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L'invention du moi

Cycle de six conférences par Vincent Carraud

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Publié le lundi 22 décembre 2008 par Marie Pellen

Résumé

L’élucidation philosophique de la notion de sujet peut-elle relever d’une herméneutique, d’une généalogie ou encore d’une archéologie ? Ces approches s’articulent-elles ou se contredisent-elles ? Quelles précompréhensions supposent-elles pour que, de l’hypokeimenon aristotélicien au Ich kantien, le sujet ait pu être substitué à l’âme, à l’intellect, à l’individu, etc. ? En préalable à toute élucidation du prétendu « sujet » menée dans la longue durée, nous voudrions plus modestement esquisser une histoire du moi.

Annonce

L’élucidation philosophique de la notion de sujet peut-elle relever d’une herméneutique, d’une généalogie ou encore d’une archéologie ? Ces approches s’articulent-elles ou se contredisent-elles ? Quelles précompréhensions supposent-elles pour que, de l’hypokeimenon aristotélicien au Ich kantien, le sujet ait pu être substitué à l’âme, à l’intellect, à l’individu, etc. ? En préalable à toute élucidation du prétendu « sujet » menée dans la longue durée, nous voudrions plus modestement esquisser une histoire du moi. Nous partirons d’un fait textuel patent : l’invention pascalienne de la substantivation « le moi », et interrogerons ce qui l’a permise et ce qu’elle inaugure dans l’histoire de la philosophie. Avec cette substantivation s’ouvre une époque radicalement nouvelle de la question de l’existence humaine, qui, de ses sources cartésiennes à Rousseau, comprend essentiellement le moi comme volonté.

Ainsi l’histoire que nous nous efforcerons de retracer ne s’inscrit-elle pas dans la continuité de celle des commentaires du De Anima, pas plus qu’elle ne se confond simplement avec celle de la subjectivité, puisque, avant même d’être déterminé comme sujet, c’est-à-dire comme fondement, le moi est obtenu par le travail de ce que Husserl appellera réduction phénoménologique. La première question qui est posée au moi n’est plus la question (essentialiste) de ce qu’il est mais celle (identifiante) de savoir qui il est.

12 janvier 2009

Le premier moi

A l’origine de ces leçons il y a un fait lexical : Pascal est le premier à écrire « le moi ». En vertu du principe selon lequel l’histoire des concepts est seule en mesure de rendre compte des faits de la langue philosophique, il s’agira de mettre en lumière l’innovation conceptuelle qui préside à l’invention du moi : car le moi n’est ni l’âme, ni l’intellect, ni la conscience, ni la personne, ni l’individu, ni même… le soi. Après Pascal, le moi certes prolifère, mais la multiplication de ses emplois en méconnaît la spécificité initiale en le comprenant comme réflexivité, sens interne, principe d’individuation ou subjectivité transcendantale (Locke, Malebranche, Leibniz, Kant). Or seul un cartésien, essayant de penser avec Descartes et contre lui, pouvait écrire « le moi » pour rendre compte de la formule ego ille de la Meditatio II tout en prétendant le dessaisir de sa primauté métaphysique.

13 janvier 2009

Connais-toi toi-même ?

Les trois leçons suivantes constituent la pars destruens de l’histoire du moi. On y examine d’abord les prétendants antiques à l’invention du moi : l’expérience aristotélicienne du soi-même, la doctrine stoïcienne du propre et la magna quaestio augustinienne — trois pensées dans lesquelles, pour des raisons diverses, il ne s’agit en rien d’atteindre quelque chose comme un moi.

19 janvier 2009

Le moi hors sujet

Il s’impose ensuite de faire droit à certains commentaires antiques et médiévaux du De Anima qui semblent avoir théorisé to egô ou illud ego : d’une part en interrogeant le statut de l’ego de l’homme volant dans la fiction avicennienne ;  d’autre part en montrant que la thèse de Thémistius (« nous sommes l’intellect actif »), fondée sur la distinction entre moi et ce qu’être m’est, telle que Thomas d’Aquin la reprend pour traiter du sujet de la pensée, en constituant l’ego comme intellect composé, interdit pour longtemps l’accès à un concept propre de moi. On examinera par ailleurs le sens et la fonction d’autres occurrences des « pronomen ego », « egoitas », « das Wort Ich », « Ichheit », etc. dans l’histoire de la spiritualité.

20 janvier 2009

Le lieu du moi

Pourquoi celui qui revendique « Je m’étudie plus qu’autre sujet. C’est ma métaphysique, c’est ma physique », Montaigne, n’a-t-il jamais osé écrire « le moi » ? Avec et après Montaigne, certains des partisans de la « sceptique chrétienne » (Camus, La Mothe Le Vayer) pensent le je non comme un principe mais comme un lieu et, faisant varier les situations singulières, entendent constituer une anthropologie à partir de l’exclusion d’un concept commun d’ego.

26 janvier 2009

Qui est le moi ?

Les prétendants éliminés, l’analyse de Husserl permet de rendre raison de l’invention du moi lui-même : le moi est le résultat d’une réduction. Mais une réduction à quoi exactement ? Nous insisterons sur un chaînon manquant de l’analyse husserlienne en montrant que Descartes ne passe pas de la position de l’ego à sa substantialisation sans s’être demandé non « qu’est-ce que le moi ? », mais « qui est le moi ? » — question dont la réponse requiert une doctrine de la liberté : être moi, c’est vouloir. Il restera dès lors à prendre la mesure de la thèse cartésienne décisive pour la pensée moderne de l’existence selon laquelle « je me trouve établi comme quelque chose qui tient le milieu entre Dieu et le néant ».

27 janvier 2009

Le moi commun

Lors de la dernière leçon nous reviendrons à Pascal — le premier à prendre acte du fait que c’est dans la volonté, fût-elle aliénée, que se trouve le moi —, plus précisément à son ultime méditation, consacrée à régler l’amour que l’on se doit à soi-même, à partir de la juste détermination du rapport du moi au tout : l’enjeu en est rien de moins qu’une pensée de l’unité, fondatrice du corps mystique. Nous suivrons la lecture faite par Rousseau des « membres pensants » et les déplacements qu’implique l’instauration d’un « corps moral et collectif » qui trouve dans le pacte social « son unité, son moi commun, sa vie et sa volonté ».

Vincent Carraud est professeur de philosophie à l'Université de Caen et directeur de l'équipe de recherche "Identité et subjectivité".

Catégories

Lieux

  • Institut Catholique de Paris, Faculté de Philosophie
    Paris, France

Dates

  • lundi 12 janvier 2009
  • mardi 13 janvier 2009
  • lundi 19 janvier 2009
  • mardi 20 janvier 2009
  • lundi 26 janvier 2009
  • mardi 27 janvier 2009

Contacts

  • Valérie Delobel
    courriel : philosophie [at] icp [dot] fr

Source de l'information

  • Valérie Delobel
    courriel : philosophie [at] icp [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'invention du moi », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 22 décembre 2008, http://calenda.org/196221