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Nominations et dénominations des Noirs en France et aux États-Unis

Circulation, confrontation, échanges : quelle comparaison ?

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Publié le mardi 02 décembre 2008 par Marie Pellen

Résumé

L’objet de cette première séance du séminaire multi-situé organisé conjointement par les programmes de recherche Afrodesc et Eurescl, est de réfléchir à une possible comparaison des processus de nominations et de dénominations – pris dans leurs dimensions circulatoires - des « populations noires » en France et aux États-Unis à partir d’un bilan des connaissances sur la question dans chacun des deux pays.

Annonce

Si de part et d’autre de l’Atlantique, l’expérience de l’esclavage a déterminé durablement à la fois les regards portés sur l’ « altérité noire » et les manières pour les « Noirs » de se nommer eux-mêmes, il n’en reste pas moins qu’à la multiplicité des noms adoptés aux Etats-Unis pour désigner la « communauté noire » au cours du 20e siècle, s’oppose – ou non - les binômes successifs français « nègre/Noir » et « Noir/Africain ». Pour autant, et quoique ces questions se posent dans des termes et des temporalités différents, le lien de filiation à des origines esclaves et le nom même de « descendant d’esclave » ne semblent pas être des facteurs identitaires affirmés et consensuels aussi bien en France qu’aux Etats-Unis.

Du côté américain, l’évolution des noms, de « Negro » à « African American », en passant notamment par « Black » et « Colored », renvoie autant à des représentations, des significations et des valeurs différentes qu’au processus même de construction d’une identité « afro-américaine » originale et inscrite dans l’histoire américaine. Le terme actuel « African American » symbolise pour une part cette tension quasi-originaire. L’invocation du lien à l’Afrique semble remplacer la dimension raciale contenue dans les dénominations précédentes par du culturel et de l’ethnique, tout en intégrant les « populations noires » à la société pluriethnique américaine. Ceci s’est d’ailleurs réalisé avec la volonté explicite de connecter passé et présent comme le faisaient déjà les autres minorités.

Le début du 20e siècle français se caractérise quant à lui par les hésitations entretenues entre les termes « nègre » et « Noir ». Le nom « Noir » manifeste une volonté d’humaniser, tandis que celui de « nègre » rappelle la trace indélébile du sceau de l’esclavage, voire le caractère ontologiquement servile des populations issues du continent africain. Dans le contexte de domination coloniale en Afrique, et quoique l’esclavage ait été aboli, ces deux termes désignent indistinctement les citoyens français des Antilles d’ascendances esclaves et les « indigènes », même dits « évolués », des colonies africaines. Aujourd’hui, le nom « nègre » a quasiment disparu, et à sa place, celui de « Noir » paraît perpétuer la difficulté à faire exister symboliquement et politiquement la symphonie à trois voix des relations raciales françaises qu’évoquait déjà Bastide dans sa préface au dialogue Mead-Baldwin : « la voix de ceux qui sont passés par l’esclavage mais qui ont ignoré la colonisation moderne, la voix de ceux qui ont été colonisés mais qui n’ont pas été marqués dans leur chair par l’esclavage, la voix enfin des “métropolitains” »[1].  

Néanmoins, les noms que se donnent les « populations noires » comme ceux qui lui sont donnés, ne connaissent pas uniquement des évolutions liées à leurs contextes national et international. Les processus d’auto et d’hétéro-nomination sont aussi issus des circulations, des échanges et des transferts atlantiques, qu’ils soient de nature intellectuelle, culturelle ou humaine. Par ailleurs, le travail d’élaboration des noms naît de la rencontre, de l’incessante négociation, entre des actes d'attribution - principes d'identification venant d'autrui -, et des actes d'appartenance qui visent à exprimer l'identité pour soi - catégories dans lesquelles l'individu entend être perçu.

Telles sont les prémices à partir desquelles nous souhaiterions réfléchir à une histoire des nominations et des dénominations des « Noirs » en France et aux Etats-Unis, à chaque fois mise en relation avec les contextes politiques et les modèles d’intégration particuliers dans lesquels elle se déploie, en mettant l’accent sur les dimensions relationnelle et circulatoire de leur constitution.

Programme :

8h30 – Accueil

-       9h00 – Introduction : Elsa Geneste, « Pertinence de la mise en relation et possibilités de la comparaison : quelques propositions »

« L’héritage esclavagiste et le racisme scientifique (16e-19e siècles) »

Sous la Présidence de Lucette Valensi

-       9h30 – Aurélien Gillier, EHESS-CENA : « Regards en noir et blanc : catégorisations et attitudes entre Noirs et Blancs aux États-Unis (XVIème-XIXème siècles) ».

-       10h15 – Pierre Boulle, Université McGill Montréal, « La couleur telle que définie dans le recensement de 1777 et les documents français de l'époque ? ».

-       11h00 – Myriam Cottias, CNRS-CIRESC, « Ceux que l’on appelle les ‘nègres’ à l’époque moderne ».

-       11h45-13h15 – Discussion

15h00 – Accueil

« Les processus de nomination et dénomination au 20e siècle »

Sous la Présidence de Lukas Sosoe

-       15h15 – Pauline Guedj, Université Lyon 2-CEAN, « The name means everything : dénomination et nationalisme noir aux Etats-Unis »

-       16h00 – Daniel Sabbagh, Science Po-CERI, « Les voies de l'assignation identitaire: le cas des "Noirs américains" »

-       16h45 – Elsa Geneste, EHESS-CIRESC, « Les "Noirs" ? Tentative de définition critique »

-       17h30-19h00 – Discussion

Organisation de la journée d’étude :

Après les interventions, une discussion de travail aura lieu pendant 1h30 à partir des exposés oraux, des lectures des textes mis à disposition par les intervenants ainsi que ceux référencés en bibliographie.  

Textes proposés :

-         Myriam Cottias, « L’esclavage : un représentation en circulation », dans Myriam Cottias, La Question noire. Histoire d’une construction coloniale, Paris, Bayard, 2007, Chap. II, pp. 35-74.

-         Pierre Boulle, « Les "non-Blancs" en France, d’après le recensement de 1777 », dans Pierre Boulle, Race et esclavage dans la France de l’Ancien Régime, Paris, Perrin, 2007, Chap. 9, pp. 168-198.

-         Pauline Guedj, « Entre Africanité et Afro-Américanité. Divinités « akan » et culte des ancêtres aux Etats-Unis », Ateliers du LESC, n° 31-2007, Religions afro-américaines : nouveaux terrains, nouveaux enjeux, pp. 68-81.                          Disponible en ligne : http://ateliers.revues.org/docannexe1041.html

-         Daniel Sabbagh, "La normalisation juridique des rapports sexuels interraciaux aux Etats-Unis, The Tocqueville Review, Vol. XXI, N°2-2000, pp. 9-30.                Disponible en ligne : http://americancenter.sciences-po.fr/Research/Review/21-2/Sabbagh.pdf

Bibliographie disponible en ligne :

http://www.esclavages.cnrs.fr/spip.php?article433

Lieu :

EHESS Ecole de Hautes Etudes en Sciences Sociale

54, Boulevard Raspail, 75006 Paris

Salle 524 (5e étage)

Métro Sèvres-Babylone, Saint Placide

Date et horaires :

Le 22 janvier 2009

De 9h00 à 19h00

Une pause est prévue pour le déjeuner

Coordination :

Elsa Geneste

E-mail : elsa.geneste@hotmail.fr



[1] Roger Bastide, Préface de Margaret Mead-James Baldwin, Le racisme en question, Paris Calmann-Lévy, 1972 (1971), p.27.

Lieux

  • EHESS, 54 Bd Raspail, Salle 524 (5e étage)
    Paris, France

Dates

  • jeudi 22 janvier 2009

Fichiers attachés

Mots-clés

  • noirs, France, États-Unis, minorité, multiculturalisme

Contacts

  • Elsa Geneste
    courriel : elsa [dot] geneste [at] hotmail [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Elsa Geneste
    courriel : elsa [dot] geneste [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Nominations et dénominations des Noirs en France et aux États-Unis », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 02 décembre 2008, http://calenda.org/196113