AccueilSouveraineté populaire et normalisation politique en Europe. 1800-1850

*  *  *

Publié le lundi 01 décembre 2008 par Delphine Cavallo

Résumé

Cette journée d'étude a pour ambition de penser ensemble les voies nouvelles d’affirmation de la souveraineté et les remises en ordre qu’elles ont engendrées, entre 1800 et 1850. Elle s’efforcera de montrer comment les pratiques de souveraineté populaire investissent les catégories trop souvent closes sur elles-mêmes du « social », de l’« imaginaire », voire du « national » et du « religieux ». Il s’agira de repérer, hors de toute généalogie et à l'échelle de l'Europe, les moments et les lieux où une souveraineté populaire en actes s’est heurtée à une entreprise de normalisation, venue de l’État, de l’administration ou de groupes dominants (ou concurrents).

Annonce

Maison de la Recherche – U. Paris IV, 28 rue Serpente, Paris 5e, salle D116.

Journée d’étude organisée

  • par la Société d’histoire de la Révolution de 1848 et des Révolutions du XIXe siècle,
  • avec le concours de l’Institut Jean-Baptiste Say,  U. Paris 12

PROGRAMME DE LA JOURNÉE

9h 30 : Accueil des participants

9 h 45 : Introduction par Michèle Riot-Sarcey (U. Paris 8)

1er atelier – Discours et pratiques

10 h : Joanna Innes (Somerville College, Oxford)
Popular sovereignty in Britain 1800-1850

10 h 20 : Marco Meriggi (U. de Naples)
Une souveraineté populaire masquée : le cas de l’Italie pendant la Restauration

10h40 : Discussion

2ème atelier – Gestes et rituels

11 h 40 : Emmanuel Fureix (U. Paris 12)
Deuils protestataires : une souveraineté en acte (Paris, 1820-1840)

12 h : François Jarrige (U. du Maine)
La souveraineté dans l’atelier : violences, rituels et secrets (France, 1ère moitié XIXe s.)

12 h 20 : Discussion

13 h - 14 h 30 : Pause déjeuner

3ème atelier – Souveraineté populaire / souveraineté nationale

14 h 30 : Richard Hocquellet (UMR Mascipo – EHESS / U. Paris I)
Mobilisation populaire et invention nationale dans l’Espagne en lutte contre la France (1808-1814)

14h50 : Laurent Colantonio (U. de Poitiers)
Mobilisation nationale et souveraineté populaire en Irlande (1820s-1840s)

15 h10 : Discussion

4ème atelier – Héritage et transmission

16 h : Bernd Klesmann (IHA)
Modernisation défensive. Perspectives d'un modèle pour l'historiographie allemande de la période post-révolutionnaire

16 h 20 : Louis Hincker (U. de Valenciennes)
Les généalogies familiales révolutionnaires : entre souveraineté et normalisation.

16h40 : Discussion et conclusions.

Projet collectif –

Laurent Colantonio, Emmanuel Fureix,  Louis Hincker, François Jarrige, Michèle Riot-Sarcey.

Dans la philosophie politique, la notion de souveraineté désigne des réalités aussi diverses que l'émancipation de l'individu ou celle d'un pouvoir social, et recouvre des modalités multiples de représentation ou au contraire de « démocratie pure ». Dans le monde occidental, à partir de la fin du XVIIIe siècle, l’appel à ce principe participe activement à la réinvention de la démocratie. En France, elle porte la marque de la rupture révolutionnaire, en Grande-Bretagne plutôt celle du radicalisme, en Allemagne, en Italie ou en Irlande elle est indissociable de la construction du projet national. Indice lexical de cette métamorphose aux multiples facettes, pour la première fois, en 1798, le Dictionnaire de l’Académie française définit la « démocratie » non plus seulement comme « gouvernement populaire », mais comme « gouvernement où le peuple exerce sa souveraineté », ajoutant qu’elle devenait aussi une « opinion ». Et cette « opinion », qu’elle soit approuvée ou condamnée, est devenue incontournable autour de 1848.

La souveraineté du peuple repose sur l’effort des individus pour maîtriser collectivement leur sort et prendre en main leur destin. Elle est d’abord une expérience ouverte, inscrite dans des temporalités croisées, toujours marquée du sceau de l’inachèvement et dont les devenirs possibles sont multiples. L’examen attentif de la pluralité des manières de penser cet idéal, ainsi que ses divers modes d’investissement par les acteurs, rendra possible une approche dynamique et non téléologique de la notion. Aux révoltes et insurrections s’ajoutent des gestes plus quotidiens jugés comme séditieux, ou des modes d’action pensés en soi comme subversifs, aux frontières du social et du politique par exemple.

Mais l’affirmation en acte de la souveraineté du peuple s’accompagne d'un travail de normalisation qui rend son principe même illégitime, indicible, impensable et qui tend à maintenir le peuple à l’écart des débats. Cette normalisation se traduit notamment chez les acteurs dominants de l’espace public (administrateurs, élites sociales et culturelles) par la restriction de la catégorie du « politique », au moment même où celle-ci s’étend considérablement dans les pratiques concrètes.

L'objectif est donc de déplacer le regard, afin de penser ensemble les voies nouvelles d’affirmation de la souveraineté et les remises en ordre qu’elles ont engendrées, entre 1800 et 1850. Cette approche permettra d’exhumer des pensées singulières, recouvertes par l’histoire dominante, tout autant que des modes d’action iconoclastes exclus du politique par les contemporains. Elle s’efforcera de montrer comment les pratiques de souveraineté populaire investissent les catégories trop souvent closes sur elles-mêmes du « social », de l’« imaginaire », voire du « national » et du « religieux ». Précisément, la comparaison des voies nationales de la démocratie permettra sans doute d’affiner notre connaissance des lieux d’expériences démocratiques selon les pays, mais aura pour principal objectif d’approfondir notre compréhension globale du phénomène, envisagé à l’échelle de l’Europe.

Il s’agit de repérer, hors de toute généalogie, les moments et les lieux où une souveraineté populaire en actes s’est heurtée à une entreprise de normalisation, venue de l’État, de l’administration ou de groupes dominants (ou concurrents). Normalisation par le retour à l’ordre, la règle, la continuité, soit plus concrètement la répression brute (cas le plus simple, sans doute), l’imposition d’un sens dominant par les vainqueurs (généralement, une dépolitisation de l’événement), la délégitimation (a contrario, surpolitisation de l’événement par la figure du complot ou de l’idéologie sectaire), mais aussi l’intériorisation de ces interprétations par les acteurs eux-mêmes, etc.

Cela aboutit à une histoire très éloignée de l’avènement plus ou moins réussi de la démocratie. Cela redonne sa place au conflit. Il ne s’agit pas de faire une histoire bilan et de se prononcer sur des équilibres trouvés, souhaités, critiqués. Il s’agit de constater que sur le long terme cette tension entre souveraineté populaire et normalisation politique produit une nécessité de réflexivité aussi bien sur ses potentialités d’émancipation que sur ses effets d’aliénation constatables dans l’histoire.

Lieux

  • Maison de la Recherche – U. Paris IV, 28 rue Serpente, salle D116
    Paris, France

Dates

  • vendredi 30 janvier 2009

Mots-clés

  • souveraineté populaire, Europe, XIXe siècle

Contacts

  • Emmanuel Fureix
    courriel : fureix [at] u-pec [dot] fr

Source de l'information

  • Emmanuel Fureix
    courriel : fureix [at] u-pec [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Souveraineté populaire et normalisation politique en Europe. 1800-1850 », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 01 décembre 2008, http://calenda.org/196110