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Déviance(s)

E.A. CLIMAS (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3)

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Publié le mercredi 07 janvier 2009 par Marie Pellen

Résumé

Si la déviance est un comportement qui échappe aux règles admises par la société, pour parler de déviance, il faut que soient réunis trois éléments : existence d'une norme, transgression de cette norme et stigmatisation de cette transgression (« The deviant is one to whom that label has successfully been applied », Becker). L'origine de la déviance n'est donc pas à chercher dans la nature profonde de l’individu, mais bien plutôt dans son « rôle social », lequel détermine son identité (Mead, Berger). La déviance s’inscrit dans une dialectique dont le pôle opposé est forcément la norme qu’elle enfreint. Partant le déviant est celui qui, par consensus communautaire, est affublé d’une étiquette (« labeling theory » ou « théorie interactionniste de la déviance »), véritable « stigmate social » (Goffman).

Annonce

Le CLAN, composante de l'E.A. CLIMAS (Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3), tiendra son prochain colloque les 17, 18 et 19 septembre 2009 sur le thème "déviance(s)".

Organisateurs : Pascale Antolin, Arnaud Schmitt

Appel à contribution


Si la déviance est un comportement qui échappe aux règles admises par la société, pour parler de déviance, il faut que soient réunis trois éléments : existence d'une norme, transgression de cette norme et stigmatisation de cette transgression (« The deviant is one to whom that label has successfully been applied », Becker). L'origine de la déviance n'est donc pas à chercher dans la nature profonde de l’individu, mais bien plutôt dans son « rôle social », lequel détermine son identité (Mead, Berger). La déviance s’inscrit dans une dialectique dont le pôle opposé est forcément la norme qu’elle enfreint. Partant le déviant est celui qui, par consensus communautaire, est affublé d’une étiquette (« labeling theory » ou « théorie interactionniste de la déviance »), véritable « stigmate social » (Goffman). La déviance n’est pas une « nature », mais bien une (contre) forme sociale. Si le principe de déviance permet de jauger le degré de liberté qu’une société est prête à accorder à ses membres, les normes, comme la censure, qui sont les modes d’autoprotection ou d'autopréservation de cette société, révèlent quant à eux aussi bien ses valeurs que ses peurs.

La déviance, en tant qu'écart ou infraction par rapport à des normes légales, sociales, morales ou politiques, pourra donc être étudiée aussi bien dans la société américaine contemporaine que d'un point de vue plus historique, insistant, par exemple, sur l'évolution, l'apparition ou la disparition de tel ou tel comportement déviant en fonction des lois, explicites ou implicites, en vigueur à tel moment. On sera amené à interroger, aux côtés de la déviance, des notions telles que légitimité, relativité ou rébellion. Que se passe-t-il quand tel écart, ou mieux encore telle exception, devient la règle ? La déviance est-elle véritablement subversive, ou contribue-t-elle à la modulation ou la régulation, voire au renforcement de la norme ?

On pourra interroger en particulier le concept de criminalité et la figure du criminel, dans toute leur diversité, en s'attachant par exemple aux origines, aux formes de répression ou de prévention du crime (École de Chicago). La déviance criminelle pourra être envisagée également sous l'angle de ses représentations, tant littéraires (roman policier ou roman noir) que cinématographiques, comme de leur évolution. Sans oublier toutes les formes plus ou moins parodiques qui s'en sont suivies : Noir, le dernier roman de Robert Coover, en offre un bon exemple. Car la forme parodique relève de la déviance en tant qu'elle constitue un écart par rapport à la cible et par rapport aux règles qui régissent la forme de cette dernière.

Comme l'indique l'étymologie, la déviance concerne tout ce qui s'éloigne du droit chemin – depuis le suspens qui interrompt le cours ou le fil du récit jusqu'à la digression qui, telle une déviation, l'allonge, le prolonge et qu'il ne faut pas confondre avec le détour de la ruse. D'autant que « la digression a son bestiaire et ses emblèmes, parmi lesquelles le monstre, les grotesques » (Sabry), autant de formes déviantes, elles aussi, d'« écart[s] . . . par rapport à la nature » (Lascault), voire de symptômes, qui ont souvent vocation à montrer (de biais) et n'en finissent pas, dès lors, de susciter fascination et refus.

La déviance demeure un thème de prédilection de la littérature et des arts : des "romances" de Hawthorne ou Melville aux romans naturalistes de Frank Norris, des textes sulfureux de Henry Miller ou Vladimir Nabokov aux récits de la Beat Generation, où l’usage de stupéfiants est toujours à l'arrière-plan. Certes, l'expression narrative ou visuelle des déviances a beaucoup perdu de son potentiel scandaleux pour se faire plus ludique (Vox de Nicholson Baker). C'est que les déviances d’hier sont souvent les normes d’aujourd’hui : d’une part, les mœurs changent, de l’autre, chaque œuvre littéraire fait appel au langage et « court le risque ou la chance de perdre le bénéfice de sa rupture » (Starokinski). La déviance de Madame Bovary, même si elle n’a pas échappé à la censure, est devenue un paradigme littéraire, comme celle de Humbert Humbert -- peut-être parce que, de l'avis de Richard Rorty, Humbert écrit aussi bien que Nabokov.

Si la photographie (Witkin, Arbus) et, plus encore, le cinéma américains se sont intéressés aux déviances de toutes sortes (Paul Morrissey, David Lynch), c'est avant tout qu'elles sont spectaculaires, qu'elles attirent le regard. Outre qu'il fait sensation, le déviant peut avoir une fonction satirique (le monstre sert à montrer, à démontrer) ou, à l'inverse, renforcer des valeurs traditionnelles et conforter dans ses certitudes un public conservateur. Tout récit, cependant, peut échapper à celui qui voulait s’en servir.

On pourra s’intéresser aussi à la bande dessinée et à la musique populaire -- à la façon dont ses textes ont fait le récit de pratiques pourtant condamnées par la loi (quelquefois sous forme de clin d'œil, comme dans « Lucy in the Sky with Diamonds » des Beatles, mais souvent de manière très explicite : « Heroin » du Velvet Underground, écrite et chantée par Lou Reed, ou, de façon plus extrême encore, les « explicit lyrics » du gangsta rap).

Enfin, dans son sens littéral, la déviance renvoie à la genèse de la littérature américaine et à sa figure tutélaire, Walt Whitman, à son invitation à prendre la route, pas celle que tout le monde emprunte, mais bien celle qui dévie et s’écarte du droit chemin. De Whitman aux transcendantalistes, des naturalistes à Kerouac, Jackson Pollock ou Terrence Malick, les artistes américains ont su tracer des lignes de fuite dans l’espace géographique et artistique de leur pays. Nous considérerons donc la déviance comme un phénomène historique, social et esthétique, mais aussi comme un possible espace de liberté permettant d’échapper au déterminisme, de trouver ou retrouver sa voie/x.

Les propositions de communication (300-500 mots) devront parvenir avant le 31 mars 2009 aux organisateurs

Pascale Antolin, pantolin@club-internet.fr

Arnaud Schmitt, schmitt.arnaud@orange.fr

Call for Papers

"Deviance(s)"

CLIMAS (Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3)
September 17-19, 2009


This interdisciplinary conference invites papers that explore the ways in which deviances and the formation of norms and values interrelate, and that focus on the three prerequisites to a deviant behavior: a norm, a transgression of this norm and the stigmatization of this transgression (« The deviant is one to whom that label has successfully been applied », Becker). According to the structural-functionalist approach, the core of deviance is not to be found in the nature of an individual but in his/her social role, which determines his/her identity (Mead, Berger). Thus, the concept of deviance is dialectical and is defined by the very norm it sets out to break. Becker’s labeling theory suggests that deviance is first and foremost a labeling act performed by a community to single out one of its members whose behavior it chooses to condemn (“stigma”, Goffman). This labeling process makes it possible to measure the degree of freedom a community grants to its members, including a society’s norms and censorship apparatus (its self-preservation modes) which convey its values and its fears.

Deviance, as a violation of legal, social, moral or political norms, can be studied from a contemporary perspective (the current sociology of deviance in America) as well as a historical one. At the same time, notions such as legitimacy (and legitimization), relativism and rebellion can also be taken into consideration. What happens when what was previously labeled as deviant becomes the norm? Does deviance genuinely violate the norm or is simply used to enforce it?

Possible paper topics may include the concept of crime and the figure of the criminal. Our objective is to engage with multiple perspectives: origins, forms of repression and crime prevention (the Chicago school). The organizers also wish to encourage a consideration of the ways criminal deviance has been represented, both in American literature and cinema. These representations have spawned various parodies (Robert Coover’s latest novel, Noir, being a perfect illustration of this trend). Parody is intrinsically deviant since it breaks the rules inherent in the genre it parodies.

As is apparent from its etymology, deviance is concerned with everything that deviates from the straight (and sometimes narrow) way – be it a linear narrative or classical mimesis. Deviance can for instance be linked to digression which, in turn, conjures up the monster or the grotesque (Sabry), that is forms deviating from Nature itself (Lascault) and gives rise both to fascination and fear.

Deviance is a favorite theme of literature -- from Hawthorne's and Melville's romances to Frank Norris's naturalistic novels, from Henry Miller's and Vladimir Nabokov's sultry narratives to the works of the Beat Generation. It is true that the representations of deviance -- be they textual or visual -- are far less scandalous and far more humorous than they used to be -- Nicholson Baker's Vox is a good example. Yesterday's deviance has often become today's norm. Not only do moral standards change but also each literary work relies on language and runs the risk of being less and less innovative, less and less deviant, as time goes by (Starobinski). While Madame Bovary's behavior was censored for a while, it has now turned into a literary paradigm, like Humbert Humbert's,

American photography (Witkin, Arbus) and, even more, American cinema have also focused on deviance in all its garbs (Paul Morissey, David Lynch) for deviance is always spectacular, it always draws the spectator's attention. While the deviant person causes a sensation, he/she can play a satiric role ("monster" comes from the Latin monstrare, to show) or, conversely, strengthen traditional values -- even if no narrative can be fully controlled by its creator.

Cartoons, comics, graphic novels and popular music, too, can be used as topics for papers. Many songs are about illegal practices -- sometimes in the form of allusions such as the Beatles' s Lucy in the Sky with Diamonds but often very explicitly – for example Heroin by the Velvet Underground or the "explicit lyrics" of gangsta rap.

In literature on the other hand, deviance, is associated with the genesis of American literature and its father figure, Walt Whitman, who invited his readers, his fellow Americans, to leave the trodden, often straight, paths and find their own way, however winding or deviating it may be. And a host of American artists have done so, each in their own fashion -- from Whitman to the Transcendentalists, from the Naturalists to Kerouac, Jackson Pollock or Terence Malick. Deviance will thus be considered to be a historical, social and aesthetic phenomenon as well as a possible space of freedom, a means to escape determinism and to find both one's own way and one's own voice.

Proposals for papers (300-500 words) must be sent to

Pascale Antolin, pantolin@club-internet.fr

Arnaud Schmitt, schmitt.arnaud@orange.fr

before March 31, 2009.

Lieux

  • Université Michel de Montaigne
    Bordeaux, France

Dates

  • mardi 31 mars 2009

Contacts

  • Arnaud Schmitt
    courriel : schmitt [at] u-bordeaux4 [dot] fr
  • Pascale Antolin
    courriel : pantolin [at] club-internet [dot] fr

Source de l'information

  • Arnaud Schmitt
    courriel : schmitt [at] u-bordeaux4 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Déviance(s) », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 07 janvier 2009, http://calenda.org/196290