AccueilVilles, bourgs et villages : des actes de nouvelle fondation en « situation fasciste »

Villes, bourgs et villages : des actes de nouvelle fondation en « situation fasciste »

Les transformations d’un modèle dans le temps et dans l’espace : quelles dynamiques et quel rôle pour les « nouvelles fondations » dans l’après-guerre ? (Italie, Libye et Portugal)

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Publié le vendredi 03 octobre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Le sujet spécifique de cette journée d'étude est celui des nouvelles implantations que les régimes fascistes ont réalisé pour coloniser ex-nihilo des parties de leurs pays et des leurs colonies. Il s’agit aussi bien de villages que de bourgs que de véritables villes nouvelles, l’ensemble caractérisé par un acte de naissance unique et multiple : une nouvelle fondation. Le caractère matériel de ces bourgs, et des mailles territoriales qu’ils organisent parfois, permet aujourd’hui une lecture patrimoniale des paysages culturels qui ont produit – ouverts et fermés, valorisés et cachés ou démolis. Les domaines géographiques de ce thème de recherche sont nombreux et découlent de l’expérience fasciste italienne, pour atteindre la péninsule ibérique. Cette journée d’étude vise le transfert vers les îles italiennes (Sicile et Sardaigne), la Libye et le Portugal.

Annonce

Le 14 novembre 2008 se tiendra une journée d'étude internationale dans les locaux de l'MSH de Tours, salle de réunion du premier étage (33 allée F. De Lesseps, 37204 Tours).

Dans la matinée : présentations publiques et débat, dans l'après midi : réunion restreinte. 

Cette journée d'étude organisée par le laboratoire CITERES UMR 6173 CNRS et Université de Tours (équipes EMAM et IPAPE), fait suite à la rencontre de travail du projet de recherche « Musomed » (SSA VIème PCRD) qui a eu lieu à Florence en septembre 2006 et aux travaux de l'axe « Architectures modernes en Méditerranée » du laboratoire Urbama d'abord et de l'Equipe EMAM en suite.

Informations et contact : Romeo Carabelli – carabelli@univ-tours.fr

Présentation des thématiques et du champ d’action

La journée d’étude se base sur des activités de recherche qui se positionnent au carrefour entre les études territoriales et les disciplines historiques ; elle interroge l’évolution des espaces, de la conception et la création de ces villes, quartiers, villages aux transformations qu’ils ont subi jusqu’à la situation actuelle. Cet approche donne place à plusieurs lectures : historique, territoriale, patrimoniale ...

Le sujet spécifique est celui des nouvelles implantations que les régimes fascistes ont réalisé pour coloniser ex-nihilo des parties de leurs pays et des leurs colonies. Il s’agit aussi bien de villages que de bourgs que de véritables villes nouvelles, l’ensemble caractérisé par un acte de naissance unique et multiple : une nouvelle fondation.

Dans cette vision, les thématiques s’inscrivent dans le vaste domaine mythique des fondations des villes, ils sont en relation avec les grandes épopées des fondations des villes, dès comptoirs de la Grande-Grèce, les villes coloniales américaines (des actuels Etats-Unis mais aussi, voire surtout, des anciennes colonies d’Amérique Latine), les villes soviétiques, les villes nouvelles de l’après seconde guerre mondiale …  

On utilisera le terme générique de « bourg » pour indiquer ces expériences, pour simplifier mais aussi pour mettre en exergue la dimension moyenne de ces interventions. Les actes de fondations, par contre, vont de la taille d’un hameau, d’un petit village, jusqu’à une ville comme Latina, dotée de plus de 100.000 habitants. Ces « fondations » se trouvent en Italie, mais aussi en Espagne et au Portugal et dans tous les territoires qui étaient sous le contrôle de ces pays : Libye, Dodécanèse, Albanie, Érythrée, Somalie, Ethiopie, Mozambique, Angola …

Le lien de ces bourgs à un système politique et culturel très formalisé et limité dans le temps, facilite l’analyse des rapports existants entre la production spatiale, l’imaginaire collectif, les volontés politiques et les croisements entre celles-ci. La période historique liée à la condition initiale de ces bourgs, l’acte de leur fondation, est délimitée avec précision.

L’existence d’un clair et net acte de naissance et sa relative proximité temporelle, permet la mise en forme d’études « synchroniques d’une diachronie », il est possible en même temps aborder les questions de la production matérielle première et celles de la transformation, tout en gardant un espace de communication et interaction entre elles.

Le caractère matériel de ces bourgs, et des mailles territoriales qu’ils organisent parfois, permet aujourd’hui une lecture patrimoniale des paysages culturels qui ont produit – ouverts et fermés, valorisés et cachés ou démolis.

Les domaines géographiques de ce thème de recherche sont nombreux et découlent de l’expérience fasciste italienne, pour atteindre la péninsule ibérique. Cette journée d’étude vise le transfert vers les îles italiennes (Sicile et Sardaigne), la Libye et le Portugal.

Journée du 14 novembre :

Les transformations d’un modèle dans le temps et dans l’espace : quelles dynamiques et quel rôle pour les « nouvelles fondations » dans l’après-guerre ? (Italie, Libye et Portugal)

L'une des politiques de transformation territoriale mis en œuvre par le régime fasciste italien s’appuyait sur les fondations ex nihilo de villes, bourgs, quartiers et villages. Ces fondations se sont révélées particulièrement efficaces dans la tâche de catalyseur de propagande : elles mettaient à disposition ce qu’y avait de plus approprié pour la réalisation des volontés du régime.

Les études sur les nouvelles fondations, à partir de la bonification des Marées Pontines - le cas le plus important et connu, probablement aussi le plus réussi - sont désormais nombreuses ; moins nombreuse, toutefois, la présence d'études et de publications qui traitent de questions des relations spatiales que les « sites de nouvelle fondation » ont mises en place. En effet, ces interventions ont jouées toutes rôles dans les modifications des territoires, de le noyau principale jusqu’à là mises à l’écart du mainstream  des transformations.

En ce qui concerne les rapports spatiaux – mais aussi les relations des hommes et des sociétés à ces espaces – on peut remarquer que trois échelles ont été privilégiées. Une première, petite et locale, porte sur la taille architecturale et les micro aménagements des villages, leurs places et placettes, le positionnement des maisons rurales … Une deuxième échelle, plus large et géographique, porte sur les relations (forcement nouvelles) entre les nouveaux bourgs et les régions qui les abritent (Marées Pontines, les zones de colonisation en Tripolitaine et Cyrénaïque, l’Ile de Rhodes, …).
La troisième dimension est «universelle», elle se rapporte au mythe de la fondation, sorte de medium capable de donner une cohérence théorique et imaginaire à des formes matérielles qui composent la référence absolue pour le nouveau spécimen de l'homme : « l'homme fasciste».

Ces trois dimensions furent conçues pour interagir les uns avec les autres dans la mise en forme (et dans la mise en scène) de la nouvelle réalité, matérielle et immatérielle, imaginée et conçue. Nous aimerions à faire ressortir les composantes des changements territoriaux, à la fois à petite échelle (avec la création de nouvelles situations et la naissance de villages ruraux minuscules), à la fois à l'échelle moyenne (comme les centres les plus importants et la création de vastes réseaux). Dans le cadre de notre travail la dimension « universelle » informe les deux autres dimensions et participe à leur création matérielle, elle n’est par contre pas prise en considération par elle même.  

Une première intervention (Romeo Carabelli) vise à présenter les dynamiques principales des « fondations fascistes », leurs évolutions et le transfert du modèle dans le temps et dans l’espace (si de modèle on peut parler …). Cette introduction aux thématiques et au sujet permettra aux participants de positionner et contextualiser les interventions dans leur environnement.

Vittoria Capresi présentera le cas des nouvelles fondations de bourgs en Libye, là où la mise en forme d’une armature de centres ruraux a transformé la gestion du territoire, et ses influences se font remarquer jusqu’à aujourd’hui. Les bourgs et leurs alentours se sont transformés de façons très inégales, de la forte et vivace urbanisation de Beda Littoria à la démolition partielle de Oliveti. 

Maria Lina La China et Raimondo Pinna présenterons des cas liés à la suite des politiques de fondation après la seconde guerre mondiale, après la chute du régime fasciste italien. La Sicile fut l’objet d’une phase de transformation successive à la celles du Latium et de Pouilles, les travaux démarrèrent pendant le conflit, menés par  l’Ente di colonizzazione del Latifondo pour continuer après, menées par l’Ente per la riforma agricola. La même sorte fut celle des installations proches de la ville d’Alghero (Sardaigne) ou une zone de colonisation fut conçue autours du bourg de Fertilia. Cette installation fut entamée avant la guerre et en suite arrêtée, pour reprendre après la guerre par l’Ente sardo di colonizzazione.

Le transfert du « modèle » vers le Portugal de Salazar et sa transformation seront présentés par Romeo Carabelli qui, à travers de l’analyse des textes et des réalisations, montrera comment le modèle fut traduit et interprété pour répondre aux nécessités locales.

La présence de Jean-Baptiste Minnaert (Historien de l’Art et de l’Architecture, professeur) et de Serge Thibault  (Ingénieur et professeur en aménagement) permettra de déclencher un débat soucieux du sujet mais aussi de ses rapports évolutifs avec les disciplines historiques et territoriales.

Programme de la journée (Salle de réunion, premier étage – MSH Tours)

9h00

accueils des participants autours d’un café

9h30

Présentation des présents et introduction

Les interventions ont une durée de 20 minutes, un échange avec la salle aura lieu immédiatement à la fine de l’intervention.

10h00

L’expérience des bourgs ruraux en Libye, du contrôle fasciste à la Jamaira de Gheddafi
(Vittoria Capresi – Technische Universität, Vienne - Autriche – intervention en anglais)

10h30

Les bourgs de la Sicile, continuité entre l’expérience fasciste et celle de la république
(Maria Lina La China – Universités de Palerme et Kore, Enna - Italie)

11h00

La colonisation des marées de la Sardaigne septentrional : Fertilia et son alentours.
(Raimondo Pinna – Université de Cagliari - Italie)

11h30

La transformation du modèle dans l’Estado Novo, Portugal 1933-1974
(Romeo Carabelli – Université de Tours - France)

12h00

Discussion, avec le support de Jean-Baptiste Minnaert et Serge Thibault

Les éventuelles extensions des discussions de la matinée, les échanges personnels etc. seront possibles dans l’après midi.

Après midi

Réunion des intervenants finalisée à la préparation des prochaines étapes de cette  recherche collaborative.

Participants :

Jean-Baptiste Minnaert et Serge Thibault sont professeurs à l’Université de Tours

Romeo Carabelli est architecte et géographe, ingénieur de recherche à Citeres, Université de Tours

Vittoria Capresi : Studies of Architecture at the Università degli studi di Firenze and at the Technische Universität, Berlin, Laurea (2001). PhD (2007) about the new founded rural centres realised in Libya during the Italian fascist colonisation, at the TU Vienna. Since 2002 university Assistant at the department of Baugeschichte/ Bauforschung of the Technical University of Vienna, working on topics concerning new projects in historical context, analysis of urban centres, history of architecture (Architecture of the Ventennio, German Expressionism)

Maria Lina La China : Architecte, agrégée d’histoire de l’art, docteur en aménagement (Pianificazione urbana e territoriale) à la faculté d’architecture de l’Université de Palerme. Enseignant à l’Université Kore, Enna. 2007/2008 : bourse régionale de recherche « post doc » à l’Université de Palerme «Borghi rurali di Sicilia: sviluppi possibili».

Raimondo Pinna : Architecte et urbaniste libéral, formé à la Faculté d’architecture du Politecnico di Milano ; depuis 2006 il est assistant à la chaire d’histoire de l’architecture, Faculté d’architecture de l’Université de Cagliari.

Lieux

  • MSH - salle de réunion du premier étage (33 allée F. De Lesseps)
    Tours, France

Dates

  • vendredi 14 novembre 2008

Mots-clés

  • fascisme, villes nouvelles, fondation, architecture

Contacts

  • Romeo Carabelli
    courriel : carabelli [at] univ-tours [dot] fr

Source de l'information

  • Romeo Carabelli
    courriel : carabelli [at] univ-tours [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Villes, bourgs et villages : des actes de nouvelle fondation en « situation fasciste » », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 03 octobre 2008, http://calenda.org/195639