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Géohistoire et données anciennes

Appel à contributions pour Géocarrefour, vol. 84 (hiver 2009)

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Publié le mardi 18 novembre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

L’approche de type géohistorique irrigue les courants les plus divers de la géographie, son originalité tenant au fait qu’elle cherche à replacer la dynamique et la structuration des milieux ou des territoires dans le temps long. Plus qu'une histoire spatialisée elle vise donc une compréhension des phénomènes spatiaux et du sens de leurs enchaînements au cours du temps. Elle peut prétendre de ce fait à un certain renouvellement du genre monographique qui devient l’exercice préalable à l’identification de trajectoires d’évolution ou de recompositions. Ce numéro de Géocarrefour, espéré pour la fin de l'année 2009, abordera plusieurs pistes dans ce sens.

Annonce

Nicolas Jacob-Rousseau

Please find the English version below.

L'utilisation des données anciennes en géographie

L’approche de type géohistorique irrigue les courants les plus divers de la géographie, son originalité tenant au fait qu’elle cherche à replacer la dynamique et la structuration des milieux ou des territoires dans le temps long. Les travaux peuvent porter ainsi sur des phénomènes de mémoire, d’héritage, de rémanence dans la constitution d’identités, dans l’émergence du risque comme dans l’expression de processus physiques actuels. Plus qu'une histoire spatialisée elle vise donc une compréhension des phénomènes spatiaux et du sens de leurs enchaînements au cours du temps. Elle peut prétendre de ce fait à un certain renouvellement du genre monographique qui devient l’exercice préalable à l’identification de trajectoires d’évolution ou de recompositions.

Ce champ d’étude ouvert sur le passé est souvent exploré grâce à des collaborations scientifiques avec des disciplines porteuses de techniques complémentaires : l’histoire au premier chef mais aussi l’archéologie, l’architecture, l’anthropologie ou l’écologie dans ses divers développements. Les géographes, toutefois, sont depuis longtemps familiers des recherches sur des documents d’archives dont la production a été de plus en plus abondante et diverse entre le XVIe siècle et l’époque contemporaine : les estimes puis les enquêtes et les statistiques, les plans terriers et les cadastres, les cartes et les plans anciens ou les photographies. Souvent l’objectif a été de restituer le déroulement chronologique des faits aboutissant aux situations ou aux formes actuelles, soit une perspective plutôt historique : début ou extinction de certains processus géomorphologiques, étapes de la transformation des trames rurales ou urbaines.

Dans l’actuel regain d’intérêt pour ces sources archivistiques, on note la persistance d’objectifs et de méthodes géographiques : un intérêt pour les formes d’occupation de l’espace ou du milieu, pour les modes d’exploitation des ressources et pour leur influence sur la structure et la dynamique actuelles de l’environnement. Toutefois, cette valorisation est autant le fait des géographes que des scientifiques de disciplines voisines qui ont aussi une approche spatiale : l’écologie, l’écologie du paysage ou l’aménagement.

Orientation du numéro

Ce projet de numéro thématique vise ainsi à présenter les aspects récents de l’approche géohistorique des sociétés et de leur environnement à partir de documents anciens. Des communications sont en particulier attendues sur les points proposés ci-dessous.

Comment identifier les sources archivistiques et dans quels types de travaux les utiliser ? Comment traiter et critiquer ces données ? Voilà souvent les premières questions qui se posent au chercheur. Les cartes anciennes et les cadastres sont un matériau bien connu pour restituer l’occupation de l’espace à différentes dates mais d’autres traitements sont possibles, parfois en changeant seulement d’angle d’attaque ; par ailleurs, des documents moins souvent utilisés sont potentiellement riches d’enseignements. Quel peut être, par exemple, l’apport des sources fiscales ou des statistiques économiques à la restitution des paléoenvironnements récents ?

Il paraît nécessaire de faire aussi le point sur la mesure, dans ses principes comme dans ses méthodes. De nombreux documents peuvent directement faire l’objet de traitements quantitatifs (les cadastres, certaines archives privées — les livres de compte — ou les enquêtes et les statistiques). D’autres sont valorisables moyennant des biais ; on peut évoquer la transformation de données purement événementielles et qualitatives en données semi-quantitatives ou quantitatives dès lors qu’elles sont constituées en séries suffisamment longues et fournies, comme l’ont fait, par exemple, les historiens du climat. Quelles comparaisons s’autorise-t-on alors avec les données actuelles ou plus récentes ? Permettent-elles une meilleure compréhension des phénomènes naturels ou sociaux ?

D’un point de vue technique, le travail sur de petits espaces avait prévalu jusqu’à une période récente ce qui obérait souvent — sauf au prix d’un travail de bénédictin — les restitutions pour des secteurs plus étendus et les réflexions qu’elles permettent. Aujourd’hui, le recours aux SIG permet l’intégration de nombreux phénomènes individuels ou ponctuels. Quelles sont les limites techniques de la valorisation des données, quelles contraintes scalaires subsistent ? Quels sont, en revanche, les enseignements nouveaux d’un traitement spatial généralisé de l’information historique ? Quel peut-être l’intérêt de savoir à la fois quantifier et localiser les changements sur des espaces étendus ?

Dans leur nature, ensuite, les réflexions géographiques sont diverses. L'actualisme est pour les naturalistes une position intellectuelle classique qui envisage l'étude des dynamiques passées grâce à la connaissance et la mesure des processus actuels. Mais la modélisation et, plus récemment, la "géoprospective" sont aussi des approches géographiques. Ces dernières peuvent-elles être étalonnées ou enrichies, voire amendées par le recours aux données anciennes et au prix de quel traitement de l’information ?

Enfin, ces données qui permettent de restituer des états passés conduisent naturellement à s'interroger sur la valeur de "l'état de référence" ou sur la durée véritable des équilibres dynamiques. Ces notions sont les fondements des opérations de gestion des milieux ou des paysages, des politiques de restauration ou de patrimonialisation. La valorisation des données anciennes permet-elle de créer un relais entre un passé lointain dont la connaissance s'appuie surtout sur l'archéologie, un passé proche souvent bien documenté et l'actuel ou le temps de la prospective ?

Consignes aux auteurs

Le numéro sera dirigé par Nicolas Jacob, en lien avec le comité de rédaction. Les articles sont attendus pour le 1er avril 2009, en vue d’une publication espérée en fin d'année 2009. Les auteurs intéressés ont intérêt à prendre contact avec Nicolas Jacob (Nicolas.Jacob@univ-lyon2.fr) pour s'assurer que leur projet correspond bien à l'esprit du numéro. Les articles seront soumis, comme de coutume, à une double expertise scientifique à l’aveugle. La décision de publication revient au directeur de la revue après avis du comité de rédaction.

Les articles, d’une taille de 40.000 signes, respectant strictement les normes bibliographiques de la revue ainsi que les consignes pour l’illustration et comprenant résumés et mots-clés, seront envoyés à André Buisson : geocarrefour@revues.org. Les soumissions d’articles en anglais sont encouragées.

Geohistory and historical data

The geohistorical approach concerns various currents in Geography. It consists in understanding the particularities of the dynamics and structuring of environments and territories in the long term. In this respect, our work is related to the phenomena of memory, heritage and continuity in the construction of identities, in the appearance of natural hazards, and it also includes current physical process activities. This method thus aims at understanding spatial phenomena and the meaning of their sequences over a given period of time. It may represent the opportunity of renewing the monographs that can become the exercise preceding the identification of spatial recompositions and of trajectories in the course of evolution.

Geographers often explore the past thanks to scientific collaborations with the disciplines providing complementary techniques: History in the first place, but also Archeology, Architecture, Anthropology and Ecology. Besides, they have been researching for a long time archives and records containing specific documents, the production of which was growing and diversifying from the 16th century on, such as statistical surveys, cadastres, historical maps and plans, as well as photographs. The aim was often more of a historical kind – it seeked to determine the beginning or the end of geomorphological processes and the stages in the transformation of rural and urban spaces.

Given the currently growing interest in the sources based on such records, we have noted the continuity of geographical aims and methods – there is an interest in the forms regarding the occupation of spaces and environments, in the ways of exploiting resources, and in their influence on the current environmental structures and dynamics. It is worth mentioning that this increased interest  is due to geographers as well as to the scientists working in associated disciplines involving the spatial method, namely Ecology, Landscape Ecology and Regional Development.

This thematic issue project aims at presenting recent aspects of the geohistorical method of societies and their environments based on historical documents. The papers expected concern particularly the points suggested below.

How can one identify archive sources, and what are the types of research where he/she can apply them? How can one deal with and analyze data? These are typically the first questions a researcher meets. Historical maps and cadastres are well-known materials for enabling to restore the occupation of space in different periods, but this can be handled in other ways. Besides, there are documents with a rich potential but less frequently used. For instance, how can tax sources and economic statistics contribute to the restoration of recent palaeoenvironments?

It is also necessary to take stock on measures and the way in which they were taken. Many documents provide quantitative information directly (such as cadastres and statistics). Others need to be handled in specific ways: for example, the transformation of strictly factual and qualitative data into semi-quantitative or quantitative data thanks to the constitution of long chronological series as it has been done by climate historians. What are the possible comparisons with current or recent data? Do they allow a better comprehension of natural and social phenomena?

From a technical point of view, research on small spaces was more frequent until a more recent period. Today, resorting to GIS allows integrating many individual and timely phenomena. What are the technical limits of data exploitation, what are the remaining scalar restraints? On the other hand, what can generalized spatial consideration of historical information teach us? What can be the result of both quantifying and localizing the changes in wide spaces?

The nature of geographic thought varies. For naturalists, actualism is a classical method that consists in studying dynamics of the past thanks to the knowledge and measurements of current processes. The modelisation though and, more recently, geoprospective are also geographic methods. Can the two latter benefit from resorting to historical data, and how the information should be dealt with in that case?

Lastly, data that allow restoring bygone states naturally bring about questions on the relevance of the state of reference and on the real duration of dynamic equilibrium. These notions are the grounds for environmental and landscape management interventions, restoration policies and heritage conservation. Can exploitation of historical data establish a link between the days of yore studied by Archeology, recent history often well documented and the current time of their exploration?

Instructions to the authors

Submissions in English are welcome.

Papers deadline: 1st April 2009

Please submit your proposal to Nicolas.Jacob@univ-lyon2.fr (Assistant professor, University Lumière – Lyon 2) and geocarrefour@revues.org before 1st February 2008.

Author guidelines: http://geocarrefour.revues.org/index1017.html

Dates

  • mercredi 01 avril 2009

Contacts

  • Nicolas Jacob
    courriel : nicolas [dot] jacob [at] univ-lyon2 [dot] fr
  • André Buisson
    courriel : andre [dot] buisson [at] univ-lyon3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Eric Verdeil
    courriel : eric [dot] verdeil [at] normalesup [dot] org

Pour citer cette annonce

« Géohistoire et données anciennes », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 18 novembre 2008, http://calenda.org/196010