AccueilHommage à Jean Bollack

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Publié le vendredi 10 octobre 2008 par Marie Pellen

Résumé

Jean Bollack, professeur émérite à l'Université Charles de Gaulle – Lille 3 où il enseigna le grec de 1958 à 1992, aura 85 ans en 2008. L 'UMR « Savoirs, Textes, Langage » dont il est indirectement l'un des fondateurs et ses élèves ont décidé à cette occasion de rendre hommage à ses travaux d'helléniste en organisant en son honneur, dans son université, un colloque consacré à une discipline, un moment de l'histoire intellectuelle et des objets qui ont occupé jusqu'à ce jour une place privilégiée dans son activité de chercheur.

Annonce

Exposé de la thématique

Jean Bollack, professeur émérite à l'Université Charles de Gaulle – Lille 3 où il enseigna le grec de 1958 à 1992, aura 85 ans en 2008. L 'UMR « Savoirs, Textes, Langage » dont il est indirectement l'un des fondateurs et ses élèves ont décidé à cette occasion de rendre hommage à ses travaux d'helléniste en organisant en son honneur, dans son université, un colloque consacré à une discipline, un moment de l'histoire intellectuelle et des objets qui ont occupé jusqu'à ce jour une place privilégiée dans son activité de chercheur. Il est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le présenter longuement. Né à Strasbourg en 1923 dans une famille juive alsacienne, il a fait ses études secondaires et une partie de ses études supérieures à Bâle, avant et pendant la deuxième guerre mondiale, avant de venir à Paris dès la Libération. A Bâle, il avait été en particulier l'élève de Peter Von der Mühll qui lui donna les bases de sa formation à la philologie classique, dans la grande tradition de la science allemande. Il y était aussi entré en contact avec des poètes et des artistes installés dans la ville. L'influence d'Albert Béguin, qui y enseignait à cette époque et dont on sait les relations étroites qu'il entretenait avec les écrivains de la résistance contribua à affermir son intérêt pour la littérature contemporaine et la part de réflexion critique qui lui est inhérente. A Paris, où il fut entre autres l'élève de F. Chapouthier et de P. Chantraine il acheva sa licence de lettres classiques, obtint une licence d'allemand et suivit parallèlement d'autres enseignements, ceux notamment d'Alexandre Koyré et Etienne Gilson. Son intérêt se porte alors sur la comparaison des systèmes cosmologiques des présocratiques et des philosophies ultérieures et il entreprend, sous la direction de P. Chantraine, une thèse d'Etat qui aboutira à la publication des Origines d'Empédocle (1965-1969). Enseignant au collège de Barr en Alsace au début des années 50, il renoue avec le séminaire de Bâle et les cours de P. Von der Mühll. Il est détaché au CNRS l'année où il vient d'être reçu à l'agrégation de grammaire, et est professeur invité pendant plusieurs semestres à la Freie Universität de Berlin. A partir de 1958 il est assistant, puis chargé d'enseignement à la Faculté des lettres de l'université de Lille, avant d'y être élu professeur en 1965. Il enseigne à Lille jusqu'à son départ à la retraite en 1992. Il est « fellow » de l'Institute for advanced studies de Princeton en 1970-1971 et membre du Wissenschaftskolleg de Berlin en 1982-1983. Il crée en 1972, dans ce qui est devenu entre temps l'Université de Lille 3, le Centre de recherche philologique, rapidement associé au CNRS, qu'il dirige jusqu'en 1985, foyer de ce que l'on appellera vite « l'école de Lille ». Cette unité est l'une des équipes dont la fusion a donné naissance en 2006 à l'UMR STL (Savoirs, Textes, Langage). Son œuvre dans le domaine des études grecques est considérable : les Présocratiques (Empédocle, Héraclite, Parménide, les Atomistes), les trois grands tragiques, Epicure, l'épopée archaïque (Homère et Hésiode), les lyriques, Platon et Aristote, etc., travaux qu'il mène seul ou en collaboration avec plusieurs de ses élèves (Heinz Wismann, André Laks, Pierre Judet de La Combe , Philippe Rousseau). S'ajoute à ces monographies, éditions commentées, etc. une série de traductions des tragiques, en collaboration avec Mayotte Bollack. Il serait faux de penser que les travaux majeurs consacrés à Paul Celan se situent « à côté » de ses recherches d'helléniste, comme une sorte de diversion ou de « hobby ». Les deux ensembles trouvent leur origine dans des exigences herméneutiques « et » philologiques communes et ils se sont nourris l'un l'autre. Il en va de même de la part de ses ouvrages qui abordent des problèmes que l'on dirait de théorie, d'épistémologie ou de méthode. C'est néanmoins à l'helléniste, praticien et théoricien d'une approche critique nouvelle des œuvres de l'Antiquité, que ce colloque entend rendre hommage.

Jean Bollack s'est expliqué à plusieurs reprises sur la discipline qu'il pratique et la manière dont s'est formée la conception qui est la sienne du métier de philologue et de ses présupposés. Cette auto-réflexion sur son travail, la réflexion critique qu'il menait sur les traditions savantes et la situation présente de la discipline, les études que d'autres chercheurs ont consacrées à sa démarche scientifique et les discussions vives auxquelles celle-ci a donné lieu font que ses positions méthodiques et théoriques sont assez connues pour qu'il ne soit pas nécessaire de les rappeler longuement ici. Ces positions ne se définissent pas par rapport à une philosophie constituée dont elles offriraient une application, qu'il s'agisse de Gadamer ou de la Théorie critique. Ses remarques, dans leur forme comme dans leur contenu, offrent, pour reprendre l'expression de l'un de ses lecteurs, moins une théorie herméneutique qu'un « art critique», une heuristique de la lecture. Elles ne se constituent pas en un traité systématique. Leur cohérence tient à l'enjeu de la démarche dont elles visent à rendre compte, la meilleure compréhension des textes ou des œuvres. Cette herméneutique philologique tire sa portée critique de la problématisation méthodique des attentes du sens, affirmant, dans sa contestation des diverses formes d'assimilation des œuvres poétiques ou philosophiques grecques, le lien essentiel entre la reconnaissance de la particularité des textes et l'exigence d'une rationalité de l'interprétation. Dans la discussion les présupposés de lecture peuvent et doivent être énoncés, confrontés et argumentés. L’herméneutique de Jean Bollack peut être qualifiée de « critique » dans la mesure où elle est une herméneutique philologique attentive à la force et à la précision de la lettre. Mais le mouvement d'auto-réflexion qui l'anime la défend contre la tentation positiviste courante dans la pratique des philologues de croire que le sens peut se livrer hors de sa problématisation. Elle oppose la particularité incontournable de la lettre et la singularité de l'œuvre à la tentation des interprétations généralisantes ; et au positivisme des philologues l'impossibilité de connaître, voire de décrire, leur objet sans réfléchir sur les présupposés de sa constitution. Ce lien étroit entre l'exigence philologique et l'auto-réflexion herméneutique explique l'esprit du colloque d'octobre 2008 et le souci de combiner dans le cadre de six sessions d'une demi-journée chacune réflexion critique sur les démarches scientifique de Jean Bollack d'une part, et discussion collective approfondie de problèmes philologiques particuliers de l'autre. Les cinq premières séances seront organisées autour de la présentation et de la discussion préparée d'un nombre restreint d'exposés diffusés à l'avance à tous les membres de ce "séminaire" de trois jours. Conçu comme un hommage à l'helléniste qu'est Jean Bollack, ce colloque borne délibérément ses intérêts au champ de la philologie grecque et écarte donc de ses objets l'exégèse des poèmes de Paul Celan aussi bien que les recherches qui ont entouré l'édition des œuvres de Peter Szondi ou les travaux consacrés à l'histoire critique de la discipline. Dans le domaine grec même il retient d'abord trois grands objets parmi ceux qui ont attiré l'attention du philologue auquel il est dédié, appartenant tous trois à la même grande période de l'archaïsme finissant et de la haute époque classique : les présocratiques, Pindare et la tragédie attique. Une quatrième session sera consacrée à un thème transversal relevant de la poétique, celui de la virtuosité de l'art. Les communications ne porteront pas sur la discussion des interprétations proposées par Jean Bollack, même si l'on attend qu'elles n'ignorent pas ce que celui-ci peut avoir écrit sur le texte ou le problème examiné, mais elles seront conçues de telle sorte qu'il soit possible d'en évaluer les démonstrations et d'en discuter les présupposés en les rapportant à l'instance critique qu'est la lettre du texte. Elles permettront, dans leur diversité, de confronter et de mettre à l'épreuve d'analyses concrètes les différentes approches qui ont cours actuellement (herméneutiques, anthropologiques, déconstructionnistes, etc.). Un premier "répondant", désigné à l'avance après réception des textes, introduira la discussion, à laquelle sera réservé au moins un tiers du temps disponible pour chaque session. Deux séances, dont une table ronde, seront consacrées à la discussion de la situation de l'œuvre de Jean Bollack dans l'histoire et le champ actuel de la discipline ( « Bollack parmi les philologues » ), ainsi qu'à l'évaluation critique des présupposés épistémologiques et de la fécondité heuristique de son « art » et de sa pratique. Les intervenants ont été choisis pour leur qualité scientifique. On a pris garde de faire appel à des chercheurs appartenant à des générations, des pays et des horizons épistémologiques différents.

Comité d’organisation

Philippe Rousseau, Professeur à l’Université Charles-de-Gaulle – Lille 3, UMR 8163 « Savoirs, Textes, Langage »
Fabienne Blaise, Professeur à l’Université Charles-de-Gaulle – Lille 3, UMR 8163 « Savoirs, Textes, Langage »
Pierre Judet de La Combe, Directeur de Recherches au CNRS, Directeur d’études à l’EHESS
André Laks, Professeur à l’Université Paris IV - Sorbonne
Rossella Saetta-Cottone, Docteur, MSH Paris
Denis Thouard, Directeur de Recherche, Centre Marc Bloch, Berlin.

Secrétariat du comité d’organisation :
Rossella Saetta-Cottone, Docteur, MSH Paris

Programme

Jeudi 23 octobre 2008

10h : Allocution d'ouverture par Michel Crubellier, vice-président du Conseil scientifique de l'Université de Lille 3.

10h10 : Allocution de Fabienne Blaise, directrice de la Maison Européenne des Sciences de l'Homme et de la Société.

10h20 : Introduction par Philippe Rousseau, Université de Lille 3, STL (UMR 8163).

Bollack parmi les philologues

Président : Denis Thouard, Centre Marc Bloch (Berlin)

10h45 : Andrea Cozzo ( Ricercatori, Dipartemento di Studi greci, latini e musicaliPalerme) : L’épistémologie de Jean Bollack.

11h15 : Pietro Pucci (University of Cornell, Ithaca) : Sur la philologie critique de Jean Bollack.

11h45 : pause café.

12h : Réponses par Heinz Wismann (Paris), Glenn Most (Pise et Chicago).

Discussion

13h : Buffet

14h30-18h : La tragédie attique

Président : Pierre Judet de La Combe (Paris)

14h45 : Fabienne Blaise (Université de Lille 3, STL UMR 8163) : L’Alceste d’Euripide : quelques questions pour une relecture.

15h15 : Heinz Wismann ( EHESS, Centre de Recherches Interdisciplinaires sur l'Allemagne, Paris) : La mort du héros dans l'Ajax de Sophocle.

15h45 : Vayos Liapis ( Université de Montréal, Centre d'études classiques) : La culpabilité héréditaire (et contagieuse) dans l’Antigone de Sophocle.

16h15 : Pause café.

16h30 : Réponses par Vittorio Citti (Trente), Pietro Pucci (Cornell), Jean Bollack (Lille).

Discussion.

Vendredi 24 octobre 2008

9h30-13h : Présocratiques

Président : André Laks (Université Paris Sorbonne-Paris IV, Centre de Recherches sur la Pensée antique UMR 8061).

9h45 : Glenn Most (Universités de Pise et de Chicago) : War and Justice in Hesiod.

10h15 : Aude Engel (Paris) : Les proèmes de Parménide et d'Hésiode.

10h45 : Claire Louguet (Lille 3, STL, UMR 8163) : Parménide et le devenir.

11h15 : Pause café.

11h30 : Réponses par Michel Crubellier (Lille) et Gregory Nagy (Harvard).

Discussion.

13h : Buffet

14h30-18h : Pindare

Président : Philippe Rousseau (Université de Lille 3, STL UMR 8163)

14h45 : Jonas Grethlein (Heidelberg) : Divine, Human and Poetic Time in Pindar, Pythian 9.

15h15 : Andrew Ford (Classics Department, Princeton University) : Pindare ou la répétition: une lecture de la quartorzième Olympique.

15h45 : Adolf Köhnken ( Institut für Klassische Philologie, Universität Münster) : Herakles und Alkmene: eine vergleichende Analyse der Darstellungen Pindars (N.1) und Theokrits (id. 24).

16h15 : Pause café.

16h30 : Réponses par Glenn Most (Pise et Chicago), Gregory Nagy (Harvard) et Jean Bollack (Lille).

Discussion

Samedi 25 octobre 2008

9h-13h : La virtuosité de l'art

Président : Werner Wögerbauer (Nantes).

9h15 : Martin Steinrück (Université de Fribourg, Département des Sciences de l'Antiquité) : César, la césure et La tournure du souffle (une lecture de l'Atemwende de Celan par une petite histoire de la césure antique.

9h45 : Rossella Saetta Cottone (Lille-Paris) : Spoudaiogeloion (Gren. 389-393) : Grenouilles contre Bacchantes.

10h15 : Renate Schlesier (Freie Universität Berlin) : Les Muses d'Homère.

10h45 : Pause café.

11h : Réponses par Arnau Pons (Barcelone), Xavier Riu (Barcelone), Teodoro Renno (UFMG Belo Horionte).

Discussion.

13h : Buffet

15h-17h30 : Table ronde

Modérateurs : Christian Berner (Université de Lille 3, STL) et Heinz Wismann (EHESS, Centre de Recherches Interdisciplinaires sur l'Allemagne UMR CNRS-EHESS 8131)

Interventions liminaires de Gregory Nagy (Harvard), Ioanna Papadopoulou (Bruxelles), Arnau Pons (Barcelone), Teodoro Rennó (Belo Horizonte), Xavier Riu (Barcelone), Vittorio Citti (Trente).

Débat général

 

 

 

Lieux

  • Maison de la Recherche, salle des colloques, Université de Lille 3
    Lille, France

Dates

  • jeudi 23 octobre 2008
  • vendredi 24 octobre 2008
  • samedi 25 octobre 2008

Mots-clés

  • philologie classique, théâtre grec antique, philosophie antique

Contacts

  • Philippe Rousseau
    courriel : philippe [dot] rousseau [at] univ [dot] lille3 [dot] fr
  • Rossella Saetta-Cottone
    courriel : rosmart [at] free [dot] fr
  • Marie-Christine Ismaiel
    courriel : marie-christine [dot] ismaiel [at] univ-lille3 [dot] fr

Source de l'information

  • Florence Thill
    courriel : florence [dot] thill [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Hommage à Jean Bollack », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 10 octobre 2008, http://calenda.org/195674