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Crises de légitimité et pratiques de légitimation du pouvoir politique

Colloque « Jeunes chercheurs » pluridisciplinaire (histoire – philosophie – science politique)

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Publié le mardi 25 novembre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Ce colloque « Jeunes chercheurs » qui se tiendra à l'ENS, réunit des doctorants et des jeunes docteurs de trois disciplines différentes (histoire, philosophie, science politique) autour de la question des crises de légitimité et des pratiques de légitimation du pouvoir politique. À travers différentes études de cas précis et diversifiés, l'enjeu est d'analyser la notion de légitimité « en action », par le biais des pratiques concrètes qui se mettent en place en période de crise. Les trois séances seront présidées par Monsieur Patrick Boucheron (Maître de conférence à l’Université de Paris 1, histoire), Monsieur Patrick Savidan (Maître de conférence à l’Université de Paris IV, Philosophie) et Monsieur Thierry Leterre (Professeur à l’Université de Versailles – Saint-Quentin, Science politique). Les conclusions générales du colloque seront assurées par Monsieur Michel Dobry (Professeur à l’Université de Paris 1, Science politique).

Annonce

Vendredi 12 et Samedi 13 décembre 2008
Ecole Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm – Paris 

PROGRAMME DETAILLE

Vendredi 12 décembre – Salle des Actes

9h00    : Accueil des participants.

9h15   : Introduction générale (Raphaëlle Laignoux et Francisco Roa Bastos)

1ère séance : « Le discours, une pratique de légitimation privilégiée en temps de crise ? » (9h45 – 12h45)

Président de séance : M. Patrick BOUCHERON

  • Solange CHAVEL (Université de Picardie – Jules Verne, philosophie)

Crises de légitimité et démocraties contemporaines : le discours et la définition des limites de l'espace public.

On analyse souvent la période contemporaine comme une période de "crise de légitimité" pour les démocraties occidentales : pourquoi peut-on parler de "crise de légitimité" dans nos démocraties contemporaines et que peut-on attendre spécifiquement du discours dans le processus de légitimation de nos instances politiques? On se demandera ensuite si l'objet commun des crises de légitimités, patentes ou larvées, n'est pas la définition de l'espace public c'est-à-dire des limites entre privé et public.

  • Irina GRIDAN (Université de Paris 1, histoire)

Comment légitimer un régime dictatorial ? Le « moment 1968 » en Roumanie, entre exaltation des valeurs patriotiques et négation de la solidarité internationaliste.

A l’été 1968, Nicolae Ceauşescu dénonce ouvertement l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie à Prague. Incarnant jusqu’alors un pouvoir dictatorial et illégitime, le secrétaire général du Parti communiste roumain devient le symbole de la résistance nationale au puissant voisin soviétique. Unanimement acclamé par les foules, il met à profit une rhétorique faisant une large place aux poncifs du nationalisme roumain, dont l’hostilité centenaire à la Russie est un des piliers, pour enclencher un processus de légitimation. Son analyse permet d’appréhender les enjeux de la légitimité politique en temps de crise en lien avec les questions de « salut public », de l’autorité d’un leader charismatique ou encore du recours aux fondements de la légitimation reposant sur des valeurs traditionnelles constitutives d’une nation, à l’image du patriotisme.

Discussion

Pause

  • David DOMINE-COHN (EHESS, histoire)

1385 : un moment de légitimité dans le duché de Bretagne.

La longueur de la guerre de succession et la  complexité des débats juridiques autour des droits de Jean de Montfort au duché de Bretagne participent de ce qu'on pourra appeler "une difficile légitimité du nouveau duc de Bretagne en 1385. Alors que s'installe la dynastie des Montfort dans le duché de Bretagne, on se demandera comment se traduit dans les sources de la chancellerie ducale le processus politique et social de légitimation du nouveau pouvoir.

  • Héloïse HERMANT (EHESS, histoire)

Processus de (dé)légitimation et paradigmes de légitimité dans la crise de la régence du dernier Habsbourg d’Espagne (1668-1669)

En 1668-1669, le bâtard royal don Juan José de Austria orchestre une campagne d’opinion sans précédent en Espagne qui aboutit au renvoi de son adversaire politique, le valido Nithard, contre la propre volonté d’une reine décrédibilisée. Le prince réussit un tour de force puisqu’il passe de la position d’accusé – on affirmait sans preuve qu’il avait tenté d’assassiner le valido et on s’apprêtait à l’emprisonner – à la position d’accusateur pour se voir finalement promu vicaire général d’Aragon. À travers cette crise qui met aux prises « détenteurs de légitimité » et « chercheurs de légitimité », la communication propose de travailler la notion de légitimité du pouvoir en se plaçant simultanément sur le registre de l’action – des pratiques de légitimation - et sur le registre des idées qui réfléchissent sur l’action faite ou en train de se faire, explorant ainsi les paradigmes de légitimité. À travers un décentrement dans le temps et l’espace, cette enquête tente de montrer l’historicité des paradigmes de légitimité et des pratiques de légitimation, en soulignant combien la question de la rhétorique et de l’adhésion par la conviction ou la persuasion ne couvre qu’une dimension du problème de la légitimation dans le cadre de conflits qu’on ne saurait réduire à une pure physique des affrontements.

  • Mathieu PROVIDENCE (Université de Paris X / ISP, science politique)

Des légitimités politiques en lutte. Incertitudes institutionnelles et consolidation de la République parlementaire.

Il s’agit d’étudier comment, dans le cadre du « boulangisme » (1886-1891, mouvement politique constitué autour du général Boulanger), les députés et sénateurs républicains parviennent à (re)légitimer le système parlementaire, un temps remis en cause par l’offre électorale boulangiste. Cette étude se fonde pour cela sur des indicateurs tirés de la presse et de documents d’archive (Archives de la préfecture de police, Archives nationales). Les stratégies déployées par le personnel parlementaire ont été étudiées grâce à la consultation des travaux des chambres pour la période concernée et la recension des souvenirs des acteurs.

Discussion

2ème demi-journée : « Reconnaissance du pouvoir et consentement des gouvernés, une nécessité ? » (14h30 – 17h30)  

Président de séance : M. Patrick SAVIDAN

 

 

  • Jérémie DUHAMEL (EHESS, philosophie)

Gouverner et obéir dans le contexte des guerres de religion. Le problème des fondements de l’autorité politique dans les Essais de Montaigne.

Dans la seconde moitié du seizième siècle en France, les guerres de religion s’accompagnent d’une crise profonde des fondements de la loi et de la légitimité des pouvoirs politiques. Nous nous proposons d’élucider la manière dont ce problème est mis en forme dans les Essais de Montaigne. Nous nous attacherons plus particulièrement à l’analyse du rapport qui s’établit entre le diagnostic de la crise posé par Montaigne et les nouvelles règles de commandement et d’obéissance qu’il propose pour y remédier.

  • Raphaëlle LAIGNOUX (Université de Paris 1, histoire)

Revendications concurrentes de légitimité pendant le Triumvirat : le point de vue des « gouvernés ».

Après la mort de César, la période du Triumvirat peut être considérée comme un moment de « crise ». Différents acteurs s’affrontent pour le pouvoir, à la fois par les armes sur les champs de bataille, mais également par la construction de discours de légitimation. La période est ainsi caractérisée par une multiplication des revendications concurrentes de légitimité.  Cette contribution propose d’analyser les réactions de la population face à ces revendications. Plus particulièrement, il s’agit d’étudier les mécanismes de reconnaissance ou de rejet qu’utilisent les instances traditionnelles de légitimation du pouvoir que sont le sénat, l’armée et le peuple de Rome.

  • Emmanuelle PEREZ (EHESS, histoire)

La république en terre de mission (Californie, 1822-1832).

La Californie, frontière de l'empire espagnol, fut peu touchée par les remous des années 1810-1820 qui aboutirent aux indépendances. C'est en décalage que ce territoire connut une importante instabilité politique, à partir du moment où Mexico lui envoya émissaires et gouverneurs pour y assurer sa domination et installer la république (1824). Dans un premier temps, cette instabilité peut s'expliquer par la résistance d'une part influente de la population, peu favorable au changement de drapeau et surtout de régime. Dans un second temps, on tentera de montrer que les crises sont la manifestation d'interprétations concurrentes des nouvelles règles légitimes de la vie politique de la part des différents acteurs qui en tirent profit.

Discussion

Pause

  • Charles GIRARD (Université de Paris 1, philosophie)

Quelle légitimité pour l'Union Européenne ? La théorie politique normative face à la « crise institutionnelle »

L'Union Européenne serait confrontée à un déficit de légitimité et à une crise institutionnelle : c'est cette double thèse que nous examinerons en partant des difficultés qu'éprouve la théorie politique normative à formuler des modèles de légitimité pertinents pour les institutions européennes. L'examen de l'UE comme entité sui generis nous amènera à reconsidérer la distinction usuelle entre un concept normatif et un concept positif de légitimité.

  • Francisco ROA BASTOS (Université de Versailles - Saint-Quentin, science politique)

L’affirmation de « partis politiques au niveau européen » depuis 1976 : un outil de réduction du « déficit démocratique » de l’Union européenne ?

L’objet de cette contribution est de montrer en quoi l’affirmation et la « labellisation » de « partis politiques au niveau européen » (PPNE) répond à des considérations stratégiques des élites politiques européennes, soucieuses d’apporter une réponse « visible » aux critiques qui mettent en avant le « déficit démocratique » de l’Union européenne (UE). Il s’agira de voir comment ces PPNE, en lien avec l’affirmation d’une « démocratie européenne », sont conçus et utilisés comme des outils de légitimation d’une UE « en crise ».

Discussion

Samedi 13 décembre – Salle F

9h00    : Accueil des participants

3ème demi-journée : « Agir pour se légitimer : les politiques concrètes de consolidation du pouvoir. » (9h15 – 12h45)

Président de séance : M. Thierry LETERRE

  • Benoît SCHMITZ (Université de Paris IV, histoire)

La papauté et le grand-duché de Toscane : légitimations croisées.

En concédant à Côme Ier le titre de grand-duc de Toscane en août 1569, le pape Pie V a couronné les efforts des Médicis pour légitimer leur pouvoir. Cette concession, qui modifiait la hiérarchie européenne des États et présupposait l’existence d’un pouvoir du pape sur le temporel, fut contestée non seulement par les rivaux des Médicis en Italie, mais aussi par l’Empereur et le roi d’Espagne. Rome et Florence durent faire face ensemble à une crise qui imposait de produire les titres de leur légitimité. Cette communication entend d’abord s’interroger sur l’œuvre de légitimation menée par les Médicis sur la scène internationale : le recours à une autorité supérieure s’imposa pour assurer la reconnaissance de la nouvelle puissance acquise par l’État médicéen. Cette communication se propose ensuite de montrer comment la papauté s’est posée – en vertu de sa propre légitimité fondée sur son institution divine – comme l’instance suprême de légitimation et de délégitimation des pouvoirs politiques : elle doit récompenser ou punir les détenteurs du pouvoir selon leur rejet ou leur acceptation de l’hérésie.  

  • Emmanuel SZUREK (EHESS, histoire)

L'instrumentation politique de la langue dans la Turquie kémaliste (1928-1936)

Les réformes linguistiques en Turquie pendant l'entre-deux-guerres (changement d'alphabet, « purification » lexicale et syntaxique) offrent un exemple saisissant d'instrumentation politique d'un outil de communication. Le nouveau turc est l'œuvre du personnel politique et administratif kémaliste, dispensateur auto-institué et bénéficiaire privilégié de la bienséance linguistique. Ce dispositif cognitif se révèle plus efficace que toute forme de propagande discursive dans l'inculcation des taxinomies républicaines et la légitimation du pouvoir kémaliste. Au risque de susciter un sabir bureaucratique dont les excès conduisent, dès 1934, à une crise linguistique : la langue de l'Etat est devenue un idiolecte régalien.

Discussion

Pause

  • Fabrice NFOULE MBA (IRSH/CENAREST, histoire)

Le consensus ethno régional comme modalité de légitimation du pouvoir au Gabon de 1960 à 1993.

Cette contribution explicite les raisons de la stabilité du Gabon et de la longévité de sa classe politique en dépit des crises (crise de régime en 1960, succession en 1967, élections présidentielles contestées en 1993) survenues au long de l’histoire. Il s’agit de voir comment, à travers une recherche effrénée d’un équilibre ethno régional dans la gestion publique, le pouvoir gabonais se légitime auprès de ses élites et partant de ses populations.

  • Vanessa BERNADOU (Université Paris Dauphine, science politique)

L’ascension d’un « chercheur de légitimité » : le président Nestor Kirchner, de la « marionnette d’Eduardo Duhalde » à « Super K ».

Le 18 mai 2003, le péroniste Nestor Kirchner est devenu, de manière inattendue, le premier Président argentin à être légitimé par les urnes depuis la très grave crise politique, économique et sociale qui avait touché l’Argentine deux ans auparavant. Le 28 octobre 2007 : c’est son épouse, Cristina Kirchner qui lui succède en gagnant le premier tour des élections présidentielles et confirme ainsi la domination des « kirchneristes » sur la scène politique argentine. Pourtant, l’histoire de l’ascension au pouvoir de Nestor Kirchner en 2003 rappelle qu’il ne disposait que de soutiens extrêmement fragiles et peu stabilisés tant sur la scène politique nationale qu’internationale. Cette contribution a donc pour but d’analyser les premières politiques publiques engagées par le gouvernement de Nestor Kirchner au prisme de l’hypothèse de reprise des transactions entre secteurs sociaux et de formation des soutiens qui s’y constituent.

Discussion

Conclusions générales du colloque par M. Michel DOBRY

Lieux

  • École Normale Supérieure - 45, rue d'Ulm (vendredi : salle des Actes / samedi : salle F)
    Paris, France

Dates

  • vendredi 12 décembre 2008
  • samedi 13 décembre 2008

Mots-clés

  • colloque, légitimité, légitimation, crises, pouvoir, histoire, philosophie, science politique, doctorants, docteurs, pluridisciplinaire

Contacts

  • Francisco Roa Bastos
    courriel : froabastos [at] gmail [dot] com
  • Raphaëlle Laignoux
    courriel : raphaelle [dot] laignoux [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Francisco Roa Bastos
    courriel : froabastos [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Crises de légitimité et pratiques de légitimation du pouvoir politique », Colloque, Calenda, Publié le mardi 25 novembre 2008, http://calenda.org/196052