du XXème siècle des représentations sociales de la vieillesse autour de deux pôles opposés : les « jeunes-vieux » et les « vieux-vieux », ou encore les séniors et les « dépendants », outre son caractère sexiste et âgiste, contribue à masquer cette complexité et cette diversité des expériences du vieillir. Les paradoxes contenus dans la mise en scène d’un modèle du « bien vieillir », à l’heure où l’allongement de la durée de la vie appelle des recompositions dans les modes de penser la cohabitation intergénérationnelle, révèlent les lacunes, les dénis d’une pensée sur le vieillissement. Penser le vieillir c’est introduire de la dissonance dans les normes économiques dominantes, c’est accorder au temps qui passe et aux individus qui l’incarnent une valeur refoulée par les impératifs de productivité et de performance, c’est repenser les formes d’organisation de l’espace. On a pu définir l’expérience du vieillir comme une tension entre le sentiment des limites, corporelles et cognitives, et la volonté d’assurer une continuité dans sa construction identitaire ; à la fois sentiment, plus ou moins douloureux, de perte et de fragilité et désir de s’assurer une présence au monde.

Cette expérience singulière et pourtant commune est marquée par des étapes, des transitions plus ou moins importantes, plus ou moins décisives qui amènent un réaménagement de la vie, une réorganisation de ses activités, de son univers relationnel. Les vieilles personnes nous apprennent que leur transition identitaire se réalise par des négociations diverses et souvent progressives, parfois brutales, avec l’avance en âge. C’est ce que nous avons appelé la déprise. Dans ce processus qui se caractérise par des ruptures et des reprises qui conduisent à des réaménagements de sa vie, des recompositions de son rapport à soi et aux autres, il s’agit de préserver l’essentiel, de lâcher d’un côté pour mieux tenir de l’autre. Dans ce processus de réorientation des activités et des liens, qui s’organise dans une tension entre l’éloignement et le maintien au monde, se combinent ce qui est de l’ordre du choix et de la contrainte. Le regard et l’entourage social, tant matériel que relationnel peuvent renforcer ou accélérer cette mise à distance du monde et participer à une forme d’exclusion sociale.

La relation à l’habiter des vieilles personnes est un analyseur fécond de cette multi dimensionnalité de l’expérience du vieillir. Le discours gérontologique et la valorisation du « maintien à domicile » dans le champ médico-social a favorisé la construction d’une représentation « statique » des « populations âgées », au sens propre comme au sens figuré. Pourtant, l’analyse des parcours résidentiels des personnes vieillissantes nous informe sur les considérables mutations techniques et sociétales qu’elles ont traversées. Elle nous permet tout autant d’apprécier les effets de ces mutations sur leur propre rapport au monde. Le développement des mobilités, les trajectoires migratoires complexes au cours du cycle de vie, les villégiatures saisonnières et autres formes de secondarité, les nouvelles pratiques des lieux générées par la transformation de l’habitat et des conditions d’accessibilité de l’espace, suscitent notamment la multiplication des référentiels territoriaux intégrant la petite fabrique du « chez soi ». Tandis que la relation à l’environnement se transforme, le rapport au logement et au patrimoine immobilier se complexifie et se diversifie, reflétant de forts clivages entre générations âgées et groupes sociaux et de nouvelles modalités de solidarités intergénérationnelles. Ces changements importants ou subtils ne sont pas sans incidences sur la reconfiguration des espaces. L’organisation et la recomposition des lieux du quotidien peuvent se faire les signes du passage du temps. Institution de la mémoire, objets ajustés à l’érosion réelle ou supposée des capacités comme à la métamorphose des liens sociaux. Le vieillir-même est soumis à l’épreuve des lieux, tant dans leur dimension matérielle que symbolique. Si le droit de cité des personnes âgées se décline couramment comme droit à accéder et à se mouvoir, l’espace public se fait jour après jour le théâtre de la confrontation aux regards de l’autre, accompagnant ajustement de l’identité sociale et des pratiques. Ainsi si l’espace construit, aménagé, équipé, nous informe sur les figures sociales et politiques de la vieillesse, il est aussi un médium de l’expérience réflexive du vieillissement.

Ces processus de restructuration et de réorientations identitaires qui caractérisent l’avance en âge, trouvent dans l’énonciation de son propre parcours de vie un lieu d’expression particulièrement propice. Mais au-delà de l’évocation des grands nœuds biographiques qui auront orienté sa vie (retraite, veuvage, etc.), c’est aussi à une multitude de micro-récits sur tous les petits arrangements avec le(s) temps que nous avons à faire en recueillant la parole des vieux.

Cependant, ces récits ne sont pas réductibles à la seule cartographie de ces parcours d’accommodation comme de ces scansions temporelles des biographies. Au-delà de l’énonciation des changements et des ruptures, des déprises et des reprises qui jalonnent l’avance en âge, ces narrations de soi, selon les situations et les contextes, mettent à jour de véritables « topiques narratives ». Ces dernières sont autant de « lieux » d’expressions de la dialectique entre identité-ipséité et changement, au sens de Ricoeur. Les récits de soi ne se limitent en effet pas au seul inventaire nostalgique de ce qui a été abandonné à un passé révolu. Une telle perception des processus d’anamnèse ne ferait que verser dans une représentation fortement dépréciative de la vieillesse voyant en cet âge de la vie un temps où la transformation de soi, la structuration identitaire de la personne, a moins de chance de s’inscrire dans une projection vers l’avenir que dans une reprise du passé. Toutefois, ces paroles des vieux et tout le matériau narratif qu’elles charrient ne sont que très rarement le seul résultat de la réflexivité de sujets s’interrogeant sur leur propre parcours biographique. Ces « récits du vieillir » témoignent souvent de l’importance de cette part d’impersonnel et de social qui baignent tout énoncé. Ils nous invitent alors à nous pencher plus avant sur ce contexte de relations qui œuvrent à la co-production, à la co-élaboration d’énoncés pour lesquels les figures de l’auteur et du narrateur ne se rejoignent jamais entièrement. Tout discours reste en effet empreint des liens avec les autres dont il convient de rendre compte avec précision dans l’étude de ces narrations sur la vieillesse. Par ailleurs, il convient d’être attentif aux « effets » que produisent sur ces récits les différents « médias » d’énonciation. Ecritures ordinaires, témoignages, entretiens, récits de vie, ne recouvrent jamais complètement les mêmes exigences narratives. L’étude de ces « effets » et, pour le dire de façon brève, l’étude du contexte énonciatif au sens large sur la production des récits, reste un enjeu de recherche particulièrement important. Elle nous invite en effet à réfléchir avec une acuité renouvelée sur la/les façon(s) dont les différentes disciplines des sciences sociales s’emparent d’un objet tel que le « langage » pour construire leur base empirique.

Les lieux et expériences du vieillir jusqu’aux mots pour les dire sont traversés par les rapports de genre dans les modes de différenciation et de hiérarchisation qu’ils opèrent au sein de la société. Nous invitons les communicant-e-s à prêter une attention particulière aux problématiques du genre telles qu’elles peuvent apparaître dans le champ de la vieillesse et des parcours de vie.

C’est à travers ces trois registres de l’expérience, les lieux, les mots, les actes que nous souhaitons soumettre à la réflexion collective l’expérience du vieillissement.

Les propositions de communications devront s’inscrire dans l’un ou l’autre de ces axes.

- Axe 1 « Les Lieux »

Les représentations d’une vieillesse déficitaire, âge de la vie dévolu à l’immobilité et au repos, continuent d’être extrêmement prégnantes. Dans cette construction en extériorité du vieillir, sans que soit prise en compte l’expérience même que peuvent en avoir les personnes vieillissantes, l’âge se fait le corollaire d’un rétrécissement progressif des territoires parcourus jusqu’au confinement dans des espaces de claustration (domicile, maison de retraite, etc.) où invisibilité et immobilité se conjuguent. A l’opposé de ces représentations réductrices, qu’est-ce qu’une attention plus fine portée sur les « territoires du quotidien » peut nous apprendre des expériences singulières de l’avancée en âge ? En quoi l’examen des « lieux du vieillir » nous offre à voir une figure plus complexe et plus riche des vieillesses habitantes ? Comment les lieux, et notamment la relation à l’habiter, se font les médiateurs des expériences du vieillir et objectivent la diversité des expériences individuelles et collectives ?

- Axe 2 « Les Mots »

Les communications s’inscrivant dans cet axe s’intéresseront aux récits du vieillir tels qu’ils sont mobilisés par différents médias : récits de vie, entretiens, écritures ordinaires, témoignages, mémoires… Elles viseront plus précisément à rendre compte des modes de présentation -modes de mise en scène- de la personne vieillissante. Elles tenteront également de préciser les jeux et enjeux des reconstructions identitaires de soi au travers de la « fictionnalisation » de son propre parcours de vie. Par ailleurs, elles pourront interroger la propension à enfermer les récits de vie du vieillir dans la production « socialement » commandée de « discours autobiographiques », d’inventaire nostalgiques d’événements passés. Dans cette perspective, une attention particulière sera accordée aux phénomènes d’« impositions normatives » tels qu’ils peuvent s’inviter dans la production de discours de soi. A quel point discours techniques, scientifiques, énoncés du « sens commun » -lay discourses -, s’insinuent dans les narrations, les récits de vie ?

- Axe 3 « Les Actes »

La vieillesse se traduit par des parcours d’accommodation aux transformations qui accompagnent l’avancée en âge. Elles peuvent donner lieu à l’expérience d’un décrochage du « vouloir » et du « pouvoir », qui, loin d’être le synonyme d’une déqualification aussi bien physique que sociale, témoigne d’une « distance » aux choses qui s’aménage. Les communicant-e-s pourront s’attacher à décrire ces parcours d’accommodation, l’ensemble de ces « tactiques » mises en places pour pallier ce qui ne peut plus être accompli et pour maintenir l’essentiel. Ils rendront notamment compte de l’inscription de ces « arts de faire » dans les recompositions de son rapport à soi et aux autres, selon les temporalités et les transitions propres aux parcours de fin de vie. L’attention à ces parcours invite ainsi à revenir sur les représentations et les figures trop souvent incapacitantes et/ou exogènes du vieillir.

Adresse d’envoi des propositions de communication

2009vivrelevieillir@gmail.com (3 000 signes maximum)

Date limite d’envoi des propositions de communications : 15 octobre 2008

Lieux

  • Université de Toulouse II Le Mirail, Grande Arche
    Toulouse, France

Dates

  • mercredi 15 octobre 2008

Mots-clés

  • vieillir, vieillissement, vivre, langage, mots, lieux, espace, habiter, habitat, actes, pragmatique, pratiques, avancée en âge, sociologie, santé, ethnologie, corps, littérature, géographie, anthropologie

Contacts

  • Membrado Monique
    courriel : membrado [at] univ-tlse2 [dot] fr
  • Gambino Mélanie
    courriel : gambino [at] univ-tlse2 [dot] fr
  • Cardeilhac Frédérique
    courriel : frederique [dot] cardeilhac [at] univ-tlse2 [dot] fr
  • Salord Tristan
    courriel : salord [at] univ-tlse2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Tristan Salord
    courriel : salord [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Vivre le vieillir : des lieux, des mots, des actes », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 13 juin 2008, http://calenda.org/195182