AccueilPlus de secret, plus de vérité

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Publié le mercredi 08 octobre 2008 par Marie Pellen

Résumé

Secret et vérité sont deux mots, apparemment, qui s'appellent et se convoquent l'un l'autre en semblant s'opposer voire se contredire. Il existerait une vérité secrète comme, croit-on, un secret de la vérité, secret et vérité reflétant l'un et l'autre, respectivement, leur face cachée. Nous ne saurions aborder les questions que soulève le rapport paradoxal qu'entretiennent secret et vérité sans souligner les liens étroits qu'ils tissent a contrario du discours ambiant affichant les impératifs de la transparence de la communication et la valorisation du quantitatif... Quelle place alors pourrait prendre l'exercice d'une psychanalyse qui comme la littérature cultiverait la nécessité paradoxale d'un "plus de secret plus de vérité" dans le lien que secret et vérité ont au sacré, ou pour mieux le dire au Saint (le séparé-proche), étant résolument étrangers par le discours et par l'écriture à l'ordre d'une contrainte qui exclut systématiquement le refoulé, le dénié ou le forclos ?

Annonce

Secret et vérité sont deux mots, apparemment, qui s’appellent et se convoquent l’un l’autre en semblant s’opposer, voire se contredire. « Dire toute la vérité » serait parler sans secrets, mais « tenir au secret » serait laisser dans l’ombre une vérité non encore mise à nu. Il existerait ainsi une vérité secrète comme, croit-on, un secret de la vérité, secret et vérité reflétant l’un et l’autre, respectivement, leur face cachée. La question qui nous intéresse ici est de nature plus paradoxale, au-delà en quelque sorte de l’idée reçue, celle que la vérité serait affectée d’un secret ou d’avance comprise par cette acception du langage qui cherche toujours à l’arracher à sa nuit. La vérité pourrait-elle se dire « toute » et le secret pourrait-il céder simplement par l’aveu ou la confession ? Gagnerait-on Plus en vérité en levant un secret ? Le Plus de vérité amoindrirait-il l’intensité du secret ? Vérité et secret ne seraient-ils pas convoqués tous les deux à la même impossibilité à dire ?
« Plus de secret Plus de vérité », tel sera notre titre, inspiré il est vrai du « plus de secret, plus de secret » de Derrida. Dans notre titre, secret et vérité se redoublent ou se dédoublent en se faisant face à une lettre près, suivant la façon ou la manière de dire ou de faire entendre le s de plus. En quoi, cette question de la lettre, ici en plus ou en moins dans ce qui se prononcerait, vient-elle rencontrer les préoccupations de la psychanalyse en croisant celles de la littérature ?
Lacan, dans son séminaire sur la lettre volée (purloined letter) nous avait déjà invités à ce rapprochement (entre psychanalyse et littérature) en nous commentant le texte de Poe. L’illustration littéraire qui servait de base à sa démonstration avait pour but de démontrer « que la vérité habite la fiction » comme le maître habite la maison. « C’est cette vérité qui rend possible l’existence de la fiction ». Ce que nous offrirait l’exercice littéraire, c’est un message codé, à déchiffrer comme un secret.
C’est peut-être par ce rapprochement que le lien entre littérature et psychanalyse serait le plus prégnant par la possible expression d’une lettre restée en souffrance. Elles offriraient à ceux qui s’y exposent le pouvoir de « tout dire » en croyant ne rien dissimuler comme celui de « tout cacher » en s’astreignant à dire « tout ce qui vient à l’esprit ». Manque à savoir ou savoir partiel sont ici à l’œuvre comme le pointait déjà Spinoza, le rapport entre secret et vérité ne pouvant s’interroger qu’au plus juste du rapport, rapport à soi, à l’autre, à l’Autre, en soi ou hors de soi, rapports dans lesquels la question du transfert sera bien évidemment à interroger.
Enfin, nous ne saurions aborder les questions que soulève le rapport paradoxal qu’entretiennent secret et vérité sans souligner les liens étroits qu’ils tissent a contrario du discours ambiant affichant les impératifs de la transparence de la communication (le parler vrai) et la valorisation du quantitatif. Ces impératifs d’une culture de masse tentent en effet d’assujettir l’espace privé à l’obligation devenue publique de tout dire, de tout montrer, de montrer le tout du sujet conçu comme un tout et comme résultat d’une sommation. Cet enfermement du sujet parlant et désirant est alors produit par une logique totalitaire du discours public, intériorisant plus que jamais une nouvelle forme de terrorisme immanent dans une sphère qui n’a plus de « privée » que le nom. Quelle place alors pourrait prendre l’exercice d’une psychanalyse qui comme la littérature, cultiverait la nécessité paradoxale d’un « plus de secret plus de vérité » dans le lien que secret et vérité ont au sacré, ou pour mieux le dire au saint (le séparé-proche), étant résolument étrangers par le discours et par l’écriture à l’ordre d’une contrainte qui exclut systématiquement le refoulé, le dénié ou le forclos ?

DÉROULEMENT DES JOURNÉES

Samedi 15 Novembre

9h : Accueil des participants

9h45 : Ouverture des Journées

10h-12h : Sophie WAHNICH, historienne, spécialiste de la Révolution, chercheur au CNRS, Laios, Paris. « XVIIIè siècle et Révolution, le rêve d’une politique de la vérité. »

Discutant : Jean Jacques MARTIN, ancien animateur de l’Ecole de Psychiatrie institutionnelle de la Chesnaie.

14h-16h : Anne DUFOURMANTELLE, Docteur en philosophie, exerçant la psychanalyse, dirige la collection « L’autre pensée » chez Stock. « Espace psychique et vérité, que pouvons-nous (en) supporter ? »

Discutant : Michaël TURNHEIM, exerçant la psychanalyse, médecin psychiatre

16h30-18h30 : Francis CAPRON, exerçant la psychanalyse, Président de la Société Psychanalytique de Tours. « Mélancolie et mémoire : l’objet secret d’une survivance »

Discutante : Hélène PRIGENT, Doctorante à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Responsable de la programmation culturelle des Galeries nationales du Grand Palais

19h : Cocktail de bienvenue

Dimanche 16 Novembre

10h-12h : Raphaël DRAÏ, Professeur à la faculté de Droit et de Sciences Politiques d’Aix en Provence, Directeur de recherche de l’École Doctorale de Psychanalyse (Paris VII) « Le secret du secret : approches juridiques, théologiques et psychanalytiques. »

Discutante : Fabienne LELEUX, Docteur en sémiologie, exerçant la psychanalyse, membre de la Société Psychanalytique de Tours.

14h-16h : Alain MADELEINE-PERDRILLAT, responsable du département des manifestations scientifiques et de l’édition à l’Institut National d’Histoire de l’Art. « Peut-on parler de vérité en Art ? »

Discutant : Franck GUTTIERES, Docteur en art plastique et en sciences de l’art, exerçant la psychanalyse, membre de la Société Psychanalytique de Tours.

Présidents de séance : Alain Paulay, Chantal Wittenberg, Patrick Ceccon, Maryse Guichard-Le Bleiz, Jean Guillet. Membres de la Société Psychanalytique de Tours.

Catégories

Lieux

  • 2 rue du Panier Fleuri
    Tours, France

Dates

  • samedi 15 novembre 2008
  • dimanche 16 novembre 2008

Contacts

  • Francis Capron
    courriel : francis [dot] capron [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Francis Capron
    courriel : francis [dot] capron [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Plus de secret, plus de vérité », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 08 octobre 2008, http://calenda.org/195665