AccueilRégimes d’attention. Les implications anthropologiques de la distraction

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Publié le vendredi 10 octobre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

L'attention comme la distraction ont pu déjà faire l’objet de recherches en neurologie, primatologie ou dans les sciences cognitives, mais on trouve peu de réflexions approfondies en anthropologie à ce sujet, à l'exception des travaux d'Albert Piette. Il est vrai que de nombreux anthropologues ont témoigné, dans leurs écrits, du caractère souvent très variable de l’intérêt porté à divers rituels par ceux qui y participaient ou qui y assistaient. Dans l’ensemble cependant, l'anthropologie a eu plutôt tendance à postuler des individus attentifs ou concentrés par rapport aux actions qu’ils entreprenaient ; et surtout, très peu d’entre eux semblent avoir sérieusement envisagé l’hypothèse que la distraction pouvait être considérée en tant que telle comme un élément décisif de l’action; et d’une manière plus générale, comme un rapport humain fondamental, susceptible d’être considéré comme une caractéristique décisive de l’hominisation et de notre actuelle humanité.

Annonce

Journées d'études, 15-17 octobre 2008

(ARTMAP/GDRI Musée du Quai Branly)

coordination: Albert Piette, Denis Vidal, Emmanuel Grimaud

L'attention comme la distraction ont pu déjà faire l’objet de recherches en neurologie, primatologie ou dans les sciences cognitives, mais on trouve peu de réflexions approfondies en anthropologie à ce sujet, à l'exception des travaux d'Albert Piette. Il est vrai que de nombreux anthropologues ont témoigné, dans leurs écrits, du caractère souvent très variable de l’intérêt porté à divers rituels par ceux qui y participaient ou qui y assistaient. Dans l’ensemble cependant, l'anthropologie a eu plutôt tendance à postuler des individus attentifs ou concentrés par rapport aux actions qu’ils entreprenaient ; et surtout, très peu d’entre eux semblent avoir sérieusement envisagé l’hypothèse que la distraction pouvait être considérée en tant que telle comme un élément décisif de l’action; et d’une manière plus générale, comme un rapport humain fondamental, susceptible d’être considéré comme une caractéristique décisive de l’hominisation et de notre actuelle humanité. Pourtant, dans de nombreuses situations, la définition ‘ontologique’ d’une personne ou de toute autre entité  ‘varie’ en fonction de la sorte d’attention qui lui est portée. C’est ainsi que la plupart des objets rituels alternent entre le statut de simples artefacts et celui d’incarnations du divin; de même, une figure dans un musée de cire, un robot ou un automate, mais aussi le corps mort, l’animal domestique, les poupées et autres jouets des enfants connaissent, selon les moments, des statuts ‘ontologiques’ très variables et souvent aussi très ambigus, qui sont le résultat de l'attention qu'on leur porte ou au contraire de son relâchement. Les activités humaines sont innombrables qui mettent en  jeu les techniques les plus variées pour attirer et retenir l’attention, ou au contraire, pour distraire cette dernière. Dans quelle mesure la mise en œuvre et la maîtrise de nouveaux régimes d’attention doivent-elles être considérées comme des dimensions décisives dans le processus de l'hominisation ? Comment des régimes spécifiques d’attention (et de distraction) ont-ils pu s’institutionnaliser dans des formes culturelles singulières ? En quoi la variabilité de l’attention constitue-t-elle un critère décisif, permettant de reconsidérer sur le plan méthodologique certaines notions et notamment la notion classique d'interaction ? Ce sont de telles hypothèses que nous mettrons ici à l’épreuve en compagnie d'un panel, composé, pour partie de chercheurs issus de l’anthropologie, de la primatologie, de la paléoanthropologie et de l'ethnopsychologie ; et pour partie aussi avec des professionnels de la voyance, de la prestidigitation et du théâtre d'ombres.

 Programme

15 octobre (13h30-18h)

13h30  Existence, co-présence, évolution, par Albert Piette

14h30-18h30 Des singes, des chiens, des dupes

Discutant: Jacques Pelegrin (CNRS-MAE)

Attention et distraction chez les grands singes, par Chris Herzfeld (EHESS-MNHN)

De la co-présence à l'interaction : la coordination de l'attention dans les communautés de primates, par Frédérique Jankowski (EHESS-LAS)

Attention, chien présent !, par Marion Vicart (EHESS-GSPM)

Le temps des illusions, démonstration par Abdul Alafrez (Magicien)

16 octobre (10h-18h)

Entre présence et absence: les modalités de l'attention

Discutant: Emmanuel Grimaud (CNRS-LESC)

La voyance: entre abandon et vigilance ou comment conjuguer deux états de conscience opposés, par Maud Kristen (voyante)

Sommeil somnambulique et attention flottante, par Giordana Charuty (CNRS-LESC)

Pause déjeuner

14h- 18h

Toi aussi Amélie, re-suscitée ou esquisse d'une ontologie de l'hésitation, par Vinciane Despret (Université de Liège)

Les figures de cire de Madame Tussaud : une entreprise de distraction ontologique, par Denis Vidal (IRD)

Pourquoi étudier le mode mineur d'une situation ? Le cas de la mise à mort des animaux, par Catherine Remy (CNRS-CSI)

 

Ombres et fantasmagories, démonstration par Olivier Vallet (Théâtre des Remouleurs)

 17 octobre (10h-12h30)

 Vers une pragmatique de l'inattention ?

Les puissances d'imprégnation d'une ambiance, Jean-Paul Thibaud (CNRS-CRESSON)

 Théorie de l'action ou pragmatique de l'inattention ? par Antoine Hennion (CSI-Ecole des Mines)

 Synthèse et discussion finale, animée par Isabelle Stengers (Université Libre de Bruxelles)

Catégories

Lieux

  • Musée du quai Branly
    Paris, France

Dates

  • mercredi 15 octobre 2008
  • jeudi 16 octobre 2008
  • vendredi 17 octobre 2008

Mots-clés

  • attention, distraction

Contacts

  • Anna Gianotti Laban
    courriel : anl [at] quaibranly [dot] fr

Source de l'information

  • Anna Gianotti Laban
    courriel : anl [at] quaibranly [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Régimes d’attention. Les implications anthropologiques de la distraction », Journée d'étude, Calenda, Publié le vendredi 10 octobre 2008, http://calenda.org/195676