AccueilExtension du domaine du management. Genèse, conquêtes et résistances

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Publié le mardi 01 juillet 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

La revue Mana, revue de Socio-anthropologie à comité de lecture éditée par les éditons l’Harmattan, lance un appel à contribution pluridisciplinaire sur le thème de l’extension du domaine du management et de ses conséquences. Psychanalystes, sociologues, anthropologues, psychiatres, philosophes, linguistes, politologues, économistes et plus largement les représentants des sciences dites humaines et sociales sont invités à apporter leur contribution afin de dresser la cartographie de cette extension du discours et des pratiques managériales, d’en décrire la dynamique, les effets psychiques, sociaux et politiques.

Annonce

La revue Mana, revue de Socio-anthropologie à comité de lecture éditée par les éditons l’Harmattan, lance un appel à contribution pluridisciplinaire sur le thème :

Extension du domaine du Management.
Genèse, conquêtes et résistances.

Qu’ils relèvent de la psychanalyse, de la sociologie, de la philosophie, ou d’autres disciplines inscrites à des titres divers dans le champ des sciences humaines, les acteurs sociaux sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur les conséquences de l’emprise du modèle du Marché et de la technique sur le lien social et politique, sur les processus de subjectivation et la subjectivité contemporains. Du psychanalyste Jacques Lacan, qui conceptualise « le discours du Capitaliste » aux sociologues Jean-Pierre Le Goff, Vincent de Gaulejac, Alain Ehrenberg qui analysent l’emprise du « culte de la performance », en passant par des auteurs comme Marcel Gauchet, Pierre Legendre, Charles Melman ou Bernard Stiegler, pour ne citer que ces quelques noms, chacun montre à sa façon que les espaces qui échappent au domaine du calculable, du rentable, du programmable et de l’évaluable se réduisent à la portion congrue. De son côté, Foucault a pu analyser le projet néolibéral d’une société régulée par le Marché comme étant celui de la mise en place, non pas d’une « société de supermarché » mais d’une « société d’entreprise », à savoir une société où la forme entreprise s’immisce au sein de l’ensemble du corps social avec pour ressort déterminant la dynamique concurrentielle généralisée.

Dans cet univers où quelques signifiants-maîtres – projet, objectif, évaluation, performance, culture du résultat, efficience, communication – organisent l’espace du pensable et du praticable, il n’est pas exagéré de considérer que les sciences sociales d’une part et la psychanalyse d’autre part se trouvent confrontées à une même menace de disparition. A l’ère triomphante de la technoscience et du capitalisme mondialisé, leur commune dimension critique et émancipatoire devient en effet un obstacle à la réquisition totale des facultés du sujet, qu’on le considère sous l’angle de la singularité ou sous l’angle de son mode collectif de constitution. Ainsi voit-on naturellement aujourd’hui la sociologie sur son versant critique supplantée par les doctrines des ressources humaines entièrement vouées au culte de l’efficiency. Quant à la psychanalyse, dont on ne s’étonnera pas qu’on veuille la réglementer, elle se voit marginalisée au profit du comportementalo-cognitivisme ou du coaching qui, comme le montrent Roland Gori et Pierre Le Coz, considère l’individu comme une micro-entreprise dont le coach est le manager, un manager qui doit lui permettre d’optimiser ses performances selon des protocoles faisant fi de la signification du symptôme.

Psychanalystes, sociologues, anthropologues, psychiatres, philosophes, linguistes, politologues, économistes et plus largement les représentants des sciences dites humaines et sociales sont donc invités à ouvrir le dialogue entre leurs diverses approches disciplinaires, à s’appuyer sur les débats intra et interdisciplinaires pour les dépasser, afin d’établir une cartographie de ce qu’on peut considérer, à la suite de P. Legendre, comme une conquête du monde par le discours managérial.

Loin de n’être qu’une technique accessoire au service de la régulation de la vie sociale et professionnelle, le Management nous semble devoir être pensé – c’est l’hypothèse forte de ce numéro de Mana – comme technologie politique visant à nouer dogmatiquement l’instance du Marché et celle du Pouvoir. Produit de la civilisation occidentale, le Management s’inscrit dans une logique impériale de la conquête – laquelle nous revient par l’effet « boomerang » de la globalisation – et cherche à neutraliser toute forme de résistance, notamment en se présentant comme la figure la plus accomplie de la gouvernance démocratique. Ainsi, à droite comme à gauche de l’échiquier politique, dans l’entreprise comme à l’Université, au sein de l’enseignement secondaire comme dans le secteur médico-social ou à l’école maternelle, ici en Occident, comme là-bas en Orient, le Management, semble poursuivre sans beaucoup de résistance sa conquête du monde, sur les ruines de la religion et des utopies politiques.

S’appuyant sur une « éthique » de l’efficacité, l’efficiency effectue sa conquête sous la bannière du Bien – celui du citoyen-usager et consommateur – et de l’avancée démocratique. Dès lors il n’existe plus, en droit, de territoire qu’il ne s’interdise d’appréhender. Ce numéro de la revue Mana voudrait donc contribuer à en dresser la cartographie, à en décrire la ou les dynamiques, les effets psychiques, sociaux, politiques et à questionner ainsi la légitimité de ses domaines d’application.

1/ Quels éclairages peuvent nous apporter sciences humaines (sociologie, droit, philosophie, histoire…) et psychanalyse sur cet empire du management, son histoire, sa spécificité comme mode d’exercice d’un pouvoir qui s’exerce dans le déni du Pouvoir. Quels sont ses modalités d’exercice, ses modes opératoires : mise en scène, liturgies, production des adhésions, de l’amour de la sujétion, de l’économie libidinale…

2 / Si le discours du management s’impose si facilement, est-ce parce qu’il se présente comme étant au service de la démocratie ? Qu’en est-il alors exactement ? Que peut-on lui opposer sans pour autant faire l’apologie de l’ordre ancien ? Au nom de quelle autre légitimité ?

3 / Le Management n’est-il qu’un instrument au service de l’idéologie néolibérale ? Lui est-il réductible ou traduit-il des transformations plus radicales dans l’ordre de la culture, entendue au sens anthropologique ? Le Management peut-il être, au contraire, considéré comme s’inscrivant dans la poursuite du discours religieux (y compris sécularisé) ? Sous des aspects modernistes, est-il vraiment d’une autre essence ?

4 / État des lieux de ses domaines d’extension (Entreprises, éducation, famille, administrations publiques, hôpitaux et santé mentale, travail social…).

5 / Le Management prétend résorber l’être humain et la complexité de l’existence dans le seul domaine du quantifiable et du prédictible selon un idéal de maîtrise. Dès lors, la Démocratie, comme lieu d’une indétermination constitutive et inappropriable (Claude Lefort) et le Sujet, comme ce qui échappe à la saisie consciente de l’individu par lui-même (son moi), ne se trouvent-ils pas refoulés. Cette convergence des refoulements n’indique-t-elle pas alors qu’il y a urgence à relancer et renouveler le dialogue entre sciences sociales et psychanalyse ?

6 / Qu’est-ce qui peut faire objection, autre que le symptôme, à la « culture de l’efficacité », du résultat ? Quelles formes de résistances, individuelles ou collectives, sont envisageables ? Les sciences de l’Homme et la psychanalyse peuvent-elles être des lieux d’une telle résistance ? A quelles conditions ? Par ailleurs, un certain nombre de « symptômes », collectifs ou singuliers, peuvent-ils être considérés comme des résistances insues à l’emprise de cette nouvelle technologie de pouvoir.

Calendrier :

Note d’intention d’une page maximum à envoyer pour décembre 2008

Article pour juin 2009.

Il est souhaitable de ne pas aller au-delà d'une longueur de 40 000 signes.

Adresse d’expédition et contact : extension.management@gmail.com

Fabrice Liégard et Guillaume Marguerie

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- pour un article de revue : Nom, prénom, “titre de l’article”, Titre du périodique, vol., n°, années de parution, pages.

Dates

  • mercredi 31 décembre 2008

Mots-clés

  • management

Contacts

  • Liégard Fabrice
    courriel : extension [dot] management [at] gmail [dot] com
  • Marguerie Guillaume
    courriel : extension [dot] management [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Fabrice Liégard et Guillaume Marguerie ~
    courriel : extension [dot] management [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Extension du domaine du management. Genèse, conquêtes et résistances », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 01 juillet 2008, http://calenda.org/195249