AccueilLa fabrique des savoirs en Afrique subsaharienne. Acteurs, lieux et usages dans la longue durée

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Publié le vendredi 13 juin 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

S’inspirant d’un certain nombre de perspectives ouvertes par Christian Jacob dans « Les Lieux de savoirs » (A. Michel, 2007), ce colloque propose de réfléchir à la construction, aux formes d’appropriation, au maniement et aux usages des savoirs en Afrique sur la longue durée. Il s’agira moins d’identifier des processus cognitifs et conceptuels que d’étudier l’incorporation et la mise en situation, par des acteurs, d’un corpus de connaissances et de pratiques spécifiques dans des contextes historiques, politiques et socioculturels variés.

Annonce

La fabrique des savoirs en Afrique subsaharienne
Acteurs, lieux et usages dans la longue durée

Appel à communications. Colloque international

Université Paris 7-Diderot / Inalco / Université de Lyon
13-14-15 mai 2009

S’inspirant d’un certain nombre de perspectives ouvertes par Christian Jacob dans Les Lieux de savoirs (A. Michel, 2007), ce colloque propose de réfléchir à la construction, aux formes d’appropriation, au maniement et aux usages des savoirs en Afrique sur la longue durée. Il s’agira moins d’identifier des processus cognitifs et conceptuels que d’étudier l’incorporation et la mise en situation, par des acteurs, d’un corpus de connaissances et de pratiques spécifiques dans des contextes historiques, politiques et socioculturels variés. La notion de savoir ne se limitera pas à la sphère de l’écrit, au monde des lettrés et des scientifiques. Elle sera conçue dans une acception plus large, intégrant les compétences, les « manières de dire et de faire » (Jacob, 2007) qui déterminent des modes d’appartenance à une communauté dès lors qu’elles permettent de constituer un capital social, politique ou culturel perçu et transmis comme tel. Il ne sera pas non plus question d’opposer savoir « théorique » et « pratique » (Lahire, 2006) mais d’examiner comment les acteurs et les actrices incorporent et mobilisent, simultanément ou en alternance, différents registres de savoirs (intellectuels, rituels, corporels…) à des fins particulières. On distingue les savoirs de l’information qui fait l’objet de processus d’élaboration voisins, mais relève d’enjeux différents dans l’espace social de communication. Les organisateurs du colloque souhaitent mettre l’accent sur des modes habituellement négligés, des lieux interstitiels, voire clandestins, et des acteurs méconnus de l’élaboration des savoirs ; autant d’entrées qu’une approche par le haut néglige trop souvent. L’objectif est aussi de mieux comprendre les médiations, anciennes ou nouvelles, qui participent de la fabrique des savoirs en Afrique et ce, dès avant le XIXe siècle. Alors que l’horizon social ou politique des individus n’a cessé de s’élargir et de se complexifier, on examinera la façon dont les savoirs se sont recomposés et se recomposent aujourd’hui.

Trois thématiques seront privilégiées :

1/ Une approche sociale des producteurs de savoirs

En prenant en compte la variété des savoirs (marchands, agricoles, religieux, artisanaux...), les communications identifieront différents producteurs et/ou médiateurs et analyseront la façon dont ils s’intègrent, ou non, à des réseaux ou à des communautés au sens large (familles, cercles, écoles, universités, administrations, entreprises, diasporas…). On s’intéressera aux dispensateurs autorisés des savoirs, qu'il s'agisse d'individus ou de groupes sociaux. Sans exclure les savants au sens strict (desservants de culte, enseignants, érudits, « évolués », intellectuels...), les interventions pourront privilégier des acteurs et actrices moins souvent pris en compte : migrant(e)s, minorités, artisans, délinquants, commerçants, tradipraticiens, musiciens, combattants... Ces acteurs élaborent, héritent et transmettent des savoir-faire et des « modes d’être » (ethos) qu’ils mobilisent dans le cadre d’activités particulières : exercice de leur métier, pratiques rituelles, activités illicites, échanges sur les marchés, mobilisations festives, réunions politiques, luttes armées… Une série de réflexions pourra être menée sur la façon dont se construit et se perpétue leur légitimité « savante » au sein de leur groupe et parfois en dehors du groupe, sur les procédures de validation par leurs pairs des connaissances acquises.

2/ Spatialisation, supports et modes de circulation des savoirs

Une fois reconnu et validé, un savoir n’existe qu’en tant qu’il s’insère dans une dynamique de circulation et d’échange. On s’intéressera donc aux lieux en tant qu’ils favorisent l’élaboration et la transmission des savoirs en Afrique : les écoles mais aussi les radios locales, les lieux de sociabilité villageois et urbains (« arbres à palabres », cybercafés, ports, gares, marchés, bars, cours, maquis …), les lieux de rassemblements politiques ou festifs. On réfléchira à la façon dont les transformations historiques rendent périphériques des lieux de savoirs auparavant centraux et en font émerger d’autres. Comment coexistent et s’interpénètrent des savoirs urbains et ruraux par exemple ? On prendra également en compte les différentes échelles : dans quelle mesure des savoirs produits localement accèdent, ou non, à une dimension « universelle » ou « globale » ? Dans d’autres cas, comment l’enracinement local des savoirs devient-il précisément la source de leur légitimité vis-à-vis de l’extérieur ? Ces questions, liées à la transmission, à la circulation et aux axes de diffusion, posent également celles de la manière dont sont incorporés les savoirs. Par imitation, imprégnation, analogie… ? Comment acquiert-on des « techniques de soi » (Bayart, 2004) ou des règles de vie qui constituent autant de savoirs nouveaux nécessaires à la survie ou à l’insertion sociale ? On travaillera ainsi sur la multiplicité des supports et des vecteurs (écrits, oraux, corporels, souvent de manière conjointe) et sur la manière dont les sociétés africaines transforment, fixent, transmettent, collectent et conservent les savoirs, des plus anciens aux plus contemporains. Les notions de patrimoine et de mise en scène du passé pourront être interrogées ainsi que les stratégies orales et/ou écrites adoptées par les acteurs selon les usages qu’ils comptent faire des savoirs accumulés.

3/ Usages et fonctions des savoirs

Le colloque posera enfin la question du statut, de la légitimité et des opportunités qu’offrent l’acquisition et la maîtrise des savoirs à l’échelle des individus, des groupes, des organisations ou des États. Il interrogera la manière dont se mettent en place des économies de la connaissance. Comment s’opèrent les investissements du capital savant dans la sphère privée ou publique ? Lesquels de ces capitaux sont privilégiés et dans quels contextes ? Inversement, peut-on identifier, dans certaines circonstances, une marginalisation des savoirs et de leurs détenteurs sous l’effet de transformations techniques et économiques qui menacent les savoirs professionnels de certains groupes (féminins par exemple) ou encore du fait des mutations sociales et politiques qui renouvellent, par exemple, les figures de la réussite (savoir religieux, savoir scolaire, savoir économique) ? Enfin, comment le contrôle de la diffusion des savoirs devient-il un instrument de reconnaissance et de distinction sociale ou politique ? On questionnera également les notions de « normes » et de savoirs « officiels », leur variabilité, les formes de résistance ou, au contraire,d’adhésion des acteurs sociaux. L’analyse des usages et des fonctions des savoirs permettra de réfléchir à la production et à la manipulation des identités sociales, politiques, géographiques ou de genre, de revenir sur la question ancienne mais centrale des rapports entre savoirs et pouvoirs en l’explorant à différentes échelles.

Ce colloque n’est exclusif d’aucune approche ni d’aucune période. Les communications pourront au choix s’intégrer dans l’un des axes proposés ou s’inscrire dans les différents axes et porter sur l’ensemble du processus. Les langues d’intervention sont le français et l’anglais.

Les propositions de communication de 2500 signes au maximum sont à envoyer avant le 30août  2008 à : colloque-savoirs-afrique.sedet@univ-paris-diderot.fr. Elles seront accompagnées d’une courte notice biographique mentionnant le rattachement institutionnel.

Comité scientifique du colloque : Séverine Awenengo (SEDET), Pascale Barthélémy (ENSLSH/ Université de Lyon) Daouda Gary-Tounkara (SEDET), Jean-Luc Martineau (INALCO-SEDET), Didier Nativel (SEDET)

Quelques références :

- COPANS, Jean, La longue marche de la modernité africaine. Savoirs, intellectuels, démocratie, Paris, Karthala, 1990, 406 p.

- BAYART, J.-F., Le gouvernement du monde : Une critique politique de la globalisation, Paris, Fayard, 2004, 448 p.

- BAYART, J.-F., WARNIER, J.-P. (dir.), Matière politique. Le pouvoir, les corps et les choses, Paris, Karthala, 2004, 256 p.

- DIAWARA M. (dir.), L’interface entre les savoirs paysans et le savoir universel, Le Figuier, Bamako, 2003, 246 p.

- FOUCAULT, M., L’archéologie du savoir, Paris, Gallimard, Ed. 1992, 257 p.

- GOODY, J., La Raison graphique : la domestication de la pensée sauvage, Paris, Minuit, 1978, 274 p.

- GOODY, J., Pouvoirs et savoirs de l’écrit, Paris, La Dispute, 2007, 269 p.

- HOLTEDAHL, L., GERRARD, S., NJEUMA, M. Z., BOUTRAIS, J. (eds), Le pouvoir du savoir de l’Arctique aux tropiques, Paris, Karthala, 1999, 535 p.

- JACOB, C. (dir.), Lieux de savoir. Tome 1, Espaces et communautés, Paris, A. Michel, 1280 p.

- LAHIRE, B., L’homme pluriel. Les ressorts de l’action, Paris, Hachette Littérature, Ed. 2006, 392 p.

- WAQUET, F., Parler comme un livre : l’oralité et le savoir, XVIe-XXe siècle, Paris, A. Michel, 2003, 427 p.

Catégories

Lieux

  • Paris 7, INALCO
    Paris, France

Dates

  • samedi 30 août 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • savoirs, Afrique

Contacts

  • Didier Nativel
    courriel : dnativel [at] club-internet [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Didier Nativel
    courriel : dnativel [at] club-internet [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La fabrique des savoirs en Afrique subsaharienne. Acteurs, lieux et usages dans la longue durée », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 13 juin 2008, http://calenda.org/195184