AccueilEmprises de la violence. Regards sur la civilisation contemporaine

Emprises de la violence. Regards sur la civilisation contemporaine

Échange et diffusion des savoirs, saison de conférences 2008-2009

*  *  *

Publié le mardi 30 septembre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Alors qu'une réflexion sur les formes politiques, juridiques et militaires de violence avait été ouverte par Échange et diffusion des savoirs lors de saisons précédentes, cette série de rencontres souhaite saisir et mettre en critique de tout autres types de violences. Des violences souvent insidieuses, que nous sommes arrivés à considérer comme allant de soi, qui nous assaillent et nous séquestrent, personnellement et collectivement. D'octobre à avril 2009, douze conférenciers viendront tout à tour décrypter et analyser les modes de fonctionnement actuels de nos sociétés : Alain Bentolila, Dany-Robert Dufour, Jean-Pierre Rosenczveig, Marcel Gauchet, Françoise Choay et Olivier Mongin, Alain Caillé, Sophie Body-Gendrot, Marie-José Mondzain, Bernard Stiegler, Jacques Donzelot, Jean-Pierre Lebrun, Jacques Généreux.

Annonce

Depuis mars 2000, l'association Echange et diffusion des savoirs présente à Marseille, des saisons de conférences et colloques.

Ces rencontres, ouvertes au grand public, gratuites, se déroulent de l'automne au printemps selon des cycles thématiques développant les grands "faits de société" contemporains. Elles sont animées par des penseurs et chercheurs délibérément choisis parmi les plus éminents dans leurs domaines respectifs.

Emprises de la violence. Regards sur la civilisation contemporaine

Lors de précédentes saisons, Echange et diffusion des savoirs avait ouvert une réflexion sur les formes politiques, juridiques et militaires de violence ouverte (cycles  : L'exception dans tous ses états ; Masques et figures de la guerre).

Cette dixième saison de conférences s'efforcera de saisir et mettre en critique de tout autres types de violences. Des violences souvent insidieuses, que nous sommes arrivés à considérer comme allant de soi, qui nous assaillent et nous séquestrent, personnellement et collectivement.

12 conférences d'octobre 2008 à avril 2009

Douze conférenciers interviendront d'octobre à avril, philosophes, sociologues,  linguistes, économistes ou politologues, tous particulièrement attentifs à l'évolution de la civilisation contemporaine. Douze regards savants pour décrypter et analyser les modes de fonctionnement actuels de nos sociétés.

 Au centre de ces regards, la figure triomphale de l'individu réputé autonome, maître de son destin, libéré des liens sociaux et de toute forme de transcendance. Quel peut-être l'avenir de cet "homme nouveau" privé à la fois d’idéal et de frontières à transgresser ? Une société atomisée et en perte de sens peut-elle durablement fonctionner ?

 Seront ainsi évoquées les questions de la langue, outil de perception et de partage du monde ; celle d'une société qui ne se préoccupe plus tant de protéger ses enfants et ses jeunes que de se protéger contre eux ; la question de l'effondrement du sens des savoirs ; celle du poids de l'image dans notre société, une image inflationniste, rendue omniprésente par le petit écran, qui prescrit et cloisonne l'imaginaire ; ou encore celle de l'accès à l'âge adulte rendu de plus en plus difficile, notamment par  l'assujettissement des adultes et des jeunes à l'image…

 Toutes ces questions ont pour terrain d'élection l'urbanisation massive de l'habitat dans le monde, au Nord comme au Sud. Fait social majeur de notre modernité, ce phénomène ne sera pas en reste d'interrogations frontales : Quelle ville nous fait-on ? Et pourquoi ? Et qui la fait ? Est-t-elle vraiment le lieu de la peur ? Qu'en est-il de la barbarisation, de la brutalisation de nos villes ? De la normalisation de l'espace public ?

 On le voit, ce programme est une invitation à penser ensemble aux conditions d'une démocratie possible aujourd'hui. Une invitation à penser aux régressions qui nous menacent si nous ne prenons pas politiquement notre vie personnelle et collective en mains.

 Intervenants

Alain Bentolila, Dany-Robert Dufour, Jean-Pierre Rosenczveig,

Marcel Gauchet, Françoise Choay et Olivier Mongin, Alain Caillé,

Sophie Body-Gendrot, Marie-José Mondzain, Bernard Stiegler,

Jacques Donzelot, Jean-Pierre Lebrun, Jacques Généreux.

 Les conférences

Jeudi 16 octobre

Maîtrise de la langue et destin scolaire par ALAIN BENTOLILA

 Selon Alain Bentolila, plus encore que la communication écrite, la maîtrise de la langue orale conditionne destin scolaire et destin social, et constitue un des instruments efficaces de lutte contre l'exclusion et la violence : lorsque les paroles ne portent pas, les coups prennent le relais.

 Linguiste, Alain Bentolila est professeur à l'université Paris V. Fondateur de l’Observatoire national de la lecture en France, il est membre de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme.

 Derniers ouvrages parus : Le verbe contre la barbarie, Odile Jacob, 2007 ; Urgence école. Le droit d'apprendre, le devoir de transmettre, Odile Jacob, 2007

Jeudi 13 novembre

Les vices privés font-ils le bien public ? par DANY-ROBERT DUFOUR

 "Les vices privés font la vertu publique" : c'est sur ce célèbre adage de Mandeville énoncé en 1704 que se fonde toute la pensée libérale ultérieure. Pour Dany-Robert Dufour, si ce principe peut avoir un sens pour l'économie des biens, il ne peut que détruire l'économie des personnes  – économies politique, sémiotique, psychique, symbolique – de même que l'économie du vivant.

 Dany-Robert Dufour est philosophe, professeur en sciences de l’éducation à l’université Paris VIII, et directeur de programme au Collège international de philosophie. Il enseigne régulièrement à l’étranger, en particulier au Brésil et au Mexique.

 Derniers ouvrages parus : Le divin marché. La révolution culturelle libérale, Denoël, 2007 ; On achève bien les hommes. De quelques conséquences actuelles et futures de la mort de Dieu, Denoël, 2005 ; L'Art de réduire les têtes, Denoël, 2003

Jeudi 20 novembre

Comment rendre justice aux enfants et aux jeunes ?  par JEAN-PIERRE ROSENCZVEIG

 La violence des jeunes – de certains jeunes issus des bans-lieux – mettrait la France à feu et à sang au point qu'il faudrait revisiter tout notre dispositif judiciaire… Mythe ou réalité ? Protégera-t-on mieux la société par la violence et la simple et seule répression ?

 Magistrat, Jean-Pierre Rosenczveig est Président du Tribunal pour enfants de Bobigny depuis 16 ans. Fondateur de l'Institut de l'enfance et de la famille et du Conseil français des associations pour les droits de l'enfant, il préside également l'association Défense des enfants international - France qui veille au respect par la France des engagements qu’elle a contractés en ratifiant la Convention internationale relative aux droits de l’enfant.

 Derniers ouvrages parus : Baffer n'est pas juger. La justice des mineurs (avec O. Mazerolle), Plon, 2007 ; Justice ta mère !, Anne Carrière, 2003 

Jeudi 4 décembre

Que nous arrive-t-il ? Sur l'effondrement du sens des savoirs par MARCEL GAUCHET

"La société de la connaissance" pourrait bien se révéler, en fait, celle où les savoirs perdent tout sens autre qu'utilitaire. Ils cessent de se présenter comme les vecteurs d'une émancipation promettant à l'humanité la maîtrise consciente de son destin. Marcel Gauchet s'efforcera de mettre en lumière, à partir de ce phénomène, les ressorts du changement de monde qui nous emporte et la racine des périls auxquels il nous expose.

 Marcel Gauchet est historien et philosophe, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et rédacteur en chef de la revue Le Débat depuis sa création en 1980.

 Derniers ouvrages parus : L'avènement de la démocratie. Tome 1 : La révolution moderne et Tome 2 : La crise du libéralisme, Gallimard, 2007 ; L'avènement de la démocratie., Gallimard, 2007 ; La démocratie d'une crise à l'autre, Cécile Defaut, 2007

Jeudi 22 janvier

Espace public et patrimoine local à l'heure de la mondialisation par FRANÇOISE CHOAY

Conférence présentée et débat animé par Olivier Mongin

Seront "mis en examen" les facteurs de la transformation normalisatrice en cours de la ville et ses conséquences anthropologiques. Face à cela, quels combats mener ?

 Françoise Choay est historienne des théories et des formes urbaines et architecturales, écrivain et critique d'art. Professeur émérite des universités Paris I et Paris VIII, elle est professeur associée au Centre d'études supérieures d'histoire et de conservation des monuments anciens de Chaillot.

 Derniers ouvrages parus : Alberti. Humaniste, architecte (dir. avec M. Paoli), ENSBA, 2007 ; Pour une anthropologie de l'espace, Le Seuil, 2006 ; L'Allégorie du patrimoine, Le Seuil, 2006 (1992)

 Olivier Mongin est philosophe et essayiste. Il dirige depuis 1989 la revue Esprit.

 Derniers ouvrages parus : Sarkozy. Corps et âme d'un président (avec G. Vigarello), Perrin, 2008 ; La condition urbaine. La ville à l'heure de la mondialisation, Le Seuil, 2007 (2005)

Jeudi 29 janvier

Démocratie, individualisme et/ou parcellitarisme ? par ALAIN CAILLÉ

Il est possible de penser que nos sociétés occidentales contemporaines sont en train de parachever la révolution démocratique qui les travaille depuis au moins deux siècles, et que la libération de l'individu à laquelle on assiste partout en est le plus sûr indice. Mais il est également possible de soutenir que cet individualisme est aussi délétère que libérateur. Il marque d'avantage le triomphe du parcellitarisme que celui d'un individualisme qui libèrerait effectivement les sujets de la domination.

Docteur en économie et en sociologie, Alain Caillé est professeur de sociologie à l'Université Paris X. Fondateur du MAUSS en 1981 – Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales – il dirige La Revue du MAUSS. Alain Caillé est par ailleurs membre du Comité scientifique d'ATTAC.

 Derniers ouvrages parus : La quête de reconnaissance. Nouveau phénomène social total (dir.), La Découverte, 2007 ; Anthropologie du don. Le tiers paradigme, La Découverte, 2007 (2000) ; Quelle démocratie voulons-nous ? (dir.), La Découverte, 2006 ; Dé-penser l'économique. Contre le fatalisme, La Découverte, 2005

Jeudi 5 février

Confronter la peur par SOPHIE BODY-GENDROT

La peur a toujours accompagné l’histoire des villes. Mais à notre époque de grandes mutations, et singulièrement depuis le 11 septembre, elle est exploitée à l'encontre des "suspects" habituels. A partir de l'analyse de contextes urbains divers – New York, Shanghai, Johannesburg, Mexico – il s'agit de comprendre comment, concrètement, les habitants confrontent leurs peurs et quelles mesures publiques ou privées tentent (ou non) de les canaliser.

Politologue et américaniste, spécialiste des violences urbaines, Sophie Body-Gendrot est professeur à l’Université Paris IV Sorbonne et chercheur au CNRS/Ministère de la Justice. Elle dirige le Centre d’études urbaines dans le monde anglophone.

 Derniers ouvrages parus : La peur détruira-t-elle la ville ?, Bourin, 2008 ; Sortir des banlieues. Pour en finir avec la tyrannie des territoires (avec C. Wihtol de Wenden), Autrement, 2008

Jeudi 19 février

Apprendre à voir ensemble par MARIE-JOSÉ MONDZAIN

Il y aurait des images pour les enfants, et des images "pour les grands". Mais l'image est un objet intergénérationnel : l'expérience de l'image des enfants est quotidiennement confrontée au manque de ressources et de compétence des adultes en ce domaine, ce qui est, pour l'enfant, la plus violente des expériences. Et sans doute, pour l'adulte, la plus violente des dépossessions.

Philosophe, Marie-José Mondzain est directrice de recherche au CNRS, membre du centre Marcel Mauss de l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Elle développe une réflexion sur les différents régimes de l’image.

 Derniers ouvrages parus : Les peurs du siècle, Bayard, 2007 ; Homo spectator, Bayard, 2007 ; Qu'est-ce que tu vois ? , Gallimard, 2007

Jeudi 12 mars

Etre adulte. Pour une écologie des générations par BERNARD STIEGLER

 Le système consumériste qui s’est imposé au XXe siècle conduit à une crise intergénérationnelle d’une ampleur et d’une gravité sans précédent. Le marketing en infantilisant les adultes produit des enfants symboliquement orphelins ; enfants qui, face développement technologique foudroyant, ont une meilleure intelligence du réel que leurs ascendants. Une société où il n’y a plus d’adultes affecte tous les niveaux de la hiérarchie sociale, tous les pouvoirs – économiques, politiques et symboliques. Cela signifie en toute logique que nous ne vivons plus en démocratie. Reconstruire un être adulte, c’est donc reconstruire la démocratie.

Bernard Stiegler est philosophe. Directeur du développement culturel du Centre Georges Pompidou, il a été directeur de programme au Collège international de  philosophie, professeur à l'Université technologique de Compiègne, directeur général adjoint de l'Institut National de l'Audiovisuel, et directeur de l'IRCAM.

 Derniers ouvrages parus : Prendre soin. Tome 1 : De la jeunesse et des générations, Flammarion, 2008 ; La télécratie contre la démocratie, Flammarion, 2006

Jeudi 26 mars

De la prévention sociale de la délinquance à la dissuasion urbaine du crime par JACQUES DONZELOT

La prévention sociale de la délinquance connaît une transformation homologue à celle du traitement du chômage : on présuppose maintenant que tout individu est un criminel potentiel, que tout en cette matière n'est qu'affaire d'opportunité. Les causes de la délinquance ne sont plus recherchées dans le registre économique – l'appartenance aux classes les plus nécessiteuses – mais dans des causes sociologiques : l'appartenance à des groupes à risques, à certains quartiers… Ainsi il y va davantage de l'art de dissuader de passer à l'acte que de prendre en charge des causes supposées sociales de la délinquance comme état plus ou moins subi. Il semble que nous soyons passé d'une prévention sociale de la délinquance à un nouveau modèle que Jacques Donzelot propose d'appeler la dissuasion urbaine du crime.

Jacques Donzelot est maître de conférences en sociologie politique à l'Université Paris X. Spécialiste de l'étude des questions sociales et urbaines, il poursuit actuellement ses recherches sur la politique de la ville.

 Derniers ouvrages parus : Villes, violence et dépendance sociale, La Documentation française, 2008 ; Quand la ville se défait. Quelle politique face à la crise des banlieues ?, Le Seuil, 2008 (2006)

Jeudi 2 avril

Quelle subjectivité produit le néolibéralisme ? par JEAN-PIERRE LEBRUN

Notre société néolibérale se présente comme sans limite et ne rend dès lors plus perceptible cette contrainte que l’être parlant suppose, à savoir celle de perdre l’immédiateté, ce détour que la psychanalyse a identifié comme la caractéristique même de l’humain. La subjectivité de notre époque se croit d’emblée libre, autonome, sans rien devoir aux autres ni aux générations antérieures, dégagée de ce trajet d’humanisation. Comment allons-nous riposter à cette invitation à nous croire libérés de la condition humaine ?

Jean-Pierre Lebrun est psychiatre et psychanalyste. Il a été président de l’Association freudienne de Belgique et de l’Association lacanienne internationale.

 Derniers ouvrages parus :Des lois pour être humain (avec A. Wenin), Erès, 2008 ; La perversion ordinaire. Vivre ensemble sans autrui, Denoël, 2007

Jeudi 9 avril

La grande régression par JACQUES GENEREUX

Depuis trois décennies, au moment où semblait s’imposer la figure de l’individu autonome, la maîtrise politique de l’économie, l’esprit scientifique et le modèle démocratique, c’est-à-dire au sommet du mouvement de la modernité, voilà l’Occident emporté et une part de ses élites fascinée par un retour en arrière général. Jacques Généreux y reconnaît les spasmes destructeurs d’une modernité libérale achevée.

Le défi du XXIe siècle est d’inventer une nouvelle modernité fondée sur les liens sociaux qui libèrent l’individu et non plus sur la libération individuelle qui délie les humains. À défaut de cette bifurcation radicale, la seule façon d’avancer sera de repartir en arrière dans une grande régression anéantissant la promesse moderne de l’émancipation.

Economiste, Jacques Généreux est professeur à l'Institut d'études politiques de Paris. Il a créé l'émission L'Economie en questions sur France Culture, où il participe régulièrement à l'émission Le Rendez-vous des politiques.

 Derniers ouvrages parus : Le socialisme néomoderne ou l'avenir de la liberté, Le Seuil, 2008 ; La dissociété, Le Seuil, 2008 (2006) ; Les vraies lois de l'économie, Le Seuil, 2008 (2005) ; Pourquoi la droite est dangereuse, 2007

Catégories

Lieux

  • Hôtel du département des Bouches-du-Rhône, salle des sénces publiques, 52 avenue de Saint-Just
    Marseille, France

Dates

  • jeudi 16 octobre 2008
  • jeudi 13 novembre 2008
  • jeudi 20 novembre 2008
  • jeudi 04 décembre 2008
  • jeudi 22 janvier 2009
  • jeudi 29 janvier 2009
  • jeudi 05 février 2009
  • jeudi 19 février 2009
  • jeudi 12 mars 2009
  • jeudi 26 mars 2009
  • jeudi 02 avril 2009
  • jeudi 09 avril 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • violence

Contacts

  • Cécile Arnold
    courriel : contact [at] des-savoirs [dot] org

Source de l'information

  • Arnold Cécile
    courriel : cecile [dot] arnold [at] des-savoirs [dot] org

Pour citer cette annonce

« Emprises de la violence. Regards sur la civilisation contemporaine », Informations diverses, Calenda, Publié le mardi 30 septembre 2008, http://calenda.org/195595