AccueilL’itinérance des cours (fin XIIe siècle-milieu XVe siècle) : un « modèle » ibérique ?

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Publié le mercredi 12 novembre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Dans la recherche sur les cours de la péninsule ibérique, les aspects culturels, l’organisation et les personnels ont focalisé l’essentiel de l’attention. Il y a eu d’abondantes études des itinéraires, mais peu d’approches systématiques de l’itinérance de la cour. Les royautés de la péninsule ibérique, en dehors peut-être de celle de Navarre, en sont restées, jusqu’à la tardive promotion de Madrid comme capitale, à un exercice itinérant du pouvoir, lors même qu’elles étaient munies d’un appareil administratif non dérisoire, alors qu’ailleurs en Europe, l’exercice itinérant du pouvoir évolue de l’Itinerarherrschaft à la Residenzherrschaft Résidence, capitale, centre d’administration se différencient, l’ERPI se propose de suivre le couple itinérant casa i cort dans son fonctionnement, ses contraintes, sa logique et son évolution.

Annonce

 Equipe ERPI

Contact : Françoise Lainé, professeur d’histoire médiévale flaine@u-bordeaux3.fr francoise.laine4@wanadoo.fr

Dans la recherche sur les cours de la péninsule ibérique, les aspects culturels, l’organisation et les personnels ont focalisé l’essentiel de l’attention. Il y a eu d’abondantes études des itinéraires, mais peu d’approches systématiques de l’itinérance de la cour, dans des ouvrages de grande ampleur consacrés à une cour avant celui de R. Costa Gomes sur le cas portugais et plus récemment celui de Francesco de Paula Cañas Gálvez sur  l’itinéraire de la cour de Jean II de Castille. Or les royautés de la péninsule ibérique, en dehors peut-être de celle de Navarre, en sont restées, jusqu’à la tardive promotion de Madrid comme capitale, à un exercice itinérant du pouvoir, lors même qu’elles étaient munies d’un appareil administratif non dérisoire. Aux XIIe s. - XIIIe s, les effets de la reconquista qui nouent de nouveaux liens symboliques entre rois conquérants et villes conquises, ou bien la coalescence de territoires disparates obligent les princes à bouger constamment : de Burgos à Séville ou de Barcelone à Saragosse. Cette situation se pérennise encore plus de deux siècles.

Dans le recueil, Les tendances actuelles de l’histoire du Moyen Age en France et en Allemagne, Werner Paravicini remarquait, à propos des états allemands, mais aussi de la France et de l’Angleterre, que « l’exercice itinérant du pouvoir évolue vers un pouvoir centré sur une résidence : résidence, capitale, centre d’administration se différencient. » Ce modèle « colle » mal au cas ibérique. L’itinérance persistante des princes ne saurait découler du seul inachèvement de l’Etat. Si l’on envisage la question du point de vue des villes, le congrès de la SHMES tenu en 2005 à Istanbul a remarqué combien la notion de capitale convenait peu à l’histoire médiévale ibérique.

L’itinérance de la cour, dans des pays à l’économie très tôt monétarisée, ne correspond pas à des besoins d’aller consommer sur place les ressources royales, mais à un mode d’exercice du pouvoir. Dans le cas de la Castille, le parallèle structurel dressé par Maribel Fierro entre la politique culturelle des califes almohades et celle d’Alphonse X, mériterait d’être étendu  à tous les aspects de l’exercice du pouvoir, puisque les Almohades n’étaient pas rivés à une capitale. Un modèle musulman peut entrer en jeu.

Sur le plan pratique, l’itinérance de la cour répond à une nécessité de présence pour assurer le contrôle territorial; cela vaut particulièrement pour l’assemblage hétéroclite des Pays de la Couronne d’Aragon. Les voyages du roi de France en Languedoc n’ont pas d’autre raison d’être, mais ne représentent que des épisodes exceptionnels, rompant avec la circulation du roi et de son entourage autour de Paris d’où les grands services administratifs ne bougent plus. Dans la Péninsule ibérique, l’itinérance du roi et de sa cour d’un bout à l’autre de ses états restent la règle. Le gobierno presencial où les voyages du souverain « produiraient le territoire » ne s’applique pas qu’aux rois Catholiques, même s’il débouche dans ce cas, après une profonde crise de l’autorité royale, sur une forte centralisation et la fixation de la résidence royale dans les décennies qui suivent.

Le colloque tenu à Lausanne en 2001 sur L’itinérance des seigneurs ouvre d’autres pistes à approfondir ou à transposer, notamment la corrélation entre le passage du prince et les rentrées fiscales, mais aussi les aspects de propagande car, par exemple, les rois aragonais de Naples revendiquent cette pratique comme un bon gouvernement, où le prince paie de sa personne sur l s chemins, pourvoie aux besoins de tous en agissant de près.

La rencontre se  situe  dans le champ des recherches sur la cour comme espace politique, lieu de communication et de sociabilité. L’inscription du pouvoir royal dans l’espace polarisé par quelques cités, palais et nécropoles  appelait une approche interdisciplinaire. Elle s’inscrit  dans le programme de recherche de l’ERPI, composante de l’EA Ameriber,  car il s’agit de montrer en quoi on pourrait parler d’un modèle  ibérique de l’exercice du pouvoir royal, centralisé et  paperassier mais itinérant, dans son fonctionnement, ses contraintes, sa logique et son évolution. 

Programme

9h45 Allocution de bienvenue, Geneviève Champeau directrice d’Ameriber

1ère  demi-journée :  prolégomènes, de l’Itinerarforschung à l’histoire de l’État , sous la présidence de  Patrick Henriet

10h Lainé, Françoise (U. de Bordeaux 3) et Macé, Laurent (U. de Toulouse), Introduction.

10h45 Fierro Bello, Maribel (CSIC, Madrid), Los almohades y el poder itinerante.

11h15 Cavero Domínguez, Gregoria, (U. de León),  Alfonso IX de León y el iter de su corte [1188-1230].

déjeuner

2ère  demi-journée : repères  et géographie de l’itinérance, sous la présidence de Frédéric Boutoulle et Charles Garcia)

14h Garcia, Charles (U. Poitiers), Itinérance de la cour et géographie du sacré sous Alphonse VI et Urraque Ire.

14h30 Chao Castro, David (U. de Santiago de Compostela), Les nécropoles royales d’Alphonse X à Henri IV, approches historiques et artistiques.

15h Español Bertran, Francesca (U. Barcelona), Chapelles palatines des rois d’Aragon, les repères de la sacralité.

Discussion  et pause

16h30 h Araguas, Philippe (U. de Bordeaux 3), Palais et jardins du roi d’Aragon vers 1400.

17h Ponsich, Claire (U. de Pau), Des dames sur les routes: le cas des reines d'Aragon à la fin du XIVe s.

Discussion 

3ème demi journée : vivre et exercer le pouvoir en chemin, lieux et modalités, sous la présidence de Florence Buttay et  Ghislaine Fournès

8h30 Beauchamp, Alexandra (U. de Limoges), Gouverner en chemin, le cas de la Couronne d’Aragon au XIVe s.

9h Coussemacker, Sophie (U. de  Bordeaux 3), Nourrir et loger  la cour au temps de Sanche IV.

Discussion  et pause

10h Barraqué, Jean-Pierre (U. Pays et Pays de l’Adour), Saragosse et la cour du roi d’Aragon (XIVe-XVe s.)

10h30 Narbona, María (U. de Navarra), Les séjours de Charles III le Noble à Paris, 1378-1411.

11h Rábade, María del Pilar (U. Complutense), Escenario para una corte real: Madrid en tiempos de Enrique IV

Discussion

déjeuner

4ème demi journée : au bout des chemins, sous la présidence de Denis Menjot

14h Costa Gomes, Rita (Towson U.), Les déplacements de la cour portugaise, perspectives comparatistes.

14h 30 García Arancón, Raquel (U. de Navarra), L’itinérance de la cour de Navarre et les étrangers.

15h Carrasco Manchado, Ana Isabel (U. Complutense), Déplacements et tentations de la stabilité: la cour des Trastamare.

Discussion  et pause

16h30 Fournès, Ghislaine U. Bordeaux 3), L’itinérance d’Henri IV de Castille dans la Chronique de Miguel Lucas de Iranzo (1458-1471).

17h Del Val Valdivielso, Isabel (U. de Valladolid), Vers la fin de l’itinérance ? Les rois catholiques.

18h Nieto Soria, José Manuel (U. Complutense), Conclusions

Comité scientifique

  • Amaia Arizaleta
    Professeur de littérature espagnole
    Université de Toulouse II
    ariza@univ-tlse2.fr
  • Martin Aurell
    Professeur d’histoire médiévale
    Université de Poitiers, Institut universitaire de France
    martin.aurell@univ-poitiers.fr
  • Daniel Baloup
    Directeur des études pour l'époque antique et médiévale
    Casa de Velázquez
    baloup@cvz.es
  • Denis Menjot
    Professeur d’histoire médiévale
    Université de Lyon II
    denis.menjot@univ-lyon2.fr
  • Georges Martin
    Professeur de littérature et civilisation de l’Espagne médiévale
    Université de Paris IV
    Georges.Martin@paris-sorbonne.fr
  • Flocel Sabaté i Curull
    Professeur d’histoire médiévale
    Université de Lerida/Universitat de Lleida
    flocel@historia.udl.cat

Comité d’organisation

Lieux

  • Salle de conférences de la Maison des Pays Ibériques, université de Bordeaux 3, domaine universitaire 33607 Pessac CEDEX
    Pessac, France

Dates

  • lundi 17 novembre 2008
  • mardi 18 novembre 2008

Mots-clés

  • cour, itinérance, Péninsule ibérique, société, exercice du pouvoir

Contacts

  • Françoise Lainé
    courriel : flaine [at] u-bordeaux3 [dot] fr
  • Sophie Coussemacker
    courriel : Sophie [dot] Coussemacker [at] u-bordeaux3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Françoise Lainé
    courriel : flaine [at] u-bordeaux3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L’itinérance des cours (fin XIIe siècle-milieu XVe siècle) : un « modèle » ibérique ? », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 12 novembre 2008, http://calenda.org/195954