AccueilPolice et empires coloniaux, 1700-1900

Police et empires coloniaux, 1700-1900

Cinquième journées d’études du Programme CIRSAP (Circulation et construction des savoirs policiers en Europe, 1650-1850)

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Publié le vendredi 31 octobre 2008 par Marie Pellen

Résumé

Cette rencontre a pour objet la « police », les dispositifs et les forces au service de l’idéal classique de « l’État bien policé » des Lumières comme les pratiques régulatrices et sécuritaires qui s’imposent à partir du XIXe siècle. La police – sous des formes diverses – a joué un rôle crucial dans l’histoire des empires, mais elle reste un secteur mal connu de l’État colonial. Cette rencontre vise à rapprocher l’histoire impériale et celle du fait policier et réévaluer le poids des expériences coloniales dans l’histoire longue des polices nationales et dans celle des modèles d’action étatique et de gestion des populations. L’histoire de la police doit être ainsi envisagée dans une perspective d’histoire « globale », sans séparer les transformations coloniales de celles qui se jouent dans la métropole ou dans d’autres secteurs de l’Empire. Une hypothèse féconde serait de considérer les polices coloniales comme des terrains d’expériences (humaines) et d’expérimentations (techniques), qui ont fécondé à leur tour les polices métropolitaines. Ces journées d’étude ont ainsi l’ambition de rassembler les historiens des empires coloniaux et de la police du XVIIIe et du XIXe siècle intéressés par ces perspectives.

Annonce

Cinquième journées d’études du Programme CIRSAP

26-28 novembre 2009, Université Paris I Panthéon-Sorbonne.


Le programme CIRSAP, « Circulation et construction des savoirs policiers européens, 1650-1850 », élu par l’Agence nationale de la recherche en 2006, et soutenu par les laboratoires IRHIS UMR 8529 (Lille 3), CRHQ UMR 6583 (Caen), Modernités et Révolutions EA 127 (Paris 1- Panthéon Sorbonne) et TELEMME UMR 6570 (Aix-en-Provence) a pour vocation de susciter, encourager et développer des travaux historiques sur la police, autour d’une première modernité de l’objet qui se dessine aux XVIIIe et XIXe siècles en Europe, dans une perspective comparatiste.

Les journées d’études qui se tiendront à la Sorbonne en novembre 2009 visent à rassembler les historiens qui conduisent des recherches sur les polices des empires coloniaux aux XVIIIe et XIXe siècles. Par « police », on désigne dans une conception large les dispositifs et les forces au service de l’idéal classique de « l’État bien policé » des Lumières comme les pratiques régulatrices et sécuritaires qui s’imposent à partir du XIXe siècle, sans s’arrêter à une institution unique. La police – sous des formes diverses – a joué un rôle crucial dans l’histoire des empires, en assurant le contrôle de la métropole et des colons sur les sociétés locales, en faisant respecter l’ordre colonial et en assurant la diffusion des normes des autorités impériales. Souvent ignoré, l’agent de police a pourtant été fréquemment l’unique représentant des autorités et le premier maillon du pouvoir colonial à l’échelon local. La police est restée cependant une zone d’ombre relative dans les historiographies impériales et un secteur mal connu de l’État colonial. L’historiographie de la police a également longtemps traité les policiers des colonies comme un problème secondaire. Au regard des travaux récents sur les empires coloniaux espagnols et portugais, pour ne rien dire de l’Empire britannique, ou encore sur la police française au XXe siècle, il apparaît nécessaire de réévaluer le poids des expériences coloniales dans l’histoire longue des polices nationales et dans celle des modèles d’action étatique et de gestion des populations. Il semble également fructueux pour l’histoire du fait colonial d’intégrer à son récit l’histoire des conceptions et des pratiques policières de la métropole, sous peine de ne pas pouvoir distinguer les spécificités du « policing » en contexte colonial : ainsi l’histoire de la « police » en Nouvelle-France doit être rapportée aux transformations contemporaines de la « police » du royaume de Colbert à Louis XV. L’histoire de la police doit être ainsi envisagée dans une perspective d’histoire « globale », sans séparer les transformations coloniales de celles qui se jouent dans la métropole ou dans d’autres secteurs de l’Empire. Plutôt que d’étudier les polices des territoires périphériques comme la simple « projection coloniale » d’un modèle métropolitain plus ou moins adapté ou dégradé, on pourrait inverser la problématique classique en considérant les polices coloniales comme des terrains d’expériences (humaines) et d’expérimentations (techniques), qui ont fécondé à leur tour les polices métropolitaines. Il s’agit de favoriser un dialogue comparatiste au sein d’un domaine d’étude en plein renouvellement, mais menacé de morcellement, partagé entre l’histoire de la police et les histoires nationales des différents empires coloniaux, elles-mêmes parfois isolées des historiographies nationales des métropoles.

Cette rencontre, qui vise rapprocher l’histoire de la police et l’histoire impériale, a plusieurs ambitions :

1) On voudrait ici dépasser le problème de la simple « adaptation » des dispositifs policiers au cadre colonial et s’interroger sur les capacités d’innovation dont ont fait preuve les systèmes policiers coloniaux.
La complexité de la circulation de certaines innovations institutionnelles en matière d’organisation policière doit nous inciter à reconsidérer l’idée reçue selon laquelle les institutions coloniales « dériveraient » des innovations métropolitaines. Dans les territoires de l’Empire espagnol du XVIIIe siècle, les alcaldes de barrios semblent avoir une longue histoire bien avant leur apparition à Madrid. De manière générale, selon les contextes, certains lieux, certains espaces ont pu constituer de véritables « laboratoires » de la modernité policière – y compris dans un sens technique, comme le montre l’utilisation des empreintes digitales dans les Indes britanniques dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il s’agit d’étudier les formes de police de ces territoires, les techniques et les outils développés et leurs applications dans d’autres contextes : la ville coloniale, la capitale impériale, les zones frontalières. Les campagnes quadrillées par les forces paramilitaires comme la gendarmerie ou encore le village géré par un unique « constable », parmi d’autres, ont pu être tour à tour une source d’inspiration ou des lieux d’adaptation de dispositifs policiers élaborés ailleurs.

2) Il s’agit de saisir les transferts, les modalités de circulation de modèles, de techniques, d’outils et de conceptions de la police entre les métropoles, les colonies et les différentes sections des empires, en portant une attention particulière aux relations tissées d’une part entre les polices des métropoles et celles des périphéries, d’autre part entre les différentes possessions d’un même Empire ou encore entre deux Empires coloniaux distincts.
La perspective de la « fertilisation croisée » des polices métropolitaines et coloniales, à travers la circulation des hommes (Sinclair et Williams, 2007), mais aussi des institutions, est particulièrement féconde, et engage un repérage des espaces et des milieux où s’effectuent ces croisements. Elle peut être également élargie, au-delà de l’étude des carrières et des trajectoires professionnelles des acteurs chargés de la gestion des populations.

3) L’étude des pratiques et des conceptions policières coloniales doit retenir notre attention. Il serait tentant de faire des polices des colonies de chaque empire les variations d’un même « modèle » métropolitain ou colonial (avec l’Irlande). Or l’unicité de tels modèles « impériaux » a été remise en cause. La police en contexte colonial peut être vue comme un compromis permanent entre des contraintes locales (matérielles, politiques) et un cadre et des impulsions d’origine métropolitaine. La diversité des formes de « policing » est-elle de règle au sein d’un même empire, ou doit-on privilégier les facteurs d’unification, comme l’existence d’un « modèle policier » ou encore le caractère surplombant de la « situation coloniale » ? D’autres situations viennent encore compliquer le schéma d’une simple « projection » de la police métropolitaine dans les colonies. Territoires disputés, certaines colonies ont connu plusieurs modèles successifs de police au gré des conflits et des partages entre puissances coloniales, comme le Canada ou la Louisiane. Comment se sont transformés alors les dispositifs policiers ?

Il s’agit pour nous de ne plus faire séparément l’histoire des polices métropolitaines et celle des polices dans les colonies, mais de nous interroger sur les liens qu’elles peuvent entretenir, en donnant à l’expérience coloniale la place qui lui revient dans l’histoire des polices des métropoles, en intégrant ces deux dimensions dans ce qu’il est plus juste d’appeler une « histoire impériale des polices ». Ces journées d’étude ont ainsi l’ambition de rassembler les historiens des empires coloniaux et des polices du XVIIIe et du XIXe siècle intéressés par ces perspectives. Elles sont ouvertes aux contributions sur tous les empires européens. Une priorité sera donnée aux contributions attentives aux transferts – qu’il s’agisse des hommes, des conceptions, des techniques et des outils de la police – entre polices métropolitaine et coloniale, ou entre les secteurs de l’Empire, ainsi qu’aux approches comparatives.

Les propositions de communication devront être adressées aux organisateurs (vjdenis2@yahoo.fr) avant le 1er mars 2009 (un titre et un résumé d’une dizaine de lignes). Les communications pourront être présentées en français, anglais et espagnol.

Contact :

Vincent DENIS
Maître de conférences en histoire moderne
Université Paris I Panthéon Sorbonne
Centre de Recherche en Histoire Moderne (EA 127)
17 rue de la Sorbonne
75231 Paris Cedex 05

Email :

vjdenis2@yahoo.fr

Lieux

  • Université Paris I Panthéon-Sorbonne
    Paris, France

Dates

  • dimanche 01 mars 2009

Mots-clés

  • police, colonies, histoire impériale, gestion des populations, XVIIIe-XIXe siècles

Contacts

  • Vincent Denis
    courriel : vincent [dot] denis [at] univ-paris1 [dot] fr

Source de l'information

  • Vincent Denis
    courriel : vincent [dot] denis [at] univ-paris1 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Police et empires coloniaux, 1700-1900 », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 31 octobre 2008, http://calenda.org/195872