AccueilLe monde ouvrier français (1750-1850) : logiques d'éclatement, logiques unificatrices

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Publié le mercredi 12 novembre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Cette journée part du constat et de la vivacité historiographique actuelle du travail sur la construction des catégories sociales et de la relative marginalité des interrogations sur la catégorie de classe ouvrière. Elle se propose de réinterroger cette notion à partir d'une analyse des forces d'éclatement (logiques de métier, logiques sexuées, logiques locales) et des forces intégratrices (linguistiques et politiques notamment) qui travaillent le monde ouvrier au tournant des XVIIIe et XIXe siècles.

Annonce

Les années 1980-1990 ont mis en cause le caractère explicatif des grandes catégories utilisées en histoire sociale : bourgeoisie, magnats ou classe ouvrière n’auraient fonctionné que comme des clefs rhétoriques puisque les cas individuels, analysés en fonction d’une catégorie préétablie, servaient à spécifier cette catégorie, qui se trouvait ainsi forcément renforcée des propriétés de ce qu’elle groupait et avait servi à définir (Revel, éd., 1996). Il ne s’agissait pas forcément de rejeter la catégorie en tant qu’instrument heuristique, mais de borner là son rôle, sans réifier les catégories sociales (soit en leur attribuant des fonctions interprétatives soit en les transformant en catégorie identitaire - décrivant non plus le point de vue du chercheur mais celui, supposé, de ceux qu’elle désigne). Les historiens se sont alors orientés vers une analyse de ce qui, dans les pratiques des acteurs, permettait de construire la catégorie, tant dans l’ordre de l’expérience que dans celui des discours (Cosandey, éd., 2005). Si le monde bourgeois des débuts de l’époque contemporaine a récemment trouvé les analystes des forces adjuvantes ou opposantes qui jouèrent pour ou contre la constitution d’un « ordre bourgeois » (Jessenne, éd., 2007), il n’en est pas de même pour le monde ouvrier, du moins dans l’historiographie française.

Dans le sillage de ces travaux et sans présupposer aucun ordre de détermination des pans coexistant de la réalité (l’économique, le politique, le culturel), cette future journée d’étude se propose de réfléchir à la diversité des logiques qui parcoururent le monde ouvrier français entre 1750 et 1850, favorisant ou freinant son unification de fait ou de perception.

L’ampleur de l’ouverture chronologique vise à éviter qu’une focalisation sur la phase d’industrialisation massive réduise le monde ouvrier à un ensemble de rapports économiques ou qu’une focale braquée sur un événement politique (fût-il majeur comme la Révolution ou les journées de 1830 ou 1848) ne le cherche que dans une conscience politique forgée au feu de la lutte. Plutôt que de postuler une synchronie mécanique du sociologique, du politique et du culturel, la durée permet de poser la question de leurs décalages éventuels.

Reconnaissant le caractère construit des catégories, il s’agirait, dans un premier temps, de mettre l’accent sur le multiple, l’hétérogène à partir desquels la catégorie invente son unité. Derrière la catégorie existent une richesse d’expériences, qu’elles relèvent des métiers - avec, par exemple, la persistance de pôles d’artisanat dont le récit d’une prolétarisation uniforme ne peut rendre compte (Joyce, 1991 ; Vernon, 1993) – ou des identités locales ou sexuelles.

Un second temps de la réflexion viserait à comprendre comment, en dépit de ce divers et sans toujours l’effacer, l’unité peut être vécue ou forgée. Si Jones (1983) n’a plus pu trouver la réalité de la classe que dans une construction linguistique en retard sur l’expérience et qui ne parlerait du présent qu’avec les catégories du passé, des analyses qui se concentreraient moins sur le discours politique (à destination des autres) mais se recentreraient sur la manière dont les ouvriers mettent en mots la réalité la plus quotidienne du travail ou de la sociabilité, la manière dont ils pensent le domaine économique, auraient des chances de ne plus introduire la coupure et la hiérarchie que l’historiographie a longtemps vu entre le discursif et le vécu. Le discours sur soi ne fonctionne probablement pas de la manière et n’a pas les mêmes effets que le discours des autres (qu’il est également utile d’analyser).                    

programme  de la journée d’études

9h. Déborah Cohen : Présentation de la journée.

 

Matinée : Diversité du monde ouvrier.

Présidence Christine Peyrard (Telemme)

Julien Saint-Roman (UMR Telemme) : L’Arsenal de Toulon.

Samuel Guicheteau (Rennes 2): Le monde ouvrier existe-t-il ? Tailleurs d’habits et portefaix à Nantes ».

Cyril Belmonte (UMR Telemme) : « À la marge. La main d’œuvre industrielle de l’arrière pays marseillais à l’époque révolutionnaire ».

Après-midi : la fabrique de l’unité.

Présidence Jacques Guilhaumou (Triangle)

Josiane Boutet (Paris VII): « Accéder à la parole ouvrière au XIX°s. : les règlements d’atelier ».

Ludovic Frobert (UMR Triangle) : « La réception des doctrines saint-simoniennes, républicaines et fouriéristes dans la presse ouvrière lyonnaise (1831-1834) »

François Jarrige (Université du Maine) : «  La construction d’un archétype : le briseur de machine ».

Lieux

  • Maison Méditerranéenne des Sciences de l'homme. 5 rue du Châeau de l'Horloge. Salle Duby.
    Aix-en-Provence, France

Dates

  • mercredi 04 février 2009

Mots-clés

  • monde ouvrier, 1750-1850, catégories sociales, identités discursives

Contacts

  • Déborah Cohen
    courriel : cohen [dot] deborah [at] free [dot] fr
  • Christine PEYRARD
    courriel :

URLS de référence

Source de l'information

  • Déborah Cohen
    courriel : cohen [dot] deborah [at] free [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le monde ouvrier français (1750-1850) : logiques d'éclatement, logiques unificatrices », Journée d'étude, Calenda, Publié le mercredi 12 novembre 2008, http://calenda.org/195950