Accueil« Retour aux urnes 2008 » : les élections en Amérique latine

*  *  *

Publié le mercredi 24 septembre 2008 par Raphaëlle Daudé

Résumé

La Journée d’études, « Retour aux urnes 2008 » : les élections en Amérique latine, aura lieu le 21 janvier 2009 à l'ENS-LSH de Lyon. Elle a pour objectif d'analyser les résultats des élections locales et des différents référendums constitutionnels, depuis 200, en Amérique latine; d'étudier le rôle et les stratégies des différents acteurs qui ont participé à la campagne électorale et aux élections; et, enfin, d'appréhender les changements institutionnels mis en oeuvre dans plusieurs pays grâce à l'instauration de nouvelles constitutions ou à travers la redéfinition des règles électorales.

Annonce

Appel à contribution pour la journée d’études « Retour aux urnes 2008 » : les élections en Amérique latine

21 Janvier 2009
ENS-Lyon, Triangle

Les propositions de communication sont à transmettre au plus tard le 15 novembre 2008  à l'adresse suivante : retourauxurnes@gmail.com.

Une nouvelle vague d’élections anime la vie politique de divers pays latino-américains, au lendemain de l’ample convocation de 2006[1]. Alors que l’Argentine a invité ses électeurs à élire ses représentants municipaux en octobre 2007, l’année 2008 est marquée par la tenue d’élections locales et/ ou partielles au Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Paraguay et Venezuela, etc. L’Equateur et la Bolivie prévoient, quant à eux, la tenue d’un référendum portant sur une nouvelle Constitution qui mettrait en œuvre notamment la refonte des institutions et systèmes politiques.

L’ « appel aux urnes » de l’année 2006 s’est accompagné d’un approfondissement de la réflexion portant sur le processus qualifié, par certains chercheurs, de « virage  à gauche » latino-américain[2]  : les débats réalisés au lendemain de la vague électorale de 2006  ont, en effet, permis de mesurer la continuité de ce processus mais également les limites de cet angle d’analyse[3]. Si l’arrivée au pouvoir, dans plusieurs pays du sous-continent américain, de représentants peu « traditionnels » (l’indien Evo Morales, la femme Michelle Bachelet ou l’ouvrier Luiz Inácio Lula da Silva), traduit une évolution du « paysage politique en Amérique Latine »[4], la multiplicité des trajectoires prises à l’issue de ce « virage » invite à la prudence analytique. Revisiter les sentiers tracés par les nouvelles démocraties latino-américaines à partir de l’analyse des phénomènes électoraux locaux, enrichirait la compréhension des changements politiques observables dans le sous-continent latino-américain.

Les élections locales constituent, en effet, un terrain d’observation particulièrement fécond des mutations et continuités sociopolitiques des pays latino-américains. Ainsi que le souligne Olivier Dabène[5], « le local n’est pas une dimension résiduelle de la politique » en Amérique Latine : une dynamique propre, non réductible aux enjeux nationaux, est généralement observable. Un « découplage » entre dynamiques locale et nationale tend d’ailleurs à se consolider, dans un certain nombre de pays latino-américain. Par exemple, le processus de « renouvellement » du profil de l’élite présidentielle coexiste parfois avec un retour des caciques locaux : ainsi, si au Nicaragua, les élections municipales de 2004 annonçaient la victoire des sandinistes, les résultats du référendum révocatoire en Bolivie, en août dernier, démontrent qu’il peut y avoir un fort soutien au niveau national pour Evo Morales tout en maintenant une totale confiance envers les caciques locaux de l’opposition menée par les gouverneurs. De plus, les alliances réalisées entre partis politiques, à l’échelle locale, contrastent souvent fortement avec les alliances réalisées à l’échelle nationale, le clivage «  droite-gauche » - d’usage difficile en Amérique Latine - ne permettant qu’une compréhension partielle des fondements de ces coalitions.

Les dynamiques locales et nationales sont toutefois poreuses : l’arrivée au pouvoir national de nouvelles forces ou personnalités politiques peut exercer une influence non négligeable sur les élections locales. Par exemple, au Brésil, on observe depuis le début des années 2000, une évolution des bastions électoraux du PT vers le Nord-Nordeste, processus renforcé par l’élection de Lula en 2002 et l’extension de programmes sociaux durant ses deux mandats[6].

La journée d’étude «  retour aux urnes 2008 » a pour objectif d’approfondir la compréhension des processus électoraux locaux et leur articulation avec l’échelle nationale, dans une perspective comparative. Les études réalisées, en France, sur les élections locales ont montré le poids grandissant des enjeux nationaux pour la compréhension des scrutins locaux, en particulier en milieu urbain[7]. Les élections locales peuvent aussi démontrer un processus de « localisation » d’un parti politique sans que celui-ci n’arrive à s’imposer au niveau national : on peut l’observer en France avec le Parti socialiste mais cela peut être aussi le cas en Equateur avec le Mouvement Pachakutik, qui n’est que faiblement représenté au niveau national[8], tout en restant fort dans certaines provinces[9]. Même si les processus électoraux locaux réalisés en « Extrême occident [10]» peuvent avoir des similitudes avec ceux exercés en Occident, en général ils diffèrent, sur de nombreux points, des réalités européennes et restent aujourd’hui peu étudiés.  

Afin de considérer l’interaction entre les dynamiques locales et nationales en Amérique Latine, trois axes seront développées durant la journée d’étude, dans lesquels doivent s’inscrire les propositions de communication.

Dans un premier temps, une attention sera consacrée à l’analyse des résultats des élections. On s’interrogera sur la stabilité et/ou l’évolution géographique des bastions électoraux des acteurs individuels et partisans et leurs déterminants. Il s’agira notamment de comprendre dans quelle mesure la géographie électorale ayant porté les candidats aux postes présidentiels, influence les élections locales. Les analyses quantitatives des scrutins seront, notamment, appréciées.

Dans un second temps, une réflexion sera accordée aux « acteurs » de l’élection. Il s’agira d’appréhender les stratégies des candidats et des partis politiques. Une vaste littérature s’est intéressée aux échanges entre candidats et électeurs durant les périodes électorales, à partir de  l’étude de la politique du don et des faveurs[11]. Au-delà des échanges matériels et symboliques entre gouvernants et gouvernés, les stratégies discursives des candidats sont généralement insuffisamment considérées. Ainsi, les contributeurs observeront les stratégies discursives et les processus de politisation durant les campagnes, en prenant en considération la distinction urbain/rural. En outre, comment interviennent les enjeux nationaux dans les stratégies de campagnes des candidats ? Comment les politiques publiques locales et nationales sont-elles mobilisées durant ces mêmes campagnes?

Dans un troisième temps, les changements institutionnels à l’œuvre dans divers pays seront appréhendés. Plusieurs pays, tel que le Brésil, opérèrent une redéfinition, plus ou moins conséquente, de leurs règles électorales. Cette nouvelle vague d’élections permet ainsi d’observer l’influence du cadre institutionnel sur le comportement des acteurs des élections (candidats, partis politiques, médias, judiciaire, autres..). D’autres pays, comme la Bolivie et l’Equateur, ont effectué des changements en profondeur pouvant devenir effectifs avec le succès lors de leurs référendums respectifs. Quelles ont été les positions des différents acteurs qui soutenaient ou non ces évolutions constitutionnelles ? Comment la nouvelle réorganisation territoriale (autonomie des territoires indigènes, nouvelle décentralisation, etc.) affectera-t-elle les enjeux politiques locaux ?

Comité Scientifique : Olivier Dabène, David Garibay, Franck Gaudichaud, Camille Goirand, Stéphane Monclaire, David Recondo.

Comité Organisateur : Matthieu le Quang, Marie-Hélène Sa Vilas Boas.


[1] L’étude de cette vague électorale qui a eu lieu en 2006 en Amérique latine a donné lieu à un colloque (« l’Amérique latine aux urnes »), organisé en décembre 2006 par l’Observatoire Electoral 2006 de Sciences Po et le CERI.

[2] Voir par exemple, le numéro 47/48 de la revue Mouvements intitulé « Amérique latine, le tournant à Gauche ? »

[3] Voir également Olivier Dabène, Amérique Latine, les élections contre la démocratie ?, Paris, Presses de Science Po, 2007.

[4] Alain Rouquié,  « Un nouveau paysage politique en Amérique latine », Etudes, 2007-2008, pp. 729-738.

[5] Olivier Dabène, Amérique Latine..., op. cit, p. 35.

[6] Stéphane Monclaire, «  Lula II : Un vote de reconnaissance », in Lusotopie, 2007, vol. 14, no 1 p. 3-70.

[7] Cf. Notamment les analyses de Jean Luc Parodi, « La double consultation de mars 1992. À la recherche d’un modèle », dans Philippe Habert, Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote éclaté, les élections régionales et cantonales de 1992, Paris, Département d’études politiques du Figaro/Presses de Sciences Po, 1992, pp. 269-285.

[8] Luis Macas, le candidat du Pachakutik, est arrivé en sixième position aux dernières élections présidentielles avec 2,18% des voix.

[9] Notamment dans les provinces d’Imbabura et de Cotopaxi.

[10] Alain Rouquié, «  Amérique Latine. Introduction à l’extrême Occident », Paris, Essais, Points, 1987

[11] Javier Auyero, «  la doble vida del clientelismo », Sociedad 8, Buenos Aires, Facultad de Ciencas Sociales, universidad de Buenos Aires, avril 1996, Javier Auyero (comp), Favores por votos ? Estudios sobre el clientelismo contemporáneo, Buenos Aires, Losada, 1997, Steffen Schmidt, Laura Guasti, Carl Landé, James C. Scott, Friends, Followers and Factions. A reader of political clientelism, California, University of Califiornia Press, 1997.

Lieux

  • Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines, 15 parvis René Descartes, Lyon 7ème
    Lyon, France

Dates

  • samedi 15 novembre 2008

Mots-clés

  • élections locales, Amérique latine, acteurs politiques

Contacts

  • Matthieu LE QUANG
    courriel : matthieu [dot] lequang1 [at] univ-lyon2 [dot] fr
  • Marie-Hélène Sa Vilas Boas
    courriel : msavilas [at] hotmail [dot] com

Source de l'information

  • Matthieu LE QUANG, Marie-Hélène SA VILAS BOAS ~
    courriel : retourauxurnes [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« « Retour aux urnes 2008 » : les élections en Amérique latine », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 24 septembre 2008, http://calenda.org/195551