AccueilRéel du récit / récit du réel

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Publié le mardi 28 octobre 2008 par Marie Pellen

Résumé

Nous sommes de plus en plus friands du réel, ou du moins de tout ce qui se donne pour vrai, en autant que ce réel soit structuré comme un récit. Si le postulat d’une telle proposition implique un état des lieux de l’imaginaire contemporain, qu’on peut caractériser grossièrement par une événementialité des plus restreintes, ce n’est pas cet état des lieux en lui-même qui nous intéresse mais son interface avec le fait littéraire. Nous voudrions partir de ce prédicat sur l’imaginaire contemporain pour en explorer les effets simultanés, quoique opposés, à la fois sur la structuration du discours oeuvrant dans l’espace public et sur la réponse apportée par la littérature.

Annonce

Premier colloque du groupe de recherche Prospero sur le fait littéraire et le politique du présent

21-22 mai 2009, Queen’s University

Dans la transcendance esthétique, c’est le désenchantement du monde qui se reflète.

Adorno, « Situation du narrateur dans le roman contemporain »

Nous sommes de plus en plus friands du réel, ou du moins de tout ce qui se donne pour vrai, en autant que ce réel soit structuré comme un récit. Si le postulat d’une telle proposition implique un état des lieux de l’imaginaire contemporain, qu’on peut caractériser grossièrement par une événementialité des plus restreintes, ce n’est pas cet état des lieux en lui-même qui nous intéresse mais son interface avec le fait littéraire. Nous voudrions partir de ce prédicat sur l’imaginaire contemporain pour en explorer les effets simultanés, quoique opposés, à la fois sur la structuration du discours oeuvrant dans l’espace public et sur la réponse apportée par la littérature. En effet, tout se passe comme si la pauvreté ressentie du réel poussait le discours chargé de lui donner forme à recourir à un excès d’esthétisation, comme le disait déjà Kojève à propos de la fin de l’Histoire dans une note célèbre, le plus petit incident voire l’absence d’événement d’une vie donnée étant appelée à devenir récit grâce aux outils de la narrativité. Or on sait comment cette même pauvreté, ce que Žižek appelle désormais le désert du réel, a eu des effets diamétralement opposés, depuis longtemps analysés, sur le fait littéraire (John Barth, D. Rabaté). Ainsi, alors que le plus petit événement fait désormais l’objet d’un récit à part entière, publié sous forme de livre ou de reportage, sans parler du phénomène de la « télé-réalité » qui est dans les faits scriptée dans ses moindres détails, la littérature contemporaine se veut, depuis un bon moment déjà, de plus en plus épuisée, cantonnée à l’expression de soi ou à l’hyperréalisme (T. Wolfe, S. Jacob). Tentons d’expliciter ces deux aires de jeu opposées et complémentaires :

1. Une trame narrative est décelable, pour qui se donne les moyens de l’observer, dans la plupart des discours et représentations du quotidien. Est-il pour autant possible d’aborder les diverses constructions discursives en circulation dans l’espace public – du propos le plus trivial à l’exposé le plus savant –, comme on lirait n’importe quel récit (en y repérant une intrigue, des personnages, un décor, un investissement de la temporalité) ? Selon Gérard Genette (« Introduction au discours du récit »), une narration comporte deux dimensions fondamentales : l’histoire et le récit. L’histoire (que l’on peut rapporter à l’énoncé) renvoie au contenu narratif à proprement parler, soit un ensemble de faits et d’événements racontés selon un ordre chronologique (ou logique). Le récit (ou l’énonciation) équivaut à la production d’un tel discours, soit l’acte narratif (parole ou écriture) qui lui donne forme : le récit implique dès lors une focalisation (choix des éléments présentés ; point de vue retenu pour en traiter) et la présence (implicite ou manifeste) d’un locuteur (narrateur).

2. Face à cette esthétisation grandissante du réel par le discours communicationnel (ayant la transparence pour finalité), la littérature, en particulier le roman, a plutôt fait le choix inverse de l’épuisement. Sans pour autant s’appuyer sur le postmodernisme implicite d’une notion qui a fait les beaux jours de la métafiction américaine, nous voudrions en la reprenant suggérer trois modalités de la fiction contemporaine, directement liées à la pauvreté ressentie du réel : 1. jeux savants et auto-réflexifs de la métafiction ou de toute fiction qui assume son autonomie et en fait le sujet de son énonciation (Beckett, Novarina, Hervé Bouchard) ; 2. diagnostic de la vacuité contemporaine (Houellebecq, Don DeLillo, Bret Easton Ellis) ; 3. autofiction ou hyperréalisme contemporain.

Approche

Plusieurs approches sont sollicitées :

  • Analyse poétique de la narrativité à l’œuvre dans le discours communicationnel

  • Définition de l’imaginaire contemporain en rapport avec la pauvreté du réel

  • Analyse de l’interaction du fait littéraire et de cette pauvreté

  • Analyse de la pauvreté postulée du récit de témoignage

  • Définition des paramètres narratifs de l’historicité contemporaine

Logistique

Les propositions de communication, en français ou en anglais, doivent inclure un résumé de 300 mots, accompagné d’un titre et des coordonnées (nom, fonction, université, département d'attache, etc.). Elles doivent parvenir aux organisateurs avant le 15 janvier 2009.

La publication des Actes est prévue.

Comité d’organisation

Stéphane Inkel

Queen’s University

inkels@queensu.ca

Sylvain David

Université Concordia

sdavid@alcor.concordia.ca

François-Emmanuël Boucher

Collège militaire royal du Canada

Francois-Emmanuel.Boucher@rmc.ca

Catégories

Lieux

  • Canada, Queen’s University
    Kingston, Canada

Dates

  • jeudi 15 janvier 2009

Mots-clés

  • imaginaire contemporain, fait littéraire, politique, analyse poétique de la narrativité, témoignage

Contacts

  • François-Emmanuël Boucher
    courriel : Francois-Emmanuel [dot] Boucher [at] rmc [dot] ca

Source de l'information

  • François-Emmanuël Boucher
    courriel : Francois-Emmanuel [dot] Boucher [at] rmc [dot] ca

Pour citer cette annonce

« Réel du récit / récit du réel », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 28 octobre 2008, http://calenda.org/195828