AccueilLes entretiens-feuilletons à la radio-française dans les années cinquante

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Publié le lundi 30 juin 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Ce colloque est organisé par le centre de recherche Rirra21 « Représenter et inventer la réalité du romantisme à l’aube du vingt et unième siècle » (dir. Marie-Ève Thérenty) de l’université de Montpellier III. Il s’inscrit dans un programme de recherches intitulé « Les écrivains et la radio en France au XXe siècle (1920-1960) ». Les actes, augmentés d'archives sonores, formeront le cinquième volume de la série « Littérature et radio » aux Presses universitaires de la Méditerranée.

Annonce

« Les entretiens-feuilletons à la radio française dans les années cinquante »

18-19 juin 2009
Université Paul-Valéry (Montpellier III)

Argument

Paradoxalement, la radio ne semble pas être un média adapté au genre littéraire oral du dialogue. L’absence des interlocuteurs, la transmission des propos via la distance des ondes, l’écart entre le « langage mimique » de la conversation en présence, où toutes les attitudes du parleur font sens, et le « langage phonique » qui est le sien (Paul Deharme, « Idées sur le radio-théâtre »,1934), sans compter les nombreuses imperfections techniques de la reproduction et de la transmission à distance : autant de phénomènes qui, dans l’art du dialogue à la radio, donnent de l’importance à des obstacles nouveaux, ainsi qu’aux remèdes imaginés pour les atténuer.
L’intimidation du micro semble spécialement forte pour les écrivains, même doués à l’oral, plus habitués au long artisanat de la plume qu’à l’électricité de l’improvisation et plus préoccupés de bien dire que la moyenne des gens. L’idée que les écrivains sont faits pour écrire et non pour parler pèse sur leur rapport au micro, devant lequel, abandonnant leurs moyens habituels d’expression, ils doivent retrouver le chemin direct de l’oreille. Des émissions parlées comme « Le Quart d’heure de la N.R.F. » (1938-1939, vingt émissions), confiée par Jean Paulhan au romancier Henri Calet, sont révélatrices de la tension entre écriture et conversation que vivent les générations littéraires de l’entre-deux-guerres. A l'inverse, c'est bien le relief vivant de la parole, notamment populaire, que recherche un Frédéric Lefèvre, robuste romancier populiste, intervieweur de la célèbre série "Une heure avec..." publiée des années durant dans Les Nouvelles littéraires, pour la version radiophonique qu'il en donne sur Radio-Paris à partir de 1930.
Les grands entretiens-feuilletons des années cinquante (entretiens développés en série, de dix à quarante émissions) contribuent à décontracter le rapport des écrivains aux genres dialogués à la radio. Un premier colloque organisé sur le sujet en 1999 a fait apparaître les tensions internes à une pratique d'un genre que son inventeur, Jean Amrouche, a tenté de codifier en 1952 dans "Le Roi Midas et son barbier". Il lui a donné une vocation à la fois critique et créatrice, l’improvisation imposée à l’écrivain visant dans le même temps à obtenir de lui « une création verbale, en présence du micro ». Suivent en 1950 et 1951 : André Parinaud avec Colette, puis Michel Manoll avec Cendrars, Robert Mallet avec Léautaud, André Fraigneau avec Cocteau, Roger Iglesis et Alain Trutat avec Ghelderode. Parinaud, Manoll et Mallet, rejoints par Pierre Sipriot, recommencent avec d’autres écrivains en 1952 et 1953 : Carco, Paulhan, Paul Fort, Breton, Montherlant, Benda.
Ces nombreux imitateurs développent le genre naissant dans des sens qui leur sont propres. Ainsi, tandis que Jean Amrouche, sensible plus que d'autre au pathétique du jeu, rêve d'un ton de conversation pour des dialogues souvent plus dramatiques que détendus, Robert Mallet, quand il s'entretient avec Léautaud ou Paulhan, se compose un personnage en fonction du naturel de son interlocuteur, avec comme référence l’impromptu de comédie. Cette notion d’impromptu théâtral, incorporée dans l’action d’une conversation uniquement entendue, est déjà ce que certains chroniqueurs de l’entre-deux-guerres relèvent comme l’idéal des disques de conférences, ou la réussite des causeries de Colette sur le Poste-Parisien en 1939, judicieusement dialoguées. C’est la présence de ce naturel du ton qui fait le phénoménal succès, en 1951, des entretiens de Léautaud, ce « vieillard incourbé » qui « n’a pas fondu au feu douceâtre du magnétophone » ni de « la voix cajoleuse et pénétrée d’âme du speaker ».

Les propositions de communication sont à envoyer avant le 15 octobre 2008 à Pierre-Marie Héron (pms.heron@wanadoo.fr).

Lieux

  • Université de Montpellier 3
    Montpellier, France

Dates

  • mercredi 15 octobre 2008

Mots-clés

  • radio, médias, littérature

Contacts

  • Pierre-Marie Héron
    courriel : spm [dot] heron [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Thérenty Marie-Eve
    courriel : met [at] club-internet [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les entretiens-feuilletons à la radio-française dans les années cinquante », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 30 juin 2008, http://calenda.org/195248