AccueilL'altérité, entre condition urbaine et condition du monde

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Publié le vendredi 17 octobre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

La ville se recompose aujourd’hui à travers la réorganisation des lieux et des liens induite par l’émergence de nouvelles logiques et des formes croissantes de mobilités choisies ou subies. Un réagencement rendu notamment possible par le déploiement de nouveaux instruments techniques de gestion des distances (d’Internet aux vols charter) dont l’une des conséquences est la généralisation d’une condition urbaine. Ce terme de condition est ici à saisir dans son double sens – opportunité, mais aussi dépendance, contrainte et domination. Simultanément, un autre phénomène contemporain agit : la consolidation et l’accélération du monde, comme réalité historique, spatiale, physique, économique, politique et culturelle, bref sociale.

Annonce

Appel à articles pour Lieux Communs n°12, revue du laboratoire LAUA, à paraître en juin 2009

La ville se recompose aujourd’hui à travers la réorganisation des lieux et des liens induite par l’émergence de nouvelles logiques et des formes croissantes de mobilités choisies ou subies. Un réagencement rendu notamment possible par le déploiement de nouveaux instruments techniques de gestion des distances (d’Internet aux vols charter) dont l’une des conséquences est la généralisation d’une condition urbaine. Ce terme de condition est ici à saisir dans son double sens – opportunité, mais aussi dépendance, contrainte et domination. Simultanément, un autre phénomène contemporain agit : la consolidation et l’accélération du Monde, comme réalité historique, spatiale, physique, économique, politique et culturelle, bref sociale. Le Monde s’appuie lui aussi sur un système résultant de la démultiplication des instruments de gestion des distances, des réseaux et des territoires. Il n’est pas seulement la somme des “pièces” qui le constituent (par exemple, les États renvoient au domaine de l’international), mais il est autre chose.

La mondialisation – à la fois processus de production et de transcription de cette réalité actuelle – est généralement définie par trois aspects désignant l’accélération du développement :

  • des systèmes de flux (financiers, matériels, invisibles ou humains) issus des productions et des échanges (culturels, économiques, financiers, sociaux...) 
  • des logiques organisationnelles (du territoire mondial d’entreprises, des organismes mondiaux…) 
  • des projets initiés par des idéologies et des principes revendiqués par les logiques organisationnelles et leurs corollaires : de la théorie de la globalisation, ou de l’homogénéisation universelle de l’économiste américain Th. Levitt, à la conscience planétaire, aux réactions et revendications alter-mondialistes refusant ce type de Monde. Dans bien des domaines, nombreux sont les acteurs qui ont intégré la dimension mondiale dans leur référentiel. Mais un décalage se creuse avec les autres. Ainsi, le Monde existe aussi comme fictions décriées par certains (qui les jugent responsables de destruction, d’hégémonie, d’homogénéisation et de souffrance sociale) ou au contraire adulées par d’autres (qui y voient liberté et cosmopolitisme).

À ces trois dimensions, s’ajoutent leurs implications tant spatiales que sociales. Sont ici pointés, en particulier, les effets de la mondialisation sur les formes urbaines et architecturales, sur les paysages et modes de vie. Ils sont liés aux pôles ou centres décisionnels (systèmes centre/périphérie, pouvoir des métropoles mondiales, etc. ). Cela dit, le Monde n’est pas que système, logique et projet basé sur l’économie. Les actes, actions, pratiques, événements, en se déployant sur l’espace qu’ils engagent tout en étant également impliqués par cet espace, contribuent à le produire de manière quotidienne (ou exceptionnelle) comme réalité. Ils contribuent à caractériser et à qualifier leur mondialité respective. Ainsi la mondialité correspond-elle à la fabrique du Monde, de toutes les pratiques et des logiques qui lui sont associées. Or curieusement, alors que l’on ausculte à la loupe la mondialisation économique, on oublie de penser le reste avec la même acuité critique.

Il faut pourtant nous rendre particulièrement attentifs aux transformations des relations et des rapports entre les sociétés et les cultures. À en croire certains observateurs zélés, nous serions tous “citoyens du monde”, multibranchés, capables d’assimiler les héritages les plus divers, bricolant dans la bonne humeur une sorte de culture mondialisée. Ce n’est pas parce l’autre semble aujourd’hui plus accessible qu’il est plus compréhensible, on pourrait même poser l’hypothèse inverse : loin d’éluder les distances, la mondialisation tend à en produire de nouvelles et à en durcir d’anciennes. Dès lors, comment se redéfinissent les identités et leurs frontières ? De quelles façons se jouent les différences dans un monde sous condition du Monde (migration, exil,..), dans ce double sens d’opportunité et de contrainte ? Comment par le Monde et à travers les réalités qu’il implique se mettent en place simultanément des forces d’homogénéisation et des formes de différenciation ? De quelles manières sont négociés nos rapports à l’autre et à l’étranger ? Comment dans la mondialisation contemporaine, l’altérité ressurgit-elle ? Le champ urbain est un objet privilégié pour engager cette interrogation. Si les villes ont largement contribué, historiquement, à l’affirmation de la réalité du Monde, celui-ci s’invite en retour – pour le meilleur comme pour le pire – chez elles. Prendre acte d’une condition urbaine qui a à voir avec celle du Monde ne consiste pas seulement à analyser les “effets” du Monde sur les villes, mais à saisir aussi et peut-être surtout les manières dont les villes contribuent à le structurer comme réalité sociale. Les villes sont des territoires propices aux phénomènes d’interculturalité, de multiculturalisme, de transculturation, de transnational, de créolisation (etc.) – des termes qui s’offrent à la discussion. La multitude de signes culturels qui y circulent échappe bien souvent à une quelconque organisation de leur distribution dans l’espace et dans le temps.

Dans ce numéro, nous souhaitons prêter une attention particulière aux transformations des identités et des cultures et plus particulièrement aux processus de créolisation s’opérant dans les villes. Nous proposons de partir d’une définition de la créolisation considérée comme “un phénomène induit par une rencontre d’éléments culturels venus d’horizons divers et qui réellement s’imbriquent et se confondent l’un dans l’autre pour donner quelque chose d’imprévisible”1. Ce processus désigne l’apparition de langues et de pratiques composites nées de la mise en contact d’éléments hétérogènes les uns par rapport aux autres. Il conduit à une recomposition du paysage mental et imaginaire de ces humanités mises en présence. Si cette définition même peut constituer matière à discussion, il apparaît aussi important d’explorer les prolongements qu’elle ouvre sans les limiter au seul domaine du langage, de la mettre à l’épreuve des autres champs qu’elle peut concerner, que ce soit des pratiques artistiques, sociales, culturelles, urbanistiques, architecturales…

Partant de là, nous souhaitons explorer le rôle majeur de tous ces processus producteurs à la fois de mondialité, de singularité et d’altérité propres aux phénomènes de créolisation, choisissant ainsi de laisser de côté d’autres dimensions qui sont pourtant aussi des éléments du Monde (processus et événements de destruction, nouvelles formes de domination, crispations identitaires,…). Ces processus sont observables à plusieurs échelles, en plusieurs espèces d’espaces, dans des routines aussi bien que des pratiques artistiques. Il sera en particulier attendu des contributions : 

  • qu’elles s’appuient sur des analyses de terrain et des enquêtes précises, 
  • qu’elles offrent l’occasion de discuter des termes utilisés communément : hybridation, métissage, créolisation, etc.

Échéance : note d’intention d’une page environ pour le 10 décembre 2008. Textes à remettre pour le 15 février 2009. Parution en juin 2009.

Envoi de votre note d’intention aux adresses suivantes simultanément :

  • lieux.communs@nantes.archi.fr
  • guillaume.ertaud@nantes.archi.fr

Coordination : Emmanuelle Chérel et Marc Dumont

Note :
1. Édouard Glissant, Introduction à une poétique du divers, Paris, Gallimard, 1996, p 15

Dates

  • mercredi 10 décembre 2008

Fichiers attachés

Mots-clés

  • altérité, urbain, créolisation

Contacts

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr
  • Revue Lieux Communs
    courriel : lieux [dot] communs [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Source de l'information

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'altérité, entre condition urbaine et condition du monde », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 17 octobre 2008, http://calenda.org/195742