AccueilLes trames publiques du social ou comment placer le public en société

*  *  *

Publié le lundi 20 octobre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Toute sociologie, chaque sociologie, rencontre sur le chemin de ses investigations des entités – acteurs, cadres, dispositifs, procédures, territoires, objets – pour lesquels le qualificatif de public non seulement s’impose, mais est en général pertinent. Qu’il s’agisse de la sociologie de l’école, de celles de l’art, de la santé, des organisations, de la ville, de l’environnement ou du travail, des sciences et des techniques, toutes ont affaire à des instances dont le caractère de publicité (quoique diversement déterminé) compte dans l’analyse. Chacune, cependant, a ses propres visées de recherche, si bien que ce commun de matières – publiques – ne suffit pas à faire terrain de confrontation.

Annonce

Appel à manifestation d'intérêt

Séminaires du LAMES 2008-2010,
MMSH Jas de Bouffan, Aix-en-Provence

Toute sociologie, chaque sociologie, rencontre sur le chemin de ses investigations des entités – acteurs, cadres, dispositifs, procédures, territoires, objets – pour lesquels le qualificatif de public non seulement s’impose, mais est en général pertinent. Qu’il s’agisse de la sociologie de l’école, de celles de l’art, de la santé, des organisations, de la ville, de l’environnement ou du travail, des sciences et des techniques, toutes ont affaire à des instances dont le caractère de publicité (quoique diversement déterminé) compte dans l’analyse. Chacune, cependant, a ses propres visées de recherche, si bien que ce commun de matières – publiques – ne suffit pas à faire terrain de confrontation.

D’un autre coté, ces recherches avancent dans un contexte épistémologique d’ensemble marqué par de forts renouvellements problématiques, et dont on peut penser qu’ils procèdent largement de l’irruption du public (ou de ce qui est public) comme d’une composante cruciale dans (et de) la structuration des sociétés. Les travaux d’Habermas, les approches interactionnistes (de Park à Gusfield en passant par Goffman), les relectures contemporaines du pragmatisme (et notamment de Dewey), tout cela concourt à doter l’entité « public » d’un coefficient à la fois actif et socialisateur non négligeable. Plus ou tout autant qu’une forme, une structure ou encore un « secteur », cette entité s’impose alors comme imposant ses dynamiques, à charge pour la sociologie de les documenter. Mais au-delà de cette charge, et dans le sillage de cette documentation, la question insiste de savoir comment placer ce nouveau locataire et ses exigences d’espace dans l’édifice théorique commun ? Comment placer ce (nouveau) public en société, ceci dans le cadre d’une sociologie qui s’est largement construite en le tenant sur ses marges ?

 « Réduction du public en social » ou bien « réduction du social en public » ?

De fait, le champ théorique dans lequel prendront place les travaux définit un espace ouvert et turbulent dans lequel on distinguera rapidement deux types d’approches :

  • Une approche (« classique ») qui procède du social au public, au sens où elle saisit la sphère publique comme surface où s’expriment des déterminations sociales « d’amont ».
  • Une approche, émergente, qui procède plus volontiers du public au social, creusant par rapport à ce dernier et à ses formes, une poche de détermination en recul dans laquelle s’éploie et se déploie un public à l’œuvre. On en trouvera la marque dans toutes les tentatives qui subordonnent l’intelligence des dynamiques sociales observées, à leur passage par des « moments publics » et les potentiels de bifurcation qui s’y actualisent.

L’enjeu de ce séminaire est de prendre au sérieux cette tension, et dans la mesure où s’y esquisse deux manières de penser la société, deux ontologies divergentes du social. Cette prise au sérieux exigera donc qu’on ouvre enquête et réflexion dans deux directions, et de manière conjointe :

  • L’une, réflexive, théorique, portant sur les catégories fondatrices de la sociologie, par exemple à la lumière de l’histoire même de la discipline.
  • L’autre, adossée à un éventail de recherches empiriques habiles à « mixer » matières sociales et matières publiques.

 PROGRAMME PREVISIONNEL ET MODALITES D’ORGANISATION

 Organisateurs : Alain Battegay, Samuel Bordreuil, Mathieu Leborgne

 1ère séance le vendredi 28 novembre 2008 à la MMSH, Aix-en-Provence

 Les travaux du séminaire courront sur les deux années à venir, chaque dernier vendredi du mois. Le programme alternera séances de séminaires proprement dites et journées d’études.

La dimension publique sera approchée autour de deux foyers pratiques qui ont tous deux pour effet « d’importer » du public au cœur de la vie sociale, quoique leurs registres d’opérativité en soient très différents.

  • Pour le premier, il s’agira d’ouvrir l’éventail des différentes formes et modalités selon lesquelles des « agirs au nom du public » prennent place dans la vie sociale, visant à en réguler ou modifier le cours et/ou les conditions. Pour déployer cet éventail, on gagnera à croiser l’opposition explicite -- et souvent vocale -- entre « agirs au nom du public » autorisés et se justifiant du fait d’un mandat institutionnel[1] et « contre agirs » s’autorisant, eux,  d’une idée supérieure, ou d’une incarnation plus fidèle, du public (et de ses intérêts)[2], avec un autre axe plus énigmatique qui va, lui, de l’administration routinière et « à bas bruit » de décisions (juridiques, « techniques ») néanmoins actées au nom du public, à ces contextes (dits « d’incertitude ») dans lesquels publics et contre publics cherchent leurs voix dans l’émergence de nouvelles causes publiques difficilement identifiables.

[Sont prévues deux journées d’études : une portant sur la notion « d’utilité publique » et la sociologie de ses mises en œuvre ou de ses cadres d’instructions pratiques ; une autre portant sur la notion « d’ordre public »].

  • Pour la seconde, il s’agira plutôt de partir de « ce que publier veut dire », c'est-à-dire, donnant au mot de publication un sens verbal, de prendre acte (en sociologue) des actes de « rendre public » et des effets interactionnels qu’ils engagent ; considérant, si l’on veut, qu’il n’y a de public que de ce qui se publie. On interrogera ces « rendre public » aussi bien du coté de l’écologie (en profonde mutation) de leurs théâtres et supports[3], que de celui de ce dont il y a publication (thème de la divulgation problématique[4]), que du coté, enfin, de leur potentiel à « faire public » autour d’eux, c'est-à-dire à nourrir une attention publique et par là à animer et donner substance aux coalescences des publics destinataires.

 [Sont prévues deux journées d’études : la première portant sur le thème de la mémoire et sur ce qu’il advient de la transmission du passé quand les cadres sociaux de la mémoire s’ouvrent à l’espace public ; la seconde, sur le thème du présent et/ou de l’actualité, saisis là comme faisant l’objet d’une construction en public].


[1] Norme démocratique, si le mot de démocratie a un sens.

[2] Selon une logique qui, quoique que « contre démocratique » pour reprendre la formule de Pierre Rosanvallon, l’est tout autant.

[3] Passage, par exemple, des « feuilles publiques » à leur récent « entoilement » sur le Web.

[4] Et plus largement, via le transfert d’énoncés de la sphère privée à la sphère publique, thème de la violence d’une exposition à une « position d’énonciation » non consentie.

Catégories

Lieux

  • MMSH, Jas de Bouffan, 5 rue du Château de l'Horloge
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • vendredi 28 novembre 2008

Mots-clés

  • social, public

Contacts

  • sylvie chiousse
    courriel : chiousse [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • sylvie chiousse
    courriel : chiousse [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les trames publiques du social ou comment placer le public en société », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 20 octobre 2008, http://calenda.org/195678