AccueilPaysans, paysages : la part de l'audiovisuel

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Publié le mardi 28 juillet 2009 par Marie Pellen

Résumé

L'équipe Dynamiques Rurales (UTM, ENFA, INP de Toulouse) et le Laboratoire de Recherche en Audiovisuel organise à Sorèze un 7ème Colloque intitulé : Paysans, paysages : la part de l'audiovisuel. Il s'agira d'interroger ce rapport paysan-paysage avec les images, comme outils d’investigation, aussi bien que dans les images de valorisation de la recherche ou autres qui fabriquent pour avancer dans la connaissance de la construction identitaire socioprofessionnelle et culturelle du paysan et de l’agriculteur, du Paysage abandonné aux politiques, du Paysage repris par les paysans d’aujourd’hui. Ce colloque sera aussi celui du paysage des chercheurs, comme rencontre avec les paysages, l’agriculture ou les paysans, séparément ou entrelacés, par le truchement de films, de photographies ou de montages sonores qui, dans les pratiques diverses des sciences sociales et autres, sont autant de segments de clarté qui apportent une contribution singulière à l’analyse rigoureuse d’un aspect du réel.

Annonce

Le paysage ne relève pas que du naturaliste, il s’insère dans une discipline plus large, celle des origines, des énergies en lutte, des conflits de toute nature, une dialectique minimale ; il n’y a pas de mort du paysage, mais une modification constante de l’étendue d’un pays où toute action de l’homme, le paysan du paysage notamment, opère des changements larges et profonds. Autrement dit, l’émergence de ces transformations est indissociable des rapports entre l’homme et la nature, qu’il s’agisse de la nature ressource et de ses connivences avec les paysans ou bien de la nature commercialisée, de la nature polluée, de la nature militarisée…

Si vous décidez de planter un arbre, et quelle qu’en soit la raison, c’est un geste qui concrétise des échanges, car il est moins nature que produit d’une nécessité vitale de nourriture, de rapports de lutte, de recherche en agronomie, de rapports économiques. Or, des arbres plantés, des arbres arrachés constellent par millions l’histoire et l’imaginaire de l’homme, avec la délimitation d’espaces singuliers, l’édification de patrimoines et des constructions mémorielles, ici comme ailleurs, en Amazonie, en Afrique…

Cependant, si les liens entre paysans et paysages sont au fondement de l’histoire et de l’identité des campagnes, qu’en est-il aujourd’hui, alors que les orientations du monde industriel semblent avoir précipité la rupture entre le paysan et le paysage ?

En effet, assujettie aux principes de rendement et de concurrence, la consommation, érigée en idéal de vie, glisse en direction d’une tragique fuite en avant jusqu’à l’apparition d’un homme sans gravité. C’est un peu l’aboutissement des propositions que faisait à la fin du XVIIIème siècle l’agronome anglais Arthur Young dans son ouvrage Le cultivateur français puisqu’il y proposait que, pour développer la société de fabriques, il faille que le plus grand nombre possible de manufactures soit maintenu par le plus petit nombre de cultivateurs possible, tout un programme de déplacements, d’exode et de transformation du paysage, avec ses lots de résistances, de drames humains, d’effacement des plis et replis du relief, de l’abandon de terre, de territoires et de défaites symboliques de la campagne au profit de la ville.

Un mouvement regardé de près parfois, par ceux (chercheurs, cinéastes, photographes, écrivains ou autres) qui ne pensent le paysage qu’en relation aux paysans, mais le plus souvent de loin par ceux qui pensent le paysage sans la main de celui qui sillonne, creuse, bâtit, enfante, circule, taille, entretient, ceux qui, dans la passion de produire pour produire, réduisent le monde à un simple objet d’exploration technique et mathématique, au risque de sombrer dans l’oubli de l’être.

Ainsi, ce colloque invite à l’exercice d’une vaste liberté d’interroger ce rapport paysan-paysage avec les images, comme outils d’investigation, aussi bien que dans les images de valorisation de la recherche ou autres qui fabriquent ou regorgent bien souvent d’excellentes munitions, selon le mot de Montaigne, pour avancer dans la connaissance de la construction identitaire socioprofessionnelle et culturelle du paysan et de l’agriculteur, du Paysage abandonné aux politiques, du Paysage repris par les paysans d’aujourd’hui, du Paysage comme témoin des mutations du métier, du Paysage ressource comme de justifications, du Temps des campagnes, du Temps des agriculteurs de la PAC, du Temps de l’environnement, ici comme ailleurs.

Il va sans dire que ce colloque sera aussi celui du paysage des chercheurs, comme rencontre avec les paysages, l’agriculture ou les paysans, séparément ou entrelacés, par le truchement de films, de photographies ou de montages sonores qui, dans les pratiques diverses des sciences sociales et autres, sont autant de segments de clarté qui apportent une contribution singulière à l’analyse rigoureuse d’un aspect du réel.

Programme        

MERCREDI 4 NOVEMBRE 2009

10 h : Ouverture du Colloque : Anne-Marie GRANIE, Guy CHAPOUILLIE

10 h 30 : Table Ronde et problématique - l’Equipe Dynamique rurales - Anne Marie GRANIE, Jean Pascal FONTORBES, Guy CHAPOUILLIE

12 h : Débat avec le public

13 h : DEJEUNER

14 h 30 à 15 h 15: David BEDOURET - “Les photographies dans les manuels scolaires de géographie, une vision exogène des paysans et des paysages d’Afrique Noire.“

Les photographies ont pris une place de choix dans les manuels scolaires de géographie, car elles sont un outil scientifique et pédagogique indéniable. Mais, elles diffusent des représentations et façonnent une vision exogène de l’espace qui participe à un processus d’altérité et d’identité. Les paysans et leur paysage sont ainsi stéréotypés par ces photographies.

15 h 15 : Débat avec le public

15 h 30 à 16 h 15 : Pierre DURTESTE - “Paysan et cinématographe : la figure du plouc dans le cinéma des premiers temps.”

Le cinématographe est né et s’est développé à la fin du XIXè siècle dans les principales villes européennes et nord-américaines. Partant de ce fait,  nous constatons que les paysages que nous montrent les premiers films sont  essentiellement des paysages urbains et que les paysans ne constituent ni le  public visé, ni un personnage important des premières mises en scènes. Nous  interrogerons donc cette absence et proposerons une lecture d’une figure  cinématographique particulière du paysan dans ce cinéma des premiers temps,  celle du “plouc” qui se rend à une séance de cinématographe.

16 h 15 : Débat avec le public 

17 h à 17 h 45  : Pascal GENOT - “Oh Paysan que tu es.”

Patrimoine filmique, représentations paysannes et paysages vécus : quelles médiations sur le terrain corse ? - L’image d’un monde paysan et de ses paysages tient une place forte dans l’image de la Corse. Mais cette place est faite de contrariétés, d’autant plus dans un contexte où « culture » et « identité » sont des objets politiques et économiques. De toujours, les films de cinéma et de télévision sont des témoins-acteurs de ce phénomène. Or, certains entrent désormais dans le cadre d’une cinémathèque régionale : là, ils requièrent une réflexion à la fois de leur inscription dans une histoire (du cinéma, d’une région) et de leur relation à un espace contemporain (ses tensions, ses publics). De l’écran au terrain en passant par le patrimoine, quelles médiations ? Et si le chercheur-médiateur est un « enfant du pays », quelle(s) position(s) ?

17 h 45 : Débat

18 h 15 : Fin des débats

JEUDI 5 NOVEMBRE 2009

10 h à 10 h 45 : Benjamin THOMAS - “L’Image du paysan dans le cinéma japonais d’aujourd’hui”

La matière première du cinéma japonais contemporain est la mégalopole moderne. La figure du paysan en est de fait quasiment absente. Ses occurrences n’en sont que plus saisissantes. Dans Zatôichi (2003) de Takeshi Kitano et dans Bird People of China (1998) de Takashi Miike, on verra ainsi que l’image polysémique du paysan, loin d’être anecdotique, féconde l’articulation esthétique du discours kitanien sur le lien social ainsi que la thématique miikéenne de la nécessaire ouverture du Japon au reste de l’Asie.

10 h 45 à 11 h : Débat avec le public

11 h à 11 h 45 : Philippe RAGEL - “Franchir le seuil”

« Nul ne témoignera après nous que nous avons été ». Cette remarque de Pierre Bergounioux servira de guide secret à notre réflexion sur la trilogie de Raymond Depardon qui fait retour sur le monde paysan. Un retour qui est comme un retrait et un franchissement pour le cinéaste. Car c’est en deçà de ce col qu’il aura fallu passer, apprendra-t-on en clausule de La vie moderne, que se tient l’arrière monde paysan, un peuple oublié, retiré et « sans histoire » qui a sculpté ces paysages de moyenne montagne du Massif central célébrés par la caméra de Raymond Depardon sur l’Elégie opus 24 de Gabriel Fauré.

11 h 45 à 12 h : Débat avec le public

12 h à 13 h : Paul LACOSTE - “Terroirs viticoles, culinaires, et cinématographiques”

Le documentaire et le cinéma en général tireraient sûrement grand profit de la notion de terroir. Une image, un son, comme un vin ou   bien un mets, peuvent évoquer puissamment une réalité géographique (le sol, le sous-sol, le climat, les coutumes). Les cinéastes ont donc eux  aussi leur terroir, mélange de leur pays et de leurs rêves. Il est à   comparer à celui des cuisiniers ou des vignerons, certes plus direct.

13 h 30 : DEJEUNER

15 h 00 à 16 h 00 : Martin de la SOUDIERE - Jean Christophe MONFERRAN - “Les Territoires de l’hiver”

Comment les fonctionnaires de la DDE, chaque hiver, façonnent le territoire du Haut Plateau ardéchois (région de Langogne et du Mt Gerbier-de-Joncs). Ils le façonnent comme un enfant construit son château de sable, creusé, sans cesse réaménagé. Mais, à la différence de la mer, toujours gagnante, la neige n’est pas victorieuse : tôt ou tard, les paysans sont “débloqués”, “désenclavés”, pour retrouver, in fine, leur paysage habituel à la fin de la saison. Cette réflexion s’inscrit plus largement dans nos recherches sur l’hiver comme fait culturel et social (cf. M. de la S., “L’hiver. A la recherche d’une morte saison”, diffusion C.I.D., Paris, 1987), qui marque toujours les mode de vie et la culture des régions de montagne (comme on a pu le voir du dimanche 14 au samedi 20 décembre 2008). L’intervention s’appuiera sur la projection du film de Jean-Christophe Monferran, L’Etrave et le baliveau, (26 mn, prod. CNRS) : En Haute Ardèche, l’hiver débute dès novembre pour ne s’achever qu’en avril, souvent scandé par la tourmente. Invitation à la découverte de la saison des déneigeurs : Martin de la Soudière, sociologue, nous guide le long des routes, dans la “burle”, à travers les congères et nous livre quelques repères dans cet hiver très contemporain.

16 h à 16 h 15 : Pause

16 h 15 à 17 h 45  : Martin de la SOUDIERE - Jean Christophe MONFERRAN - “‘A chacun son paysage”

Cette seconde intervention sera consacrée à une réflexion sur les “modèles paysagers” qui déterminent nos représentations du paysage. Nous partirons d’un ouvrage collectif (auquel nous avons participé :  ”Paysage au pluriel”, éd. de la Maison des sciences de l’homme), où ethnologues et géographes sont partis dans dix régions (agricoles ou non) pour, d’une certaine manière,  mettre  la question du paysage à l’épreuve  du terrain. Quelle que soit la région envisagée, il apparaît que les schèmes de perception et que les processus de perception, quoique distincts d’une catégorie de population à l’autre, se rejoignaient. C’est ce que donnera à voir le film : Enquête sur un paysage tranquille, Film de Jean Loïc Portron et Pierre Zucca (dvd), 50′): A la limite de l’Ardèche de la Haute-Loire, se dresse le Mont Mézenc, à 1754 mètres d’altitude. Comme tout “haut-lieu”,  celui-ci s’impose au regard. AUX  regards, nous dit le film, qui, justement, d’un éleveur à un résident secondaire, d’un “néo” à un curé de paroisse, etc., part  en quête de la pluralité des regards que l’on peut porter sur un même paysage.

17 h 45 à 18 h 15 : Débat

18 h 15 : Fin des débats

VENDREDI 6 NOVEMBRE 2009

10 h à 11 h : Anne-Marie GRANIE, Jean Pascal FONTORBES - “Le Paysage dans la relation paysan  animal, ou, je vais voir mes vaches“

La communication s’appuiera sur un montage d’extraits du film réalisé par les auteurs, et intitulé : Terroir, territoire Aubrac: Portrait

11 h à 11 h 15 : Débat avec le public

11 h 15 à 12 h 15 : Gérard LEBLANC, Catherine GUENEAU - “Du passé, faisons table pleine”

Val d’Esnoms. Un petit village de Haute-Marne qui, comme tant d’autres, s’efforce d’attirer à la fois de nouveaux habitants et des touristes. La création d’une “cabane des secrest du terroir” symbolise et concrétise ce projet. Les traditions sont mises en avant ainsi qu’une certaine manière de vivre et, pour les paysans, de travailler ensemble.  L’âme du cochon, film réalisé par les auteurs, (20 mns) questionne cette convivialité à travers les formes qu’elle revêt.

12 h 15 à 12 h 30 : Débat

12 h 30 à 13 h 15 : Guy CHAPOUILLIE - “Le Chemin des affronteux“

13 h 15 : Débat avec le public

13 h 30 DEJEUNER 

14 h 30 à 15 h 15 : Philippe ROGER - “Paysages bunueliens“

L’intervention entend confronter le rapport paysan/paysage avec le regard subversif d’un cinéaste qui demeure plus que jamais notre contemporain : Luis Bunuel. Sa seule incursion dans le genre documentaire, Terre sans pain s’avère « en plein paysage des Hurdes » un décryptage inattendu du rapport paysan/paysage (envisagé comme relation et conflit), qui se revendique par ailleurs de l’autorité des géographes en général, et d’un géographe en particulier (Maurice Legendre, par son « étude de géographie humaine » consacrée aux Hurdes).  On interrogera méthodiquement les axes (sonores, faisant appel simultanément à la figure du bonimenteur moderne que serait le speaker d’actualité, et à celle tout aussi ambiguë du conférencier scientifique) et la construction (dans un espace visuel tour à tour physique et mythique) de ce voyage singulier, et l’image paradoxale du paysage qui se trouve ainsi élaborée. Entre carte et territoire, le cinéaste joue sciemment de l’imaginaire associé au paysage rural, et propose, par un jeu complexe de mises à distance, une configuration particulière de la relation multiforme du paysan à son paysage, qui n’a rien perdu aujourd’hui de sa virulence et de son actualité.

15 h 15 à 15 h 30  : Débat

15 h 30 à 16 h 15 : Hélène GUETAT - “L‘arrivée du chercheur sur son terrain -Brésil- la rencontre visuelle chercheur-paysan-paysage“ 

16 h 15 à 16 h 30 : Débat

16 h 30 à 16 h 45  : Pause

16 h 45 à 18 h 00 : Juhane DASCON – Jean Pascal FONTORBES - “Paysages touristiques, paysages paysans en terre chagga”

Le Kilimandjaro est un territoire aux réalités complexes qui connaît à partir des années 1980 des changements profonds suite à une remise en cause forte du modèle de production du café qui avait structuré pendant près d’un siècle l’organisation sociale et spatiale des Chaggas. Parallèlement, les années 1990 marquent l’avènement d’une ressource nouvelle, le tourisme de trekking, que certains paysans intègrent à leurs logiques de pluriactivité pour tenter de faire face à la crise. Ce faisant de nouveaux espaces sont investis, des groupes socioprofessionnels originaux se constituent (guides, porteurs, voyagistes), contribuant à dessiner peu à peu dans cet espace paysan un territoire du tourisme. C’est dans ce cadre que se trouvent confrontés les paysages stéréotypés du Kilimandjaro, instrumentalisés dans le cadre de la communication touristique, et les paysages agricoles chaggas, témoins de la mise en valeur complémentaire des différents étages agro-écologiques du massif volcanique. Au croisement de la géographie et du cinéma, notre étude propose une analyse au plus près des acteurs-paysans du tourisme au Kilimnadjaro, considérant que derrière leur discours se trouve la connaissance. L’intervention s’appuiera sur la projection du film réalisé par l’auteur : Les Acteurs paysans du tourisme au Kilimandjaro (62 mns).

18 h à 18 h 15 : Débat et fin du Colloque.

Lieux

  • Abbaye Ecole de Sorèze
    Sorèze, France

Dates

  • mercredi 04 novembre 2009
  • jeudi 05 novembre 2009
  • vendredi 06 novembre 2009

Contacts

  • ARBUS Pierre
    courriel : colloque-soreze [at] esav [dot] net

URLS de référence

Source de l'information

  • Pierre Arbus
    courriel : pierre [dot] arbus [at] laposte [dot] net

Pour citer cette annonce

« Paysans, paysages : la part de l'audiovisuel », Colloque, Calenda, Publié le mardi 28 juillet 2009, http://calenda.org/196182