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Être et se penser Français

Nation, sentiment national et identités dans le monde atlantique français du XVIIe au XIXe siècle

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Publié le mardi 09 septembre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Contrairement aux spécialistes de la Grande-Bretagne et du monde atlantique britannique, les historiens français se sont peu intéressés au rôle des colonies dans la définition de l’identité nationale française du XVIIe au XIXe siècle. La formation d’un premier Empire français outre-mer, la migration et l’établissement de Français dans les comptoirs d’Afrique et les colonies d’Amérique, la rencontre avec des nations amérindiennes en position de force en Nouvelle-France, le développement de la traite et de l’esclavage des Africains au « Nouveau Monde », l’essor des rivalités impériales n’auraient-ils eu aucun impact sur les conceptions de la nation et le nationalisme français ? Peut-on vraiment penser ces phénomènes en occultant le contexte colonial et impérial, alors que l’on peut poser l’hypothèse que les colonies constituèrent un laboratoire de la francité ?

Annonce

Être et se penser Français. Nation, sentiment national et identités dans le monde atlantique français du XVIIe au XIXe siècle

Colloque international organisé par Cécile Vidal et François Weil

Centre d’Études nord-américaines, EHESS
105, bd Raspail, 75006 PARIS, amphithéâtre

16, 17 et 18 octobre 2008

Résumé 

Contrairement aux spécialistes de la Grande-Bretagne et du monde atlantique britannique, les historiens français se sont peu intéressés au rôle des colonies dans la définition de l’identité nationale française du XVIIe au XIXe siècle. La formation d’un premier Empire français outre-mer, la migration et l’établissement de Français dans les comptoirs d’Afrique et les colonies d’Amérique, la rencontre avec des nations amérindiennes en position de force en Nouvelle-France, le développement de la traite et de l’esclavage des Africains au « Nouveau Monde », l’essor des rivalités impériales n’auraient-ils eu aucun impact sur les conceptions de la nation et le nationalisme français ? Peut-on vraiment penser ces phénomènes en occultant le contexte colonial et impérial, alors que l’on peut poser l’hypothèse que les colonies constituèrent un laboratoire de la francité ? Si des travaux existent ponctuellement sur tel ou tel aspect de la francité, ils privilégient en général la métropole et surtout ils ne portent pas la plupart du temps sur la longue durée, s’intéressant à la période moderne ou, le plus souvent, à la période contemporaine. Il s’agira donc ici d’analyser la manière dont les interactions entre métropole et colonies ou anciennes colonies au sein du monde atlantique français ont influé sur l’évolution de la francité du XVIIe au XIXe siècle, avant, pendant et après la Révolution française.

Présentation

Depuis les années 1980, les historiens de part et d’autre de l’Atlantique, s’appuyant sur une déjà très ancienne et abondante historiographie, ont multiplié les travaux sur la nation, le nationalisme et les identités nationales. De nombreuses études ont été consacrées en particulier à la conscience nationale et au nationalisme britannique non seulement en Grande-Bretagne, mais dans l’ensemble du monde atlantique britannique au cours de la période moderne. Elles ont notamment montré que les colons des Treize Colonies, loin de se détacher de la métropole, avaient pleinement adhéré au nationalisme britannique en plein essor à partir des années 1740 et que l’Empire avait joué un rôle croissant dans la définition de l’identité nationale britannique aux XVIIIe et XIXe siècles. En revanche, les ouvrages relatifs à la France moderne se focalisent le plus souvent sur la métropole et tiennent peu compte des colonies françaises. La formation d’un premier Empire français outre-mer, la migration et l’établissement de Français dans les comptoirs d’Afrique et les colonies d’Amérique, la rencontre avec des nations amérindiennes en position de force en Nouvelle-France, le développement de la traite et de l’esclavage des Africains au « Nouveau Monde », l’essor des rivalités impériales n’auraient-ils eu aucun impact sur les conceptions de la nation et le nationalisme français ? Peut-on vraiment penser ces phénomènes en occultant le contexte colonial et impérial, alors que l’on peut poser l’hypothèse que les colonies constituèrent un laboratoire de la francité ?

Le fait que les historiens français se soient relativement peu intéressés à ces questions doit être mis en relation avec le faible développement en France de la nouvelle histoire atlantique qui connaît au contraire un vif essor dans les universités anglophones depuis le début des années 1990. Les tenants de ce nouveau courant historiographique considèrent le monde atlantique comme une unité d’analyse historique ; ils ont montré qu’une grande partie des échanges et des interactions ayant lieu entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques entre la fin du XVe siècle et le milieu du XIXe siècle ne respectaient pas les frontières nationales et impériales. Les débats portent actuellement sur le degré d’intégration du monde atlantique. Certains chercheurs insistent en effet sur la nécessité de mettre en évidence autant l’unité que les divisions de cette région. De fait, les études atlantiques ont tendance à se subdiviser en recherches sur l’Atlantique britannique, espagnol, français, etc., sans que soit toujours précisé ce que recouvrent ces notions. Existait-il un « Atlantique français » entre le XVIIe et le XIXe siècle et, le cas échéant, à quoi correspondait-il ? Ce colloque cherchera à apporter une réponse – partielle – à cette question en explorant ce que l’on appellerait en anglais « Frenchness » et que le terme de francité traduit bien imparfaitement. Si des travaux existent ponctuellement sur tel ou tel aspect de la francité, ils privilégient en général la métropole et surtout ils ne portent pas la plupart du temps sur la longue durée, s’intéressant à la période moderne ou, le plus souvent, à la période contemporaine. Il s’agira donc ici d’analyser la manière dont les interactions entre métropole et colonies ou anciennes colonies au sein du monde atlantique français ont influé sur l’évolution de la francité du XVIIe au XIXe siècle, avant, pendant et après la Révolution française.

Le colloque durera trois jours. Les articles auront circulé et auront été lus préalablement. Lors du colloque, chaque séance sera consacrée à deux articles : chacun d'entre eux sera brièvement résumé en 15 minutes, puis les deux articles seront commentés ensemble en 30 minutes afin de lancer les discussions ; l’essentiel du temps sera consacré au débat. Le français et l'anglais seront les deux langues principales du colloque.

Pour tout renseignement, contacter Cécile Vidal : cecile.vidal@ehess.fr

http://www.ehess.fr/cena/colloques/2008/etrefrancais.html

Jeudi 16 octobre 2008

* 09h30 – 10h :

Introduction : Cécile Vidal et François Weil, CENA, EHESS  

I – Nation, citoyenneté et naturalité / nationalité

* 10h – 12h : Séance 1 : Président : Jean-Frédéric Schaub, EHESS

- « Se Penser Français dans un empire de Babel.  Langues, pouvoirs et identités dans le monde atlantique français, 16e - 18e siècles » : Paul Cohen, University of Toronto

- « '... les forcer à devenir Cytoyens' : le statut des autochtones en Nouvelle-France (XVIIe-XVIIIe siècle) » : Gilles Havard, CNRS

Commentateur : Peter Sahlins, University of California, Berkeley

* 14h – 16h : Séance 2 : Président : Robert Descimon, EHESS

- « The Legal Structure of Colonial Rule During the French Revolution » : Miranda Spieler, University of Arizona

- « Race and ‘Le Sol Libre de France’ : A Genealogy » : Sue Peabody, Washington State University, Vancouver

Commentateur : David Bell, Johns Hopkins University

II – Sentiment national et identités

* 16h30 – 18h30 : Séance 3 : Présidente : Françoise Vergès, University of London

- « ‘Nègres ou Mulâtres nous sommes tous Français puisque c’est le sang des Français qui coule dans nos veines ou celles de nos neveux’ : Race, filiation et identité dans les postes de traite du Sénégal, 1655-1789 » : Guillaume Aubert, Williams College

- « ‘Perros los Franceses’ : La francité à l’épreuve de l’expérience coloniale en Louisiane sous le Régime français (1699-1769) » : Cécile Vidal, CENA, EHESS

Commentateur : Ibrahima Thioub, Université Cheikh Anta Diop, Dakar

Vendredi 17 octobre 2008

* 10h – 12h : Séance 4 : Présidente : Arlette Jouanna, Université Montpellier III

- « Le religion, le roi et l'exil : les paramètres de l'identité française des huguenots » : Bertrand Van Ruymbeke, Université Paris VIII

- « Over Charles White's Dead Body : Acadians, Attorneys, and A Case of Mistaken Identity in Early National Philadelphia » : Christopher Hodson, Brigham Young University

Commentatrice : Myriam Yardeni, Université de Haïfa

* 14h – 16h : Séance 5 : Président : Jean Hébrard, University of Michigan

- « ‘Des François qui gémissent sous le joug de l’oppression’ : The Evolving Question of Identity for Free People of Color During the Early French Revolution » : John Garrigus, University of Texas at Arlington

- « Le sentiment d'appartenance dans l'espace caribéen : colons et politiques nationales aux XVIIIe et XIXe siècles » : Myriam Cottias, CNRS

Commentateur : Frederick Cooper, New York University

* 16h30 – 18h30 : Séance 6 : Président : François-Joseph Ruggiu, Université Paris IV

- « Empire, Religion, and National Sentiment in Pierre-François Xavier de Charlevoix’s New World Histories » : Catherine Desbarats, McGill University

- « Sentiments d’appartenance et migrations de France aux Amériques au XIXe siècle » : François Weil, CENA, EHESS

Commentateur : Thomas Wien, Université de Montréal

III – Discours et représentations : le regard sur les « nations »

Samedi 18 octobre 2008

* 09h30 – 11h30 : Séance 7 : Président : André Burguière, EHESS

- « ‘L’acadianité’, miroir de l’identité française ? » : Jean-François Mouhot, University of Birmingham

- « Français, Africain, Américain et/ou père des nations ? La figure du Créole blanc dans la Description… de la partie française de l’isle Saint-Domingue de Moreau de Saint-Méry » : Doris Garraway, Northwestern University

Commentateur : Jeremy D. Popkin, University of Kentucky

* 13h30 – 15h30 : Séance 8 : Présidente : Pap Ndiaye, CENA, EHESS

- « Les ‘Sénégalais’ et la première colonisation française en Afrique et en Amérique » :
Ibrahima Seck, Université Cheikh Anta Diop, Dakar

- « L’ethnographie coloniale comme discours politique en Nouvelle-France » : Saliha Belmessous, University of Sydney

Commentateur : Denys Delâge, Université Laval

* 16h – 17h : Présidents : Cécile Vidal et François Weil, CENA, EHESS

Conclusions : Jacques Revel, EHESS

Lieux

  • EHESS, 105 bd Raspail, amphithéâtre
    Paris, France

Dates

  • jeudi 16 octobre 2008
  • vendredi 17 octobre 2008
  • samedi 18 octobre 2008

Mots-clés

  • nation, sentiment national, identités, migrations, colonisation, esclavage, France, monde atlantique français

Contacts

  • Cécile Vidal
    courriel : cecile [dot] vidal [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Cécile Vidal
    courriel : cecile [dot] vidal [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Être et se penser Français », Colloque, Calenda, Publié le mardi 09 septembre 2008, http://calenda.org/195429