AccueilLa rhétorique du combat ou l'exercice de la polémique

La rhétorique du combat ou l'exercice de la polémique

Violence et persuasion dans le discours (Journées d'étude - II)

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Publié le lundi 22 septembre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Ces trois journées de travail constituent la deuxième étape d’une enquête menée, sous l’égide des Universités de Paris IV, de Bruxelles et de Gand, ainsi que de l’EHESS, autour de la « fonction critique » de la parole rhétorique. Malgré la littérature existant sur le sujet, souvent d’un intérêt remarquable pour l’objet qui nous occupe, il nous a semblé profitable de reconsidérer le champ discursif de la polémique, afin d’en actualiser la définition par une investigation diachronique – de l’Antiquité à l’époque moderne – capable de révéler les contours et les régularités de cette production langagière d’apparence marginale.

Annonce

22-24  octobre 2008
Salle Delamarre - EPHE

Luce Albert & Loïc Nicolas

Programme

Mercredi 22 octobre

14h30  Accueil des participants

Théories et pratiques de la polémique dans l’Antiquité

Présidence : Carlos Lévy (Professeur / Université de Paris-Sorbonne – Paris IV)

14h50 Cristina Pepe (Université Marc Bloch – Strasbourg II / Université Federico II de Naples)
« Pour une archéologie du discours polémique : le paradigme de la parole agonale dans la rhétorique de l’Antiquité. »

15h30 Camille Rambourg (Université de Paris XII)
« La théorie aristotélicienne de la diabolè. »

16h10 Marie-Agnès Ruggiu (Université de Paris XII)
« “ars vivendi” dans les livres III et IV du De Finibus : un exemple de la reconstruc-tion par Cicéron de la pensée stoïcienne pour la disqualifier. »

16h50  Géraldine Hertz (Université de Paris XII)
« Apulée contre Emilianus dans l’Apologie : art de la polémique et cas problématique de la malédiction de l’adversaire. »

17h30 Pascale Paré-Rey (MCF / Université Jean Moulin – Lyon 3)
« Un telum tragique : la sententia. »

Jeudi 23 octobre

Controverses et polémiques religieuses : expressions de l’altérité confessionnelle

Présidence : Vincent Zarini (Professeur / Université de Paris-Sorbonne – Paris IV)

9h30 Delphine Viellard (Université Blaise Pascal – Clermont II, IEA)
« Une appropriation différente de la rhétorique chez Jérôme et Augustin dans les exordes de leurs œuvres polémiques. »

10h00 Hélène Grelier (Université de Paris-Sorbonne – Paris IV)
« L’Écriture : un ressort polémique dans le discours de controverse doctrinale. »

10h30 Laurence Dalmon (Université Blaise Pascal – Clermont-Ferrand II)
« Conception et exercice patristiques de la controverse. »

11h00 Evelyne Guzy-Burgman (Université Libre de Bruxelles, LTPC, CIERL)
« La Fin du ‘Peuple d’Israël’ : une vérité coranique. Analyse de l’efficacité d’une rhétorique du combat à travers un texte jihadiste. »

11h30  Discussion

12h00  Déjeuner

La rhétorique polémique : jeu de dupes ou entreprise de véridiction ?

Présidence : Perrine Galand-Hallyn (Directeur d’études / EPHE)

14h00 Isabelle Coumert (Université Michel de Montaigne – Bordeaux 3)
« La rhétorique de la provocation dans Le Lancelot en prose : le “bruit” de l’outrage. »

14h30 Alessia Marchiori (Université de Vérone – Université de Paris-Sorbonne)
« Les voix polémiques dans le Songe du Vieil Pèlerin : ressources rhétoriques et réflexion sur le langage. »

15h00 Marie Jennequin (FRS-FNRS / Université Catholique de Louvain)
« Mère Sotte ou la rhétorique des Sotz : la violence communicationnelle dans le Jeu du Prince des Sotz et de Mere Sotte. »

15h30 Discussion           

 

16h00  Estelle Doudet (MCF / Université de Lille)
« Les moralités polémiques du début du XVIe siècle. »

16h30 Nathalie Szczech (Université de Paris-Sorbonne – Paris IV)
« Rhétorique de la polémique et construction confessionnelle chez Calvin. »

17h00 Jan Herman et Nathalie Kremer (Université de Leuven)
« Rhétorique des polémiques préfacielles au XVIIIe siècle. »

17h30 Discussion

Vendredi 24 octobre

Religion, politique et littérature : variations polémiques à l’âge classique

Présidence : Delphine Denis (Professeur / Université de Paris-Sorbonne – Paris IV)

9h30 Natacha Salliot (Université du Maine)
« Vaincre, convaincre et persuader dans la polémique confessionnelle : le cas de la controverse suscitée par De l’Institution, usage et doctrine du sainct sacrement de l’Eucharistie de Philippe Duplessis-Mornay. »

10h00 Tom Bruyer (Université de Gand)
« Rhétorique de la polémique chez Racine : l’exemple de Bérénice. »

10h30 Alexander Roose (Université de Gand)
«  La Fontaine : parler et parlementer, rhétorique et violence. »

11h00 Christophe Angebault (Université de Paris III – Sorbonne Nouvelle)
« Les querelles littéraires du XVIIe siècle et la construction de l’autorité critique. »

11h30 Élise Pavy (Université Jean Moulin – Lyon III)
« Les salonniers du XVIIIe siècle : rhétorique polémique et polémicité. »

12h00 Discussion

12h30 Conclusion générale par le Professeur Fernand Hallyn (Université de Gand)

13h00 Déjeuner

Comité scientifique

-       Luc Boltanski (Directeur d’études à l’EHESS)

-       Emmanuelle Danblon (Chercheur qualifié au FNRS / Université Libre de Bruxelles)

-       Delphine Denis (Professeur à l’Université de Paris Sorbonne – Paris IV)

-       Perrine Galand-Hallyn (Directeur d’études à l’EPHE)

-       Fernand Hallyn (Professeur à l’Université de Gand)

-       Carlos Lévy (Professeur à l’Université Paris Sorbonne – Paris IV)

-       Luce Albert (Université de Gand / Université Paris Sorbonne – Paris IV)

-       Loïc Nicolas (FNRS – Université Libre de Bruxelles (Ltpc, Gral) / EHESS)

Toute l’ambition historique autant que théorique de la présente enquête est de parvenir à dresser l’état des lieux d’une question à la fois centrale et problématique dans le cadre d’une réflexion sur les conditions de la persuasion. Partant, le projet consiste-t-il d’une part à interroger les modalités pratiques d’une prise de parole primordialement caractérisée par l’attaque et l’opposition, voire la disqualification systématique de la parole d’un autre (adversaire réel ou imaginé) – ce que nous pourrions appeler l’usage vectorisé de la violence verbale –, d’autre part à analyser le dispositif rhétorique propre à légitimer le procès oratoire et favoriser la transaction du sens. Or, pour que le polémiste puisse prétendre, par son statut et sa posture éthiques, gagner l’auditoire, le rallier à ses vues, il ne peut renoncer à insérer son discours dans l’univers doxal des choses acceptables, ni à le soumettre aux attendus contractuels d’une rencontre sociale définie dans ses rites, comme dans ses codes. De fait, un tel dispositif semble exercer une contrainte générique et conventionnelle sur l’orateur, en instituant un sens de la mesure et de l’à-propos. La polémique prescrit ses règles et ses armes, impose ses conditions, son terrain d’action ou de réaction : un mot de trop, un tour mal pesé, et tout le projet rhétorique se trouve mis en échec faute d’une entente pérenne sur les enjeux et les fins du combat. Mais qu’en est-il des excès possibles, des dérives, des limites (sociales, morales, éthiques, techniques) de ces discours disposés en ordre de bataille et néanmoins en quête de reconnaissance et d’approbation ? 

Nous faisons à ce propos l’hypothèse que la guerre par les mots, cette « guerre pour de rire », selon l’expression de Catherine Kerbrat-Orecchioni, demeure rhétorique dans son essence même, au sens où celle-là vise d’abord le dépassement de la violence physique, l’absorption du corps à corps dans le mot à mot. Qu’on tente de l’évacuer, de la dissimuler derrière une évidence fictive en faisant « comme si » tout allait de soi, ou, au contraire, qu’on la mette en scène ostensiblement à des fins stratégiques, la polémique demeure au cœur de l’entreprise oratoire. Elle constitue un horizon possible, une éventualité, une ressource circonstancielle disponible à la croisée des genres. C’est pourquoi, négliger sa pertinence, son importance topique aurait pour effet de récuser l’idée essentielle suivant laquelle à l’origine et au fondement de tout discours résident une cause à gagner, un contradicteur à évincer, des arguments à contester, et, en fin de compte, un auditeur à persuader de la supériorité d’un dire inscrit dans une hiérarchie (souvent implicite) des valeurs et des préférences. Provocation, incitation à la réponse, une telle parole invite à la surenchère, à la contre-attaque, à la pointe, à la recherche de l’argument imparable – cette munition discursive – qui viendrait enfermer dans ses formes la bataille des mots, et clore le rapport de force entre des protagonistes plus ou moins bien dotés pour mener à son terme la joute verbale et soutenir cette situation instable sans vaciller.

Lieux

  • EPHE (Sorbonne) - Salle Delamarre
    Paris, France

Dates

  • mercredi 22 octobre 2008
  • jeudi 23 octobre 2008
  • vendredi 24 octobre 2008

Mots-clés

  • rhétorique, polémique, langage, critique, controverse

Contacts

  • Loïc Nicolas
    courriel : loic [dot] nicolas [at] ulb [dot] ac [dot] be
  • Luce Albert
    courriel : luce [dot] albert [at] free [dot] fr

Source de l'information

  • Loïc Nicolas
    courriel : loic [dot] nicolas [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« La rhétorique du combat ou l'exercice de la polémique », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 22 septembre 2008, http://calenda.org/195516